Démon de minuit

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 - Une bonne fois pour toutes, me diras-tu qui tu es ?

 - ...

 - Oui, toi ! toi qui hantes mes nuits, toi qui me tiens inutilement éveillé, beaucoup trop tardivement, qui me fais perdre le sens de la nuit et du sommeil : qui es-tu ?

 - ...

 - Si je savais à quoi m'en prendre, si je savais que faire, qui affronter - mais il n'y a autour de moi que l'obscurité, l'obscurité déjà déclinante...

 - ...

 - Montres-toi ! Es-tu donc lâche ? Pourquoi me torturer ? Pourquoi me maintenir ainsi dans l'il-y-a du néant ?

 - ...

 - Le néant, et rien d'autre. Rien d'autre que le vertige du vide... Rater sa vie : la vacuité face à moi, la vacuité d'une vie gâchée, d'une potentialité délaissée...

 - ...

 - Allons, dis-le, offre-moi une ouverture, une prise ! dis-le, dis qui tu es !

 - ...

 - ... Oui, tu as raison, oui, je le sais bien... Tu n'es nul autre que moi. Tu n'es nul autre que ma conscience, que mes remords, que mes regrets, que mon appréhension, que mon angoisse, que mon stress, que ma haine de moi-même... Tu n'es rien d'autre que mes scrupules...

 - ...

 - Oui, c'est vrai, tu n'es rien, tu as bien raison, tu es vacuité... Et pourtant, je suis là à te parler, à te donner sens, à me faire perdre sens. Je suis là à me plonger dans la vacuité...

 - ...

 - Ce qu'il y a de terrible, c'est que pour te quitter, vacuité, je dois admettre que j'ai été auprès de toi. Je dois t'accepter pour te refuser.

 - ...

 - Tu sais, ça me fait penser à ce défi sur le bien et le mal. Il fallait se représenter sur un chemin entre bien et mal, entre gauche et droite ; on aurait à raconter le choix qu'on ferait... Ma façon de le présenter, dans mon projet non concrétisé, était de me placer entre lutte et abandon, sur un long chemin de montagne.

 - ...

 - Oui, c'est ça, inspiré par Explorers of the infinite : "Pushing on up, forever, why ? God only knows"... Toi, tu es mon abandon...

 - ...

 - Si, c'est pourtant bien ça... Ce n'est pas facile de te voir en face, de t'accepter... << J'ai du mal à dire ce que je pense... Les mots sont comme la vie, putain, j'en ai perdu le sens... >>

 - ...

 - Oui c'est ça c'est Crowhite, le Corbeau blanc. Moi, j'ai du mal à oser être qui je suis, ce corbeau nocturne qui ne parvient plus à trouver les vents porteurs, et qui plonge dans un éther sans fin, comme en une zone de turbulences...

 - ...

 - Ah, cesse... C'en est assez, maintenant.

 - ...

 - Il faut bien que je te quitte, il faut que je t'abandonne, abandon, pour m'abandonner à la nuit ; il faut quitter ce plein qui vide, pour rejoindre un vide qui remplit.

 - ...

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