Chapitre 26

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26

Samedi 27 décembre 2019, 16h17

    Iverick soupira, tout en portant sa tasse de thé à ses lèvres. Les yeux perdus sur les rues désertes, il profitait de l'air étrangement tiède de la fin d'après-midi, tentait de se remettre de ses émotions. Malgré les heures qui séparaient l'embrasement de Jelena de ce moment paisible où il pouvait enfin savourer une vraie tasse de bon thé, son cœur battait toujours aussi vite, tambourinait dans sa poitrine comme un joueur de tambour fou.

Jamais il n'aurait cru un jour, avoir à ceinturer une jeune femme qui en quelques instants, avait mis feu à la voiture, brûlé ses vêtements, le tout dans une cacophonie de hurlements d'agonies. Le caporal, malgré son âge et son expérience de terrain, n'arrivait pas à se situer, à savoir si oui ou non, il ressortait un minimum traumatisé de ce moment où il avait serré ses mains autour du cou de Jelena pour lui faire perdre connaissance. Il devrait bien sûr, garder l'image de son visage tordu de douleur et de colère alors que lui-même se blessait en essayant de l'arrêter mais... non. Il était juste vidé.

Debout sur le balcon de la chambre d'hôtel que le gérant avait mis à leur disposition pour les prochains jours, il termina sa tasse, tout en observant une mouette tourner en cercle dans le ciel, à seulement quelques dizaines de mètres de lui.

— Éteins ce joint Matteo, c'est franchement pas le moment.

— Au cas où tu l'aurais pas remarqué, j'ai pas douze ans, je fais pas partie de tes jeunes donc laisse-moi tranquille.

— Très malin comme réaction. Si tu veux être pris pour un adulte comporte-toi en conséquences !

— Gnagnagna, laisse-moi tranquille.

— C'est pas bientôt fini vos enfantillages ? grogna le caporal en se retournant.

Amali était penchée vers Matteo, le houspillait tandis que l'infirmier fumait allégrement à l'intérieur, les traits relaxés, le regard sans considération pour les réprimandes de l'éducatrice.

— On se demande qui des gamins ou de vous sont les plus matures. Comment va Jelena ?

Amali se redressa pour se rapprocher du balcon, crispée.

— Elle est réveillée mais, ses brûlures la font beaucoup souffrir donc, Yannick vient de partir chercher des anti-douleurs plus forts à la pharmacie.

Iverick hocha la tête, dépité. Entre Jelena et ses blessures conséquente sur le dos, le cou et les bras, Amali et son visage tuméfié, et ses propres mains couvertes de bandage après que les flammes n'aient léchées sa peau de trop près, ils faisaient peine à voir. Seuls Matteo et Yannick restaient intact, bien que le premier eut été pour le moment, loin d'être en capacité de réfléchir avec lucidité.

S'il avait su qu'il se retrouverait au milieu de ce groupe plus que détonnant lorsque Jelena l'avait ramassé au supermarché de Nancy, peut-être aurait-il décidé de se laisser mourir aux mains des infectés. Car, sans se l'avouer, il commençait à ressentir ce drôle de sentiment, une sorte de préoccupation grandissante pour les jeunes et les adultes qui les accompagnaient, et il détestait ça. Se préoccuper du sort de quelqu'un, c'était prendre le risque de souffrir si les choses tournaient mal et dans le climat actuel, il n'aurait pas le temps de s'apitoyer sur sa tristesse en cas de coup dur.

— Amali ?

La jeune femme sursauta, lorsque depuis l'encadrement de la porte, Elies lui fit signe de le rejoindre.

— Qu'est-ce qu'il y a Eli ?

— Vasco et Mehdi sont descendus en bas.

Iverick remarqua l'expression lassée qui s'emparait des traits de l'éducatrice tandis qu'elle secouait la tête.

— Si le virus les tues pas ces deux-là, ce sera moi.

Sans rien ajouter, elle quitta la pièce, escorté de Elies pour aller récupérer les deux fuyards. Le caporal hésita quelques instants mais, finit par quitter la chambre à son tour, en direction de celle des jeunes, juste à côté. Matteo n'était pas d'un intérêt certain à l'abri sur son nuage de weed, Jelena ne devait pas être en capacité de discuter, Yannick était sorti, et Amali en train de s'en prendre aux deux jeunes aventureux qui avaient bravé son interdiction. Ne restait que les autres gamins pour s'occuper, et Dieu seul savait qu'il avait besoin de se changer les idées, oublier les flammes, les flics et les centres.

— Attention, deuxième essai !

Étonné de constater les rideaux tirés et l'amas d'enfants au centre de la salle, Iverick le fut encore plus lorsqu'au centre du cercle, il vit Théo prendre de la hauteur, s'envoler au-dessus du sol avec douceur.

— Qu'est-ce que vous foutez ici ?

Aussitôt, l'enfant dégringola, heurta le plancher dans un bruit mou suivi de près par un gémissement douloureux. Erwan battit des cils mais, le caporal eut le temps d'apercevoir la luminescence de ses iris et croisa les bras sur sa poitrine.

— Votre éduc est déjà en train de démolir Vasco et Mehdi en bas, vous avez envie d'être les prochains ?

— Tu vas nous balancer ? s'écria Théo, remis de sa chute.

— … peut-être pas. Vous faisiez quoi là ?

Un sourire barra le visage de Théo, qui d'un pas agité vint l'attraper par le bras pour le tirer jusqu'au cercle et l'y asseoir. Avec une rapidité qui lui était propre, il expliqua au caporal que dans un souci de défense en cas de nouvelle ''attaque de la police'', Erwan s'entraînait à faire léviter des choses de plus en plus lourdes, et que le dernier poids en date était le sien, soit près de trente-huit kilos.

— Impressionnant, admit Iverick avec un hochement de tête. Qui est le suivant si on se base sur le poids ?

Les regards convergèrent vers Eden, qui secoua durement la tête, peu enclin à léviter au milieu de la chambre. Bien qu'il tenta de garder un air ''neutre'', tous purent constater l'ombre angoissée qui balaya son visage.

— Allez Eden ça va être marrant ! s'exclama Jon, tout sourire.

— Marrant pour toi oui ! J'ai pas envie de m'éclater par terre comme Théo.

— Je te lâcherai pas, promit Erwan.

L'adolescent hésita encore, soupira, mais finit tout de même par prendre place au centre du cercle, les doigts crispés sur le tissu de son sweat. Il avait les sourcils froncés, la mâchoire serrée.

— Combien tu fais exactement ?

— … presque cinquante.

— C'est pas sûr que j'y arrive, murmura Erwan.

Iverick le couvrit d'un sourire entendu, avant de le rassurer. S'il n'y parvenait pas, ce ne serait pas dramatique, trente-huit kilos était déjà un beau score.

Comme ils avaient procédé pour soulever Théo, Erwan s'assit face à Eden, et battit des cils, concentré. Lorsque les pupilles de l'enfant se braquèrent sur lui, Eden sentit son corps frissonner d'une façon qu'il ne connaissait pas, eut un léger sourire nerveux lorsque ses fesses commencèrent à décoller du sol. Iverick observait l'adolescent, la façon dont son corps se mettait en lévitation : d'abord les fesses, puis les pointes de pieds. D'abord de quelques centimètres, son corps s'éleva un peu plus, s'éloigna du plancher sous les encouragements chargés d'espoir de Théo, Jon et Elies.

— C'est bien Erwan, le félicita Iverick en posant une main amicale sur son épaule.

Le petit lui répondit d'un rire fatigué et seulement le caporal remarqua la sueur qui lui dégoulinait du front jusqu'au menton. Alors qu'il s'apprêtait à lui souffler d'arrêter, la porte s'ouvrit sur Vasco, Mehdi et Amali. Les deux jeunes se rapprochèrent rapidement pour admirer le travail de Erwan, tandis que Amali se couvrait la bouche de la main, à mi-chemin entre l'admiration la plus totale et l'effroi de voir Eden voler à deux mètres au-dessus du sol.

— Je vais lâcher, s'exclama Erwan, tremblant.

— T'inquiète pas je sécurise !

Jon se redressa rapidement, et attrapa au vol Eden, dont la lévitation venait de se briser, de paire avec les yeux désormais clos de Erwan. L'adolescent souriait à pleines dents, bien plus décontracté qu'au moment du décollage.

— C'est un truc de fou la sensation, sourit-il en direction de Erwan.

Le plus jeune accusa le compliment d'un hochement de tête, à bout de souffle. D'un revers de manche, il s'essuya le front, chahuté en tous sens par les félicitations musclés de Théo et Mehdi.

Iverick le complimenta à son tour sur sa concentration, avant de se redresser pour rejoindre Amali, restée en retrait.

— Je pars cinq minute et vous faites faire n'importe quoi aux gamins ?

— Tu sais que tu es autorisée à me tutoyer ? J'ai trente-sept ans, c'est moins que Yannick.

— Je sais. J'ai juste du mal à m'y faire. Au rythme où va Erwan, il pourra bientôt faire voltiger n'importe quoi dans les airs.

Les yeux de la jeune femme étaient rivés sur le groupe de jeunes qui euphoriques après l'exploit de Erwan, chahutaient en débattant de qui serait le prochain à décoller. Attendrie par le regain de normalité de la scène, Amali fit signe à Iverick de quitter la pièce à sa suite, de les laisser tranquilles. Le caporal acquiesça, lui emboîta le pas dans le couloir désert de l'hôtel quasi-vide.

     Jelena avait rarement eut aussi mal dans sa vie. Quand elle était jeune, plusieurs fois elle s'était cassés le bras, la jambe une fois également. Elle s'était ouvert le crâne, s'était battue, de nombreuses fois, en était ressorti avec le corps jalonné de blessures. Mais jamais au grand jamais elle n'avait ressenti cette sensation abominable de sentir chaque cellule de son dos, son cou et ses bras hurler à la mort. Allongée sur le ventre, les bras étendus devant elle afin de minimiser les contacts de sa peau sur toute autre surface, elle souffrait en silence, les lèvres serrées. Et pourtant, Yannick lui avait donné de anti-douleurs, quelque chose qui selon le pharmacien se rapprochait plus ou moins de la morphine. Rien à faire : la douleur ne voulait pas partir.

Amali était restée à son chevet un long moment avant d'aller se reposer, sur les ordres d'un Yannick lui-même au bord de l'évanouissement. Tout le monde était si fatigué que ça en devenait comique : les cernes, les rires nerveux, les réflexions à la rapidité réduite, tout découlait du manque dramatique de sommeil dont ils étaient victimes. Elle-même aurait dû dormir, pour oublier la douleur et cette... chose qui brûlait désormais en elle mais, il fallait croire que la douleur faisait barrière au sommeil.

Elle savait que dans son état, la meilleure solution aurait été de se rendre rapidement à l'hôpital afin qu'un personnel qualifié puisse prendre en charge ses blessures. Cependant, se résoudre à partir à l'hôpital revenait à prendre le risque de se retrouver face à face avec des infectés dangereux ou pire, la police et l'armée.

Toc toc.

Afin que sa convalescence soit des plus efficaces, le gérant de l'hôtel lui avait donnée une chambre rien que pour elle, isolée de celles des autres adultes et des enfants.

— Qu'est-ce que tu fais là ?

— Je viens t'apporter un sandwich. T'as pas mangé depuis qu'on est arrivé.

— Jon il est genre... minuit.

Sans bouger, elle écouta les pas du jeune se rapprocher de la chaise qui séjournait proche de son lit, le regarda s'y asseoir avec souplesse, un énorme sandwich au thon entre les mains. À la simple vue de la baguette dégoulinante de sauce et de crudités, elle eut un haut-le-cœur.

— J'imagine que ça veut dire que tu en veux pas ?

— T'imagine bien. Va dormir Jon, il faut vous reposer.

— J'arrive pas à dormir.

Jelena soupira à moitié, comprenant au ralenti qu'elle devrait faire avec la présence de Jon, qu'elle le veuille ou non. Et pourtant, Dieu seul savait à quel point elle ne s'attendait pas à ce que cet adolescent-là ne vienne la veiller. Elle lui avait tout de même tiré dessus une dizaine de jours plus tôt, elle avait essayé de le tuer, et pourtant il était là, avec son sandwich au thon et son air déterminé à ne pas bouger de sa chaise.

— Iverick veut qu'on parte demain ou après-demain pour l'Italie.

— Ce mec est taré, souffla Jelena. C'est pas le moment d'aller se promener en Italie, ou en mer.

Jon haussa les épaules, découpa un morceau de sandwich à mains nues, en porta un morceau à ses lèvres sous le regard amusé de la militaire.

Qu'est-ce qu'elle regrettait d'avoir fait feu sur Jon. Depuis qu'elle suivait le groupe du Phoenix, elle avait appris à connaître les jeunes et, de toute la troupe, Jon lui paraissait être l'un des plus doux, des plus gentils de tous. Toujours prêt à prendre soin des autres, des plus jeunes comme des plus vieux, elle l'avait seulement vu s'énerver une fois, lorsque le policier au barrage avait refermé ses mains sur la capuche de Eden.

Il était fondamentalement bon, et elle lui avait tiré dessus.

— Jelena je peux te dire un truc ?

— J'ai pas franchement le choix, souligna t-elle avec un rire.

— C'est vrai. Mais c'est important, pour le moment j'en ai parlé à personne, même pas à Eden et Amali.

Intriguée, Jelena appuya son regard sur l'adolescent qui, les joues rouges, se tortillait nerveusement sur sa chaise.

— Depuis le barrage il se passe un truc bizarre je... j'ai l'impression de tout entendre.

— De tout entendre ? C'est à dire ?

— Genre là, je peux te dire que ton cœur bat super vite, et qu'au contraire, celui de... Vasco, bat lentement, normal vu qu'il dort.

Interloqué, la militaire haussa un sourcil, afin de faire part au jeune de son étonnement. Ce n'était pas rien ce qu'il lui disait, ils parlaient tout de même d'une mutation sur une autre mutation, de capacités une nouvelle fois décuplées.

— Pourquoi t'en parle pas à Amali ?

— J'en sais rien. Je sais pas comment lui dire, c'est super bizarre. Ça me rend fou tous ces bruits de partout tout le temps. J'essaye de me concentrer sur un seul son mais c'est super compliqué.

— Quel son par exemple ?

— Les klaxons dehors, ma propre respiration. Mais il y a tous ces cris dehors, ces gens qui courent, qui se battent parfois et... j'entends tout. Le craquement de leurs phalanges quand ils se donnent des coups de poings, les petits gémissements de douleur. J'entends les roulettes des chariots dans les supermarchés, c'est infernal.

Il n'en pouvait réellement plus. S'il était tout à fait honnête avec lui-même, sa visite impromptue dans la chambre de Jelena était également un moyen de fuir les ronflements, sifflements et autres déglutitions qui polluaient la chambre où ils étaient tous entassés. Il n'avait jamais remarqué avant que ce nouveau don ne se développe, à quel point chaque respiration était différente, comment chaque personne possédait un ronflement distinct. La nuit passée, après qu'ils aient fui le barrage, il n'avait pas réussi à trouver le sommeil : les sons étaient trop forts, trop présents et le terrifiaient. Comme hypersensible à chaque vibration, à chaque crissement des pneus sur l'asphalte, il avait passé le plus clair de son temps à regarder Matteo et Eden dormir, paisibles, à des lieux de se douter de l'état dans lequel il se trouvait. Et puis, quand bien même il aurait réussi à mettre des mots sur ce qui lui arrivait, personne n'aurait pu l'aider. Il était tout seul dans ce tourbillon infernal de sons et de bruits qui accumulés, arrivaient à bout de son self-control.

— Jon reste avec moi, murmura Jelena.

— Je... j'entends même les craquements de la peau brûlée de ton cou à chaque fois que tu respires, c'est horrible.

D'en parler, d'enfin expliquer le problème, il s'accentuait. À chaque nouveau mot qui franchissait ses lèvres, il lui semblait que le tourbillon de sons s'accentuait, qu'il le faisait prisonnier de seconde en seconde. Le mal de tête le gagnait, le tourmenta bientôt autant que les sons en eux-même.

— Jon ?

Il s'excusa rapidement auprès de Jelena, et quitta la chambre, les mains sur les oreilles. Il ne savait pas où se cacher, où se terrer afin de faire cesser les sons.

Pam, pam, pam... comme un marteau piqueur fou, toutes ces informations pilonnaient sa tête rendue faible par l'épuisement, douloureuse par la surexposition au monde qui l'entourait. Comment les animaux avec une ouïe sur-développée parvenaient-ils à tenir ?

— Jon ? Qu'est-ce que tu fais là ?

Horrifié par la tonalité de la voix, il commença à rebrousser chemin, les mains toujours à plat sur les oreilles, lorsque deux autres mains lui attrapèrent les poignets.

— Hé, il se passe quoi ?

Eden haussa un sourcil, abasourdi face à l'état déplorable dans lequel se trouvait son meilleur ami. Pâle, transpirant, les traits tirés par la fatigue et l'angoisse, au milieu du couloir étroit et sombre, il faisait un drôle d'effet en le croisant.

— Jon ? Répond-moi tu me fais flipper là.

L'autre adolescent hoqueta, la gorge nouée. Il n'avait pas tant envie que ça de pleurer mais, l'épuisement couplé à cette nouvelle tuile qui venait de lui tomber sur le coin du nez eurent raison de sa résistance. Sous le regard inquiet de Eden, il fondit en larmes.

— Hé...

Mal à l'aise avec la réaction de Jon, Eden fit tout de même un pas en avant pour attraper son ami, le ramenant contre lui dans un geste qu'il espérait réconfortant. Comme il s'y attendait Jon, plus tactile, noua instinctivement ses bras autour de ses épaules et le pressa contre lui, sans plus se soucier de l'amertume qu'avait Eden pour les contacts physiques. Le nez écrasé dans le tissu de la veste à capuche de Jon, il inspira à pleins poumons avant de redemander :

— Jon, ça va aller... Qu'est-ce qui se passe ?

Il parlait tout bas, ils n'étaient pas censés être éveillés et pire, au milieu du couloir en pleine nuit.

Jon sanglotait toujours, n'essayait même pas de lui répondre, se raccrochait à lui comme à une bouée de sauvetage. Ils n'avaient que très peu de différence de taille, ce qui facilitait la tâche à Eden : pas besoin de lever le menton à outrance pour capter le regard de Jon.

— Tu as mal aux oreilles ? Tu te les bouchais tout à l'heure.

— Je veux plus entendre tout ce bruit... !

— Quel bruit ? J'entends rien moi.

Jon hoqueta, s'étouffa dans un sanglot. Eden secoua légèrement la tête et, malgré sa réticence, raffermit sa prise sur la taille de Jon. C'était son meilleur ami au creux de ses bras, personne d'autre, il pouvait se permettre de le serrer plus fort que d'ordinaire, de lui donner le réconfort auquel il avait droit.

— J'entends tout, murmura Jon, son souffle contre son oreille.

— Comment ça ?

— Les klaxons, les bruits de pas, les battements de cœur les...

Eden ne comprenait pas ce qui se passait mais, s'il arrivait à saisir quelque chose de la scène qui se déroulait sous ses yeux, c'était bien que Jon semblait souffrir atrocement et que, la seule explications qu'il avait à lui fournir était que les bruits étaient insupportables. Il ignorait de quels sons il parlait exactement, avait du mal à saisir son histoire de klaxons et de pas mais, si Jon devait se concentrer sur un seul son, il fallait le guider.

— Concentre-toi sur mon battement de cœur alors. Et que sur lui.

Si sa tête ne menaçait pas d'exploser à chaque nouvelle seconde qui passait, Jon aurait sûrement rit du ton évident qu'avait pris Eden, comme si écouter les battements de son cœur relevait de la chose la plus normale au monde. Comme si diriger toute sa concentration sur les battements profonds du cœur de son meilleur ami n'était en définitive, qu'une solution parmi d'autres.

Il l'écouta cependant, c'était la seule chose à laquelle il pouvait se raccrocher pour le moment.

— Si t'entends plein de sons, gomme-les, garde que mon battement de cœur. Écoute que ça.

Les yeux clos, Jon suivit les instructions, tenta un à un de faire sortir les autres sons de sa tête pour se concentrer uniquement sur les battements calmes du cœur de Eden, tout proche de lui.

Pou-poum, pou-poum, pou-poum...

Il y était presque. Le cœur de son meilleur ami avait ce rythme si calme, si posé que lentement, ses larmes se tarirent, à mesure que les sons s'effaçaient de sa tête. Ne restait que sa propre respiration, le cœur et la voix de Eden, qui lui intimait de continuer, qu'il pouvait y arriver, qu'il croyait en lui.

Pou-poum, pou-poum, pou-poum...

C'était ça. La solution. Il n'avait jusqu'alors pas réussi à se concentrer sur un seul son car, aucun d'eux ne l'intéressait assez pour capter toute son attention. Mais avec les battements de cœur de Eden, c'était une autre histoire. Si sur cette Terre il y avait bien une personne pour qui il serait prêt à faire n'importe quoi, c'était bien son meilleur ami, son frère. Se concentrer sur son cœur, sur ses battements, c'était s'assurer de toujours le garder à l’œil, s'assurer de sa bonne santé, être certain qu'il aille bien. Alors, sans vraiment y faire attention, Jon inspira, s'ordonna à lui-même de toujours garder ce son-là en tête, de ne plus le lâcher, de rester focalisé dessus.

— Jon est-ce que ça va mieux... ?

Il releva lentement la tête, apaisé, pour adresser un sourire à Eden.

— Je crois oui... ?

— On va aller dormir, t'es tout blanc.

Du pouce, Eden essuya les coins des yeux de son meilleur ami, avant de lui rendre son sourire.

— Les bruits sont partis ?

— Oui.

— On en parlera mieux demain mais là faut dormir.

Jon acquiesça, emboîta le pas à Eden qui toujours lié à lui parle bras qu'il gardait autour de sa taille, remontait le couloir jusqu'à leur chambre.

Pou-poum, pou-poum, pou-poum.

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