Chapitre 3

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3

   En quelques tours de bras, les petits se retrouvèrent devant la télévision, déjà loin de ce qui venait de se passer.

Les moins jeunes, eux, restèrent avec les grands et avec leur éducatrice dans la salle à manger, autour de plusieurs tasses de tisane que Jon avait pensé bon de servir, pour apaiser les tensions.

— Tu peux te les foutre au cul tes tensions, tu as vu ce qui vient de se passer ? le rabroua Nathan d'un ton acerbe.

— Les garçons, on se calme. Ça sert à rien de vous engueuler, ça changera rien.

Amali, son portable entre les mains, prévint une dernière fois le duo de jeunes de ne pas trop se chercher de poux, et jeta un œil au répertoire de ses collègues.

Maëlle, hors service bien sûr. Jason arrivait. Pour le reste, il lui fallait appeler, prendre des nouvelles, s'informer. Savoir si oui ou non, d'autres éducateurs étaient touchés par... ce truc.

Yannick d'abord. C'était le doyen, il devrait savoir comment faire.

Tandis qu'elle portait le portable à son oreille, les jeunes autour de la table se parlaient de banalités, tentaient d'oublier la réalité en la reléguant au second plan.

Vasco et Mehdi parlèrent de leur contrôle d'histoire, où ils n'avaient pas révisé mais hé, ils y étaient allés au talent, et ça avait marché ! Erwan et Gabriel eux, s'affairaient à raconter à Théo ce qu'il avait loupé durant sa demie-journée d'absence à l'école. Le petit garçon les écoutait, sans grand intérêt.

Enfin les ados, plus à même de comprendre que quelque chose n'allait vraiment pas, s'étaient barricadés dans le silence, et se contentaient de suivre l'évolution de Amali, les expressions qui défilaient sur son visage, ses tremblements.

— Oui Yannick ?

Un sourire illumina son visage. Elle s'éloigna pour discuter, et alors seulement Nathan put reprendre la parole.

— Où ils sont les autres ? Pas les éducs hein, nos autres potes ?

Un silence crispé suivi sa question. Instinctivement, Eden et Jon sortirent leurs portables pour envoyer un message à leurs camarades, mais Nathan les en empêcha d'un mouvement de tête.

— J'ai déjà essayé, ils répondent pas.

Jon ravala sa salive, bruyamment. Dans sa tête, se jouaient un spectacle de l'horreur où leurs amis ne rentreraient jamais, piégés quelque part, peut être morts, qui sait ?

Alors ils n'ajoutèrent rien, ni l'un ni l'autre. Eden rabattit sa capuche sur ses yeux et se tassa dans le fond de sa chaise, tandis que Jon enfouissait son visage dans ses bras croisés sur la table.

Amali revint quelques secondes plus tard, apaisée.

— Yannick arrive.

— Génial, de tous les éducs, y'a que le vieux croûton qui répond.

— Il n'a que quarante-cinq ans, tu le sais ça ?

— Au-delà de trente ans, c'est vieux.

Amali ne rétorqua rien, préférant laisser les enfants rire de la blague de Nathan, tandis qu'ils attendaient désormais Yannick et Jason.

   Une dizaine de minutes plus tard, le vrombissement de la moto de Jason retentit sur le parking, et Amali se sentit d'un coup, mille fois mieux. Son petit ami, par la fenêtre, lui adressa un signe de la main avant de courir jusqu'à la porte d'accès des éducateurs et de badger.

Lorsqu'il entra, trempé par la pluie qui s'était mise à tomber à verse dehors, il s'ébroua et retira son casque tout en attrapant le poignet de sa petite amie.

— Alors ?

— Eden a mis un coup d'extincteur à Maëlle chez les Petits. J'ai pas osé retourner voir.

— Je vais y aller. Je vais juste aller voir les gamins et...

Il n'acheva pas sa phrase, les gamins en question déjà postés près de la porte, tous sourires de le retrouver. Jason grinça des dents lorsqu'il constata que leurs sourires ressemblaient plus à de terribles masques de carnaval qu'à une véritable expression de joie.

— Alors les terreurs... ?

Il s'accroupit, et accueilli dans ses bras les enfants du groupe de Amali pour ensuite tomber nez à nez avec les trois seuls adolescents de son groupe rentrés du collège.

Nathan et Eden se contentèrent de le fixer d'un air sévère, tandis que Jon se cramponnait à lui, à la recherche de réconfort.

Pas étonnant, pensa t-il en câlinant le jeune garçon. Ces trois-là opéraient tellement différemment, mais se complétaient si bien. Tous du même âge, presque tous arrivés au même moment au foyer. Nathan, le gosse privilégié ayant vu sa vie exploser après le départ de son père et la dépression de sa mère, qui gardait toujours aujourd'hui de ses réflexes de gosse pourrie gâté. Jon, ruiné de famille d'accueil en famille d'accueil trimballé depuis ses neufs ans sans jamais réussir à en trouver une qui tienne la route. Le plus doux des trois, l'affection qu'il n'avait pas reçu depuis tout ce temps le conduisait à ne jamais froisser personne pour ne pas prendre le risque de perdre à nouveau qui que ce soit.

Et Eden.

Jason croisa les deux orbes vertes de l'adolescent, et fronça les sourcils. Lui, c'était plus compliqué.

Repêché de justesse de la PJJ – Protection Judiciaire de la Jeunesse – et ramené au Phoenix après un grands débats avec le juge, une assurance de mesure éducative et de longues discussions avec l'adolescent, ils avaient réussi à lui éviter le centre éducatif fermé de justesse.

Et...

— Jay.

Il battit des cils, quitta Eden des yeux pour croiser ceux de Amali, plus qu'affolés.

— Qu'est-ce qu'on fait ?

Il se mordit pensivement la lèvre avant de prier es enfants de quitter le bureau et d'aller rejoindre les plus jeunes devant la télévision. Une fois la pièce vidée, il s'adossa à la porte et croisa les bras sur son torse.

— On appelle les parents, suggéra t-il. Qu'ils viennent les récupérer.

— Super ingénieux, et on fait comment pour Erwan, Gabi, Mehdi, Eden, Jon, Timéo, et tous les autres qui n'ont plus de famille ? Ou qui ont des familles aussi dangereuses que ce qui... ce qui est en train de bouffer les gens à l'extérieur ?

— Ceux qui peuvent, on les renvoie chez eux.

— Et on se fixe quoi comme critère ? « Oh, lui c'est que de l'inceste, c'est pas si dangereux que ça, renvoyons-le chez son père, il aura peut-être mal au cul, mais au moins il sera en vie ! ».

— Amali ! Non mais ça va pas ?

Jason se pinça l'arrête du nez et ferma les yeux. La tension qui animait Amali commençait doucement à déteindre sur lui, et malgré tout, elle avait raison. Ils ne pouvaient décemment pas demander aux parents des jeunes les plus en danger chez eux de venir les récupérer.

— Alors quoi ? demanda t-il finalement. Nous aussi on a de la famille et...

— On ne peut pas les laisser là ! Tu n'as pas vu ce qui s'est passé au centre-ville Jay. Les gens ils... ils s'attrapaient et...

Elle s'arrêta, jeta un œil par la fenêtre du bureau pour constater que les enfants étaient toujours dans le couloir, attentifs à ce qui se jouait entre elle et Jason.

— On peut essayer d'appeler les parents de ceux qui ne sont pas placés judiciairement. Ça en éliminera déjà pas mal. Toutes ceux qui sont en administratif comme Vasco par exemple...

— Et s'ils répondent pas ?

Son petit ami porta ses mains à sa tête, et commença à exercer de courtes pressions circulaires sur ses tempes.

— On appelle déjà les parents de ceux qu'on a ici, on attend Yannick, et on voit, ok ?

— … ok. Je te fais confiance.

Jason hocha la tête, et attrapa le cahier regroupant les fiches des enfants de chaque groupe pour rapidement le feuilleter. Les yeux toujours rivés sur les pages noircis d'encre, il pensa tout de même à quelque chose qui n'avait alerté personne pour le moment.

— Je te signale juste que sur mon groupe, je n'ai que trois gamins. Ils sont où les autres ?

Amali réfléchit, un instant, avant de croiser le regard de Jon par la vitre. Ses grands yeux bleus cherchaient désespérément réponses de son côté. Cependant incapable de lui en fournir, elle brisa le contact, et baissa la tête.

— Je vais appeler les collèges des absents. Et les écoles primaires aussi.

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