Prologue

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 Lors de notre arrivée sur le continent, nous étions jeunes et insouciants, épris de liberté et s'émerveillant de toutes choses. Nous ne connaissions pas la terre que nous foulions, et notre état d'esprit, rêveur et aventurier, nous poussa bien vite à découvrir les merveilles que nous proposait ce continent que nous pensions inconnu et désert. Toutefois, tous nos désirs furent rapidement réduits en cendres, consumés par le brasier ardent sorti tout droit de la gueule du monstre sauvage et barbare qu'était le nouveau monde dans lequel nous venions de pénétrer…

En effet, ce continent était loin d'être désert, tel que nous l'escomptions, et ses habitants ne furent pas aussi ravis de notre arrivée que nous l'étions. Cette terre était ravagée par les guerres de clans, les rivalités entre les différents peuples qui se déchiraient afin d'asseoir leur suprématie sur leur sol natal. Ils virent en nous de nouveaux rivaux, des colonisateurs avides de richesses et de pouvoir, venus parmi eux afin de les éradiquer et prendre leur place. Nos premiers mois sur le continent furent laborieux, nous frôlâmes la mort à de multiples reprises, mais nous trouvâmes néanmoins du soutien chez certaines tribus, qui se rallièrent aux idées de mon compagnon. Les maladies propres à cette terre, les infections, les animaux venimeux, les conflits avec les autochtones, ces mésaventures auraient pu nous décourager, nous pousser à rebrousser chemin, à reprendre la mer pour rallier notre terre natale qui nous avait vu partir à l'aventure quelques années auparavant. Mais cette idée n'a jamais effleuré l'esprit de l'homme qui menait notre expédition.

Ivoch n'était effectivement pas un homme qui baissait les bras pour si peu. Issu d'une bonne famille de l'autre côté de la Mer des Brumes, il était déterminé à établir un ordre et une harmonie sur ces terres déchirées, et ainsi créer une société régie par des lois et la paix, telle que nous la connaissions sur notre continent. Il mit des années à se faire accepter par les autochtones et plus encore à insuffler l'idée d'une telle hiérarchie entre les peuples dans l'esprit général des habitants de ce nouveau monde. Durant tout ce temps, je me fis un devoir de rester à ses côtés, le conseillant et le soutenant du mieux que je le pouvais, comme le meilleur ami que j'étais.

Au cours de notre aventure, nous apprîmes la langue locale, et nous découvrîmes que la terre que nous foulions portait le nom d'Elysmeria, signifiant la belle des eaux, en raison des mers turquoises qui bordaient ses côtes et les nombreux lacs et rivières qui jalonnaient son paysage verdoyant. Aujourd'hui, des décennies séparent le jour où mes pieds quittèrent le navire flamboyant aux larges voiles immaculées afin de parcourir les contrées fleurissantes et inconnues d'Elysmeria, et ce que mes yeux voient ne sont encore et toujours que des merveilles d'une nature riche et prospère. Pourtant, mes amis, mon coeur est plus sombre que jamais. Mon vieux frère, le commanditaire de cette expédition, le capitaine de notre aventure, le régisseur de la paix et de l'ordre dans ce monde encore brut, le créateur d'une ère nouvelle, cet homme que j'admirais et aimais depuis notre première rencontre est mort aujourd'hui.

Ivoch fut le père qui façonna la belle Elysmeria afin que son influence se répande au-delà des mers, et puisse son nom perdurer à travers les âges et retentir avec force et passion pour que tous sachent l'histoire de ce grand homme, pour que tous apprennent qui était donc Ivoch, le fondateur de la lignée des rois de Kandris'ka, le premier à revêtir une couronne forgée dans le sang et la sueur, mais également porteuse d'espoir et de renouveau.

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Naya

Les cuisines, ton manager aime bien appeler ça « la prod » – « le lobby », pour ce qui est du curetage des chiottes – qui sait, ça le flatte peut-être dans son statut de chaînon stratège d’une big multinationale, toi pour autant que tu saches ça t’a jamais empêché d’assembler correctement les petits pains du Big Mac, et vu ce qu’on te paie pour le faire ça te fait pas de mal, un peu de sémantique.
Il est dix-huit heures quand tu prends ta dernière commande, un double cheese sans le cheese et pas de salade dans le Big Tasty please.

Aux fourneaux, le rire de Ruben refait tourner les steaks sur eux-mêmes.

Tu lui harponnes un bras dans les vestiaires, y’a longtemps que vous vous êtes pas fait une petite bouffe juste tous les deux quand même, si on compte pas les burgers engloutis en deux minutes à la pause déjeuner.

Comme d’habitude Ruben te balance une date en l’air et comme d’habitude ton sourire résigné lui revient en boomerang. Sans te regarder, il s’enfonce sous sa capuche en silence, et slalome tout schuss entre les flaques d’automne poisseuses.

De retour chez toi, ton 20m² te tire la gueule et le ciel a des allures de punition collective. Y’a des coquillettes mutantes sous cellophane dans le frigo, de la poussière sur les plinthes, ta mère dépose à peine un pied sur le seuil qu’elle dégaine déjà le bidon d’Ajax et la paire de gants en caoutchouc rose qui va avec…

Ton père est là aussi, à cinq mètres de ta mère, distance nonchalante, et le trousseau de la Meriva qui tinte vaguement entre ses doigts, derrière son dos. Ça t’étonnera toujours, l’espèce de froid cordial qu’il y a entre eux, cette façon qu’ils ont de s’accommoder l’un de l’autre comme on s’accommode d’un parasite, deux inconnus bourrés de pudeurs hostiles pourtant largement dépassées, et même plutôt deux fois qu’une, il y a plus de vingt ans de ça.

Tu les as jamais vus autrement que comme ça d’ailleurs, depuis bébé. Depuis que ton père a aventuré sa coupe mulet comme MacGyver entre les jambes d’une minette trop consentante, à l’hiver 91. C’était en plein mois de février : il a prétendu être coincé au bureau à cause du blizzard dehors et toi t’avalais ta morve et tes petits pots de légumes devant Dragon Ball Zed-Zed-Zed – du moins c’est ce que ta mère te rappelle à chaque fois qu’elle touche l’enveloppe de la pension, des restes aigris jusqu’aux pattes d’oie.

« Bon, on la descend cette commode ? », te demande ton paternel, aux aguets comme un employé Darty alors qu’au loin ta mère bougonne – mais il est bouché ce siphon ou quoi ? – à quatre pattes sous l’évier.

Tes parents ont fait deux heures de route depuis Tours pour récupérer cette commode dont tu ne te sers pas – à part pour t’y cogner le petit orteil quand t’es à la bourre. Tu l’as eu du pote d’un pote qui te l’a exposée comme un coupé-cabriolet huit tiroirs toutes options – « Un vrai fourre-tout, j’te dis. » – et toi t’as sauté sur l’occase comme on saute sur tout ce qui bouge quand on a envie de meubler son appart, des projets en vrac plein la cervelle.

Tu lui as envisagé quelque dessein prospère à la lueur du petit chandelier de l’entrée, tout ça pour réussir à en tirer que dalle au final : ça fait un an que tu la regardes tous les jours s’encrasser de poussière à force de trôner sur ton chemin sans jamais savoir comment l’aborder.

Un peu comme ton père.

D’ailleurs, ça ne t’étonne pas qu’il accepte que tu la lui refourgues.

« Mais elle est pas vieille cette commode, Catherine…»

« Non, elle est pas vieille, Patrick. », ta mère : acerbe à tendance exaspérée, côté passager.

« Elle est pas du tout vielle. En la faisant poncer, y’a largement moyen d’en faire quelque chose de bien. Largement. », ton père : la foi aux poumons, mains posées à plat sur la portière du coffre.

Ta mère l’ignore, te prend dans ses paumes, bisous mon chéri, appelle-moi toutes les semaines hein, travaille-bien, ne sors pas tard, embrasse Ruben pour moi, et n’oublie pas d’apporter les papiers à la CAF, Guillaume, yeux fâchés puis yeux tristes, tu vas me manquer mon bébé, et ton père qui sifflote par-dessus le volant, qui guette le vide avec conviction. Il attend que ça se passe, que tu te casses, pendant que les minutes, les Parisiennes et leurs talons lui filent autour. Pendant que ta mère pleure comme si t’étais mourant et qu’il la regarde de loin, comme ça du coin de l’œil – si ça continue c’est lui qui va se mettre à chialer devant la note du parking.

Et seulement quand tu te penches vers lui pour le remercier, là seulement ça lui prend : il t’encercle de son bras velu, grasse tapette à l’épaule, et quand tu te délaces d’un coup il a des yeux fiers ; il se redresse et te tape même la bise.

La bise.

T’en rigoles encore dans ton canapé devant Manchester-Milan en direct-live. Au fond du couloir, la commode a laissé comme un renfoncement évanoui dans le mur, une empreinte fantôme pile dans ta ligne de mire.
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MARQUE


En ce temps-là, Je me nourrissais d’herbe, de mirabelles et de mûres. Je me laissais parfois séduire par quelque bel étalon, mais seul le saphisme me faisait hennir de plaisir.
Un jour les hommes sont arrivés, avec leurs lassos et leurs révolvers à crosse de nacre.
Ils m’ont regardée hostilement, brutalement. J’ai galopé tant que j’ai pu. Une corde s’est abattue sur mon cou, puis une autre. Je suis tombée en suffoquant. Ils m’ont amenée dans un ranch et attachée à un arbre. J’ai tiré, mordu, ragé. Mais jamais je n’ai pu me délier.
À force d’être chevauchée, j’ai fini par me familiariser avec les hommes.
Ils me flattent parfois, disent que j’ai l’étoffe d’un champion. Ils dosent même mes aliments avec l’aide d’un nutritionniste.
Mais je ne me soumettrai jamais. Je les hais du haut de leur arrogance à l’odeur fade de leur épiderme. Jamais ils ne parviendront à me corrompre.
Jamais.
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PaulineLambrechts

Beaucoup répondent à la question " Qu'est ce que le bonheur?" par "la famille" ou "les amis" mais je trouve que c'est une réponse conventionnelle et qu'un certain nombre de personnes ont peur d'être jugées si elle répondaient autres choses. Pourtant le bonheur est très subjectif et je crois que les choses qui permettent d'y accéder changent en fonction de l'âge, de la situation ou du lieu de chaque personne et qu'il est beaucoup plus complexe que ce qu'on veut le faire croire. Il ne suffit pas de manger un "Kinder" comme le montrent les pubs ou d'acheter une grosse voiture ou un parfum. 
Pour ma part, je pense être heureuse lorsque je suis bien installée dans un fauteuil ou dans mon lit avec un bon bouquin. Je suis heureuse lorsque je suis au calme et que je peux me détendre. Je suis aussi heureuse quand j'apprend de nouvelles choses que ce soit à l'école, par moi-même ou grâce à quelqu'un d'autre. Ou encore quand je discute avec mon amoureux couchés l'un contre l'autre, quand on rit ou se chamaille.
Ces petites choses agréables contribuent au bonheur et sont des détails qui en facilitent l'accès. Mais dans quelques années, après mes études, je suis certaine que mes critères de bonheur changeront et que ceux-ci ne me permettront plus d'être parfaitement heureuse.


J'ai encore des difficultés à exprimer ce qu'est le bonheur car pour moi, c'est aussi un état de  plénitude qu'on ressent au plus profond de soi. Qui est beaucoup plus complexe à atteindre que le simple contentement. Vivre dans un environnement stable, gagner de quoi vivre convenablement et pouvoir rester fidèle à mes principes sont des critères que je juge important pour être heureuse dans ma vie future. Et même si nous ne savons jamais de quoi sera fait l'avenir,je me battrai pour les atteindre.
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