4.1 La promesse

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 « Tu peux mieux faire ! Fléchis un peu plus tes jambes ! Son père lui relança la pomme, essayant de le mettre en difficulté. Au moment où Zacharia se tendait pour attraper le fruit, la goélette heurta de plein fouet une grosse vague faisant chuter le jeune homme. Il disparut derrière le bastingage en un souffle. La réaction du capitaine ne se fit pas attendre.

– Un homme à la mer ! Rugier! Affalez les voiles ! Le marin se dépêcha d'exécuter l'ordre pendant que le reste de l'équipage se précipita à bâbord.

Une main victorieuse tenant une pomme émergea du parapet, suivie d’une tête au sourire triomphant. Deux marins l'aidèrent à remonter pendant que d’autres le congratulaient, riant et lui donnant des tapes amicales.

– Sieur Ortaga ! Je ne saurais tolérer plus longtemps vos excentricités. Tant que cela n'interférait pas avec le bon fonctionnement de mon navire, passait encore... Mais cet après midi vous et votre fils avez dépassé les bornes… Ce sera mon premier et dernier avertissement, la prochaine fois vous serez consignés dans vos quartiers. Est-ce clair ?

– Clair comme de l'eau de roche capitaine, merci pour votre tolérance…

Alors que celui-ci partait bougonnant et sifflant des ordres, le garçon revint auprès de son père.

– Tu as échoué Zach. Son sourire en coin trahissait son ton autoritaire.

– Mais j'ai la pomme…

– Tu es tombé à l'eau.

– Rectification, je suis tombé, l'eau ne m'a même pas effleuré !

– Tu as eu de la chance !

– Tu m'as toujours dit que la première arme d'un fripon était sa chance!

– Vrai mais il ne faut pas pour autant la tenter inutilement. Son père le regarda dans les yeux un instant, puis eu un sourire satisfait.

– Il semble que l'on doive trouver une autre manière plus calme de te faire travailler…

– Après quelque temps de réflexion, il lui demanda simplement d'observer et d'apprendre des marins… »

C'était une des leçons récurrentes chez son géniteur. Observez ! Observez les gardes, observez les boulangers, les vendeurs ambulants, les lavandières aux bords des fontaines, etc. Mais surtout en tirer un enseignement ; comme une posture, une expression une attitude, qui pourrait lui donner une crédibilité pour un futur rôle… Les discussions qui en découlaient ravissaient le garçon et en faisaient une des nombreuses raisons pour lesquelles il admirait son père.

Depuis qu’un messager était venu, porteur d'une missive urgente à l'auberge, tout s'était très vite enchaîné. Il avait demandé à Zach de préparer ses affaires, puis il avait acheté des billets coûteux d'un navire rapide à destination de la capitale pour le lendemain. Il n'avait cessé de garder un sourire au visage depuis…

Son père l'interrogea comme chaque soir depuis les trois jours qui avaient suivi leur embarcation, puis ils rejoignirent la petite cabine du capitaine pour le souper. Celui-ci, toujours mécontent de l'incident de l'après-midi, se montra avare en discussion. Néanmoins, il leur annonça à l'arrivée du dessert la fin du voyage prévue pour le lendemain, clôturant ainsi le repas.

Le matin suivant, Zacharia put admirer depuis la proue la grande cité de Gran Real, nichée à flanc de colline. Au sommet, le palais impérial surplombait la ville avec son esplanade gigantesque, puis venaient les habitations luxueuses qui dévaluaient au fur et à mesure que l'on descendait vers les quais. Un port important s'y trouvait accolé dans une baie calme aux eaux émeraude, sur sa droite le cap de Balthor et son phare indissociable. Travaux lancés au début du règne de l'empereur Theod Larissian 1er, vingt ans auparavant et toujours en construction, la partie phare représentait le haut d'un buste d’une déesse bras tendus au-dessus de la mer munis d'une lanterne alors que la partie inférieure sculptée à même la falaise était cachée par des échafaudages. Laissant la population perplexe sur le résultat final et sur le coût exorbitant de l'opération…

Son père originaire de la citée lui avait conté sa rencontre avec sa mère et qu'il était issu de cette union, puis alors qu'il était encore un nourrisson, la famille Ortaga partit s'installer à Bangkhut pour y ouvrir l'auberge du Fou du roi. Venir sur le lieu de sa naissance comblait le garçon, la capitale rayonnait dans tout le pays. La haute noblesse y était installée, l'art et la musique y étaient prépondérants, la beauté et la richesse s'y ressentaient jusque dans les rues à travers les bâtiments, jardins privatifs et fontaines publiques multiples …

Ils débarquèrent sur un ponton réservé à la plaisance, puis son père traversant la foule des quais se dirigea dans les ruelles de Gran Real, ne laissant que peu de choix à son fils pour l'observation. Malgré un accident longtemps auparavant qui l'avait laissé avec une jambe raide et une canne, Sieur Ortaga se mouvait dans la foule avec grâce et rapidité . Ils rentrèrent dans une auberge pour en ressortir un moment après, déchargés de leurs sacs avec une nuitée payée d'avance. Jusqu’à maintenant, l'homme n'avait toujours pas donné d'explications et cultivait le secret avec goût du jeu.

Il avançait vite sans se soucier de savoir si son fils le suivait, remontant la rue principale, passant devant les magasins huppés des hauts quartiers. Zacharia prenait cela comme une énième leçon, faisant en sorte de le suivre sans se laisser distancer. Finalement, il s'arrêta devant l'immense palais de Gran Real, où il s'adressa au garde présent. L'architecture immense en marbre de cérulie faisait partie des plus belles structures que l'Homme n'avait jamais construites. Bien que les plans fussent le travail d'un architecte elfe, cadeau offert sous le règne du roi Tibre, avant la naissance de Theod des siècles plus tôt.

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