Bienvenue à la Silicone Alley. Partie II

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Elly.

 Durant les deux heures suivantes, je m'applique donc à cette tâche, et continue ainsi tout le reste de la journée. Je suis M.Walsh durant trois réunions en restant toujours discrète et en retrait, et profite des moments où ma présence n'est pas requise pour taper les rapports, répondre au téléphone, à des mails etc ... Pas simple quand on débarque le matin même et qu'on ne connait absolument rien aux dossiers qui sont traités.

 Je passe la demi-heure consacrée à la pause déjeuner à éplucher rapidement cinq des gros dossiers évoqués en réunions pour me familiariser avec les sujets, et ils sont très variés, tous comme l'activité de cette gigantesque société.

 A la fin de la journée, j'ai assisté à plus de réunions que je n'ai de doigts, répondu à plus de mails que je ne l'avais fait en une semaine pour mes deux anciens patrons, et vu défiler dans mon bureau plus de tailleurs jupes qu'il ne pourrait en rentrer dans mes trois grosses valises. Je boucle mon dernier compte-rendu puis relis les deux dossiers de présentation que m'a demandés de lui préparer M.Walsh pour ses réunions matinales de demain.

 Un coup d'œil au planning de la semaine et aux modifications qui lui ont été apporté, je synthétise le tout sur une note que j'imprime. Un verre d'eau, et je quitte mon bureau pour aller déposer le tout sur celui de mon patron. Il m'a dit vouloir toujours une version papier, au cas où. Ma montre m'indique qu'il est déjà plus de dix-neuf heures et je n'ai pas vu le temps passé.

 Dans le couloir, je croise encore plusieurs personnes mais il semblerait que je sois parfaitement invisible. L'effet « Assistante N° 3857» certainement. Alors que je m'apprête à frapper à la porte, mon bras reste en suspension car celle-ci s'ouvre sous mon nez, et un mur me rentre dedans sans aucune délicatesse. A tel point que j'en tombe à la renverse. Mon postérieur heurte violemment je sol, tout ce que je tenais dans ma main droite fini au même endroit que moi et mon poignet gauche craque car je me suis très mal réceptionnée. Une douleur vive irradie dans tout le bas de mon dos ainsi que jusqu'à mon coude gauche, et elle me coupe la respiration.

— Mademoiselle Johnson tout va bien ? s'enquiert la voix de mon boss qui se précipite vers moi.

 Heu ... non, ça ne va pas. Pas du tout.

— Je ... j'ai besoin d'une minute Monsieur.

 Je rassemble mes esprits et décide que je me suis assez humiliée comme ça. M.Walsh me tend sa main pour m'aider et un bruit de gorge trahit ma douleur quand je me relève - et probablement mon air horrifié.

— Vous devriez consulter un médecin Made...

 Quoi ?

— Non Monsieur, ce ne sera pas nécessaire, je le coupe dans son élan. Je ramasse les dossiers au sol. Je venais vous apporter ceci.

 Lorsque mes yeux croisent les siens, ce n'est pourtant pas lui que mon esprit aperçoit, mais l'homme qui se tient encore à ses côtés. «Le mur» qui m'a bousculée. Liam Kavanagh. Il ne dit rien.

— Je préférerais que vous m'apportiez tout en même temps Mademoiselle Johnson, me demande calmement mon patron. Et j'insiste sur le fait que vous devriez aller consulter, pour votre poignet au moins il est ...

— Merci j'y penserai Monsieur, je le coupe une nouvelle fois. Tout ce que vous m'avez demandé se trouve ici. Je retire les élastiques qui entouraient chacun des dossiers et les lui tends.

 Je ne comprends pas pourquoi il insiste pour que je voie un médecin, mais ce n'est absolument pas dans mon programme de ce soir. Et puis je ne voudrais pas qu'il mette fin à mon contrat au bout d'une journée à cause d'une petite blessure de rien du tout. Qui me fait un mal de chien.

— Tout ce que je vous ai demandé ? répète-t-il hébété.

— Oui Monsieur, y'a-t-il autre chose que je peux faire ?

Il ne répond rien et mes yeux choisissent sans mon autorisation de se poser sur l'autre silhouette, toute aussi grande que celle de M.Walsh, mais un poil plus massive.

 A vue d'œil, ils mesurent tous deux dans les un mètre quatre-vingt-cinq, mais huit à dix bons kilos doivent les séparer. De muscles, les kilos. Là où le regard de mon patron est sympathique bien qu'il fut libidineux à certains moments, celui de « mon autre » boss est froid comme la glace après une tempête de neige à l'ère glaciaire. Et tempête, c'est aussi le terme adéquat pour décrire ce qu'il se passe en moi à cet instant.

  J'ai très chaud, y compris dans des endroits où ce n'est pas permis, en particulier à cause de son patron. Je pourrais mentir et mettre cela sur le coup de stress de me retrouver devant cet homme mais soyons honnête : ce type est un Dieu. Dieu de la beauté ... et de la froideur. Dans son costume anthracite, la couleur de ses yeux n'est que plus accentuée. Mais tout à coup, c'est une autre pensée qui me vient : Ce type est non seulement froid, mais aussi malpoli ! Il ne s'est même pas ...

— Vous comptez rester planter là jusqu'au siècle prochain ? me coupe-t-il sèchement dans mes pensées.

 Et je ne sais pas pourquoi, mais mon corps décide qu'il est plus que temps de ne plus se laisser marcher sur les pieds sans penser aux conséquences.

— Je ne sais pas Monsieur, je lui réponds les yeux dans les yeux. Comptez-vous vous excuser au siècle prochain de m'avoir bousculée ?

 Oh mon Dieu ... Il va me virer dans quatre, trois, deux ...

— Je vous demande pardon ? gronde-t-il tandis que son bras droit est lui mi-horrifié mi-amusé si j'en crois ses traits.

 Ma température corporelle augmente sensiblement et cette fois, rien à voir avec de l'attirance, non, c'est de la peur, pure. Un énorme coup de stress accompagné par un poids qui prend racine dans mon estomac.

 Mais pourquoi j'ai dit ça ?

 J'ai besoin de ce job et s'il me vire déjà, Mme Darmont risque de ne plus vouloir me trouver quoi que ce soit. Mais mon corps a raison, je préfère me faire virer pour avoir voulu des excuses que de me laisser piétiner, et de changer de cap au risque de passer en plus pour une fille qui n'assume pas ses paroles.

— Au ton de votre voix je ne pense pas me tromper en disant que vous avez parfaitement compris mes paroles Monsieur. Vous m'avez bousculée, je suis tombée sous vos yeux, et vous n'avez même pas daigner bouger le petit doigt pour venir m'aider ! Alors j'ose espérer que votre éducation va au moins vous pousser à vous excuser, c'est un peu le minimum syndical il me semble ! je lui lance sans le quitter des yeux - Au risque de m'y noyer.

 Il se tend, les muscles de ses mâchoires tressautent et ses yeux ... me foudroient. Je sais ce qu'il va se passer, mais tant pis, je tiens bon. Je suis venue ici, portée par le hasard pour reprendre les rênes de ma vie. Un hasard qui m'a aussi permis de découvrir que j'étais trompée. Je peux au moins remercier M.Dickman et la pas tout à fait divine providence de m'avoir fait rentrer chez moi plus tôt ce jour-là. Enfin, chez Cooper.

 Plus certain que j'ai un jour réellement été chez moi sous son toit.

 J'ai traversé tout le pays pour m'éloigner de la trahison, découvrir qui je suis et ne plus faire les mêmes erreurs que pas le passé. Au pire, j'irai postuler chez McDo! M. Walsh se racle la gorge puis tente :

— Liam écoute, laisse-moi gérer ce...

— Je vous présente mes excuses Mademoiselle, dit-il du bout des lèvres comme si ces mots le brûlaient ou lui écorchaient la langue.

 Puis sans me laisser le temps de répliquer quoi que ce soit, il passe à côté de moi en me frôlant sans me demander de me décaler et disparaît dans son bureau en claquant la porte. Ce contact d'une seconde à peine qui met mes sens en alerte bien plus que de raison. La peau de ma nuque crépite tant à se rapprochement qu'à l'odeur de son parfum qui vient emplir mes narines. Le reste de mon corps se couvre de frissons que pas même le froid New-Yorkais n'avait réussi à me coller. Mais à l'intérieur, c'est le feu de camp.

 Qu'est-ce qui me prend ?

 Cooper ne m'a jamais fait cet effet. Avec lui, c'était plutôt un long fleuve tranquille, sans effusion particulière. Mais encore une fois, ça m'allait, et je ne m'étais jamais demandé si l'herbe n'était pas plus verte ailleurs, contrairement à lui qui broutait un gazon. A défaut d'entretenir le mien, me dis-je. Et non content de parfaire ses compétences de jardinier, il s'était aussi visiblement découvert une passion pour la tuyauterie, Cooper le plombier ...

Reprend-toi Elly ! Je me fustige intérieurement de cette évasion inopportune. Non mais pour qui il se prend ce malotru ? J'attire les patrons cons ou quoi ? Oh ! Rien que de le penser, ça me fait du bien ! J'ai rarement juré, mais bon sang, ça fait un bien fou !

— Mademoiselle Johnson, suivez-moi dans mon bureau je vous prie ...

 Bien. Cette aventure aura duré moins de dix heures. Je regarde une dernière fois la vue extraordinaire qu'offre les immenses baies de ce bureau. Même de nuit, ça vaut le coup d'oeil. Des barres d'immeubles plus hautes que d'autres semblent narguer les plus petites. Cette pensée me fait sourire ... Il va peut-être falloir que j'apprenne à me fondre dans la masse ou à appliquer les règles de cette nouvelle ville qui veut déjà me happer toute entière ... ou pas.

Bienvenue à Silicon Alley, Elly !

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