Epilogue Partie II

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— Walsh, tu prends trop de place, bouge ta citrouille sous OGM je vais mourir étouffée ! Un four à pizza dégagerait moins de chaleur que toi, roule plus loin ma vieille !

Je ne peux m'empêcher de pouffer en l'entendant grogner sa tête sous son oreiller, ma petite truie des îles. J'exagère, mais je prends bien trop de plaisir à la taquiner. C'est qu'elle court beaucoup moins vite qu'avant, alors autant en profiter tant que je le peux. Le lit qui trône au centre de notre chambre est si grand qu'à huit adultes, nous ne serions pas des sardines en boîtes.

Pourquoi veux-tu être huit dans un lit ?

No comment. Liam me satisfait parfaitement, pleinement, délicieusement. Et pas que dans un lit... Ma peau moitie se hérisse dans une bouffée de bien-être.

Cette constatation libidineuse m'inspirant une débauche dévorante qui me scie le bas-ventre vite mise de côté pour ne pas réveiller mon manque du corps de mon homme, j'entame un pianotage sur ses côtes par-dessus son débardeur en soie blanc. Elle contracte ce qu'elle peut mais finit par céder à son éclat de rire. Ce petit chant fait d'autant plus se gonfler mes poumons, de l'amour infini que je porte à cette femme. Je me blottie contre elle, sans son dos, ma sœur de cœur, ma Pumkin à la tignasse de feu que j'imagine étalée dans tous les sens. Elle aussi sent bon. L'une des fragrances nécessaires à mon bonheur. Je veux jouir pleinement du vertige merveilleux que m'apporte ce moment.

— Comment tu m'as appelée ?

— Walsh, réponds-je les sourcils froncés sans comprendre sa question.

— Oui mais pourquoi tu m'appelles comme ça ?

Je me raidis à sa nouvelle interrogation suintant l'incompréhension qui l'habite. Mon cerveau lui-même perd le mode d'emploi quelques secondes, égaré dans des images embrumées qui l'assaillent soudain. J'ouvre lentement un œil, ou du moins c'est bien l'impression de ralenti que je ressens, puis le deuxième, le souffle en berne. Des rayons de lumière vive percent à travers les interstices du store de la baie vitrée pas totalement abaissé. Je doute même d'où je me trouve. Me voilà totalement déboussolée dans un trou noir à cause d'une splendide rouquine. Heureusement, cela me dure pas, une voix calfeutrée et déformée venant tout remettre en place sur les étagères de ma bibliothèque :

— Tu m'as appelée Elly ?

Neve nous rejoint en sautillant, sa brosse à dents dans la bouche ayant entendu son nom. Leur nom. Ma peste de meilleure amie se laisse une nouvelle fois gagner par son hilarité, fière de sa petite blague matinale, certainement pensée sur le pouce pour se venger de l'avoir tirée des bras de son sommeil avant que le réveil ne somme le glas de la présence obligatoire de M. Morphée.

Vilaine Mélia.

Ok. Elle a recommencé c'est ça ? présume à juste titre notre amie en roulant des yeux. Mélia, faut que t'arrêtes de vouloir la rendre chèvre !

— Elly, se redresse-t-elle lourdement pour s'asseoir, fais « mèèèhèhèèèhèèèè » pour voir ! me demande-t-elle les yeux dans les yeux et toute langue dehors.

Neve expulse son dentifrice n'y tenant plus. Je les aime au-delà de ce qui est exprimable, mais bon sang, elles contribuent grandement à l'extension de ma folie qui ne connait aucune limite !

Tant mieux pour ta thérapeute. Dommage pour le zoo que tu vas devoir entretenir.

— T'es vraiment une ... arghhh Amélia Walsh ! Tu as de la chance d'être pleine comme un Kinder Surprise, j'te jure ! Mais dès que tu auras expulsé ma surprise, t'es morte ma vieille ! Je n'oublie rien, rappelle-toi !

Prenant ma remarque au sérieux et dans un geste de protection du petit être qu'elle trimballe dans son ventre, elle resserre ses bras autour de sa gigantesque proéminence en me tirant la langue. C'est qu'elle va bientôt éclater, ma poule à l'œuf d'or ! Pour la plus grande joie du futur papa qui trépigne d'une impatience touchante, mais pas que. Depuis l'annonce de sa grossesse le soir de la Saint Sylvestre, nous comptons tous chaque jour les semaines qui nous séparent de sa due date*. Je me revois lui sauter dans les bras quand les mots ont passé la barrière timide -un comble- de sa bouche.

Ethan m'a ensuite révélé qu'ils avaient initialement prévu de nous mettre au courant à Noël, mais que ma meilleure amie s'était retractée au dernier moment. À cause de moi. Il ne l'a pas présenté comme ça, mais c'est ainsi que ma tête avait traduit ses mots qui se logeait en boule compacte et acide au creux de mon sternum. Elle craignait ma réaction, de me faire de la peine, alors qu'elle ne pouvait pas être plus loin de la vérité. Sans envisager une quelconque jalousie déplacée de ma part, elle se faisait du mauvais sang pour moi, alors qu'il n'y a qu'elle et son têtard qui auraient dû compter sur la balance de son euphorie.

Je n'ai jamais ressenti un seul microgramme de jalousie. Liam non plus, cela va s'en dire. Nous sommes heureux qu'ils le soient. Ils avancent ensemble sur leur chemin, nous marchons sur le nôtre, sans rancœur ni amertume. Aucune lamentation n'est à déplorer sur nos horizon. Liam a été incroyable, mais je n'en doutais pas. Il m'a aidé à ne pas me sentir moins femme d'avoir été amputée d'une petite partie de moi. C'était pour ça ou laisser gagner du terrain à la Salpingite qui me grignotait de l'intérieur à cause du streptocoque qui s'était tranquillement installé durant mon kidnapping. J'ai donc dit Adieu aux tampons depuis, entre autres. J'ai une trompe de moins, un suivi gynécologique mieux réglée qu'une montre suisse, des heures de thérapies derrière moi pour accepter les conséquences de cette infection sur ma fertilité, mais je suis vivante. Notre itinéraire devait simplement être différent du leur. C'est ainsi.

Mais tu es vivante.

Alors dans moins de cinq semaines maximum, le mélange de leurs deux ADN parfaits autant que parfaitement compatibles sera là ; enfin. Je pleurerai certainement presque toute l'hydratation disponible dans mon corps, mais ce sera pour fêter l'agrandissement de notre belle famille. J'ai toujours su que Mélia était ma sœur -et Taylor mon frère-, je n'avais pas besoin de lien de sang avec elle ou d'un papier pour le revendiquer. Pourtant l'endroit où nous sommes aujourd'hui, toujours côte à côte, souvent main dans la main, est une preuve de plus que nous étions destinées à rire ensemble à chaque étape de nos existences. À pleurer ensemble. À grandir ensemble.

— J'ai faim, se lève-t-elle difficilement du lit dans une tentative de me faire passer à autre chose, bientôt aidée par Neve qui accourt.

Ça tombe bien, moi aussi. De nourriture d'abord, et déjà mon estomac qui s'attèle à lancer des doléances plaintives sonores et caverneuses, de connivence assumée avec mes papilles et ma tête, dresse une liste non-exhaustive de tout ce qui me ferait particulièrement envie pour mon dernier petit déjeuner sans Liam. Sans celui qui manque à mes draps, mes bras, et le brasier qui se consume minute après minute oxygéné par le vide qu'il a laissé quand nous nous sommes dit au revoir il y a une semaine. Sept jours, huit nuits. Plus de cent quatre-vingts heures loin de la frénésie de nos baisers, de l'ardence de nos deux anatomies ne faisant plus qu'une dans à peu près tous les coins et recoins de notre nouveau nid douillet ; bien plus à l'échelle humaine que le Penthouse.

J'en arrive donc à la deuxième sorte de faim qui m'anime : l'envie viscérale de retrouver le goût addictif de cet homme dans ma bouche. J'ai l'horrible impression que ma langue est plus sèche qu'un rosier en plein désert depuis que mon rythme cardiaque ne sait plus comment être autonome.

— Vu la tête que tire Elly, elle aussi est affamée, nous lance Neve en s'esclaffant. Je crois qu'elle tuerait pour une sucette ...

— Parce que toi tu n'as pas envie de retrouver ton copain peut-être ?

Question purement rhétorique.

À son tour, elle me gratifie d'un tirage de langue, faussement vexée.

Il y a quatre mois, en février, lorsque Ethan et Mélia se sont dit oui devant plus de deux cent cinquante convives, nous avions appliqué le même petit rituel : une semaine d'éloignement de nos hommes pour enterrer comme il se doit le célibat de mon adorée. Neve était comme une enfant à quelques jours de Noël : absolument survoltée et impatiente de retourner se lover dans les bras de son amoureux, même si nous avons passé une formidable semaine cent pour-cent filles, accompagnée de Candace, la compagne d'Aaron. Puisque ma désormais-baleine pouvait encore prendre l'avion, c'est à Hawaï que nous étions allées paresser au soleil, et nous dandiner sur les pistes de danse le soir venu. Vu son état à l'heure actuelle, et loin d'en être dérangée, j'ai choisi la sécurité préférant même restée à New-York plutôt que de faire de la route, même pour deux heures. Mon petit précieux doit encore rester au chaud dans ce bidon démesurément gigantesque que je vais probablement cajoler dans moins de cinq minutes.

Je t'avais dit qu'ils faisaient de gros bébés, raille ma conscience en mode démon ce matin. Elle n'aura peut-être pas besoin d'épisiotomie, remarque ...

Et je ne suis pas prête à penser à ce genre de chose pour le moment. Le temps fera parfaitement son œuvre.

Consultant l'horloge numérique qui affiche huit heures trente-quatre, j'ouvre les volets roulants afin que la lumière chasse l'obscurité de notre chambre. La vue est à couper le souffle. Neve, Moby Dick et moi séjournons dans la même suite de ce palace new-yorkais. Candace et Reese sont au même étage, un peu plus loin. Nous passons nos journées à nous faire dorloter entre passages sur la table de massage, soins au spa et barbotage dans la piscine chauffée, le jacuzzi étant interdit pour Mélia. Nous nous empiffrons aussi de gâteaux pour ma plus grandes joie, mais ne lésinons pas sur l'apport en fruits de saison histoire de faire passer le tout...et de garder bonne conscience.

Ma rousse n'est plus à deux kilos près, tandis que Neve semble faire du corps à corps nocturne une disciple olympique, capable de faire brûler plus de calories en trois heures que d'arbres dans une foret un jour d'incendie et de grand vent. Candace se fout de son poids comme de son premier chignon. Quant à Reese, elle s'offre une semaine loin du comptage des calories et saura apte à tout perdre une fois rentrer chez-elle. Moi ... je m'en tamponne aussi. J'ai déjà dû suivre une régime alimentaire stricte juste avant le mariage de Mélia, hors de question que je retombe dans ce schéma. C'était pour la bonne cause, mais ce n'est plus nécessaire aujourd'hui.

Machinalement, je me dirige vers le menu sur la table basse du salon pour commander de quoi ne pas tomber en crise d'hypoglycémie. C'est que j'ai vraiment faim, et les prémices de petits vertiges se font ressentir. Mais hormis cette urgence alimentaire, je ne ressens aucune pression. Pas de stress. Pas d'appréhension. Pas de nervosité. J'ai simplement hâte de retrouver Liam, et de ne plus le quitter.

Sans savoir pourquoi, en consultant mon graal, je me fais la réflexion que si Neve épouse un jour Taylor -ce qui convenons-en, est sur la bonne voie même si leurs volcans éruptent de temps en temps-, il y aura eu un échange de nom de famille ! Scott sera devenue une Walsh, et réciproquement. Un rire m'échappe. La vie est surprenante !

— Tu dois être la future mariée la plus décontractée du siècle, tu le sais ça ?

Mélia m'enlace non sans mal avec son gros ventre qui prend de la place. Lui demandant visuellement l'autorisation, elle me la donne et sitôt, mes mains sont sur sa rondeur. Un long soupire d'aise fend le silence relatif de la pièce. Je place mes paumes au même endroit que d'habitude, espérant sentir le petit habitant qui se fait attendre mais doit encore prendre des forces. Ethan et elle n'ont pas encore révélé le sexe de cet enfant, mais ce n'est pas grave. Fille ou garçon, l'important, c'est que ce bébé soit aimé et en bonne santé. Me perdant à imaginer à qui il ou elle va ressembler, la voix doucereuse de ma meilleure amie, prenant un timbre inquiet, fait éclater mon songe :

— Tu me le dirais si c'était trop dur pour toi hein ?

Sûrement pas ! Et la question ne se pose même pas, je nage littéralement dans le bonheur. J'arrime mon regard heureux à ses billes anxieuses, déposé un long baiser sur sa joue puis lui chuchote à l'oreille, émue :

— Si tu pouvais ressentir le quart de la joie que j'éprouve aujourd'hui, tu ne me poserais même pas cette question. Tout est à sa place.

Je n'ai jamais eu besoin d'un papier pour officialiser mes sentiments, ni pour les hurler, mais épouser Liam, m'unir à lui dans quelques heures, c'est l'exception à ma règle. Je vais lui dire « oui », un an après avoir accepté sa demande sur cette plage paradisiaque, neuf mois après mon petit coup d'éclat devant plus de trois milles personnes et collègues, et un peu plus de seize mois après avoir débarqué à New-York pour y refaire ma vie. Pour trouver ma vie. Me rencontrer, moi.

Non, je ne regrette rien.

Si je devais tout revivre, je ne changerais absolument rien.

Tous les chemins mènent à Rome et sur mon sentier, il n'y a rien à jeter.

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