The End Is The Beginning Partie V

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 Mon sang ne fait qu'un tour et absolument tout s'efface autour de moi, comme si le noir s'installait. Ma salive s'évapore. Je n'ai plus rien à déglutir, ne reste que ma gorge assaillie d'épines de pin sèches. Les questions prennent une place phénoménale sous mon crâne. Mes tempes me lancent alors je me retrouve inapte à dire si mon cœur bat trop vite où s'est enfui. Il n'y a que mes yeux en panique et l'objet « messager de la nouvelle ». Ma météo interne s'assombrit dans un grondement animal que je ne peux entièrement réprimer et qui, à cause du micro, n'est en rien discret. J'entame cette lecture imprévue :

« De : Lyanor-Johnson@KMC./Holding.com

A: L-Kavanagh@ KMC.Corp/Holding.com

CC: E-WalshKMC.corp@ KMC.Corp/Holding.com <V.PDG> , K-Darmont-RH@ KMC.Corp/Holding.com <DRH>, N-Walsh@ KMC.Corp/Holding.com <D.F>, etc...

Objet : Démission ... »

     C'est quoi, ça ?

Exactement ce que tu crois que c'est.

    Je souffle, du moins je fais mon possible pour. Je déroule promptement la liste des destinataires qu'elle a mis en copie, même si j'ai déjà compris : tout le carnet d'adresses mails de nos employés. Des membres du C.A jusqu'aux agents de sécurité et d'entretien. Toutes nos filiales. Il doit y avoir des milliers de noms. Elle a sélectionné absolument toutes les listes de diffusion interne de KMC. Autant de paires d'yeux curieux qui doivent se délecter de son coup de tête public -et officiel- que je n'encaisse pas. Ni sur la forme, ni sur le fond. La suite ne semble pas faite pour me calmer, bien au contraire. Je suis le briquet, ce putain de courriel est l'hydrogène liquide qui va me faire déflagrer.

« Monsieur,

Par la présente, je vous notifie ma démission à effet immédiat.

À la lecture de mon contrat de travail que vous trouverez en pièce jointe, vous constaterez sans mal que dans la clause 5.1, alinéa 2 de l'article 8 nommé « rupture du contrat par l'une ou l'autre des parties » -que j'avais pris soin de négocier avec M. Walsh, dans mon intérêt comme dans le vôtre aux vues de nos précédents griefs-, que je n'ai aucune obligation de préavis ; clause dont j'entends à l'instant me servir pour reprendre ma liberté .»

     Je ne scrolle pas plus, par crainte que l'enchaînement ne soit bien plus défavorable à ma survie que ce que je viens de lire. Je réussis à capter le regard fugitif de mon frère qui doit avoir besoin d'un vermifuge tant son cul lui-même est mal à l'aise sur son fauteuil à deux cents dollars. Je ne m'attarde pas sur lui bien que j'aie à présent une idée plus précise de ce qu'elle lui a murmuré avant de mettre les voiles.

     Bordel de merde mais à quoi elle joue là ?

     Je me presse l'arête du nez puis énonce à l'attention du vice-P-DG qui me doit une explication:

— Merde Ethan mais dis quelque chose !

      J'enrage. Il se contente de hausser les épaules, les yeux en soucoupes et les mains mimant vaguement un « Que veux-tu que je fasse ? ».

     Qu'il l'ait retenue aurait été pas mal bon sang !

     Le tapage autour de moi reprend de plus belle.

     Il faudrait que je descende de la scène surélevée, que je sorte en courant pour la ramener par la peau des fesses. Chez moi. Chez nous. Je n'aurais pas dû la laisser partir hier. Il aurait mieux valu que je trouve autre chose qui n'impliquait pas de lui faire traverser le pays. À toujours vouloir préserver celle qui est mon bien le plus précieux sur cette planète, il semblerait que j'ai raté quelque chose qui a engendré ce moment. Je ne comprends rien à rien. Comme quoi, le QI n'est rien quand une femme court-circuite l'ensemble de mon processeur. Cette femme. Mes interrogations sont une détonation qui me fracasse avec sauvagerie. Je devrais bouger, oui, mais je suis hors d'haleine, les pieds dans du ciment déjà aggloméré. Mes muscles ne répondent plus aux stimuli de mon cerveau ; si toutefois il en envoie encore.

      Est-ce que tout ça est bien réel ? Non, je dois être en plein cauchemar. Lyanor ne peut pas m'avoir envoyé ce.mail.de.merde. Sa démission. Je réfléchis, mais tout mène à conclure que le réveil ne va pas tarder à sonner, dégageant cet atroce songe qui est trop vérace pour ne pas me conduire vers une crise cardiaque sans réanimation possible.

     Hier encore, elle me disait qu'elle allait bien. Elle m'a assuré m'avoir prévenu qu'elle se rendait aux toilettes pendant que je m'habillais, et je la crois. Si elle se ment parfois à elle-même, par crainte d'une vérité qu'elle ne pourrait affronter, elle n'est en rien déloyale.

Sa mère a gardé ce venin pour elle toute seule.

     « Ok pour un dîner, mais j'aimerais un dessert avec des framboises et de la crème pâtissière. C'est ma condition. Pas de resto. Pas de musique en bruit de fond. Pas de TV. Uniquement notre conversation, Liam ».

    Ce sont ses mots, qu'elle m'a envoyés ce matin par texto avant de prendre son vol. Bon, j'ai ma dose de ces conneries. Je me concentre puis déclare calmement en plissant les yeux pour tenter de la voir :

— Je sais que vous êtes quelque part dans la salle Mademoiselle Johnson. Si vous pensiez avoir trouvé la solution pour nous fausser compagnie en me transmettant votre démission par mail en plein séminaire, en prenant tous vos collègues à témoin, je suis navré de vous dire que ce plan n'était pas imparable. Je refuse votre démission. D'ailleurs, quel en est le motif, au juste ?

     Mes mots vont plus vite que ma pensée. La connaissant, la réponse doit être à portée de mon pouce. Des rires gênés camouflés par des éclats de toux s'élèvent.

— Tu n'as tout lu, Liam, suppose ma mère à voix haute.

      Bonne hypothèse, maman.

— Je veux l'entendre de votre bouche, Mademoiselle Johnson, dis-je en rangeant mon smartphone pour cacher mes mains tremblotantes. Je vous prie de nous rejoindre dans mon bureau M. Walsh et moi une fois vos confrères libérés.

— Je suis désolée de contrarier votre volonté, Monsieur le P-DG, réplique sa voix parfaitement maitrisée dans la vingtaine de haut-parleurs incrustés dans les murs, mais si j'ai pris la peine de rédiger ce courrier, vous pourriez avoir la politesse de le lire jusqu'au bout. J'admets que mon process est discutable, mais mon expérience m'a poussé à avoir recours à cette méthode. Il est difficile de retenir votre attention quand vous voulez éviter un sujet.

     Elle est bien là. Dans l'ombre, guettant de sa cachette mes réactions que je domine avec difficulté. Elle sait ce qu'elle fait, ou pas. Si elle avait mis ses mains à couper que je garderais mon sang-froid à cause des trois milles épieurs présents, c'est loupé. Si elle me pousse dans mes retranchements, je vais perdre mon self-control. Mon père et Ethan le sentent. Ils sont déjà debout.

— Vous avez donc toute mon attention, Mademoiselle Johnson, affirmé-je en réponse. Mais nous remettrons ce lavage de ... de je ne sais quoi, à vrai dire, à plus tard. Ce n'est pas le moment, tonné-je. Ni le lieu. Vous êtes une jeune femme intelligente et je concède que vous avez de la suite dans les idées, mais nous écouterons vos doléances à un moment ultérieur. Et en privé cela va sans dire.

     En privé, surtout.

C'est beau d'espérer, Liam, se bidonne ma conscience en pleine partie de gainage d'abdos.

Je ne lui veux pas à cette voix Pro-Lyanor. Je me doute qu'elle ne me rendra pas la tâche facile, ma dragonne. Mais c'est comme ça que je l'aime, même si là, je ne sais plus sur quel pied danser.

— Bien essayé mais comme vous l'avez saisi, je tiens à prendre mes collègues à témoins. Si telle n'était pas mon intention, j'aurais agi autrement. Et je n'ai rien à cacher, Monsieur, bien au contraire...

     Son timbre a changé. Il est plus mystérieux. Je me risquerais bien à dire que j'y décèle un voile de dérision, mais je ne m'y hasarde pas. Elle a toute mon attention. Elle a même accaparé le souffle de tout de monde ici. Manque plus que le pop-corn pour nos spectateurs dont aucun ne doit plus regretter d'avoir dû m'écouter pendant plus de deux heures. De nouveaux gloussements suppriment le silence quand elle reprend plus téméraire :

— Vous avez perdu votre langue Monsieur ? Ou peut-être avez-vous besoin que votre assistant vous fasse la lecture ? Vous ne nous avez pas habitués au portrait d'un homme dont l'éloquence se trouve ébranlée à la première embuche. Mais nous sommes tous humains, vous savez. Ne dit-on pas faute avouée à moitié pardonnée ?

     Je vais me réveiller.
     Il se passe quelque chose dans sa tête qui indubitablement mérite qu'on se penche dessus. Tout de suite. Fin du séminaire, un mail ira très bien à tout le monde, puisqu'ils ont l'air d'apprécié d'en recevoir des assistants, je vais leur en foutre moi, du courriel !

     Je parviens à reprendre contenance relative, fais craquer ma nuque et annonce :

— Ok, ça suffit, vous avez gagné, sorte...

— Lisez la suite Monsieur. S'il vous plait.

— Fais-le Liam.

      Mon père m'incite à lui obéir en me tendant son propre téléphone en contrebas de la scène.

     Je déroule le contenu du mail jusqu'à revenir où je m'étais interrompu dans sa missive et recommence à mi-voix :

— « Vous allez certainement vouloir savoir pourquoi bien que n'aie pas à vous donner de raison à ma décision -eh oui, je suis une bonne négociatrice ! (cf : la clause susnommée ).

Mais dans une volonté de transparence absolue afin que ne subsiste aucune incertitude sur mes motivations, je vous fais une fleur comme cadeau de départ :

Motif de ma démission ?

MON BOSS EST UN CONNARD !

Dominateur, arrogant ... et sexy.

( Liste non exhaustive ). »

 Putain !

En effet. Tu ne t'y attendais pas à celle-ci.

     Je comprends la surprise que son mail a levé.

 Je lis une fois. Mes mâchoires grincent. Une deuxième. Mes poings se serrent. Je ne suis pas assuré que les mots sous mes yeux soient réellement ceux qu'elle a posés. Je manque de confiance en moi comme si j'étais un analphabète après une cuite. Je déchiffre une troisième fois, le thorax sous compression d'un bloc de granit qui me paralyse. «Connard».

— Continuez.

     Sans air et sans salive ? Elle me prend pour qui, Superman ?

     Putain mais elle a écrit «sexy» ou j'hallucine ? je m'étrangle intérieurement.

—  Continuez. Le temps c'est de l'argent, non ?

 Je m'exécute car plus vite cette comédie terminée, plus vite j'irai m'enfermé à vingt-huit tours avec elle. Un placard à balais fera l'affaire.

Au point où tu en es.

     Non mais elle se rend compte de ce qu'elle est en train de faire, là ? Qu'elle souffle sur des braises dangereuses?

— « Et je parle bien évidemment de vous, Monsieur Kavanagh. Mais vous l'aviez compris, n'est-ce pas ? Notez que le dernier point relève grandement le niveau de vos autres attributs.

     Vous ne comprenez toujours pas ? Je m'en serai doutée ... je vous côtoie depuis des mois, Monsieur, et si votre charisme n'a d'égale que votre intelligence, je sais avec exactitude qu'à cet instant votre latence imite avec brio l'apoplexie d'une huitre avarier. »

     Je ferme l'application, renvoie son téléphone à son propriétaire amusé. Plus personne ne bouge une oreille. J'entends le bruit du silence cadencé par le rythme effréné des martèlements de mon palpitant affolé.

Mais elle a dit sexy, Liam

— Bon ok ça suffit ! Dans mon bureau !

— Sinon quoi ? Vous allez me virer ? me contre l'insolente qui joue avec mes nerfs.

     Elle se fout carrément de ma gueule la petite peste ! Elle se paie ma tête ?

      Un éclair que je veux de génie clignote soudain devant mes yeux. Je tourne sur moi-même en quête de la preuve :

— Ok c'est une caméra cachée ? Vous me faites tous une blague ?

—  Non. Mais je suis agréablement surprise, je pensais que vous perdriez patience avant.

— Vous trouvez ça drôle ?

Question purement rhétorique, Liam.

— Parfaitement. Ce que je trouve moins amusant en revanche, c'est que mon Boss, dit-elle avec insistance, m'ait dérobé quelque chose. Voilà, pourquoi je démissionne, Monsieur Kavanagh. Mais si vous me le rendez, je suis disposée à revoir mon positionnement. Une non-démission sous-condition, pour être plus explicite. Dans le cas contraire, je persiste et signe. Je renonce à mon poste malgré tous les avantages que ceci-ci qu'octroie.

     Je vais pour lui demander de quoi elle parle m'apprêtant à me barrer d'ici pour de bon, seule façon selon moi de mettre un terme à ce cirque, une main déjà en place sur mon micro pour le dégager, mais c'est son corps qui fait soudain barrière à ma carrure. Je me fige.

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