The End Is The Beginning. Part IV

11 minutes de lecture

Liam

     J'avale une gorgée d'eau en détachant mes yeux de la silhouette de celle qui me hante inlassablement H24. Non pas que je ne veuille plus admirer la seule femme qui a su enflammer ma torche, mais sa jupe crayon blanche avec son chemisier sans manche noirs à pois blancs, c'est une limite qu'elle ne devait plus franchir. Elle ne le sait plus, mais cette tenue a une signification pour moi. Pour nous. Elle la portait à L.A le lendemain de notre première nuit ensemble, quand je pensais qu'elle avait pris un vol pour rentrer à New-York munie du billet que j'avais déposé sa table de nuit. C'était la première fois qu'elle rentrer vraiment dans le moule vestimentaire des assistantes ; et des femmes en générale chez KMC. Pour me faire chier, elle me l'a confessé lors de nos vacances. Elle était aussi habillée ainsi quand Ethan a réussi à la convaincre de revenir après sa démission, et son emménagement forcé chez moi. Et le jour de notre partie de jambes en l'air aux archives.

C'est l'uniforme des étapes.

     Elle ne devait plus la mettre. Enfin si, comme accessoire pour un jeu très privé Assistante/P-DG dans l'intimité de notre appartement, mais c'est tout. Je balaie rapidement l'assemblée qui m'écoute religieusement dans cet amphi qui pourrait contenir deux lycées new-yorkais, puis reprends :

— Les restructurations de plusieurs services qui ont fait grincer des dents il y a quelques mois ont été une valeur ajoutée non négligeable au fonctionnement de l'ensemble de la communauté KMC. Nous entendions, Monsieur Walsh et moi-même, énoncé-je en regardant mon bras droit assis au premier rang, ainsi que l'intégralité du Conseil d'administration, les désigné-je, nous débarrasser des éléments retardateurs de votre créativité, votre efficacité mais surtout de votre motivation à faire partie du groupe. Des mauvaises ondes. Pas pour produire plus, mais mieux. La qualité de l'innovation et du travail en général doit être le graal face à la quantité que nos concurrents eux, recherchent. Chacun d'entre vous est une pièce d'un outil qui ne peut avancer sans les autres. Mais dès lors qu'un point de rouille apparaît, il est de notre responsabilité de faire ce qu'il faut pour que la plaie ne gangrène pas. Votre motivation est elle-même l'impulseur du dépassement de soi, de l'ambition, et d'un terme que nous voulons promouvoir : l'épanouissement professionnel, et personnel. Vous devez vous sentir bien dans vos ambiances de travail pour que votre dynamisme booste vos compétences. C'est en recrutant des personnes qui ont envie de se lever chaque matin pour faire avancer les choses que nos départements et nos filiales, quels qu'ils soient, seront les meilleurs dans leur domaine. Je vais répéter ce que j'ai dit il y a plusieurs mois : nous sommes le challenge. KMC n'est rien si le moteur de nos ambitions d'être les premiers n'est pas alimenté par vos soifs d'innovation. De travail. Individuellement et en équipe. Car le collectif ne fonctionne que si l'individuel est enthousiasme.

     Je marque une nouvelle pause. Je ne suis plus très sûr d'être en mesure d'aller au bout de cette conférence trimestrielle. Trop tard pour décider que des semestrielles feraient l'affaire ceci-dit.

C'est le cas de dire.

     Pour cacher mon agacement, je m'octroie une longue rasade d'eau fraîche, espérant que cela puisse contrôler les échauffements de mon sang dont la température semble prendre des degrés de minute en minute tant l'impatience me gagne. Je continue, toujours mobile sur la scène, mon micro d'oreille sans fil me permettant de ne pas rester statique et d'être bien entendu jusqu'aux derniers rangs -bien qu'il n'y ait que le premier qui m'intéresse :

— Les différents projets en cours de développement pour cette fin d'année ainsi que les objectifs de la suivante dont vous a parlés M. Walsh tout à l'heure, sont l'exemple même de ce que vous êtes capables de penser, de réaliser, dès lors que votre environnement de travail n'est pas parasité par des égos souhaitant seuls être valorisés. Ni par des individus trop frileux pour oser avancer sur le chemin de l'audace retardant ainsi son groupe tout entier par son indécision. La peur de mal faire, de l'échec, ne doit pas être le frein à l'imagination ni à l'entrepreunariat, mais vue comme la dose de raison qui fait de nous des personnes censées qui ne se prennent pas pour des dieux. L'échec est une notion présente dans toute victoire. Il faut parfois en passer par là pour améliorer ses idées, réajuster les perspectives, gommer les failles que nous n'avions pas vues. Nous attendons de vous que vous soyez les meilleurs possibles, même si cela signifie faire face à des déconvenues. Nous les assumons, ensemble.

     Je reprends ma respiration, me repositionne au centre tout en jetant un coup d'œil circulaire à cette foule silencieuse. Je ne vois pas tous les visages évidemment, car seul le plateau étant éclairé je ne distingue les identités que jusqu'au cinquième rang environ. Les trente-cinq autres, réparties en six colonnes sur cent quatre-vingts degrés sont donc sous couvert d'anonymat. Ils pourraient dormir la bouche ouverte que je ne le remarquerais pas. Je défais le bouton central de ma veste bleu Klein, tâte machinalement ma pochette intérieure gauche puis glisse ma main dans ma poche droite pour appuyer sur la télécommande afin de lancer le diaporama suivant sur les trois écrans géants derrière moi.

— Vous êtes tous KMC. Chacun d'entre vous est une pierre nécessaire à l'édifice, bien que nous ne le dirons jamais assez, nul n'est irremplaçable dès lors que l'envie ne le guide plus. Nous ne recherchons pas la perfection chez nos collaborateurs, mais des musiciens consciencieux et désireux de jouer une partition dans un orchestre aussi grand que le nôtre. Il n'y a pas de sous-secteurs, de sous-départements. Si les créatifs sont importants, les ingénieurs, les directeurs de projets, le développement ou le marketing et la com, les services juridiques, RH, de sécurité, financiers et même archives le sont tout autant. C'est ensemble que nous fonctionnons. KMC, ce n'est pas uniquement le conseil d'administration ou le dernier étage de la tour, mais l'intégralité du bâtiment ainsi que nos filiales et sous filiales. Si une branche de l'arbre ne pousse plus, c'est l'arbre tout entier qui est en proie au gèle.

     Mes yeux captent l'étoile de mon ciel même dans la semi-obscurité dans laquelle l'auditoire est plongé, assise entre Neve et ma mère, qui se lève sans me jeter un regard puis s'éclipse après avoir murmuré quelques mots à Ethan, surpris. Je ne sais pas ce qu'elle lui a dit, mais ça l'a grandement décontenancé. Lui aussi prend soin d'apprendre par cœur les lignes de ses mains pour que je ne décrypte pas dans ses yeux ce qu'il se passe. Il passe une paume sur son visage, ses lèvres tracent une ligne étrange quand il les aspire.

     Cette femme va me rendre chèvre.

C'est déjà fait Liam.

    Neve et Lyanor auraient dû rentrer tard hier soir. C'est ce qui était prévu. Qu'elles reprennent le jet une fois la rencontre entre elles, le staff de designers avec nos -je l'espère- futurs fournisseurs en Carbonado1. Ethan et moi avons déjà fait les présentations, il y a plusieurs semaines. Pendant la convalescence de Lya.

     Les négociations sont entamées sur la durée du partenariat ainsi que la quantité à leur acheter. Le dernier point étant le plus sensible. Ils ont une gestion de l'exploitation très stricte et ne feront pas d'extraction scandaleusement irraisonnée pour préserver autant que faire se peut la ressource. Cette démarche presque éco-responsable est tout à leur honneur. Rares, voire quasi-inexistantes, sont les sociétés avec une valeur morale sur la nécessité de passer le flambeau aux générations futures en ne dilapidant pas tout aujourd'hui. Ils pourraient se faire des centaines de millions de dollars. Plus. Rapidement. Mais ils s'y refusent. Ils conservent le secret du encore plus précieusement que ce qu'ils nous vendront. Mon père, lui, se porte garant de l'exactitude de la provenance.

     Ce doute levé, ne me restent que deux soucis. À ce sujet, j'entends. D'une part, pouvoir obtenir de quoi répondre à la demande, tenir sur la durée sans rupture de stock trop anticipé. Nous n'avons aucun doute sur les collections. Les études de marché sont aussi excellentes qu'encourageantes. Encore plus celles dessinées sur l'idée de ce diamant insolite. D'autre part, leur arracher l'exclusivité. KMC et sa filiale L'Ivy sont prêts à y mettre le prix. Que nous soyons les seuls distributeurs de ces diamants sombres sur le continent nous permettra de justifier les prix des lignes exclusives tout en contrebalançant les coûts sur les collections destinées au grand public. Les deals pour l'or ainsi que toutes les autres matières précieuses nécessaires sont d'ores et déjà sur papier. Les multimillionnaires ont les moyens d'y mettre le prix, il est temps de re-répartir les richesses en donnant accès à des produits somptueux à des Américains aux revenus plus modestes. La beauté ne soit pas être réservée qu'à l'élite.

     C'est notre manière, à ma famille et moi, de rendre hommage à Andrew Johnson. Nous nous sommes renseignés, il mettait un point d'honneur à rendre accessibles ses créations pour les portefeuilles qui ne débordaient pas de billets de cent dollars. S'il nous a laissés en héritage sa magnifique fille à qui Dieu merci la génétique a épargné les travers maternels, il nous a également offerts en patrimoine sa notion d'universalité de son art que nous entendons poursuivre via L'Ivy.

Modeste, ce n'est pas du tout le terme qui correspond à la beauté de Lya aujourd'hui-et cette beauté-là, je n'ai pas l'intention de la partager. Ni à ma tension à chaque fois que mes yeux se posent sur elle, que mon intention l'ait ordonné ou pas. J'attendais son retour hier avec impatience pour pouvoir discuter, ayant compris que j'avais trop retardé l'échéance. Ma peur bridait notre marche, elle a raison. J'ai aussi compris, je crois, ce qu'elle m'a dit entre les mots. Il fallait qu'on parle. Il faut qu'on parle.

     J'étais sur les starting-blocks pour passer l'accueillir à la sortie du jet et ne plus la lâcher de la nuit, quelle que soit la méthode à mettre en œuvre. C'était sans compter sur la possibilité que Neve contrecarre -involontairement- mes plans. « Nauséeuse et éreintée » elle a préféré rester sur place pour ne partir qu'aux aurores, laissant à ma tante Maureen le soin de pouponner. Lyanor n'a pas voulu que l'avion la raccompagne seule...

Déjà que j'étais froissé de devoir éloigner ma belle d'une manière aussi radicale hier après-midi, alors devoir supporter son absence en repoussant encore le moment fatidique quand j'avais trouvé le courage de plonger dans le vide, ça m'autre que dépité. Mais le conseil de mon père était avisé. Il avait raison, le nom de Campbell.Inc pouvait ressortir à cette réunion... avant même que je n'aie eu le temps de révéler la vérité à Lya, donc, sur ce qu'il s'est passé avec eux...

Ce temps supplémentaire n'a pas été bénéfique.

     Heureusement pour ma santé mentale, nous avons pu échanger quelques messages furtifs au cours de mes réunions, mais j'avais des engagements jusqu'à vingt-deux heures trente heure local. Ma séduisante compagne, elle, devait déjà être avec Morphée à l'autre bout du pays quand j'ai été enfin libre. Elles ont déboulé à peine cinq minutes avant l'ouverture de la conférence et il n'était plus possible de nous isoler discrètement pour un aparté de bienvenue ; même urgent.

     Ce n'est que partie remise, je compte bien ne plus rien laisser gâcher mes plans dès que j'aurai donné le mot de la fin, d'ici une heure. Ethan doit reprendre la parole bientôt, ainsi que Neve pour qui ce sera la première prise de parole publique en tant que Directrice Financière de KMC.Corp.

    Je fixe d'instinct mes yeux sur mon père sentant depuis hier ses petits rictus qu'ils n'arrive pas à contenir. Il a débarqué dans mon bureau juste après que j'ai repris conscience, quand j'ai réalisé que ma très sexy partenaire en body n'était plus là. Mon paternel a bien compris ce que je venais de faire, en plus. L'état de mon bureau et surtout du sol l'ont mis sur la voie, puis le fait que je m'étais changé.

Pas aveugle le type.

     Je me suis senti comme un ado pris la main sous le pantalon devant un film porno. Sauf que je n'ai plus seize ans. Presque le double. Je ne devrais même pas avoir honte ! Lui en tout cas n'était pas gêné pour un sou, et y a même vue l'occasion de me balancer une image tout droit venue des archives de ce qui est à présent mon antre :

      « Ces murs ont vu des scènes obscènes bien avant ta prise de poste Liam ».

     Il a trouvé ça drôle d'infiltrer en moi le film de lui et ma mère en train de copuler comme des lapins. Moi, moins. C'est ma mère bordel de merde !

     Une rumeur générale m'arrive aux oreilles au moment où j'allais poursuivre mon discours en priant pour que les aiguilles de ma montre tournent plus vite. L'agitation des voix est un impact inattendu qui résonne comme un écho grave dans une vallée vide. Dans l'hémicycle, et en moi. J'examine l'assistance. Ceux que je peux voir. Tous ou presque smartphones en mains et yeux rivés aux écrans lumineux qui donnent à la salle une allure de concert. Je regarde Ethan, la même posture inclinée que les autres, les coudes sur les genoux les traits figés par la stupeur.

Des commères en bas d'un immeuble de quartier.

     Ma poitrine s'éprend d'une angoisse insolite. Je transpire tout à coup par tous les pores. Cette chaleur aride qui m'englobe malgré la climatisation est une fournaise qui me rappelle ma séance de sauna avec Lya à l'hôtel. Juste avant que nous ne nous laissions aller à des flammes bien plus ardentes dans un corps à corps spectaculaire. Mais pas le moment d'y penser. Une érection en public ferait mauvais genre. Mais pas sûr que je puisse en avoir une de toute façon, le stress que je sens grimper trop vite annihile toute possibilité de libido.

     Où est passé Lyanor bon sang ?

     Fébrile autant qu'attisé, je sors mon téléphone de ma poche en cherchant le regard des membres de mon clan qui eux m'évitent comme la peste mutée en choléra et échappée d'un mauvais labo chinois. Je ne trouve que celui de ma mère, mutine. Les discussions deviennent bruyantes. L'air quitte mes poumons. Plus encore lorsqu'un pop-up s'affiche sur mon écran tactile m'indiquant l'arrivée d'un nouveau mail en priorité haute. Je ne sais pas pourquoi, mais j'ai déjà l'intuition que je vais y trouver mes réponses. Mon pouce clique sans mon accord. Aujourd'hui encore, ma vision a été plus rapide. J'ai eu le temps de lire qui en est l'expéditeur- expéditrice : Lya, ainsi que l'objet de courriel : Démission.

Annotations

Recommandations

Line P_auteure
Quand Rose, jeune femme intrépide et un brin grande gueule fait ses valises un beau matin pour partir s'installer à l'autre bout du monde sans se retourner, elle sait ce qu'elle quitte, mais ne se doute pas un seul instant de ce qu'elle va trouver, là-bas. Pourtant, elle n'a pas choisi sa destination par hasard, mais rien ne l'avait préparé à un tel choc. Littéralement. Un camaïeu de couleurs, de gens, de cultures, perdu entre terre et montagnes, passé et présent, qui renferme bien plus de secrets que de réponses qu'elle n'était venue en chercher ; et pas que ...

Alors qu'elle pensait pouvoir se faire discrète, Rose s'aperçoit avant même son arrivée que ses prévisions étaient trop téméraires quand on a l'ambition de mettre les pieds dans une ville où même les roues ont des yeux et des oreilles. Une voiture capricieuse qui la lâche au mauvais moment et c'est la première secousse de son séjour pas réellement entamé, qui détruit définitivement son doux espoir d'anonymat. Une collision "titanesque" dont les tremblements ne sont pas que ceux de la tôle froissée.

A la tête des Dark Evil Lions, les bikers protecteurs de la cité, le ténébreux Titàn est l'incarnation même de l'attirante menace. Celle qu'on sait être agressive et prête à tout pour gagner, mais que l'on ne peut s'empêcher de vouloir toucher car irrésistible, et dont l'apparence n'est qu'une partie de la véritable valeur.

Accaparés par deux quêtes différentes, ils s'affrontent, se repoussent, se désirent, se haïssent, jusqu'à ce que la faucheuse elle-même ne sorte de l'ombre pour pointer de son outil aiguisé une question que nul ne se serait jamais posé: Qui est réellement pour eux, le plus grand spectre du danger ?

Doit-on vivre par amour, ou mourir pour lui?

Contient des scènes à caractère sexuel explicit
Public averti
Copie interdite, y compris utilisation des personnages dans d'autres œuvres

TOUS DROITS RÉSERVÉS©
Histoire protégée

Plagiat interdit selon Article L335-2, Modifié par LOI n°2016-731 du 3 juin 2016 - art. 44.
1117
250
275
1002
Aventador
"Qu'est-ce qui t'as tuée, Solenn?" Telle est la question qui hante depuis sept ans Zack, le dernier compagnon de Solenn Avryle, ex-icône du septième art hexagonal. Une disparition violente à laquelle Paul Werner, premier mari de l'actrice et figure de proue de l'extrême-droite nationaliste, n'est peut-être pas étranger...

Un portrait de femme empreint de poésie, la peinture toute en nuance d'une personnalité complexe à travers le regard amoureux de celui qui l'a le plus aimée.

NB : Ce roman est une fiction. Je ne fais partie d'aucun parti politique et mon récit n'a pas vocation à être un instrument de propagande. Ceci pour éviter toute interprétation déviante...

ISBN : 978-2-9573032-1-2
93
124
0
437
Brune*
À Elles...
56
89
13
11

Vous aimez lire Line P_auteure ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0