Sine Tempus. Vox Partie III

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Liam

— Vous vouliez me voir monsieur ? rentre-t-elle dans mon bureau en s'adressant uniquement à Ethan qui soupire bruyamment en s'approchant d'elle.

      Droite comme un i, le menton haut, pleine d'assurance et un air frisant l'insolence qui la caractérise quand elle veut me tenir tête, elle ne bouge pas. Sa petite robe noire en satin qui révèle ses jambes sculptées mais aussi qu'elle porte des collants, est une torture pour mes yeux avides de parcourir les rebondis de sa silhouette. La coupe du haut agrémentée de dentelle joliment placée met à nu ses clavicules que tous mes collaborateurs ont aussi pu voir. Ça m'a rendu vert de jalousie. Je veux être le seul à pouvoir admirer son grain de peau soyeux. Le seul à profiter de cette vue.

— Vous savez quoi ? Débrouillez-vous ! nous lance-t-il avant de déposer un baiser sur sa tempe droite. Et Bravo Elly, tu m'as refait ma journée ma belle ! Mélia va être fière de toi. Moi, je le suis.

     Enfin seuls. Merci Seigneur !

Bonjour le guet-apens.

— Lyanor ?

    Elle hausse les épaules et pivote sur ses talons aiguilles pour me planter là. Encore. Mais cette fois, elle ne m'aura pas aussi facilement. Je me précipite pour lui barrer la sortie de mon bras, donne deux tours de clés dans la serrure comme sécurité. Muette, elle inspire profondément comme ultime parole pour transcrire l'irritation qu'elle ne hurle pas. Cette négation de ma personne me fait mal, mais je prends sur moi. Elle n'a pas du bien vivre de se retrouver nez à nez avec une porte verrouillée ce matin- sans savoir que je suis un récidiviste du fait. J'ai mes raisons. J'en ai même une excellente, mais je ne peux pas le la lui révéler. Pas encore. Ce serait comme la positionner devant un panneau publicitaire géant affichant un petit bout de notre passé sans être convaincu qu'elle est prête à encaisser. J'ai besoin de signes, de la certitude qu'elle est prête à me pardonner mes silences avant de lui ouvrir les yeux sur ce qui est dissimulé.

— Parle-moi s'il te plait, glissé-je à son oreille en me positionnant derrière elle.

      Je dégage ses cheveux ondulés qui me gênent, hume ses effluves qui exacerbent toutes mes convoitises et embrasse son épaule. J'entreprends de remonter jusqu'à son lobe, mais elle instaure immédiatement une distance entre nous qui me glace jusqu'à l'os. Mon cœur bat à tout rompre de cet uppercut douloureux que son recul m'envoie. Je veux retrouver sa chaleur, la serrer fort contre moi et ne plus la lâcher.

Ce n'est pas gagner.

     Elle se retourne. Ses yeux se lient aux miens dans un contact visuel exprimant une montée sur le ring. Je la connais, elle a probablement quatorze scénarios en tête pour expliquer mon comportement, mais aucun n'est juste. Je redoute ce que son imagination fertile a pu lui souffler. Je perçois d'ici les rouages de son cerveau. Une bouffée d'angoisse m'envahit.

— C'est toi qui ne me parles pas Liam. Alors ne me reproche pas mon manque de conversation aujourd'hui. Tu me fuis même quand on est ensemble. Je ...je... hésite-t-elle, lasse.

     Elle secoue la tête de droite à gauche, cherchant ses mots. J'entends les murmures de la peine que j'ai installée chez elle. Je me plains de la distance qu'elle vient d'instaurer, mais je ne peux plus ignorer celle que moi, je nous ai imposés toutes ses semaines. J'ai entrepris de la séduire de nouveau, et dès qu'elle est revenue dans mes bras, j'ai enfilé un costume de chaperon pour que les choses n'aillent pas trop vite entre nous.

     Bien sûr que j'ai envie d'elle. Ça me bouffe de ne pas pouvoir assouvir le moindre de ses désirs, des miens loin d'être chastes, mais aussi intense soit mon amour pour elle, nous n'en sommes pas au même point sur le chemin de nos sentiments. Lui faire lire une vérité trop tôt, c'est risquer, peut-être, qu'elle me tourne le dos pensant que je l'ai abandonnée avec ses vides. Que je ne me suis pas battu pour nous avant qu'elle n'aille mieux.

— Est-ce que j'ai fait quelque chose Liam ?

— Pardon ?

     Sa question d'une voix tremblante me désarçonne un peu plus. Je gomme d'un pas notre espacement, migrant avec espoir vers des températures plus clémentes pour moi. Pour nous. Ma conscience me conseille de bien choisir chacun des mots que je vais prononcer.

     Ma sirène aux yeux de pierre précieuse m'a pris dans ses filets il y a des mois et je n'ai pas l'intention de m'en libérer. Je me saisis de sa main que je porte à ma bouche. Je sais qu'elle est sensible à ce petit geste vertueux. Une vague de frissons flambants fait s'évaporer une partie de mon anxiété quand je vois qu'elle me laisse faire, fermant même les yeux quelques secondes. Lorsqu'elle les ouvre, je suis de nouveau frappé par son regard tourmenté. Ma réflexion tourne à vive allure pour trouver une solution avant l'explosion que je vois se profiler. Si seulement je savais comment mettre toutes ses émotions négatives sur pause pour ne lui laisser ressentir que les positives. Mon père m'a dit de l'écouter, de la comprendre sans la juger. Que c'est le meilleur moyen de la chérir et de lui prouver que je suis son allié et non son adversaire.

— Est-ce j'ai fait quelque chose, Liam ? Avant, je veux dire ? répète-t-elle plus assurée. Avant que ma mémoire ne décide qu'elle ne m'était plus indispensable. Avant que je ne me réveille en novembre, avec une notion erronée du calendrier, pour apprendre que nous étions en juin. Avant que je n'apprenne que ma vie était un château de carte truquées sur lequel la providence a bien voulu souffler pour me faire tout recommencer.

     Je ne vois pas du tout où elle veut en venir. Si elle croit qu'elle est fautive, elle se trompe lourdement.

— Non, Lyanor. Absolument pas. Qu'est-ce que tu penses encore ?!

— Alors quoi ? Tu regrettes de m'avoir dit oui il y a trois semaines et tu ne sais plus comment te débarrasser de...

     Esprit de merde, le retour.

     Je la ramène vers moi d'un geste leste pour sceller nos lèvres et la faire taire d'une fantastique manière, une de mes mains s'agrippant à la base de sa nuque pour ne pas perdre un millimètre entre nous. Lya hoquette de surprise mais m'accepte. Ma bouche s'écrase violement sur la sienne, ma langue la pénètre sans sommation entamant une cadence frénétique qui désagrège une partie de mon self-control. C'est un baiser rude, féroce et urgent qu'elle me rend avec une passion ébranlante. C'est ma manière de lui prouver que sa paranoïa n'a pas lieu d'être. Je vis pour elle. Je respire pour elle. Mon seul regret est de devoir passer mes nuits loin d'elle, de ne plus l'avoir pour moi ; chez nous. Là où je sais qu'est sa place. Mon remord de n'avoir su la protéger.

     Je la plaque farouchement contre un pan de mur. Elle en profite pour venir se frotter comme elle ne fait à chaque fois. Mon érection est déjà douloureuse et bien trop à l'étroit. La calmer ne va pas être aisé, surtout avec le corps de celle que j'aime plus que tout qui l'excite et ses gémissements qui me mettent véritablement au supplice. Je m'abreuve de chaque son qu'elle émet tel un affamé après un jeun.

     Manquant d'air, nous devons nous séparer. Mais ma déesse n'a pas dit son dernier mot, comptant bien profiter de la situation pour obtenir ce qu'elle désir : moi, en elle. En même temps comment l'en blâmer ? Je suis à l'initiative de cette danse lascive au doux goût de préliminaires. Or je ne veux pas perdre totalement pied. Pourtant, je n'arrive pas à reculer.

     Notre étreinte devient de plus en plus vorace. Plus décadente. Nos gestes pour désordonnés. Notre excitation plus enflammée. Je bous. Ses mains se perdent dans mes cheveux sans douceur. Son souffle s'accélère tout comme le mien. Dans ma redécouverte de son corps, je caresse ses jambes puis le haut de ses cuisses en remontant sa jupe, jusqu'à la lisière de ses sous-vêtements et crois devenir complètement aliéné quand je sens comme des lanières me faisant penser à des jarretelles.

      Bordel, elle n'a pas fait ça quand même ?

     Ses doigts partent ensuite à la conquête des boutons de ma chemise et c'est là qu'il me faut toute la volonté du monde pour ne pas lui céder. Je la retiens par les poignets pour l'immobiliser. Lyanor se fige, essoufflée par le rythme de nos baisers, les lèvres gonflées, cessant son déhanchement érotique contre moi. Son regard brumeux se teinte de déception. Cette vision m'est difficile à supporter. Je doute une seconde, puis c'est le court-jus dans mon cerveau.

     Lyanor fait plusieurs pas en arrière et en trois gestes maîtrisés, sa robe se retrouve à ses pieds. Mes yeux bloquent sur son corps parfaitement féminin à demi-nu devant moi. Mais ce n'est que le début de mon martyre. Je manque d'exploser dans mon pantalon quand je comprends que j'avais raison. Lingerie fine et porte-jarretelles il y avait. Vêtue d'un micro body très échancré en dentelle sans bretelles, avec des balconnets qui lui font remonter sa poitrine que je crève d'envie de dévorer sans délai, elle est à se damner rien que pour avoir le droit de la regarder.

— Tu aurais peut-être préféré passer du temps avec Sonja ? questionne-t-elle durement.

— Putain ! Quoi ? m'étranglé-je.

— Apparemment elle s'y prenait mieux que moi. Alors je te repose la question. C'est quoi mon problème ? Je suis trop jeune pour toi ? Mes seins ne sont pas refaits ? Ma taille n'est pas assez fine ? demande-t-elle en caressant les parties qu'elle cite. Ma bouche n'a pas un curriculum vitae aussi fourni d'expériences qu'elle ?

      Elle n'y est pas du tout. Sonja ne m'a pas fait le quart des attentions que m'a octroyées Lya depuis que nous sommes intimes.

— Ne dis pas de conneries ! Sonja n'a rien à t'envier crois-moi ! Il n'y a rien de comparable, et je ne sortais pas avec elle ! Tu es magnifique Lyanor. Tu vois bien dans quel état tu me mets à chaque fois que tu m'embrasses !

— Alors explique-moi ! s'écrie-t-elle peinée. Dis-moi pourquoi je ne peux pas te toucher Liam ! Eclaire-moi ! Tu refuses que je te voie nu mais j'ai déjà caressé ta peau ! On a déjà couché ensemble en plein milieu d'une cuisine ! Je suis certaine que tu n'as pas de cicatrice à cacher là-dessous, tamponne-t-elle mes pectoraux du doigt. C'est forcément moi le problème !

— Nous ne sommes pas pressés.

     Putain si je suis pressé comme un étalon qui veut gagner une course !

     Ahurie par ma réponse, visiblement blessée, elle place sur main sur son buste comme pour protéger sa peau de ma vue puis remonte soudain prestement sa robe cachant sa nudité, prise de pudeur.

Bravo, Liam. Bien joué, se réveille ma conscience.

— Il fallait le dire tout de suite que je devais prendre un rendez-vous pour me faire sauter ! maugréé-t-elle amère. Je n'ai pas reçu ce mode d'emploi par mail, moi. Mais l'autre peau de vache doit connaître le règlement par cœur, elle.

— Mais putain Lya qu'est-ce que tu racontes ! Reste ici ! Je ...

Je me poste devant la porte qu'elle entendait ouvrir. Non !

— Tu ne comprends pas !

— Alors explique-moi, rétorque-t-elle calmement en posant sa paume contre ma joue.

     Son toucher affectueux a toujours sur moi ce pouvoir électrisant. Elle est la seule à m'avoir fait ressentir ça. Elle sera la seule.

— Je suis prête à t'écouter. Pourquoi tu ne me fais pas confiance ? s'enquiert-t-elle tristement. Qu'est-ce que j'ai fait Liam dans ces hier que j'ai oubliés ?

     Elle m'a appris à aimer. À l'aimer elle. À tourner mes pages gribouillées à l'encre de mes craintes pour laisser place à notre œuvre commune écrite de la plus belle des plumes. Elle a fermé un livre au genre horrifique pour me faire découvrir la romance. Il y a eu suspense, oui. Des péripéties à n'en plus finir, mais nous ne serons pas l'exception au happy ending, c'est une promesse que je m'engage à tenir pour nous deux. Nos retrouvailles ne seront pas l'épilogue de notre histoire, mais j'espère que nous ne sommes pas loin du paragraphe de nos déclarations faites d'une seule voix. Celui qui joindra nos deux mains pour d'infinis lendemains.

— Je ... on ... commencé-je sans avoir la moindre putain d'idée de ce qu'il convient de faire pour rattraper la situation qui est en train de m'échapper.

Loquace, Liam.

     Un rire sans aucune once joie lui échappe.

— Merveilleuse démonstration de votre éloquence tant réputée et citée en exemple dans les journaux et jusqu'aux bancs d'universités, monsieur Kavanagh. Votre notoriété devrait alors peut-être être uniquement basée sur votre statut de célibataire milliardaire, en effet, grommelle-t-elle en référence à cet article à la con qu'elle a bien eu sous les yeux. Tu sais quoi ? Oublie, m'empêche-t-elle finalement de m'exprimer.

Amnésie sur commande ?

     Sa main droite ouverte en suspension entre nous semble vouloir signer une fin que je refuse d'interpréter tant ce mot est antonyme à ma volonté.

— Que j'oublie quoi Lya ? Lyanor ?

     Le visage incliné, une expression indéchiffrable froisse la finesse de ses traits. Je la prends doucement par les épaules, mais elle se défait doucement de ma prise sans me quitter des yeux.

— Tu me parleras quand tu en auras envie, d'accord ? Je ne peux pas t'obliger. Quand tu seras prêt, tu sais où me trouver.

— J'ai peur Lyanor.

     Je crève de trouille. Mon fichu cœur rate plusieurs battements, persuadé que si elle sort, quelque chose sera cassé.

— Je ne comprends pas, dit-elle sans se retourner, face à la porte.

     Je la rejoins, collant mon bassin à ses reins. Le souffle quasi-inexistant, mes palpitations martelant avec bestialité ma poitrine, je murmure une partie de ma vérité que mon âme elle-même m'implore de lui exposer :

— J'ai peur que tu te réveilles un matin, que la mémoire te revienne soudain mais que tu ne te souviennes que d'une partie de l'histoire. Pas la meilleure partie, avoué-je la gorge serrée et les mains moites d'appréhension. Celle où j'étais seulement l'homme froid et imbu de lui-même que tout le monde décrit ici avec des qualitatifs peu reluisants bien qu'on ne peut plus mérités. J'ai peur que tes souvenirs salissent ce que je veux que tu voies de moi aujourd'hui, que tu dresses un mur plus haut que l'Everest et que tout ce qu'on a commencé à avoir disparaisse en même temps que le passé reviendrait. J'ai peur que tu me détestes...

— C'est ce que je dis, m'interrompt-elle se pivotant pour aimanter nos regards, le sien empreint de regrets. Tu ne me fais pas confiance. Tu ne me crois pas quand je te dis que je veux marcher en regardant devant moi. Tu ne me crois pas quand je te dis que je me fous des hier et que j'ai envie de profiter des aujourd'hui. De tous les Carpe Diem que la vie a à m'offrir. Tu ne me crois pas quand je te dis que j'ai accepté de laisser le passé derrière moi, de le conserver enfermé dans un tiroir dans le trou noir de ma mémoire. Tu ne me crois pas quand je te dis que j'accepte de faire le deuil de ce que j'ai pu être hier pour me réinventer jour après jour. Tu ne me crois pas et c'est ce manque de confiance qui toi, te bloque dans un passé qui m'a laissée de côté...

— Attends Lya...

— En revanche tu me penses sacrément naïve pour accepter de croire que toi et moi nous sommes devenus amis comme j'ai pu le devenir avec Ethan. Vous avez le même ADN qui coule dans vos veines mais si quelqu'un s'est amusé à te surnommer Iceberg-PDG, en pas que, à en croire les bruits de couloirs, ce ne sont absolument pas les sobriquets qui sont attribués à notre Vice-PDG. Même si j'ai envie de t'embrasser quand tu passes près de moi, j'ai aussi parfois le souhait assumé de t'étrangler, Liam. Alors forcément, avant de goûter à tes lèvres, j'avais probablement l'ambition mirobolante de te la faire fermer avec un immense rouleau de scotch tant tu m'impressionnes dans ta capacité à m'horripiler. Et je ne dois pas être la seule. Ni à rêver de me coller à toi dans des positions pas du tout catholique, badine-t-elle, ni à secrètement m'imaginer en train de t'étriper à l'aide d'une pince à épiler rouillée.

Cette fille est un démon.

     Ses paumes posées à plat sur mes pectoraux friants de ses caresses me somment de lui rendre un peu d'espace. Elle se tait plusieurs trop longues secondes. Je devrais lui dire les mots qui me brûlent la langue pour expier la sensation de fonte qui détruit mon thorax. Mais je n'en suis pas capable. L'air me manque. Parler me demande un effort trop surhumain. Celle dont j'ai besoin pour respirer se tient à quelques centimètres mais notre conversation paraît creuser un gouffre auquel je ne m'attendais pas. Un canyon escarpé.

Un virage à cent quatre-vingt degrés pas prévu sur la carte.

     Je la sonde, tendu, cherchant à anticiper là où elle veut en venir. J'entrevois déjà la claque dans la tronche que je vais me prendre si je ne rectifie pas le tir. Ses mains remontent paisiblement jusqu'à ma mâchoire, viennent encadrer mon visage. Ses pouces ripent sur les poils courts de ma barbe. Cette lenteur accentue mon inquiétude grandissante. Je me perds dans la profondeur de ses iris, les laissent m'engloutir tout entier. Je suis un.putain.de.masochiste, mais si c'est ce qu'il me faut subir pour me sentir ressusciter, la laisser me paralyser pour ensuite venir me sauver, alors j'accepte cette condamnation à bras ouverts comme une marche vers ma définitive rédemption.

— Ce qui m'intéresse moi, chuchote-t-elle contre mes lèvres en humectant les siennes, c'est de ne plus reproduire mes erreurs du passé. Huit mois se sont effacés, je ne sais pas pourquoi eux. Pourquoi pas plus ? Pas moins ? On ne le saura jamais. J'ai failli épouser un homme qui ne m'aimait pas et que je n'aimais pas plus en retour, simplement pour faire ce que l'on attendait de moi. J'étais la fille sans parents présents à la voie toute tracée, mais sans réelle voix pour crier un désir perçant de liberté. Je ne suis plus cette personne Liam. J'ai évolué, j'ai changé. J'ai soif d'indépendance et encore plus d'identité. Alors si je suis pour moi le meilleur des témoignages que l'on peut muer en si peu de temps, qui serais-je pour ne vouloir croire en hier que comme étant la seule absolue vérité ?

— Lyanor il faut quand même...

     Sa déclaration calme et raisonnée me fait vaciller face à tant d'assurance dans ses paroles, mais elle ne me permet pas de droit de réponse, scellant nos bouches dans un baiser qui lui me semble désespéré. Nos langues se racontent leurs propres croyances, nos corps se soudent avec force, et quand Lyanor se détache finalement de moi, une larme solitaire roulant sur sa pommette dézinguant un nouveau morceau de mon cœur, c'est pour prononcer son ultime décret :

— Qui que tu aies été, quoi que tu aies fait avant, ce qui m'intéresse et m'importe c'est celui que tu veux être maintenant, affirme-t-elle en traçant des cercles sur ma poitrine. Mais si tu ne me fais pas confiance, alors tu n'as pas non plus foi en un potentiel toi plus moi. Le problème n'est donc pas seulement le passé, Liam. C'est aussi le présent qui se retrouve bridé, amputé avant même d'avoir débuté. Je n'ai pas le pouvoir de forcer les choses, ni de débloquer quelque chose qui peut-être ne doit pas l'être. Je ne veux pas avoir des espérances pour rien.

     J'ai peur de comprendre entre les mots qu'elle n'énonce pas.

     Je n'ose pas bouger. Je déglutis péniblement. Lyanor entame une séparation physique qui m'arrache les tripes. Une lueur de détresse sincère traverse ses pupilles voilant presque son espoir et je craque tant sa souffrance me donne envie de hurler à devenir aphone. Ce petit dragon aux yeux verts étincelants m'a permis de devenir meilleur. Si je le suis pour elle, je le suis aussi grâce à elle. Le glaçon a fondu sous la flamme de cet être mythique qui n'existe pas que dans les contes et les œuvres fantastiques. Elle a apaisé mes craintes. C'est à présent à moi de faire taire les siennes.

     Cette femme est la tentation incarnée. Je ne veux pas qu'elle pense ni que ses effets sur moi sont insuffisants, ni que je regrette d'avoir cédé à ses avances il y a trois semaines. Ni autre chose, d'ailleurs.

     Je la ramène d'autorité contre moi en saisissant son coude et la hisse dans mes bras en lui offrant un baiser de pardon que j'espère, elle comprendra. Pardon de l'avoir faite souffrir. Pardon de lui avoir fait penser que je doutais de nous. Pardon ne l'avoir rejetée alors que mon seul besoin est de la vénérer de toutes les manières possibles. Dans le ballet que ma bouche lui joue, je lui déclare tout ce qui m'anime pour elle. Je l'aime comme un fou et c'est ce que je veux lui dire en silence. Plus rien ne m'arrête. J'ai tellement envie d'elle que cela me fait de plus en plus mal. Mon membre engoncé dans mon pantalon demande à être libéré. Lya geint dans ma bouche et je la sens sourire en comprenant qu'elle a gagné. Nos yeux s'ouvrent en même temps. Son regard brumeux de concupiscence me coupe le souffle, positivement cette fois.

— Ce n'est pas du tout comme ça que j'envisageais les choses.

— Je m'en fous Liam, si tu savais... réplique la femme de tous mes fantasmes, la respiration de plus en plus hachée en ondulant sur ma hampe.

     Je la porte jusqu'à mon bureau et l'y dépose délicatement, en envoyant balader tout ce qui pourrait nous gêner. Mes dossiers s'écrasent, mes pots à crayons les suivent. Si je suis tout disposé à lui faire l'amour, je vais quand même devoir tempérer quelques-unes de ses ardeurs. Mais j'ai une idée, et je sais que même si elle va râler, elle m'avait déjà avoué aimer ce petit piment.

     Je défais rapidement ma cravate, lui envoie un petit clin d'œil annonçant sans un mot ce que je m'apprête à faire. Elle jette sa robe au sol, se retrouvant de nouveau en body et bas sous mon nez, les jambes écartées et les talons sur le rebord. Sa position lascive très excitante alliée à sa moue tentatrice, la lèvre inférieure coincée entres la blancheur de ses dents et les joues déjà rougies de désir, est une vision que je grave en moi pour longtemps. Profitant de ma hauteur pour la dominer, je me penche au-dessus d'elle l'obligeant à coller son dos contre mon bureau. Un faisceau de malice se met à briller au fond de ses yeux. J'inspire bruyamment pour me calmer, et surtout m'empêcher de la prendre tout de suite.

— Tu es sérieux tu vas m'attacher ? halète-t-elle lubrique.

— Je réfléchis aussi à la possibilité de te bâillonner, si tu veux tout savoir. Mais t'entendre crier mon nom quand tu jouiras, et même avant, est un cadeau dont je ne pense pas pouvoir me passer.

    Ma voix rauque dénonce la puissance de mon état dévergondé. Lyanor se redresse à l'aide de ses coudes et vient mordre mon épaule pour tout réponse. Une vague de picotement dans mon rachis se diffuse dans tout mon corps. Son empreinte dentaire est un nouveau tatouage. Je la replaque contre le meuble, puis lèche sa peau de la base de sa nuque à son oreille. Elle soulève son bassin comme elle le peut venant quémander un contact pour soulager la pression entre ses jambes. De deux mouvements vifs, je défais ses porte-jarretelles et passe mes doigts sous le voile de ses bas.

— Tu es une jeune femme bien impatiente.

— J'attends depuis trois semaines Kavanagh. Et j'ai failli me servir des sextoys que m'a offerts Amélia, alors j'ai énormément d'attentes, tu vois ? expire-t-elle joueuse. Si tu n'es pas à la hauteur ...

— Tu n'es qu'une petite garce quand tu es excitée! Mais je te pardonne parce que bordel Lyanor, tu me rends dingue et j'ai bien trop envie de fondre en toi pour perdre du temps à te corriger ! Mais ce n'est que partie remise, crois-moi. Je te ferai payer ton impertinence, et je te promets que ton petit cul changera de couleur, et pour plusieurs raisons.

      Un nouveau hoquet de surprise la traverse quand elle comprend le sous-entendu, mais rien ne lui fait cesser ses déhanchements. Je noue ses poignets au-dessus de sa tête, puis m'attaque à ses seins qui méritent d'être honorés de toutes sortes de caresses assidues. J'abaisse sa dentelle, agrippe un téton entre mes dents en agaçant son jumeau de ma main libre. Lyanor soupire de plaisir, m'ordonne de continuer. J'alterne ensuite pour ne pas faire de jaloux dans mon traitement. Ma queue gonfle à son paroxysme, alors je suis obligé de passer la seconde. Ma main droite dégrafe son body pendant que ma gauche s'occupe de libérer mon membre prêt à l'emploi de mes entraves de tissu devenues inutiles.

— Je veux te toucher Liam.

— Moi aussi j'aimerais que tu me touches bébé, réponds-je en allant rapidement l'embrasser langoureusement, mais comme tu l'as dit, ça fait trois semaines, souris-je, et je suis déjà au supplice là.

— N'essaie pas de justifier tes problèmes d'endurance.... je ne comptais pas aller poster un avis sur ton profil Facebook Liam... enfin remarque, si ça te booste...

— Lyanor... grogné-je en la pénétrant d'un doigt puis de deux.

     Ses yeux s'ouvrent plus grands en même temps que sa bouche forme un O parfait dans un halètement aigu plaintif. L'érotisme de l'image me foudroie. Un spasme de plaisir me fait me tendre plus.

— Putain tu es tellement trempée.

— Moins de blablas.

      J'embrasse chaque parcelle de sa peau en accélérant mes mouvements de va-et-vient dans sa douce intimité, me servant de mon pouce pour titiller son clitoris érigé et imbibé de jus de son envie. Sa respiration devient erratique, sa peau est  recouverte de picots de frissons mais aussi d'une pellicule de sueur qui la fait luire. Ses muscles internes se contractent autour de mes phalanges.

— Déshabille-toi Liam... Je veux te voir.

      Bien tenté ma belle. Mais c'est toujours non.

— Moins de blablas mademoiselle Johnson.

      Mon visage descend vers une destination attisant ma gourmandise pour détourner son attention. Ma langue remplace mon pouce, sans la quitter des yeux, ne voulant rien rater de la brillance de son regard voilé. Je passe mes mains sous son postérieur en la rapprochant du bord puis lape sa féminité une première fois, avant de rouler une pelle magistrale à son mont de Vénus à la saveur du paradis sur Terre. Je parcours ses plis et ses replis durant plusieurs minutes, aspire son clitoris, souffle dessus, aussi. Elle gémit plus fort, sans discrétion. Les premières secousses annonciatrices de son orgasme se font connaître contre mon visage. Lya s'arcboute, ses petits doigts de pieds se recroquevillent. Ses cris de plaisir s'intensifient, signal pour moi de passer à l'action. Enfin !

      Je retire mon indexe et mon majeur sous les protestations de ma compagne frustrée qui me maudit sur plusieurs générations. Ma bouche au goût de son désir rejoint la sienne et je ne peux plus cesser de l'embrasser.

      Je me positionne entre ses jambes qu'elle noue en lianes autour de mon bassin, puis, enfin, mon sexe retrouve sa place dans son antre humide et chaude. Je l'emplis en un seul mouvement, allant me loger au plus loin en elle qu'il m'est physiquement possible de le faire. Lya tremble à mon intrusion en lâchant un cri d'extase qui manque de me faire exploser alors que ma langue est toujours fiévreusement enfouie dans sa bouche. Ses yeux se révulsent. Je lui laisse quelques secondes pour s'habituer à ma présence puis entame de longs et lents mouvements. Je l'embrasse plus doucement, la croque, ne lésinant sur aucun centimètre carré de son épiderme, jusqu'à aller dévorer de nouveau ses mamelons bandés. Je savoure avec avidité sa peau qui m'a manqué. Je brûle littéralement, embrasé par notre étreinte endiablée. J'aimerais qu'elle me touche aussi putain, mais je sais exactement ce qu'elle ferait une fois libre. 

     Le creux de mes reins s'échauffe trop rapidement, je me sens encore grandir en elle n'en revenant pas moi-même. Pour gagner un peu de temps, je lui murmure qu'elle est belle, que je rêvais de lui faire l'amour jour et nuit.

— Liam ça vient...oh mon Dieu ! Liam...

— Ouvre les yeux Lyanor, je veux voir tes iris s'allumer du bien que je te fais. Je veux te voir jouir. T'entendre jouir, aussi.

      Ses paroles deviennent inintelligibles. J'accélère vigoureusement en restant toujours profondément en elle, soulevant légèrement ses hanches pour modifier l'angle de pénétration. Son prénom à mon oreille me mène au bord du précipice. Les spasmes de ses parois internes se rapprochent, m'enserrant plus fortement. Mes bourses de contractent à leur tour en écho à sa féminité dont la cyprine m'a complétement lubrifié. Lyanor, les bras toujours au-dessus de sa tête, penche le visage en arrière en mordant le nœud pour ne pas crier. Je sors alors complétement puis refonds en elle jusqu'à la garde, me laissant emporter par ma jouissance absolument phénoménale, en même temps que l'amour de ma vie se fige à bout de souffle, cueillie par son propre orgasme, très bruyant. Mon cerveau se désagrège tant je me perds dans le nuage vaporeux de notre félicité commune. Je me libère en plusieurs fois, ayant l'impression que mon extase dure bien plus longtemps que d'habitude.

     C'est peut-être bien le cas.

    Tous les deux haletants comme après une trop longue séance cardio, ma chemise collant à ma peau en sueur, il nous faut un moment inquantifiable pour reprendre nos esprits. Toujours en elle, je glisse ma langue entre ses lèvres pour aller cajoler la sienne passionnément, puis suis frappé par la conscience de ce que je viens de faire.

     Quel con !

C'est bien le moment de penser aux accessoires...

— Lyanor tu prends toujours bien la pilule ?

— Pardon ?

      Elle stoppe tout mouvement. Son regard se fait tempétueux sous ma question. Ses sourcils se froncent, sa bouche se tord. Je vois bien qu'elle réfléchit en me fixant les yeux en soucoupe et les paupières battant à une allure folle. Alors, croyant qu'elle n'a pas compris où je veux en venir, je précise :

— Je ne me suis pas protégé Lya...

— Détache-moi Liam, réplique-t-elle pressée.

     J'ouvre d'abord un tiroir pour lui tendre des mouchoirs puis lui délie ma cravate et me retire doucement en l'aidant à se redresser sur le bureau. Elle ne dit rien, évite même mon regard. Je me retourne pour lui laisser l'intimité dont elle a besoin, me rappelant que ce moment n'est pas celui qu'elle préfère, persuadé que le froid polaire qui s'installe est dû à ça, et qu'elle ne se souvient pas que nous avons déjà eu cette conversation sur « l'après-sexe ». Elle se rhabille. J'en profite pour changer de chemise et de pantalon et allant récupérer des fringues propres dans un placard qui me sert de penderie, toujours en lui tournant le dos.

— Lyanor tout va bien ? m'enquiers-je de nouveau présentable.

     Les yeux dans le vague, appuyée contre un fauteuil, elle ne dit rien.

— Lyanor ? Qu'est-ce qu'il y a ? Je t'ai fait mal ? m'inquiété-je en la rejoignant en trois enjambées.

     Les paroles des médecins me reviennent en pleine face. « Les rapports pourront parfois laisser des douleurs post-coïtales ».

— Ne t'en fais pas, je ne te ferai pas d'enfant dans le dos Liam, énonce-t-elle d'un ton monocorde. Je ne ferai jamais d'enfant dans le dos de personne, tu n'as rien à craindre.

      Abasourdi qu'elle ait si mal interprété mes paroles, je reste pantois sans savoir quoi dire. Quand je trouve quoi répliquer de correct, je remarque qu'elle n'est déjà plus là.

      Il vient de se passer quoi ?

Exactement ce qu'il vient de se passer, vieux.

    Sa voix résonne dans mon crâne, et une ampoule que je n'ai pas du tout envie de voir s'allumer se met à clignoter en moi telle une alarme visuelle. Je m'élance dans le couloir pour la rattraper, espérant avoir mal traduit ses paroles, mais seul le vide me répond dans son bureau.

     Fait chier ! Je savais qu'on devait parler avant !

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