Les aujourd'hui. Partie I

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Liam.

      C'est l'esprit plus léger, et avec la sensation d'avoir dormi cent ans que je descends rejoindre les autres ce dimanche matin. J'ai bien une petite pointe d'appréhension quant aux conséquences des nos moments chauds à Lyanor et moi cette nuit. Nos. Car il n'y en a pas eu qu'un. Ma dragonne a retrouvé son feu licencieux, et un appétit que j'avais découvert aux Galapagos. L'eau l'inspire toujours autant. Je ne serais pas étonné si la température des océans sur Terre avait subitement grimpé d'une dizaine de degrés depuis la nuit dernière.

     La mienne a mis pratiquement toute la nuit pour retrouver un degré qui ne frôle pas la combustion spontanée. Je ressens encore les fourmillements ardents que la pulpe de ses longs doigts a implanté sur mon épiderme en manque d'elle. Ses ongles m'ont marqué, l'exaltation qu'elle a mise dans nos étreintes, elle, m'a retatoué. Profondément.

     Allongé dans mon lit toujours aussi désespérément vide de sa présence, j'avais entamé la liste des raisons qui avaient pu la faire arriver à la conclusion qu'il lui fallait nous rejoindre. Cela n'a duré qu'une minute, le sommeil m'ayant aspiré sans que je ne m'en rende compte.

     Lorsque je l'ai raccompagnée devant sa chambre, nous sommes restés un moment les yeux dans les yeux, défiants le temps tout autant que nos fatigues respectives. Je cherchais des réponses dans ses émeraudes éclatantes de concupiscence mais concentrées sur mes pupilles, et il me semble que pour sa part, Lya était en quelque sorte en quête d'une explication au passé. Pourtant, elle m'avait bien dit que seul le présent avait de l'importance pour elle.

Ou comment avoir ce qu'elle veut en une leçon.

     Nos peaux rafraîchies en surface quand, en profondeur, nous étions deux volcans en éruption, difficilement maitrisés par nos têtes. Ma tête, car j'étais, et de très loin, le plus raisonnable de nous deux. Certainement parce que j'avais les idées aussi claires qu'il m'était possible de les avoir. Des pensées impures à faire rougir un scénariste de films matures, mais vaporeuses uniquement à cause de ma libido survoltée. L'alcool ne guidait pas mes actes. Le peu qui voguait encore dans mes veines s'était évaporé à la seconde où j'avais compris les intentions de Lya. Mon sang était boosté à l'adrénaline qu'elle insufflait en moi par son regard félin, ses baisers vivifiants me laissant sans souffle. Empli de son odeur corporelle à m'en faire éclater les synapses, de son haleine sucrée, de l'électricité avec laquelle sa silhouette humide m'attaquait dans un combat inégal.

     Que nous avons gagné tous les deux, d'une certaine manière. D'une délicieuse manière. Sans avoir à divulguer notre nudité à ce moment d'intimité inattendu.

Plusieurs fois.

     J'aurais pu la laisser m'entraîner avec elle. J'étais encore en état. Dans sa chambre, dans la mienne, sur le mur du couloir, voire à même le carrelage. Le froid n'est rien pour des corps enflammés. Mais, fidèle à ma ligne de conduite, et proportionnellement infidèle à un membre au désarroi, j'ai uniquement suivi mon instinct. Pas le primitif, non. Le sécuritaire.

Salut toi !

     Mélia, qui semble de meilleure composition qu'hier soir, m'enlace par surprise quand je passe dans la cuisine. J'oblige mon regard à ne pas s'attarder sur l'ilot qui a soutenu une scène interdite au moins de dix-huit ans il y a quelques heures. C'est sans compter sur la mémoire dont est capable de faire preuve une partie de mon anatomie qui m'en veut encore, mais fait preuve d'une certaine vigueur mal placée tout à coup. Heureusement, mon jogging large cache parfaitement la naissance de mon trouble.

     Si personne ne vient se frotter de trop près à moi.

Mouvement réservé et breveté, raille ma conscience.

— Bonjour la tornade. Tu as déjà abusé du café ? la taquiné-je.

     Elle me tire la langue. Sa marque de fabrique.

— Pas le choix. Entre Ethan et Elly, j'ai eu une nuit agitée et courte, répond-elle en me gratifiant d'un clin d'œil. Je prévois d'ailleurs une longue sieste sur le sable chaud, après le déjeuner. Je serai aux abonnés absents pour au moins trois heures, baille-t-elle en s'étirant.

— Le rapport avec Lyanor ?

— Ta copine m'a viré de mon lit, grogne mon meilleur ami qui entre sa tasse de café fumante à la main. J'ai fini la nuit dans le sien, comme un con... Merde ! Pardon, je ne voulais pas... me dit-il désolé en posant une main sur ma nuque.

— C'est bon. La suite Mélia ?

— Rien. Elly s'est incrustée vers quatre heures. Elle a foutu Ethan à la porte, on aurait dit un chien puni de câlins, pouffe-t-elle en allant se lover dans ses bras.

Je le plaindrai quand j'aurai le temps.

Ou pas.

— À quatre heures du matin ? De quoi ? Pourquoi ? Elle a un problème ?

— Elle voulait discuter.

— Mollo, Gestapo, s'immisce Neve qui nous a entendus depuis le patio. T'es de la police ?

Neve passe ses bras autour de ma taille pour que j'embrasse son front. Notre rituel depuis que nous sommes enfants, à la différence que jusqu'à ses douze ans, elle sentait le lilas. Aujourd'hui, son odeur est celle d'une jeune femme. Fleurie, qui flotte encore dans l'air après son passage. Reflet de ce qu'elle est. 

— Pas des mœurs en tout cas, ironise Taylor qui la suit. Si j'étais vous, j'éviterais de poser vos tartines sur l'ilot, c'est une scène de crime le machin.

Il pointe le meuble central en me souriant, fier de lui.

     Mélia nous lâche un charmant «heiiinnn?», Ethan repose son mug en recrachant du liquide sombre par le nez, Neve a la bouche grande ouverte en attendant la suite, et moi, je crois que je cesse de respirer. Mon cerveau ne met que très peu de temps à comprendre le sous-entendu. Je remercie le ciel que Lyanor dorme encore et qu'elle n'assiste pas à ça. Elle serait probablement déjà en train de creuser à la petite cuillère pour aller s'enterrer.

     Quoi que, elle avait des élans exhibitionnistes, en Equateur.

— C'est quoi le truc ? s'enquiert Ethan qui choppe du sopalin les yeux en soucoupe qui fusillent sa sœur. Putain Poussin, ne me dis pas que tu t'es envoyée en l'air dans la cuisine ! La chambre ça ne vous suffit pas, sérieux ? Vous avez quel âge ? Même des lapins se tiennent mieux que vous ! T'abuse Taylor ! C'est pas un bésodrom...

— Mais on n'a rien fait du tout ! s'emporte Neve. Pour qui tu me prends ! Je sais me tenir !

Ce n'est pas le cas de tout le monde.

     Tous les regards convergent soudain vers moi. Et puisque « qui ne dit rien consent », j'avoue ainsi sans ouvrir la bouche être coupable, les contournant pour aller me préparer de quoi déjeuner. Enfin, c'était l'idée de départ.

Trop simple.

— Liam ?

— Pas vos affaires Ethan, je me contente de répondre en me dirigeant vers le broyeur à grains. Taylor, fais-moi penser à te couper la langue, vieux. Et peut-être à t'arracher les yeux, aussi.

— J'avais soif ! Ne me traite pas comme un criminel, je suis une victime ! J'ai été tellement surpris que j'ai cru que je rêvais !

     Oui, je me suis moi-même posé la question. Plusieurs fois. Mais tout été réel. Reste plus qu'à vérifier si Lyanor est toujours dans le même état d'esprit qu'hier.

— Mais elle ne m'a rien dit ! se renfrogne la rouquine.

— On s'est embrassés, ça ne te regarde pas à ce que je sache. Tu voulais quoi, un télégramme pour te tenir au courant ?

— Ah ça pour s'embrasser, il lui a carrément fait la toilet...

— Finis cette phrase et je te jure que ta sœur sera fille unique dans les deux minutes, me retourné-je pour le menacer avec une fourchette qui traînait. Ce que tu fais à Neve ne nous regarde pas, et la réciproque est vraie. Nous avoir surpris parce que nous n'avons pas pensé que nous pourrions l'être et le balancer à tout le monde est une chose, révéler ce que tu as vu, c'en est une autre. Si tu ne te tais pas pour moi, fais-le au moins par respect pour Lya. Je marche déjà sur des œufs avec elle, évite de jouer au golf avec, s'il te plait, me radoucis-je sur la fin.

— Ok, pardon, lève-t-il les mains devant lui. C'est juste qu'elle cache bien son jeu...

— Puni Taylor ! lui met une claque derrière la tête celle avec qui il a passé la nuit.

— Liam n'a pas tort, réfléchit Mélia. Mais si elle ne reprend pas rapidement son traitement, Taylor ou pas, en plus de marcher sur des œufs, tu vas tourner comme une girouette ! Elle a des sautes d'humeur, je suis sûre que ce n'est que le...

     Interdit, je pivote vers elle comme pour être certain que j'ai bien entendu ce que j'ai entendu. Et je ne suis pas le seul à la dévisager telle une bête curieuse au milieu d'un musée huppé.

— Non mais oubliez ce que je viens de dire, ça m'a échappé.

— Liam tu vas où ? me bloque Neve.

— Discuter avec elle. Pousse-toi.

— Elle n'est pas là, Liam, m'informe Ethan. Elle est partie faire des courses avec Ivy il y a plus d'une heure.

     J'expire ma frustration, détends mes phalanges, alors que c'est ma poitrine que j'aimerais ouvrir à la tronçonneuse pour mieux respirer. Je comprends mieux pourquoi elle a enchaîné les verres de téquila. Ça aurait dû me sauter aux yeux plus tôt. Je ne pose pas plus de questions, bien qu'elles me brûlent la langue. J'espère qu'elle ne s'est pas éclipsée pour m'éviter.

     Et qu'elle n'a pas oublié. Encore.

***


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Plus la peine de vous faire un laïus sur le 4 mains, hein ?
Avec Lecossais, on a remis ça, encore et encore. Cabrel dirait : c'est que le début, d'accord, d'accord, d'ailleurs ;)

Bonne lecture !
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