Les lueurs. Partie II

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Liam.

 

 À pas de loup pour ne réveiller personne, je descends à la cuisine pour me servir un grand verre d'eau, mes baskets à la main, avec l'ambition d'aller courir sur la plage.

     J'ai essayé toutes les techniques connues pour m'endormir, y compris des exercices de respirations lentes, mais rien ne fonctionne. Ne reste plus qu'à épuiser mon corps une bonne fois pour toute.

     Je traverse le salon plongé dans l'obscurité. Arrivé devant le plan de travail qui sépare les espaces, je me fige en comprenant que je ne suis pas le seul, à être en froid avec Morphée.

— Salut.

— Tu ne dors pas Lyanor ?

Bravo Colombo. Belle déduction.

     Question con, oui. Non seulement elle ne dort pas, mais je constate à la lumière de la hotte, seul point d'éclairage de la grande pièce, qu'elle est luisante d'eau.

— Bain de minuit ? corrigé-je avant qu'elle ne me réponde encore une phrase de son cru.

Elle n'a pas arrêté de toute la soirée. À croire qu'elle me cherchait. Mais elle avait bu. Beaucoup.

— On ne peut rien te cacher, bravo... dit-elle en me scrutant des pieds à la tête, une canette de soda à la main, appuyée contre l'îlot. Tu allais en prendre un toi aussi ? Ou tu as de l'énergie à dépenser ?

     Sa question, posée avec un sourire insolent qu'elle semble assumer tout autant que le sous-entendu que je crois entendre, termine de réveiller une libido que j'ai tenté de maîtriser depuis qu'elle est arrivée. Là, je sais que je dois encore combattre ma frustration pour ne pas me laisser aller à ma pulsion: me ruer sur elle, puis dévorer chaque parcelle de son corps qui doit avoir un goût de sel. Elle fouette un besoin auquel je n'ai jamais autant eu besoin de céder. Même aux Galapagos, l'urgence de me fondre en elle était moins puissante.

     Je pousse un profond soupire pour me calmer. Elle ne dit rien, se contentant de me regarder intensément, en maillot de bain, son index entre ses dents, alors que je la contourne pour ouvrir le frigidaire. Je sens ses yeux m'explorer, cette vague de picotements caractéristiques dans ma nuque qui se répercute dans mon membre déjà tendu.

     Bordel elle me fait quoi là ?

Exactement ce que tu penses.

     Si c'est ça, elle joue à un jeu dangereux. J'ai très envie d'aller mordre cette bouche insolente, qui a été très impertinente ce soir. L'alcool l'y a aidé, oui. Mais là, j'ai l'impression qu'elle me nargue, et j'ai bien du mal à comprendre pourquoi.

     Je me saisis d'une bouteille d'eau que je vide à moitié sans me retourner. Mais quand je le fais, elle se tient là, face à moi.

     Ses yeux agrippent mon regard. Elle me sonde, je le sens, autant que le trouble qui l'embaume est visible et brille dans la nuit. Elle me déstabilise. J'en tremble presque. Un shoot d'adrénaline coule dans mes veines. Elle est là, si proche que mon corps qui appelle le sien respire sa chaleur même dans les gouttes d'eau froide qui maculent son épiderme. J'imagine alors tout autre chose avec quoi j'aimerais encore la marquer.

     Elle ne dit rien. Ne cille pas. Son assurance me désarçonne. Je lutte. Contre moi-même. Elle est en train de caresser mon âme sans me toucher. Nous sommes si proches qu'il suffirait que j'avance de dix centimètres pour que ses têtons durcis sous le tissu humide qui la cache à peine viennent se frotter à moi.

— Qu'est-ce que tu veux Lyanor ? je lui demande à voix basse, comme pour ne pas déranger notre intimité, cherchant une réponse sur son beau visage.

— Je me pose la même question que toi. Qu'est-ce que toi, tu veux ?

—Tu as trop bu, énoncé-je pour toute réponse.

— J'ai bu, oui. Et c'est ce qui me donne le courage de laisser mes sens prendre le contrôle.

     Elle comble la distance. Pose ses deux mains sur moi. Une sur mon ventre, une sur mon pectoral. Je tressaille à son contact, elle s'en rend compte. Elle incline la tête sans me quitter des yeux, les pupilles malicieuses.

     Je sais qu'il ne faut pas. Je devrais m'arracher à cette proximité, car sa tête n'est pas en état de prendre cette décision. D'agir ainsi. Je parcours rapidement sa silhouette presque nue pour me soustraire à son inquisition visuelle. Mais c'est déjà trop tard. Sa volonté s'est déjà insinuée en moi. Pourtant, dans un dernier effort pour faire ce qu'il faut, je m'entends lui dire:

— Tu ne sais pas ce que tu fais. Tu t'en voudras demain. Tu m'en voudras certainement aussi. Et je ne veux pas qu'on gâche ce qu'on apprend à ravoir ensemble parce que tu as trop abusé des cocktails et que tu croiras que j'ai profité de la situation.

      Elle relève le menton, toujours ce sourire satisfait et fier vissé sur ses lèvres:

— C'est bon tu as fini ?

     Lyanor se dresse sur la pointe de ses pieds nus en s'appuyant sur moi.

— Fini quoi ?

— De te rassurer. Je suis une grande fille, Liam. Si tu veux pas me laisser faire, tu n'as qu'à dire non, tout simplement. Je m'en remettrai.

— Je vais te dire quelque chose, Lyanor, je souffle contre sa bouche en mélangeant nos haleines, s'il y a bien une personne sur terre qui n'en a jamais rien eu à foutre de mes non, c'est toi. Mais ne viens pas dire que je ne t'aurai pas prévenue...

     Il ne lui en faut pas plus pour supprimer les derniers millimètres inutiles. Sa bouche s'écrase sur la mienne, mais c'est un poids colossal qui me quitte. Un sentiment d'apaisement s'empare de moi quand sa langue s'infiltre dans ma bouche, saluant la mienne dans une étreinte douce et avide à la fois. Elles ne s'effleurent qu'une seconde. Se redécouvrent en une de plus. Et s'épousent à mourir d'asphyxie.

     Son corps se colle plus contre le mien, son bassin soudé à mon membre en souffrance contre lequel elle ondule. Je la soulève pour la déposer sur l'îlot sans jamais quitter sa bouche. J'aspire ses gémissements, grogne quand elle mord ma lèvre inférieure puis la lèche de gourmandise.

     Je n'ai strictement aucune putain d'idée de comment c'est arrivé, mais je crois bien que je suis aux portes du paradis.

     Je me contiens pour ne pas la prendre là, au milieu de la cuisine, mais à en croire ses soupires de plus en plus intenses à force de se frotter à mon sexe dur comme de la pierre, elle n'a pas l'air d'être contre l'idée.

     Ses mains passent sous mon t-shirt, dans mon dos qu'elle griffe sans douceur. Le paradis laissera encore des traces de son passage.

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Plus la peine de vous faire un laïus sur le 4 mains, hein ?
Avec Lecossais, on a remis ça, encore et encore. Cabrel dirait : c'est que le début, d'accord, d'accord, d'ailleurs ;)

Bonne lecture !
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