Les images. Partie I

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Elly.

— Qui a éteint le chauffage ?

— Elly tu es dehors ma chérie.

— Non. C'est noir, et j'ai ...

     Je sais que je suis dans le noir. Et il fait froid. Je reconnais ce froid. Je suis comme dans un congélateur. L'air gelé s'infiltre dans mes poumons. Sous ma peau. Je tousse, mais j'ai du mal à respirer. Pourtant je crois que je ris.

— ELLY !

     Mes yeux sont lourds. Ma tête encore plus. Je peux enfin m'allonger. C'est déjà terminé ? Waow. Je savais que je ne tenais pas l'alcool autant que Mélia, mais là, j'ai vraiment dû abuser ! Le sol tremble sous moi. J'entends toujours Mélia, d'ailleurs. Et pas qu'elle.

     Qu'est-ce que Mélia fait dans mon lit ? C'est pas normal.

     Il est quelle heure, déjà ? J'ai perdu la notion du temps.

      J'ai bu quoi, déjà ? C'était la dernière fois !

— Elly regarde-moi ! Tu as mal quelque part ? Elly !

— Sers ma main si tu m'entends...

     J'entends. Mais ils me font peur, tous. Pourquoi me crient-ils dessus ? Il y a trop de voix. Trop de bruit. Les phrases s'éloignent. Se raccourcissent.

— Mon cœur ...

     Puis le calme, enfin.

    J'ouvre les yeux sans plus savoir où je suis. Je presse mon poing au milieu de ma poitrine, avec l'impression de manquer d'oxygène. Emmêlée dans les draps qui m'oppressent, et déphasée, je manque de tomber du lit. Ma table de chevet, elle, se fracasse par terre. La porcelaine de la lampe ne résiste pas au choc. Heureusement que Mélia a découché. La chute a emporté le radio-réveil. Bon débarras ! Il me narguait encore et encore, à chaque fois que le sommeil se faisait la malle, me rappelant que l'heure indécente était celle du milieu de la nuit. 

     Mon cœur veut fuir de ma poitrine. Je suis trempée de sueur.

Inspire, Elly.

     Je suffoque dans la douleur, n'arrivant pas à retrouver un souffle. Alors je fais ce que m'a conseillé le Dr. Dresher : je compte à rebours, de dix à zéro, ne me concentrant que sur cela. Inspirer cinq secondes. Expirer cinq autres.

Une fois.

Deux.

Trois...

     ...Jusqu'à ce que je sois capable de me dégager de mes chaînes de tissus et de filer dans la salle de bains. Je remplis la baignoire d'eau chaude, balance deux grosses poignées de sels, tamise la lumière au minimum, laisse tomber ma nuisette à mes pieds, puis m'immerge, laissant les frissons de prélassement s'emparer de mon corps tendu. Et ma tête perdue dans le flots d'images qui s'imposent dès mes paupières closes. 

Et pas que.

     Plus que quand les battements de mes paupières se prolongent. Quand je suis éveillée, aussi. Que des mots résonnent dans ma tête. Des phrases. Des flashs d'une seconde. Je ne sais pas ce qui est souvenir, ce qui est invention de mon imagination pour apaiser mes questions. Ce qui est mensonge. Car dans les silences, les absences de réponses, sous couvert de suivre l'ordonnance de mes thérapeutes de ne pas trop m'en dire alors que c'est tout de même moi, qui ai choisi la direction à suivre, de me laisser me découvrir, il y a des mensonges plus que des non-dits.

     Le hasard fait bien les choses? Je peux donc remonter le fil qu'il m'a mis dans les mains pour trouver le début de la pelotte, non ?

         Les vapeurs ont envahi la pièce. Le brouillard est devenu mon compagnon visible, comme si celui qui flotte en moi n'était pas suffisant. Je bloque ma respiration, pensant à ce qui m'attend demain -tout à l'heure- et glisse sous l'eau complètement.

     Aujourd'hui, deuxième jeudi depuis ma reprise. Les choses ne se sont pas du tout passées telles que je le craignais. Mais si je sais que ma nuit est terminée, alors qu'il n'est pas encore quatre heures du matin, ce n'est pas qu'à cause de la décision que je dois prendre. Je suis plus matinale que le soleil, même en plein été. Une honte. Je déteste ces réveils. Ils m'agacent prodigieusement. C'est comme s'ils se foutaient de moi !

       Plus il y en a à mon compteur, moins je me sens à ma place, ici. Ma psy dit que je ne suis pas folle. Je vais finir par croire que c'est elle, qui l'est. 

La psy aurait-elle besoin d'une thérapie ?

     J'aimerais que le temps n'avance plus. Mais ce n'est pas possible. Lui est immortel, inaltérable. C'est nous, qui le traversons. Moi, je le subis. Je pensais qu'il me suffirait d'accepter, parce que c'est ce que j'ai fait. Mais mon cerveau vit sa propre vie. Mon propre corps parfois, lui aussi. Alors si je ne suis le maître de ni l'un, ni l'autre ? Qui suis-je, dans cette enveloppe aux réactions qui me dérangent, et à l'unité centrale qui parait comploter contre mes choix ? Mes besoins ? Qui est ce moi, coincées entre eux deux ?

***

— Mademoiselle Johnson ?

     Je me lève trop vite en entendant une femme prononcer mon nom, et en tirant mon sac de sous la chaise d'un geste pressé, celle-ci se retourne sous les yeux mi- ahuris mi- moqueurs des personnes qui m'entourent. Honteuse au possible, je remets de l'ordre en quatrième vitesse, puis quitte la petite salle, le regard en admiration sur mes escarpins jaunes.

     Entre ma tenue et mes chaussures, je ne passe pas inaperçue. Je ne sais pas ce qui m'a pris de m'habiller comme ça, mais c'était juste plus fort que moi. La jupe tailleur stricte, ça me file un urticaire visuel. Et puis je ne suis pas un clone, moi.

    Si j'aime la simplicité, et n'avais jamais aspiré à sortir du lot, avoir la très énervante sensation de porter un informe au bureau, n'être qu'un copié-collé de mes collègues, du moins celles de l'étage de la direction, m'a complément  retourné le cerveau.

     Alors évidemment, il ne m'en faut pas beaucoup en ce moment pour être perturbée. Mon traitement contre l'anxiété doit encore être ajusté, et j'ai deux -ou huit- fois négligé de le prendre.

— Après vous. 

— Merci.

— Vous trouverez une blouse sur la table, m'indique-t-elle. Je vous laisse le temps de vous préparer. Avez-vous rempli le dossier ?

—  Qu... pardon ?

— Le dos... vous vous sentez bien mademoiselle ?

Respire Elly. 

     Je ne peux pas. 

     Je recule, bouscule mon accompagnatrice, la gorge totalement nouée et sèche, mais les yeux remplis d'images qui défilent trop rapidement. Une migraine presque insoutenable me tenait depuis maintenant bientôt une heure, mais elle vient de passer un cap dans mon échelle de la souffrance. Disons que je suis à treize. Sur dix. 

     L'odeur n'aide en rien. Elle s'infiltre d'autorité dans mes narines, alors qu'elle n'est pas plus forte que depuis que j'ai passé les portes d'entrée. Les mur se referment sur moi. Les visions éclaires m'horrifient comme si je vivais un film bien glauque. Je tressaille. Mon sac rejoint une fois de plus le carrelage dans un tintement sonore qui vrille mes tympans agressés par tout; les bruits de ma tête et ceux en dehors qui se percutent. 

Je crois que je vais vomir.

Ou me laisser emporter par le vide. 

***

     

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