Les Interdits. Partie II

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Liam

  • Admets que tu ne t’attendais pas à ça, en les voyant !
  • Neve, t’es chiante là, poussin. Laisse-là tranquille !

 Neve tire la langue à son frère. Lyanor pique encore un fard qui rosit ses joues. Depuis une demi-heure que nous nous sommes installés, elle s’est détendue. Mais elle reste à l’affut de tout.

  • Allez, avoue Elly ! la taquine à son tour Mélia. Je sais très bien ce que tu avais en tête !

— On peut savoir ? je m’enquiers en re servant machinalement un verre de citronnade à Elly qui s’étonne de mon geste mais n’en dire rien.

 « Les gestes sont importants ». Ce ne sont pas que les mots du thérapeute de la clinique. Le Dr. Drescher a eu les mêmes envers nous. C’est elle qui va suivre Lya à présent qu’elle a accepté de retrouver sa liberté. Quatre semaines entières à l’institut. Quatre semaines, c’est le temps qu’elle nous a demandés, par l’intermédiaire d’Amélia, pour se concentrer sur elle avant de reprendre un semblant de vie sociale. Quatre semaines supplémentaires en apnée forcée pour moi, donc.

Et sous perfusion.

— Eh bien … heu… bégaie-t-elle. Je m’étais faite une idée d’après les photos dans les médias donc ...

 Des photos dans les médias ? Bordel de mer…

Toi faisant une gueule de douze pieds, donc.

— Donc Liam sans son costume de Fucking PDG, forcément, ça t’a choquée ! Je comprends, hein ! Tu vois l’ours mais sans la caverne ! me bidonne la petite garce qui profite bien de la situation pour se foutre de ma gueule.

— La ferme, Neve ! je lui grogne.

 Mais mon agacement s’envole quand Lya éclate de rire, le visage caché par ses mains.

 Son rire est officiellement ma musique préférée.

— Surveille ton langage si tu veux le titre de parrain de l’année, vieux. Toi aussi, Poussin !

— Ok, j’avoue, pardon ! Les voir en chino et en polo, ça n’était pas exactement la version catalogue avec chemises et cravates sombres !

 Je sens d’ici la connerie arriver de la bouche de Mélia qui m’envoie un clin d’œil coquin, mais je n’ai pas le temps de la contrer :

— Ah mais c’est qu’ils en ont, des cravates, ces deux-là ! Et pas que pour jouer aux PDG. Enfin si, mais dans un autre domaine, si vous voyez ce que je veux dire …

Très bien, oui.

 —Ethan manque de s’étrangler avec son Paris-Brest. Ma main s’immobilise à dix centimètres de ma bouche. Lya se fige. Ma lueur d’espoir prend de l’ampleur, elle irradie un peu plus. Ça me conforte dans mon idée. Bien.

— Ne l’écoute pas Lyanor. Elle n’a visiblement pas fait que s’envoyer une douceur en catimini. Je suis certain que si l’on cherche dans les poubelles, on doit pouvoir trouver des cadavres de bouteilles de champagne avec l’empreinte de son rouge à lèvres dessus !

— Enfoiré !

— À ton service, Miss Détective ! levé-je mon jus de fruits dans sa direction en lui rendant son clin d’œil.

— Pourquoi vous ne m’appelez pas Elly ?

C’est reparti !

 Le silence se fait instantanément. Mon cœur saute des mesures. Je prends une grande inspiration. Putain, celle-là non plus, je ne m’y attendais pas !

— Elly … commence Ethan avant que je ne lève la main pour lui demander de me laisser faire.

— Une question pour une réponse. Pourquoi me vouvoies-tu ?

— C’est ce qui m’est venu, hausse-t-elle les épaules. Pourquoi pas Elly ?

— Tu t’appelles Lyanor.

— Personne ne m’appelle Lyanor.

La voilà, la réponse.

— Si. Moi.

— Pourquoi ?

 Inquisitrice, elle plisse ses paupières et se tourne légèrement vers moi, assis à sa droite. Ivy, qui gambadait librement puisqu’elle a fait ses premiers pas il y a quinze jours, pas préssée pour un sou, vient lui tapoter sur les cuisses. En plus de grappiller un câlin, elle semble s’imaginer que Lyanor va -encore- lui donner du gâteau.

— On peut y passer la fin de journée, les enfants, intervient Mélia.

— Pourquoi les autres t’appellent-t-ils Elly ?

 Je le sais déjà, mais je veux l’entendre me le dire. L’étendre me parler, les yeux dans les yeux. J’ai besoin de ce contact entre nous. Plus elle me regarde, m’accorde de l’attention, plus je respire librement. Plus j’existe.

 Il va falloir multiplier les occasions. À la tour dès qu’elle reprendra son poste, et en dehors.

En douceur, Liam !

 Sa bouche se tort dans une moue semi-boudeuse. Elle croise les bras sous sa poitrine qui remonte. Il me faut une concentration à toute épreuve pour ne pas laisser dévaler mes yeux vers l’objet d’un désir qui se réveille. J’ai très furieuse envie d’elle qui n’a rien à foutre là, mais je ne suis qu’un homme. Et mon corps me montre une fois de plus qu’il est sensible au sien. Qu’il réagit. Mon membre se tend dans mon pantalon. Fait chier ! C’est bien le moment …

Pervers.

 Mon abstinence commence à se révolter. Surtout quand l’objet de tous mes désirs, malgré ses kilos manquants, est à quelques centimètres de moi. Que sa flamme lèche ma peau, quand moi, j’ai très envie de la …

— Lyanor Elyzabeth. Ma … Brittany, se reprend-elle. Elle …

 Quel con !

Non, tu crois Einstein ?

— Pardon, je me lève d’un bond. Lyanor, c’est bon.

— Non ! s’écrie-t-elle ce qui fait sursauter Ivy. Je ne veux pas que ça devienne un tabou ! En fait, vous avez mis les pieds dedans et c’est très bien. Je veux qu’on en parle, pour pouvoir passer sereinement à autre chose. Brittany ne m’a jamais appelée « Elly ». Allez savoir pourquoi, c’était Lily. Pour les Ly. Peut-être que c’était mon père qui avait choisi mon prénom, je ne le saurai jamais. C’est Mélia et Taylor, désigne-t-elle son amie du menton, qui ont commencé à m’appeler Elly. C’est resté, parce que ça me plait.

— Ça rendait dingue Brittany !

S’il n’y avait eu que ça !

 Ce n’est pas ça, qui l’a le plus aliénée, c’est évident.

— Oui ! Avec le recul, je me dis qu’on aurait dû plus en profiter, déclate-t-elle pensive en contemplant ma filleule. Enfin, encore aurait-il fallu qu’elle ne soit pas aux abonnés absents, sauf pour me faire chier, là, y’avait du monde ! Oh pardon !

— Lyanor Johnson ! Tu jures ! C’est génial ! s’ébahit Mélia !

— Je ne sais pas …

— Lâche-toi Elly, lui conseille Neve. Ivy n’a que treize mois. Elle ne s’en souviendra pas. File-lui un bout de tartes aux fraises. Profitons de pouvoir soudoyer cette enfant. Ma fille est merveilleuse !

 Oui, elle l’est. Mais elle rira moins quand elle sera à l’adolescence. Si elle tient de sa mère, et nul n’en doute, elle va nous faire avoir des cheveux blancs plus vite que la Nature ne le prévoit.

 Lyanor passe ses longs doigts fins dans les ondulations blondes d’Ivy. Ses yeux ne la quittent pas. Un voile de tristesse passe sur son visage. Une pointe agace ma poitrine. Je ne sais pas ce qu’elle voit, mais ses traits se sont soudain fermés. Mélia vient passer ses bras autour de sa nuque.

— Elly …

 Elle reprend Ivy dans ses bras, contre sa poitrine.

— Brittany n’a que ce qu’elle mérite, selon moi. Je ne dis pas que cela ne m’a rien fait, mais elle a été trop loin. Organiser ma relation avec Cooper, c’était immonde, nous explique-t-elle. Mais la vérité n’était pas celle que je croyais. J’en ai encore la nausée !

— Tu t’en souviens, Lyanor ? je l’interroge médusé.

— Non, me répond-elle en secouant sa tête. Ça, je le sais par Mélia. J’ai naïvement cru que ma mère avait besoin d’un mariage arrangé pour sa boîte, que les parents de Cooper étaient dans le coup aussi, d’ailleurs. Que c’était une manière de sceller leur partenariat ou un truc du genre. Comment aurais-pu me douter pour l’héritage ? Je pensais que mon père était un petit employé de bijouterie ! Voler son propre enfant, me pousser dans les bras d’un homme qui n’avait pour seul sentiment pour moi que le pied qu’il prenait quand on couchait ensemble ! Qui fait ça !? Qui sacrifie le corps de sa fille ! Si j’étais tombée …

— N’y pense pas, Elly, la coupe Mélia.

 Pour moi, c’est trop tard. Le film est déjà lancé. Ma respiration s’emballe.

 Il faut que je me calme. Seul.

— Excusez-moi.

 Je m’isole dans la salle de bains principale. Me passe plusieurs fois de l’eau sur le visage, puis retrouve le groupe qui est visiblement passé à autre chose, en pleine conversation sur la prochaine destination de week-end que Neve envisage.

 Lorsqu’elle m’aperçoit, Lyanor se lève de table, nous abandonne une minute. Ivy marche vers moi, sa lapine dépoussiérant le sol.

— À qui dois-je donner ça ? Ethan ou vous ?

— Arrête de me vouvoyer, Lyanor, grondé-je sans pouvoir m’en empêcher.

 Mes yeux captent ce qu’elle tient entre ses doigts. Je me tends. Me statufie. Ma respiration se bloque brutalement, tel un coup de poing.

— Le vouvoiement c’est décidément une grande histoire entre…

— Quoi ? Mais pourq…

— Tais-toi Neve, bon sang ! tonne Ethan à ma place. Elly…

— Elly, tu nous fais quoi, là ?

 Ok. Je suis soulagé de constater qu’elle a pris sa décision sans consulter Mélia. Elle sera donc de mon côté, quand le ton va monter. Bordel, elle m’aura tout fait !

— Non, énoncé-je en détourant le regard.

 Non. Hors de question !

— Mais comment est-ce que vous … ?

— Je le sais, c’est tout. Et c’est toujours non.

— Mais si ! Bien-sûr que si ! Il n’y a pas d’autre solution.

— Si, il y en a. Nous pouvons en discuter.

— Non. Ce ne sera pas la peine, Monsieur.

 La peste !

— Oh merde … marmonne Amélia.

 Oui, oh merde ! Mais d’un autre côté, c’est toujours bon signe, même si Lyanor n’en a aucunement conscience. Oui, ses automatismes sont toujours en elle. Ils ne demandent qu’à sortir du placard.

 Fière et droite, le menton haut, elle dépose l’enveloppe devant moi, faisant fi de ma protestation. Là, je reconnais la femme têtue et obstinée. Elle me dévisage. Ou plutôt me toise, profitant que je sois assis. Oui, là, c’est elle. Dans toute sa splendeur. Pour me rendre fou !

 Mais c’est toujours non, ma chérie.

 Je me saisis du papier, et, fixant ses billes vertes, je la déchire sous son nez et ses grands yeux écarquillés de stupéfaction. Ou d’irritation. Voire un peu des deux.

— J’ai dit non, Lyanor. Prends-le temps qu’il te faut. Mais ça, je lui montre, un bout d’enveloppe dans chaque main, c’est définitivement non.

— Je ne peux pas. J’y ai beaucoup réfléchi, se tourne-t-elle une seconde vers mon frère. Je vous assure. Mais je crois que je ne supporterais pas les regards, les messes basses. Je dois repartir à zéro. Et vous avez besoin d’une personne efficace.

 Ce qu’elle est. Putain, non !

 Ethan se lève, passe en même temps que moi ses deux mains dans ses cheveux. Mon miroir, même maintenant. Je fourrage sans douceur les miens.

— Elly, attends, c’est une déci…

— Lyanor…

— Je démissionne.

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