Cérémonial. Parte II

16 minutes de lecture

Liam

— Tu es certaine que c'est là-bas ?

— Oui.

C'est au moins la dixième fois que l'un de nous lui pose la question, mais Amélia n'a toujours envoyé chier personne comme elle sait si bien le faire. Je ne sais pas si c'est bon signe ou pas, mais je ne m'y attarde pas. Après tout, elle est inquiète au point d'avoir dévasté sa manucure, elle ne doit plus avoir la tête à autre chose. Tout comme nous tous. Les dernières heures ont oscillé entre les éclats de rage entre les nuages, et des silences de mort, à veiller une fausse sérénité .

Mon plus gros sujet de préoccupation, depuis que nous avons quitté N.Y, c'est d'avoir appris que Lyanor, dès son arrivée au Medical Center de Seattle, a signé une décharge pour être suivie à domicile. Mais ça ne s'arrête pas là. Nous ne savons toujours pas qui a pris le relais pour une hospitalisation chez elle. Pour le moment, il n'y a aucune garantie qu'il y ait bien eu une continuité de soins. Or, Lya a besoin de soins. Qu'une infirmière s'assure que ses constantes restent stables, que son traitement est pris dans de bonnes conditions. De test psycho et neuro afin d'adapter sa médication pour les troubles liés à son amnésie. Il lui faut un thérapeute, aussi. Et des prises de sang pour suivre l'éradication de son infection. Cela n'a rien d'une partie de plaisir, et la liste rien d'exhaustif. Mais les faits sont là. Lya n'est pas guérie simplement parce qu'elle n'est plus dans le coma. Elle a déjà bien avancé sur le parcours, mais pas encore atteint la ligne d'arrivée.

Mon regard croise celui d'Ethan qui a les mâchoires aussi serrées que les miennes. Après avoir rendus riches nos avocats, c'est un dentiste qui pourra bientôt prendre sa retraite. Ainsi qu'un croque-mitaine, peut-être. Car si ce salopard de Pettersen a touché à Lyanor, s'il a profité d'elle, je jure que je le bute.

D'un côté, je n'attends que ça, qu'il me donne une nouvelle raison de l'envoyer six pieds sous terre se faire bouffer par des vers. Si tant est que quoi que ce soit ose s'approcher de son cadavre. Pourri pour pourri ... Mais si je dois le buter pour ça, c'est donc qu'il aura profité de sa perte de mémoire. Et ça, c'est ma limite à ne pas franchir. Lyanor est ma limite. Je garde espoir à l'idée que son infection fait office de barbelés électrifiés pour le moment, mais avec un enfoiré pareil, mieux vaut se méfier. Il a pu tirer parti d'elle autrement. Des images s'affichent.

Du calme, Kavanagh.

Oui, mais du calme, j'en manque cruellement.

J'inspire puis souffle bruyamment pour expulser ces spéculations qui risquent de me faire péter un plomb avant même que je n'aie la réponse à cette question.

Dire que ce fils de pute se tapait deux femmes, et qu'une des deux savaient, rien que pour ça, il mérite que je lui coupe les burnes et je les fous dans une benne. Là où je compte qu'il aille, il n'aura plus besoin de fric. Puisque c'était sa carotte. La majorité de sa fortune vient de ses parents. Ils peuvent tous lui reprendre si ça leur chante, si lui s'éloigne de leur ligne. Dans un sens, ils ne sont pas si différents des deux merdes qui ont servi de parents à celle qui les a fuis . Il mène un train de vie extravagant, dans le dos de Lya. Ou plutôt, il menait. Et si ses vieux étaient d'après sa copine ravis de son mariage avec Lyanor, c'était autant pour sa « bonne éducation que pour ce lien que leur union représentait entre les deux familles, pour leur business ».

Le problème, c'est que ce merdeux craignait que sa petite copine ne soit pas appréciée par ses parents et qu'ils lui coupent les vivres. Alors quand la mère Baumont lui a proposé de sortir avec sa fille quand ses emmerdes de trésorerie ont commencé, puis de l'épouser pour qu'il récupère l'héritage, il y a vu l'opportunité de se faire du blé au passage. D'après ce que la fille nous a balancé, il a même grapillé un peu plus que prévu quelques semaines avant qu'ils ne se fassent démasquer. Mais elle a juré à Amélia qu'elle ne savait pas pour l'héritage. Elle croyait que le paiement était de l'argent perso des Baumont. Qu'il ne s'agissait que d'un mariage arrangé pour une pérennisation du partenariat d'affaires. Comme si on était encore au XIXe siècle ! Elle ne savait pas non plus qu'ils la harcelaient.

Jusqu'à ce que son mec avoue tout.

Cette pourriture les baisait toutes les deux. Ça me rend dingue, putain ! Je me console et me calme et me disant que Lyanor ne s'est pas donnée de la même façon à lui qu'à moi. Elle me l'a dit. Que même si nos premières fois sont entachées par nos colères mutuelles, mon désir de la faire partir, puis son élan de vengeance quand elle s'est présentée à moi en lingerie devant ma porte, entre nous, ça a toujours été vrai, quand même. Notre attirance n'est pas feinte, elle est forte. Colossale. Notre passion est plus que réelle. Et notre amour au-delà de l'évidence. C'est la plus grande vérité de ma vie. Il n'y aura jamais plus grande certitude : j'aime Lya plus que tout. Ma plus grande richesse, c'est elle. Le reste peut s'effacer, disparaître à tout jamais, mais elle, c'est mon indélébile. Mon tatouage gravé à l'ancre de son cœur, soudé

Je ferme les yeux pour m'isoler des autres, des gestes frénétiques qui visent à réduire leur stress. Je revois nos derniers moments aux Galápagos, avant de quitter l'archipel. Lya si était heureuse et sereine, là-bas. Mon cœur tressaute. Je me replonge dans ma déclaration, la première que je lui ai faite. Lya est à la fois ma prison et ma liberté. Celle qui détient pour moi toutes les clés. Alors même si pour le moment, elle ne s'en souvient pas, moi, je compte continuer à marcher à ses côtés. Car c'est là qu'est ma place. Sa main dans la mienne, jusqu'à la fin.

Le bip d'un texto sur le portable d'Amélia met fin à mes pensées. Toutes. Bonnes et mauvaises.

— Ils viennent de commencer. Elle a fait ce qu'elle a pu pour retarder un peu les choses, mais plus, ça aurait éveiller les soupçons.

— On y sera dans deux minutes environ, nous informe Alexis au volant du SUV que nous avons loué à l'aéroport.

Patience, Liam.

Finalement, il ne nous faudra qu'une minute trente pour rallier l'adresse donnée par la future-ex-compagne de Cooper. Une église, mais la cérémonie a lieu dans l'un des jardins privés.

Même si cette femme nous a été d'une aide précieuse, je peine à mettre de côté le fait pas que durant presque trois ans, elle a participé, bien qu'indirectement, à la supercherie. Même si elle n'avait pas l'intégralité de la situation.

En réalité, ce que son salopard de mec lui avait initialement raconté ne reflétait que très peu la vérité. Qu'il s'agissait d'un mariage arrangé entre lui et les Baumont, oui. Que sa famille à lui n'est pas dans la confidence du mensonge ; évidement puisque les parents les plus foireux du millénaire ne pouvaient pas se permettre de perdre leurs partenaires, au risque que leur banqueroute soit rendue publique, apprise par la société pourrie dans laquelle ils vivent. Pour ce dernier point, elle ne l'a su qu'hier. Cooper lui avait toujours dit qu'il avait accepté ce deal rapport à ce que cela allait lui rapporter financièrement, et qu'en plus, il l'avait fait pour eux. Lui et elle. Ils étaient ainsi ensemble avant qu'il ne commence à fréquenter Lyanor. Pourri jusqu'à la moelle, cet enfoiré.

Et plus encore.

Et quand je dis « dit» comprenez «menti». Ce con est un menteur professionnel. Il pourrait prétendre à une certification, voire donner des cours. S'il ne s'apprêtait pas à passer du temps à l'ombre, me fais-je réflexion. Autant, j'ai laissé la main à Lya avec les Campbell, car c'était sa vengeance, autant cette fois, rien ne m'arrêtera. Surtout qu'elle n'a pas les capacités de se défendre. C'est à moi de jouer ce rôle. Et de la protéger sans carence, à l'avenir. Je repense à l'aplomb de ce rat quand il s'est pointé à KMC. J'avais alors cru que c'est elle, qui le faisait cocu. Qui l'avait trompé en couchant avec moi à Los Angeles. Mais celui que se plantait le plus, c'était moi, à l'époque.

Le roi des cons.

Le Dieu des Connards.

Plus j'en apprends, plus mon cerveau imagine contre mon gré ce que celui de Lya a dû fomenter quand elle les a trouvés ensemble, dans son propre lit. Plus encore quand elle les a entendus durant leur partie de jambes en l'air. La vidéo d'une longue ligne de dominos qui se renversent les uns après les autres, faits ne nitroglycérine, défile devant mes yeux à chaque fois qu'une pièce de plus vient s'ajouter au puzzle que je pensais déjà avoir terminé. Mais non. Quand y'en a plus, y'en a encore. L'horreur n'a pas de limite !

Moi qui étais persuadé, il y a quelques mois encore que Lyanor était un monstrueux problème caché sous des traits attirants et fins, je ne peux que vouloir lui hurler à quel point je suis désolé de m'être fourvoyé. Elle n'est pas un problème.

Elle est au contraire la solution.

Pour tout le monde.

La pièce maîtresse.

Elle qui ne veut plus être un pion. Un jeu. Elle est celle que tout le monde veut, bien que l'enjeu pour les participants ne soit pas le même : nous voulons son bonheur, qu'elle se rétablisse, quand eux n'ont besoin d'elle que pour les sortir d'un mauvais pas, et sans qu'elle en ait conscience, en plus. Mais la partie est sur le point de se terminer, Lya sera alors enfin libérée. Pour de bon, cette fois.

Taylor préviendra les autorités locales dès que nous les aurons en visuel. Avec un indic à l'intérieur, nous savions que la cérémonie n'avait pas encore eu lieu. Mais on voulait être les premiers à arriver, pour ne pas se faire refouler. Il fallait aussi, malheureusement, que la cérémonie ait commencé pour que le pasteur puisse lui aussi témoigner qu'il était bien sur le point de les marier. Oui. Mes avocats sont passés par-là. Et je leur ai donné du boulot. Encore. Du moins, mon père s'est chargé de tout durant le vol puis m'a confirmé par mail que tout était ok.

Le gestionnaire de patrimoine ainsi que le Notaire sont prévenus : quoi qu'elle ai signé, c'est caduc. Quoi que sa mère ou l'autre blaireau qui lui sert de mari lui aient mis sous le nez, ou ce qu'ils lui aient dit pour la forcer à apposer sa signature en bas d'une page, ça ne servira à personne; mais ils ne le savent pas encore. C'est mon cadeau de dédommagement pour l'annulation de leur «cérémonial». Ils sont grillés. Ils se sont imbibés eux-mêmes de Kérosène. Je ne vais avoir qu'à leur balancer l'allumette déjà grattée. C'en est presque bandant, une excitation pareille. Ils vont tout perdre, quand nous, nous allons retrouver celle qui nous manque. Quand moi, je vais retrouver l'astre de ma vie. Il me faudra être encore patient, mais nos planètes se réaligneront. Il ne peut pas en être autrement.

Bordel ... Si je n'en bute pas un, ce sera un véritable miracle ...

Calme-toi Kavanagh, entends-je la voix de Lya m'aider à ne pas exploser. Elle m'accompagne depuis que tout ce merdier a commencé. Depuis son enlèvement. C'est elle, qui me permet de garder un cap qui n'inclut pas un flingue.

— On fait ce qu'on a dit, Liam, me rappelle Ethan.

La voiture s'engage dans l'allée pavée qui mène à un parking. Quelques véhicules sont déjà garés, dont une limousine décorée de voiles de tulle bancs et de fleurs. Je fais rouler ma nuque. Mon rythme cardiaque s'emballe, car cette vision m'est difficile. Neve pose une main sur mon genou droit, sentant mes émotions battre leur plein. Amélia, à ma gauche, prends elle ma main dans la sienne. Je tourne mon visage vers le sien, je vois dans ses yeux qu'elle comprend ce que j'avais en tête :

— Elle ne sait pas ce qu'elle fait, Liam. Ne lui en veux pas.

— Je ne lui en veux pas.

Elle n'a pas choisi ce qui lui arrive. Ce qui nous arrive. Elle n'a pas laissé Ivy, s'est montrée plus forte et courageuse que et le reste s'est enchainé comme dans une mauvaise série B. Jamais je ne lui en voudrai. Il me faudrait au contraire me prosterner.

Encore

Encore.

Ce ne serait pas la première fois qu'elle me verrait à genoux, après tout. Ou si. Puisque ça aussi, elle a oublié. Mon cœur se serre.

Tout avait enfin si bien recommencé entre nous. Puis ça a viré au cauchemar. À cause de l'ex de Neve. Puis des parents de Lya. Elle a fait ce qui lui a semblé le plus juste : protéger ma filleule. Si elle avait connu d'avance le prix à payer, l'aurait-elle fait ?

Dieu soit loué elles sont vivantes, mais nos vies, elles, ont été bouleversées par le raz-de-marée qui met trop de temps à rebrousser chemin.

Ne pense qu'au positif, Liam. Elles sont vivantes. Rien n'est irréparable.

C'est vrai.
Lya et moi, on s'est détestés. Haïs ? Mais surtout, on s'est aimés -on s'aime-, avec une telle férocité que nous n'avons pas su voir tout de suite, ce qu'il y avait entre nous. On n'a pas reconnu l'amour, alors qu'il était un éléphant doré et bruyant dans un minuscule corridor. Je n'aurais jamais imaginé vivre cela un jour, moi qui m'étais enfermé. Vivre autant d'émotions. Alors encore moins en si peu de temps. Avec Lya, rien n'est tranquille. Mais je me sens vivant. Je m'apprête à la retrouvé, en priant pour que bientôt, nous nous retrouvions vraiment.

Alexis coupe le moteur. Nous nous précipitons à l'extérieur. Le garde du corps d'Ethan nous suit aussi, qui est maintenant en fait celui de Mélia en attendant qu'il recrute une femme. Jaloux un jour, jaloux toujours. J'entends déjà Taylor passer le premier appel, aux flics. Cela nous laisse probablement trois minutes d'avance. Quatre, peut-être. Nous suivons les panonceaux. Ils sont au jardin 2.

Amélia avait déjà préparé un SMS pour l'autre fille, L'officieuse-officielle, pour la tenir informée de notre arrivée, et, au cas où, qu'elle puisse tout stopper elle-même. Elle savait ce qu'elle avait à faire. Cooper l'a faite passer pour une amie depuis qu'il l'a connait auprès de sa famille. Elle lui sert même de témoin. La cerise sur le gâteau ! Qui se marie entre sa fiancée et sa maîtresse ? Faut vraiment être ravagé !

Tu crois Sherlock ?

Bon sang, Lyanor ne va rien comprendre... Et bien que je sois soulagé, j'ai toujours une grosse appréhension sur sa réaction, à nous voir débarquer ainsi.

Le pasteur est en plein discours. Il n'a pas le temps de nous voir nous introduire dans l'espace que déjà Amélia intervient, comme prévu :

— ELLY NE FAIS PAS À ÇA !

— Mais qu'est-ce que ... se retourne une femme du premier rang.

À coup sûr, la mère du non-marié, puisque le comité est très restreint et qu'elle n'a pas l'âge d'être une de ses grands-mères. Il y a une petite dizaine de personnes, tout au plus. Moins, cela aurait donné l'image d'un «mariage clandestin». Ce que c'est, après-tout. Cooper nous voit approcher, recule d'un pas, blêmit en comprenant que la fête est finie. Mais cela ne suffira pas à le sauver. Des souvenirs du visage tuméfié de Lya font leur apparition inopinée. Une bouffée d'adrénaline m'envahit rapidement. Je bous. Je mettrais ma main à couper que l'autre batard peut sentir l'odeur de ma rage.

Le pauvre Pasteur pose des questions auxquelles personne n'apporte de réponse. Une rumeur d'incompréhension monte. Baumont se lève, mais calmé dans son élan par Alexis qui l'empêche de faire quoi que ce soit. Les interrogations fusent, mais quand mon regard se pose sur Lyanor, plus rien n'existe autour.

Je me frotte le visage. Je m'étais préparé à la voir dans une robe, mais ca me vrille. Ça me fait l'effet d'un coup-de-poing en plein dans l'estomac. Elle est magnifique, bien que sa toilette blanche ne lui rende pas justice. Sa mère a dû se procurer un truc vite-fait. Une robe bohème avec de la dentelle sur son buste, sur ses bras, aussi. Il fait une chaleur étouffante, pourtant elle porte des manches longues. Qui doivent la gêner, puisqu'elle se gratte. Ses cheveux ont été légèrement bouclés, mais elle les a gardés détachés. Non. Cette robe n'est définitivement pas celle qu'il lui faut, mais Lyanor embellit tout ce qu'elle porte. Même ses cols roulés tous simples qu'elle arborait à ses débuts à KMC.

Mélia lui parle avec calme, sans précipitation à présent, mais, trop choquée, Lyanor ne réagit guère. Taylor se rapproche d'elle à son tour. Elle pivote légèrement, passe ses deux mains sur son buste.

Mais qu'est-ce qu'elle fabrique à se toucher ainsi ?

J'avance encore, les yeux rivés sur elle. Je remarque son dos nu, avec un décolleté en V. Mais ce n'est pas ça, qui m'interpelle le plus. Des rougeurs mal camouflées par du maquillage. Puis, le reste.

— Révérend ! s'emporte la mère de Lyanor. Faites quelque chose ! Vous avez un service de séc...

— Lyanor est déjà mariée mon révérend ! lui lance Taylor. Cette cérémonie est donc terminée ! La polygamie est toujours interdite aux Etats-Unis !

— Mariée ? s'étrangle la marâtre. Mais qu'est-ce que c'est que cette ...

— Il dit vrai, grondent ma voix et celle de mon frère. Lyanor est ma f...

Ma phrase reste en suspens. Lya s'agite tout à coup, ses mains tremblent le long de son corps.

— Il se passe quelque chose avec Lya, Etha... débuté-je.

— Qui a éteint le chauffage ? demande Lyanor le regard dans le vague.

— Elly tu es dehors ma chérie, lui prend les avant-bras sa meilleure amie qui n'est pas loin de paniquer, elle aussi.

— Non. C'est noir, et j'ai ...

— ELLY ! hurle Amélia, et Neve qui se précipite vers l'autel.

Il me faut une seconde. Une seconde pour comprendre. Une longue seconde pour que mon cerveau interprète. Lya. Au sol, qui convulse. Une seconde pour me ruer sur elle, puis m'accroupir en prenant sa main dans la mienne. Elle est froide.

J'entends déjà les sirènes au loin, Ethan qui explique haut et fort ce qu'il se passe, pendant que je me penche sur Lya. Je perçois les agitations autour de nous. Les cris. Mais ce n'est rien à côté de ce que je ressens : dévasté de la voir ainsi. De nouveau.

On lui pose des questions pour savoir si elle a mal quelque part. Pas de réponse. Moi, je souffre. Je lui parle, lui demande de garder les yeux ouverts.

— Lya, mon cœur reste avec moi, les secours arrivent, je lui promets. Lya, je suis là, regarde-moi.

— Qu'est-ce que vous lui avez donné ? hurle Neve alors que Lyanor commence à montrer des signes qu'elle a du mal a respirer.

Non non non !

— BRITTANY ! rage de plus belle Taylor.

— Elle lui a donné du GHB, déclare du bout des lèvres une jeune femme métisse.

— Betty qu'est-ce qu'il te prend ?

La fameuse, donc.

— Ta gueule Cooper ! Ferme-là ! Je ne veux plus t'entendre ! Ne dis plus un mot !

— Non, de l'oxycodone pour ses douleurs ! corrige le père Baumont hargneux avant de se calmer aussi sec, et soudain blanc comme un linge. Brittany ? Tu ne lui as quand même donné les deux, n'est-ce...

Elle est folle !

— Oh mon Dieu elle fait une overdose ! s'affole Amélia en même temps que je comprends la même chose, mettant bout à beau les éléments.

On ne s'entend plus penser, mais je ne la lâche pas, lui caresse le front, les joues, pour tender de la rassurer. C'est ma façon de lui montrer que je suis là, aussi. Le trou béant dans ma poitrine ne cesse de s'agrandir au fil des secondes qui ont un rythme amer d'éternité; qui s'égrènent avec trop de lenteur. Je suis totalement impuissant face à sa détresse, une fois de plus. Je lui demande de respirer. Mais je ne sais pas si elle a toujours conscience du monde autour d'elle, ou si la drogue l'a enfermée dans un autre univers. C'est un cocktail trop puissant, qu'elle lui a donné. Un baiser de la ... je ne veux pas y penser. Je suis suspendu à son souffle.

— Lya, ça va aller, accroche-toi, écoute ma ...

— Non non ! Elly !

Ses convulsions ont cessé. Lyanor ne bouge plus. Amélia me pousse, je crois qu'Ethan me tire en arrière, aussi. Mais je suis trop ancré à côté d'elle. Je prends son visage en coupe, je ne suis même plus sûr des mots qui sortent de ma bouche, mais je crois que je la supplie de ne pas fermer les yeux, de ne pas me quitter, de continuer à respirer, à se battre, à vivre. Ils sont encore ouverts, mais c'est pire que tout: ils n'ont plus leur flamme. Comme si je ne voyais plus son âme. Comme si elle ne me voyait plus. Puis, quand ses paupières se referment, toute raison m'abandonne. Je n'ai pas retrouvé mon souffle, elle vient de prendre le peu qu'il me restait.

— Je t'aime Lya, je lui souffle apeuré en la ramenant contre ma poitrine, ma petite poupée de chiffon. Je n'existe que dans tes yeux. Si tu les fermes, tu m'emmènes avec toi. C'est toi, ma raison de vivre. Lya...non ...

— Liam il faut que tu la lâches ...

Jamais. C'était ma promesse. Moi, je la tiendrai.

— Monsieur, il va falloir nous laisser faire ...

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