1er janvier en été

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Elly


Encore groggy du dernier round qui n'avait pourtant rien d'un combat, relevant plutôt d'une séance de caresses lentes mais intenses, sages mais délicieusement dévastatrices, presque d'un acte sophrologique nécessaire pour soigner tous les maux et qui devrait alors devenir une médication prise en charge par l'assurance maladie, j'enroule mon corps en tenue d'Eve - et endolori- dans l'un des draps de satin. Je me lève pour rejoindre la terrasse, d'où la vue va m'éblouir tout autant que celle qui s'offre à moi dès lors que je pose mes yeux sur Liam allongé, totalement nu, impudique, fière de l'effet qu'il me fait, sans honte de révéler celui que moi, j'ai sur lui.

Cet homme est une machine.

Non, tu crois ?

Je referme la triple baie vitrée derrière moi, m'isolant en compagnie de la Nature. L'océan paré de son habit de nuit, un ciel dégagé mi- bleuté mi- rosé en cette toute fin de journée, et si je pivote vers l'occident, ce sont des arrondis de corps de volcans tentant de rejoindre la voie lactée qui se dévoilent sous mes yeux fatigués. Mais émerveillés.

Quand le souffle du Zéphire est venu rafraîchir ma peau tout à l'heure, pendant le round numéro un, avant que Liam ne se lève furtivement pour cloisonner la chambre et ne replonge en moi aussi vite pour le deuxième round, j'étais persuadée qu'il faisait bien plus froid, dehors. Tout compte fait, c'est plutôt moi qui étais plus incandescente que de la lave tout juste sortie du ventre de son créateur. Le moindre courant d'air me paraissait donc glacial. Tout va me sembler froid, maintenant. Sauf Liam. Plus d'Iceberg. Plus avec moi. Il a fondu autant que je me suis liquéfiée à son contact volcanique.

Je regarde droit devant moi, époustouflée d'une telle beauté, et une idée me vient. Je repars à l'intérieur récupérer mon téléphone, mais impossible de mettre la main dessus, malgré mes fouilles avancées. Alors en désespoir de cause, je chope celui de Liam dans le séjour, puis repars sur le patio de la chambre principale.

Le code de déverrouillage ? Pas un problème. J'ai déjà vu le propriétaire de ce couteau suisse numérique qui nous permet de faire tant de choses, le composer plusieurs fois devant moi. Mes yeux s'en souviennent, montrent à mes doigts la combinaison gagnante. J'ouvre l'application photo, cadre, et prends plusieurs clichés pour immortaliser à jamais cette vue. L'eau et le sable ; les vagues à moins de cinquante mètres de moi, entre la lumière du jour qui faiblit et l'obscurité de la nuit qui apparaît. Les couleurs de l'horizon se mélangent, et au loin, je ne sais plus où est le large, ni ou est le firmament. Les deux se confondent, dansent sur la mélodie de la houles et le sifflement du vent.

J'inspire pleinement, repositionne le tissu doux sur moi, le remonte autour de mes épaules frileuses qui grelottent à cause du contraste thermique entre l'intérieur de mon être et la brise équatoriale. J'en ai presque les larmes aux yeux, de me dire que des voyages que j'ai fait depuis mon enfance, je garde le goût amer d'un travail non rémunéré. Des moments familiaux qui n'en étaient pas vraiment. Que quand mes camarades de classes -ou Mélia et Taylor- me comptaient enchantés pour moi la chance que j'avais de pouvoir tant globe-trotter, moi je n'osais leur raconter l'envers du décor. Ou le décor. Le vrai, tout simplement. Quand j'ai su.

Ma mère, lorsqu'elle m'honorait d'un peu de son temps, ne le faisait que pour deux raisons, selon moi. J'ai eu tellement de temps pour philosopher là-dessus, que trois vies de thérapie ne me suffiraient pas pour me soigner de la déchirante conclusion que j'en ai tirée. La première, qu'il fallait bien qu'elle fasse, de temps à autre, l'effort de jouer son rôle de maman. Pour les yeux de la Société, pas pour moi, cela va s'en dire. Cette Société avec un S majuscule. Celle qu'elle met sur un piédestal, pour laquelle le paraître compte bien plus que l'être. Là où la valeur d'une personne se mesure à son compte en banque, ses stock-options, son carnet d'adresses, le nombre de réceptions qu'elle organise dans l'année et plus encore, le nombre auquel elle est conviée. Cette Société qui est pour elle une religion. Une bible. Ou chaque loi de ce consortium est parole d'évangile. Le leur.

La deuxième, puisque ses clients ont une progéniture, que son travail consiste à vendre des voyages de luxe -et du conseil à grand renfort de son expérience «personnelle» qui n'est en fait que professionnel- quoi de mieux que d'utiliser la sienne pour avoir l'avis d'un enfant qu'elle pouvait en plus contrôler afin de fournir des recommandations approuvées à tous ces richards incapables de surfer sur Google pour se concocter par eux-mêmes un séjour personnalisé ? Elle faisait ainsi d'une pierre deux coups : tester des activités pour gosses aux parents friqués à ne plus savoir comment le dépenser, et pouvoir se faire passer pour une mère qui voyage avec la sienne, de progéniture. Alors que je n'étais qu'un outil de travail. Gratos, off course !

Enfin... ainsi va la vie. La mienne. Mais en définitive, elle a quand même dû en dépenser, de son fric qui me file l'envie de gerber, aujourd'hui. Car si moi elle n'avait pas besoin de me rémunérer, mes nourrices, elles, devaient l'être. Certaines ont vu du pays, du coup, lorsqu'elles m'accompagnaient en voyage. Je ne veux même plus dire «vacances», car elles n'en étaient pas vraiment. Heureusement, ces certitudes sont arrivées tard, plus tard. Trop tard ? Enfant, j'étais heureuse que ma mère m'accorde de son temps. Mes souvenirs ont commencé à être entachés de l'âpre certitude à mon adolescence. Quand la pensée raisonne d'un regard plus acéré. Que la maturité nous permet de mieux appréhender le monde, les gestes, les conversations. Alors on comprend, mieux. Ou on comprend, tout court.

S'ils avaient eu moins de ce fric fourvoyant, elle et mon beau-père, peut-être moi, aurais-je eu une mère. Une vraie. Pas juste le titre sur un acte de naissance.

J'ai grandi dans une belle demeure bourgeoise. Avec des vêtements neufs quand il m'en fallait, reçu l'éducation qu'elle pensait la meilleure pour moi. Pour elle. Pour eux. Leur image. J'ai certainement tant de Miles sur mes cartes de compagnies aériennes que je devrais être capable de m'offrir un voyage sur Pluton. Oui, je sais, elle n'est plus considérée comme une planète. Elle serait morte. Comme l'instinct maternel de la mère que je n'ai jamais vraiment eu, alors bon, autant aller à fond dans le parallèle.

J'espère que si un jour j'ai un enfant, je ne serai pas comme cette femme. Peut-être y'-t-il un gène qui s'active pendant la grossesse ? Une sorte d'hérité monstrueuse qui me ferait refaire les mêmes erreurs qu'elle ? Me rendrait antipathique envers ma propre famille ? Après tout, sa propre mère n'est pas non plus la définition de la chaleur parentale. Je crois qu'il sont tous ascétiques des sentiments, dans cette généalogie, la sienne, ce cinquante pour cent de moi. Asociales des véritables relations humaines, sauf celles qui ne sont que des impostures bien maquillées, et qu'ils voient comme une convenance véridique.

Ma mère, ce sont toutes ces marâtres fourbes que l'on voit dans les dessins-animés.

Une sorcière déguisée, mais sans les pouvoirs.

De petits tremblements me reprennent. Ils n'ont pas les mêmes motifs qu'il y a encore vingt minutes, quand les mains de Liam exploraient encore les formes de mon corps, ses replis, ses monts, ses antres, sans relâche, avec une avide tendresse et une minutie paroxystique. Ici, je me sens à ma place. Sur cette île où les éléments qui m'entourent me font penser à moi, à ma vie. Sont la représentation naturelle de ce que je ressens.

Depuis des semaines, des mois maintenant, je vis de secousses. De toutes parts. Tantôt ravageuses, tantôt bénéfiques, mais toujours annonciatrices de vérités. Mues d'un feu qui consumera le rideau du mensonge. L'archipel des Galapagos, sur le globe, se trouve à la confluence de trois plaques tectoniques -Nazca, Cocos et Pacifique- ce qui n'en fait pas un point calme de notre planète. Au contraire. Il est actif, en constant mouvement. Secoué. D'où sa forte activité volcanique. Les éléments peuvent être calmes, et déchaînés. La beauté peut devenir danger, et ce qui paraît venimeux peut être plus doux qu'une caresse d'ange. L'écho de ma vie.

Entouré d'eau dans l'océan Pacifique, l'archipel est loin des côtes, vivant une vie mouvementée dans le paradis d'un paisible écosystème d'une biodiversité extraordinaire. L'un des plus beaux de notre monde. Il est ce à quoi j'aspire. Car il est vrai. Ici, on sait à quoi s'attendre. Les dangers sont moins virulents que l'univers rempli de calculs et de faux-semblants d'où je viens. J'aimerais rester ici, je crois. Ou apporter cette paix que j'ai trouvée avec moi. Remorquer les îles jusqu'à New-York. Des valises ne suffiront pas.

Ca risque d'être compliqué, Elly.

D'ailleurs, je n'en ai pas, de valises. Il va falloir que j'en achète une. Ou deux. Nous sommes arrivés seulement avec un petit sac de voyage qu'avait rempli Liam avant de m'enlever. Nous avons dû faire du shopping pour des fringues, des chaussures, des produits de beauté pour moi.

Une carte bleue qui a chauffé, elle aussi, dans l'hémisphère sud.

Note à moi-même : ne pas oublier de parler de mon augmentation à Ethan. Et il va certainement aussi me falloir encore un ou deux jours de congés, bientôt... donc trouver un moyen de faire passer la pilule ! Mélia pourrait m'aider, elle sait comment s'y prendre, avec son amoureux. Je note donc ça aussi. Je lui enverrai un message dès que j'aurai remis la main sur mon portable.

En attendant, je me concentre sur l'horizon, quelques minutes, sur les derniers rayons de lumière naturelle. Puis, dans la galerie de Liam, je parcours les photos que j'ai prises, mais je remonte trop loin, et tombe sur des portraits de moi, qu'il a pris en catimini, des images volées. Sans que je ne prenne la pose ou m'en rende compte. Il y en a des dizaines. Un peu chaque jour. Quand je me perds sur les lieux, me perds dans mes pensées. Quand plus rien n'existe que la quiétude de ma tête, l'émotion de mes yeux, la profusion de l'air sain qui emplit mes poumons, les frissons de ma peau qui elle aussi s'émeut devant la Nature, et ce que l'homme a bâti, ici, en respectant l'habitat des plus nombreux habitants : volants, rampants, ou à nageoires.

Je suis démasqué, apparemment, me sort de ma contemplation une voix à la sonorité malicieuse.

Je me retourne, penaude, les lèvres pincées, moi aussi prise en flagrant délit de fouille dans son téléphone, même si je n'ai ouvert que cette application. Toujours torse nu, il a simplement enfilé l'un de ses shorts en coton blanc. J'adore cette vue. Encore plus le toucher... Mes yeux s'égarent sur le tissu, à un endroit stratégique de son anatomie dont la forme est visible à l'œil nu. Plus moyen qu'il sorte ce short d'ici !

Jalouse...

Casse-c**** ! je m'auto-censure toute seule avant de reprendre le fil de ma réflexion.

Nous n'avons presque acheté que des vêtements blancs, dans les boutiques et sans même nous concerter d'ailleurs, maintenant que j'y repense...

Du coup, la sonnerie Dark Vador...

Je... pourquoi as-tu pris des photos de moi ?

Pour ouvrir une galerie, Elly !

Question stupide, réponse idiote.

Parce que même si je n'ai pas ta mémoire et que je n'oublierai jamais la beauté de tes traits, je veux pouvoir revoir ces clichés sans avoir à fermer les yeux, Lya.

Sa réponse fait rater plusieurs battements à mon cœur qui a bien du mal à sortir de sa pause prolongée. J'en perds mes mots.

Et tes pensées.

Parce que c'est exactement pour ça que moi...

Et toi ? me demande-t-il après avoir regardé ce que je faisais avec son smartphone. Pourquoi prends-tu des photos alors que ta mémoire est bien plus puissante et sûre que de stocker des images dans une carte mémoire qui pourrait griller à tout moment ? Sur un appareil qui pourrait se briser, que je pourrais perdre?

Minute. Non !

fais une sauvegarde sur ton cloud ! je m'exclame agitée en pensant qu'effectivement, il faudrait une double sécurité pour que jamais je ne les perde. Moi aussi, je veux pouvoir les admirer, j'ajoute en m'appuyant contre la rembarde, les yeux rivés à cet horizon qui décidemment me fascine, ce soir.

Je le ferai, Lya.

Liam se place derrière moi, m'enlace, m'embrasse en penchant son visage vers le mien. Nos langues se goûtent de nouveau, se cajolent tout en douceur, presque en retenue, alors que je tremble encore dans le cocon de sa chaleur.

Nous restons ainsi un moment. Sans quantifier le temps. Pourtant, je me sens comme un premier janvier, en plein milieu de l'année. Un premier janvier en début d'été. Comme si je venais de passer un 31 décembre. Comme si je venais de jeter un calendrier inutile, car je viendrais de rayer le dernier jour de l'année. Parce qu'il y a des recommencements que l'almanach ne peut cadrer. J'en ai eu plusieurs, cette année. Mais aujourd'hui, ce soir, presque cette nuit, après ces ablutions, je me sens purifiée.

Une fois éradiqué, très bientôt, le dernier grain de sable qui enraye ma vie -car je ne lui accorderai pas l'expiation, c'est écrit dans le marbre- une fois que j'aurais raconté à Liam les quelques pages de mon histoire encore sous silence et que j'aurai viré définitivement les intrus qui n'ont plus rien à y faire, je serai prête pour un nouveau baptême. Mais aujourd'hui, déjà, je sens comme une nouvelle renaissance entamée il y a quelques jours. C'est comme le premier cri d'un nouveau né. Il lui faut quelques secondes. Il m'a fallu plus, mais le temps n'a plus d'importance, maintenant. Il devient abstrait, pour certaines choses. Je le sais maintenant. Tout comme aujourd'hui est un nouveau premier janvier de mon année. Le bon, j'espère, cette fois.

Le dernier du genre.

Au fait, tu as reçu un appel mais le temps je trouve ton téléphone, l'appel était terminé, me dit-il le sortant de sa poche droite. Tu as aussi un message. Désolé, je l'ai vu dans la fenêtre pop-up de ton écran, poursuit-il la voix plus grave que confuse.

Et ses traits troublés me confirment ce que mes oreilles avaient entendu. Je vois bien qu'il essaie de ne rien laisser paraître, mais le voile austère qu'il veut me cacher est bien visible pour moi. Je regarde de quoi il s'agit. Un texto d'Emily pour me prévenir qu'elle a sélectionné quelques appartements à me faire visiter à mon retour de congé, dont deux T3 à moins de cinq minutes à pieds de celui d'Amélia et dans mon budget. Parfait !

Quoi que...

Un silence plus lourds que nos deux poids se pose entre nous. Et avant qu'il ne prenne trio d'ampleur, je lui demande:

Quoi ? Dis-moi ce que tu penses.

Même si je crois avoir compris. Mais il ne répond rien, sondant ma tête de son regard abîmé de questions. Alors je me colle à lui, dépose plusieurs baiser sur son torse, dans son cou.

Liam, dis-moi, s'il te plait. Je n'ai pas envie que tu rumines un truc pendant une semaine et qu'on se dispute en rentrant à New-York.

Ou alors tu restes ici. Plus de problèmes, propose ma conscience. Et tu vis d'amour et d'eau fraîche. Et de sexe, aussi. Ca nourrit l'esprit.

Obsédée.

Au lieu de simplement me répondre, Liam me soulève en plongeant ses yeux océan qui viennent soudain de retrouver leur pétillante espièglerie. Et quelque chose de plus, aussi, que je n'ai pas le temps d'analyser ni d'identifier. Ses lèvres atterrissent sur les miennes, torrides, humides, demandant l'accès plein à ma bouche. Quand notre étreinte devient plus brutale, j'ai la sensation qu'il essaie encore de me parler à sa manière. Qu'il veut m'absorber, me marquer. Plus que vaincre la lueur de crainte que j'ai vu passer dans ses iris, qu'il veut se fondre en moi, ou que je fonde en lui. Que nous fusionnions, ne fassions qu'un sans qu'il ne soit en moi, cette fois. Sans sexe, car nous sommes plus que cela. Moi, cette communion, je la ressens déjà. Elle n'est ni fugace ni transitoire. Elle est dévorante et immuable. La chaleur et l'hardiesse de sa langue me procure plaisir, et besoin. Un besoin compulsif d'une apnée éternelle. Alors je m'accroche plus à lui, agrippe ses cheveux à la base de sa nuque, me soude au possible à son corps. Je le retiens entre mes cuisses. Laisse la trace de ce moment sur sa peau. Signe de la plume de mes ongles à quel point à cet instant, il m'appartient. Et réciproquement. Je ne sais pas ce qu'il veut me dire, mais moi, je veux qu'il entende dans mes soupirs qu'il possède déjà la plus grande partie de moi. Finalement, nos souffles s'apprivoisent, s'offrent mutuellement quelques bouffées d'oxygène de plus, puisant dans leur réserve respective, pour prolongé un baiser qui ne devrait selon moi, jamais voir la ligne d'arrivée. On passe des minutes nos bouches collées l'une à l'autre, mais c'est encore trop peu.

Moi, je suis prête à risquer l'asphyxie, là, tout de suite, si suffoquer à ce goût-là. Son goût. Je suis prête à renoncer à tout pour ne pas quitter ses lèvres même si cela veut dire fermer les yeux, car je sais qu'au prochain de ses baisers, comme dans tous ceux qu'il m'accorde, légers ou appuyés, il me rendra mon oxygène. Réanimera en moi la vie à qui il a donné une nouvelle définition. Une nouvelle saveur. Et surtout, de nouvelles ambitions.

Quand je rouvre les yeux, après ce moment d'exaltation qui m'a laissée si étourdie mais déjà en manque de lui, la manière que Liam a de me regarder me bouleverse sans que je ne comprenne encore pourquoi, confirmant néanmoins ce que j'ai pensé tout à l'heure : il est lui aussi, mon premier janvier.

Et j'espère qu'il n'y aura plus jamais de 31 décembre, me dis-je une petite boule au ventre, et une bien plus agréable dans la poitrine.

Habille-toi, on va diner, me dit-il en me reposant au sol, embrassant au passage le bout de mon nez.

On peux demander des provisions, Liam, je soupire en rentrant dans la suite. On n'est pas obligé de sort... tenté-je avant de voir une ampoule s'allumer devant mes yeux, m'empêchant de terminer ma phrase.

Plus de notion d'exhib ?

Eh tu noies le poisson, là, Kavanagh ! je m'exclame me souvenant qu'il ne m'a toujours pas dit ce qui lui trotte dans la tête. Répond à ma question ?

Quelle question ? fait-il semblant de ne pas comprendre, alors que j'ai parfaitement vu son petit rictus en coin passer furtivement sur sa bouche.

Liam ?

Princesse, gronde-t-il en revenant vers moi de sa voix sexy qui rallume les braises de mon désir charnel pas tout à fait éteintes. On dîne dehors ce soir. Alors profite de la vue, parce que les trois prochains jours si mes calculs sont bons, là seule que tu auras, c'est ce lit, le pointe-t-il du doigt en chuchotant au creux de mon cou, attisant le tsunami de délicieux picotements qui s'empare de mon corps. Compris ?

Cinq sur cinq.

J'en reste ahurie. Plein d'images érotiquement indécentes m'apparaissent. Je crois même que je bave, la bouche ouverte. Puis il ajoute avec un clin d'œil :

Tu peux encore t'assoir, profite. Ce ne sera bientôt plus le cas...

Oh mon dieu !

Tu es sûre que tu as faim?

C'est très fin, ça, Liam ! je m'exclame en courant attraper un coussin pour le lui balancer à la figure.

En plein dans le mille ! Comme quoi, tu n'es pas mauvaise pour les lancers, même de fléchettes...

Fin ? s'esclaffe-t-il me lançant son regard de braise et son putain de sourire insolent qui me fait craquer. Ce n'est pas du tout ce que tu disais tout à l'heure quand je te...

Deuxième coussin volant.

J'ai pour projet d'aller m'enfermer dans la salle de bains attenante, mais en trois enjambées rapides, il traverse la chambre, me rattrape, puis me soulève pour me balancer sur le lit comme si je n'étais qu'un vulgaire coussin tout léger. J'atterris -rebondis- sur le ventre sans grâce ni délicatesse, n'ai pas le temps de m'enfuir qu'un grand corps m'encercle totalement.

Je crois qu'on va être un peu en retard pour dîner, Mademoiselle Johnson... murmure-t-il à mon oreille.

Sauf si vous êtes rapide, Monsieur, je lui réponds narquoise et le souffle saccadé par mon désir qui pulse dans ma féminité déjà humide.

Liam remonte le draps dans lequel je suis encore vulgairement enroulée. Sa main sur ma cuisse galvanise mon épiderme. Voilà, j'ai faim. Ca gronde en moi. Mon ventre demande à être comblé, rempli, de nouveau... Un véritable caprice, une urgence.

Désolé, mais s'il y a bien une chose que je ne suis pas, c'est rapide. Alor...

Moins de paroles, plus d'actes, Monsieur.

Une journée mémorable qui n'est pas encore terminée, marmonne-t-il je crois plus pour lui avant de me retourner à la seule force d'un bras pour se ruer sur mes seins tendus.

Merveilleux premier janvier, pensé-je avant de déconnecter de tout, sauf de lui. De nous.

***

Liam


Liam ? Tu es prêt ? m'appelle Lyanor depuis le hall de la suite.

Oui, je suis prêt, réponds-je intérieurement.

Une minute !

J'attache les boutons de ma chemise blanche jusqu'à l'avant-dernier, remonte consciencieusement mes manches jusqu'à mes coudes tout en développant dans ma tête la pellicule des dernières semaines, des derniers jours. Des dernières heures, surtout. Les deux dernières, en m'y attardant plus particulièrement. Mon membre sort de sa courte sieste à cette évocation, acquiesce à la pensée que le sexe depuis qu'il le pratique n'avait jamais été aussi bon qu'avec Lyanor. Depuis qu'il fond en elle, et avant même qu'il n'y ait plus de barrière entre nos peaux. Donc maintenant... ni lui ni moi n'avons les mots.

Avec Lyanor, c'est une déferlante de sensations plus inouïes les unes que les autres. Rien n'avait jamais été aussi bon. À peine pose-t-elle les yeux sur moi que mes poumons ne savent plus fonctionner. Quand ses gestes m'effleurent, mes muscles se crispent, mon cœur lève l'étendard de la capitulation en signe d'abdication face à celle qui l'a estampillé de son sceau sans le savoir, je crois. Alors, quand ses lèvres se pressent contre les miennes, en douceur ou avec violence, les sensations qui m'étreignent dégomment tout sur leur passage. Je m'enflamme, me consume, puis tombe en cendres ses pieds. Donc, quand nous faisons l'amour, ce n'est pas seulement un raz-de-marée qui court vers moi, ni un tsunami, ce sont tous les éléments qui se liguent pour engendrer une rébellion dans mes cellules embrasées jusqu'à les mener vers une victoire orgasmique faisant dégénérer mon cerveau. C'est une jouissance fatale, car à chaque fois que je me laisse aller au plaisir contre son corps, je ne sais plus si je suis aux portes du Paradis d'avoir été en elle, ou celles de l'Enfer d'être sur le point d'en sortir, d'elle. Et cette éphémère incertitude, elle me fait crever, d'un nouveau désir: recommencer, vite.

Liam ? Tu es certain qu'on ne peut pas rester ici ?

Oui. Certain.

Non. J'arrive.

J'enfile mes chaussures en toiles, la rejoins alors qu'elle pianote à toute vitesse sur son portable. Lorsqu'elle lève les yeux vers moi, ses dents mordant sa lèvre inférieure et le regard fuyant, je comprends sans parole ce qu'elle faisait en m'attendant, me demande qui je vais devoir virer en rentrant. Ma bouche va plus vite que ma pensée :

Qui ?

Qui ne comprend pas que l'assistante d'Ethan est en congé ?

Liam, c'est bon, tente-t-elle de m'amadouer avec un doux baiser. Juste deux mails à ...

Mais j'en veux plus. Je la maintiens par la taille, caresse ses lèvres de mon pouce, penche lentement mon visage vers le sien me délectant de son regard impatient et enflammé avant que nos bouches ne se percutent en même temps que nos souffles. Je profite d'elle, de la volupté de sa langue parce que nous avons perdu trop de temps, même s'il m'a permis de comprendre.

Si on ne sort pas tout de suite, nous aurons quelques heures de plus pour ...

N'essaie pas, je la coupe, on sort d'ici.

Je glisse mon portable dans ma poche, la carte magnétique de la suite, prends Lyanor par la main et nous fais quitter les lieux avant de ne plus pouvoir, moi aussi, être capable de m'éloigner du lit tant j'ai une furieuse envie d'elle. Mais plus tard, quand nous rentrerons. Je prendrai tout mon temps. Il n'existera plus.

Il n'existe déjà plus, quand Lyanor est dans l'équation.


***

Les pieds dans le sable humide, l'écume venant de temps à autre lécher ma peau, je contemple immobile Lyanor s'émerveiller à quelques mètres de moi devant deux iguanes des mer paraissant sur un tronc d'arbre sec, non loin d'une des lanternes qui tracent un chemin lumineux le long de la plage. Quand je l'ai kidnappée -comme elle aime le dire- à New-York pour nous isoler quelque part, je n'avais pas encore choisi la destination. Elle m'est apparue plus tard, sur le trajet vers le jet qui nous attendait déjà. Je savais que Lyanor avait toujours tous ses papiers sur elle, que l'endroit où nous irions ne serait pas un problème. Il fallait simplement que ce soit loin et que le lieu lui offre un dépaysement totale. Je pense ne pas m'être trompé. Mais aujourd'hui, je me dis que quel que soit l'endroit sur le globe où j'aurais pu aller avec elle, ça aurait été tout autant paradisiaque. Parce que c'est elle, mon paradis.

Mon enfer, aussi, lorsqu'elle se met en rogne contre moi. Mais elle n'en est que plus belle encore. Et je suis près à entrer mille moi en enfer, si je sais qu'une fois seulement, j'enlacerai le paradis.

Tu es fou.

Je voulais passer du temps avec elle, et à aucun moment je n'ai eu peur que cela se passe mal. Quand j'ai ouvert les yeux, quand j'ai vu, j'ai su. Compris qu'il me faudrait ramer, mais que mon évidence n'était pas chimérique. Alors quand enfin, elle m'a ouvert ses bras, j'ai vu mon lendemain dans ses émeraudes lumineuses. Et depuis, chaque lendemain est un présent que je veux prolonger sans fin. Je voulais passer du temps avec elle, pour nous donner du temps. Jusqu'à comprendre qu'elle et moi, nous sommes en-dehors de cette notion, à présent.

Hey Papi ! Tu t'endors ou tu veux un déambulateur ? me provoque la peste qui se fout de ma gueule.

Cours Lya ! je lui grogne.

Elle hésite, mais comprend vite que je suis on ne peut plus sérieux, se fige une seconde ses yeux émeraudes grands ouverts puis détale comme un joli lapin aussi vite qu'elle le peut, ses chaussures compensées à la main. Je vais lui en foutre moi du vieux !

Je me marre de la voir ainsi. Espiègle. Joueuse. Joyeuse. Heureuse, j'espère. Je ne lui laisse pas plus de dix secondes d'avance et m'élance à sa poursuite. Je sais que je cours plus vite qu'elle. Et ça m'amuse... Je suis le prédateur. Elle est ma proie. Et je connais déjà son goût. Addictif.

Rien ne sert de courrir, je vais rattraper... ris-je en silence.

Elle me sent arriver près d'elle.

Liam non !! S'il te plaît !

Si je t'attrape... je la préviens d'une voix aussi grave que possible.

Liam ! Ne me fais pas tomber, je suis en blanc ! Tu vas salir ma robe !

Je ne comptais pas la faire tomber. Au contraire. J'arrive derrière elle, la saisis par les hanches puis la soulève bras tendus pour la faire tourner au-dessus de moi. Elle rit aux éclats. Un son qui se répercute directement dans mon cœur qui bat à tout rompre pour elle, renforçant un peu plus ma certitude que je ne m'étais pas senti aussi vivant depuis des années. Elle a tout ressuscité en moi. Il a fallu que cette petite flamme entre dans ma vie pour en comprendre enfin le sens. Raviver ma propre flamme, en berne. Me remettre dans le droit chemin. Ou voir le chemin, tout simplement.

Son regard m'a ouvert les yeux alors que j'étais aveugle. Lya a chassé le noir, car elle est ma lumière, celle sans qui je le sais, je ne pourrais plus voir.

Je la repose au sol, mais elle s'accroche à ma nuque de ses avant-bras et me vole un baiser passionné. Mais elle peut tout prendre. Tout lui appartient déjà. Elle m'embrasse à pleine bouche. Ses mains s'insinuent sous ma chemise, la pulpe de ses doigts dorlotent chastement mes abdominaux. Ses caresses sont les plus voluptueuses attentions qu'on ne m'ait jamais donné.

Elle ne le sais pas encore, mais elle est la seule, à m'avoir jamais fait cet effet. La seul à avoir su me dompter sans même essayer. La seule à savoir me posséder, divinement.

Nous ne nous séparons qu'une fois hors d'haleine, et je remarque que nous arrivés.

C'est là-bas, regarde.

Elle se retourne, fronce les sourcils probablement pour acclimater ses yeux à la semi-obscurité, et tenter de zoomer, aussi. Parfois, elle fait des trucs vraiment étranges. Mais j'adore ça bordel ! Parce qu'elle est vraie. Entière. Elle ne joue pas un rôle. Au contraire, Lyanor est celle qui fait tomber les masques.

Tous les masques.

Plus nous avançons pour parcourir la petite quinzaine de mètres qui nous sépare maintenant de l'endroit où nous allons dîner, face à la mer entourés de voilages blancs, de fleurs , de centaines de lampions et de plantes installés pour l'occasion par le service événementiel du Resort à qui appartient cette plage privée -entièrement privatisée ce soir- plus Lyanor ralentit ses pas, comprenant que nous ne nous rendions pas dans un restaurant. Enfin, il est venu à nous. Mais que nous serons seuls, en tête à tête avec l'océan, ce soir.

Plus que cinq mètres... quatre... Elle stoppe sa marche. Je sens les battements de mon coeur se déchaîner dans ma poitrine. Pourtant, je suis calme. Serein. Car je sais exactement comment elle va réagir. Alors j'attends.

Liam c'est...

Elle regarde l'espace aménagé, stupéfaite, puis rive son regard au mien. Ce simple contact visuel suffit à me faire fondre, alors qu'il n'y a plus une once de glace en moi. Mais bon, elle m'a déjà mis à genoux. Pas que symboliquement d'ailleurs. Ethan ne se gêne pas pour me le rappeler...

C'est magnifique Liam ! retrouve-t-elle finalement sa voix dont l'émotion encercle mon cœur de son gant de soie. Tu es complément fou !

Bien joué.

Oui. Je savais qu'elle allait dire ça. Dans ma tête, le compte à rebours est lancé.

Elle me saute de nouveau au cou, renversant une nouvelle fois mon univers de sa spontanéité. Nos langues s'accordent sur la cadence de leur danse. L'électricité crépite entre nous. Lyanor est un plaisir délicieux. Que je ne veux pas partager. Avec personne.

...Zéro. Fin du décompte. Elle récupère ses lèvres, mais les miennes ont autre chose à dire. Avec des mots, cette fois.

Tu as raison, je suis fou, Lya. Fou de toi, je lui avoue.

Elle a bugué.

Ça aussi, je m'en serais douté. Elle ne bouge plus, ses yeux toujours ancrés aux miens. Elle me sonde. Se demande certainement si elle a bien entendu. Et c'est le cas. Moi, je me sens soulagé. J'avais besoin que ça sorte.

Je suis fou de toi, Lyanor, je lui répète pour la faire sortir de sa torpeur, en prenant doucement son visage en coupe. Tu me rends fou quand tu m'envoies chier, tu me rends fou quand tu me souris, encore plus fou quand tu m'embrasses. Tu me rends fou quand tu es loin de mes yeux, encore plus fou quand tu es sous mes yeux. Tu me rends fou quand tu me files des leçons d'humilité sans pareille, et tu me rends complètement fou quand j'ai peur pour toi. Mais c'est un camaïeu de folies dont je ne veux pas me soigner. L'amour rend dingue, mais l'amour rend libre. Et même si je suis ton prisonnier, même si j'ai pris perpétuité, plusieurs fois, je ne veux pas de remise de peine, parce que tu es la plus merveilleuse des condamnations, Lyanor, soufflé-je contre ses lèvres. Je suis fou de toi, et je re signerai tous les jours pour cette sentence maladive.

Qu...

Je t'aime, Lya. Je suis fou de toi, parce que je t'aime.

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Line P_auteure
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