Ablutions et Reddition. Partie I

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Elly

Notre vie est faite de choix, Mademoiselle Martins, je lui balance mue de ma plus belle fierté une fois son stylo posé. Jusqu'à maintenant, vous ne semblez en avoir fait que des mauvais. Pourtant, vous auriez pu éviter le crash si vous vous étiez contentée du succès grandissant de votre entreprise. Si vous aviez mis de côté cette vengeance pathétique qui vient de couper les ailes à un succès que vous auriez pu conserver. Mais la cupidité et votre vénalité vous ont tellement aveuglée que vous avez oublié d'enfiler un parachute avant le dernier vol. Vous avez préféré saboter votre navire en pensant que l'eau s'infiltrerait si lentement que vous auriez le temps de lui trouver un autre propriétaire plutôt d'en prendre soin pour qu'il vogue plus loin. Vous n'êtes qu'un rapace qui vient de se faire dévorer par l'agneau qu'il convoitait. Alors merci Mademoiselle, je continue en lui souriant à m'en faire une crampe aux zygomatiques. Merci pour cette spectaculaire défaite que vous venez d'accueillir les bras ouverts, car vous venez ainsi de nous offrir une victoire bienfaitrice, libératrice, qui a bien plus de saveurs que si je m'étais moi contentée d'envoyer l'autre pervers dans une cellule. Votre défaite sera votre prison, et dans mon tribunal, je n'accorde jamais de sursis. Merci de m'avoir ouvert les yeux. Merci d'avoir montré à Ethan qu'il n'a rien perdu en vous rayant de sa vie, bien au contraire. Et merci de permettre à KMC.Corp d'écrire une nouvelle page de son histoire, à moindre frais.

On doit appeler une ambulance ?

Peut-être, oui. Je crois bien qu'elle nous fait un AVC ; Atterrissage Vraiment Chaotique.

 Toujours aux côtés de Liam qui appose sa signature sur plusieurs documents, je m'éloigne, sentant le fumet de la fin de cette rencontre arriver vers mes narines, qui n'ont-elles plus qu'une idée en tête : aller se coller à la peau douce et chaude de l'homme dont le parfum est une drogue pour mon système nerveux en transe, en manque.

 Oui, j'avoue : j'ai besoin de le sniffer. Vite. Je suis dans un état d'excitation sensorielle tel que si le temps n'accélère pas, je vais me faire arrêter pour exhibitionnisme. Je ne me l'explique pas moi-même. À vrai dire, j'ai arrêté de chercher l'explication tout à l'heure quand il me cachait du reste de l'univers entre ses bras protecteurs, pour profiter de son cocon. Bon, et je comme je n'ai absolument pas l'intention de partager la vue de son corps musculeux, mieux vaut que j'occupe mon esprit ailleurs. Et quelque part, chaque pas me rapproche d 'un orgasme visuel.

Masochiste .

 Je récupère au sol le sachet en papier Craft doré, contourne la table, le dépose devant Claryssa qui s'apprêtait à se lever. Ses yeux vont de l'objet à moi.

Quoi ? Elle croit que je viens de me faire tatouer la réponse sur le front ou quoi ?

Elle vient d'avaler le peu de QI qui lui restait.

- Pour le gilet de sauvetage ou le parachute c'est trop tard, mais pour contenir votre trouble mentale aigu, cela me parait idéal, je lui explique alors qu'elle sort une camisole blanche du sac. J'ai pris la liberté de broder votre nom dessus. Je vous souhaite une bonne continuation, et un bon séjour au Pays des Névrosés-Aliénés ! Au plaisir de ne jamais vous recroiser, je n'hésiterai pas à vous piétiner, cette fois.

 Prise d'un fou rire intérieur en la voyant s'étrangler avec sa langue de vipère , je me carapate vers la sortie. Enfin, c'était l'idée...

OH MON DIEU LYANOR JOHNSON ! s'écrient d'une seule voix Neve et Amélia, interdites.

 Puis ma meilleure amie ajoute :

J'ai fait de toi un monstre. Je suis si fière... sanglote-t-elle en s'éventant des deux mains.

Oh mon Dieu... cette femme est folle. Mais qu'est-ce que je l'aime !

Bien, passons à cette histoire de drogue, maintenant... propose ma conscience obsédée du tronc.

 Et à un lavement à la javel en bonne et due forme. Cette salle était bien trop polluée par leurs mauvaises ondes. J'ai besoin de me purifier. Intégralement. Bien que je me sente déjà un peu plus pure, à présent.

***

Lyanor... Lya... réveille-toi, on est arrivé, me tire du sommeil en douceur Liam en caressant ma joue froide, contraste thermique flagrant avec le revers de ses doigts chauds.

 Les paupières closes pour prolonger un peu plus ma nuit, j'inspire profondément les effluves fraîches et salées de l'eau de mer qui me berce encore de ses vaguelettes. J'entends les moteurs du Day-cruiser se couper, rendant à l'océan Pacifique toute sa quiétude noctambule. Un petit air marin valse pour aider ma peau à sortir de son état, elle aussi endormie.

 À moitié allongée sur la banquette en cuir, la tête reposée dans le creux du bras droit de Liam, je m'y blottis un peu plus comme dans un nid douillet en passant les mains sous son gilet écru à grosses mailles, puis son t-shirt immaculé, sa peau étant selon moi un chauffage de choix. Ses abdominaux se contractent immédiatement à mon toucher, alors que j'ai à peine eu le temps de l'effleurer. Et c'est soudain ma frustration qui me fout un coup de pied aux fesses si fort que mes oreilles elles-mêmes tremblent. Pas qu'elles. Je suis totalement hors des bras de Morphée. Secouée par un chamboulement interne, blessant.

 Mon nez, pourtant assaini grâce à l'environnement me pique comme s'il était attaqué par une armée d'aiguilles en pleine rébellion. Mes yeux s'embrument effaçant les dernières traces de mon assoupissement, ma gorge se noue. Mon estomac surchauffe. Je retiens mes larmes en plissant chaque centimètre carré de mon visage, devenu contorsionniste. Nous sommes au niveau de la mer, mais j'ai presque atteint le sommet de ma privation. Un jeûne aussi haut que l'Everest. Plus escarpé encore. Une abstinence qui fait rissoler à petit feu mes émotions à fleur de peau ces derniers jours. Elles sont à présent bien cuites. Elles seront même cramées dans quelques heures, j'en suis intimement convaincue.

 Tout vrille en moi. Ce n'est pas une danse, puisqu'il n'y a plus de chorégraphie. Simplement un méli-mélo de collisions désorganisées, car mes agitations internes sont sous le choc des refus répétés qui ont crée une corrosion accélérée entre et dans mes organes vitaux. Et je sais que mes larmes ne suffisent pas à éteindre les flambeaux allumés pour en faire des cendres.

Il va falloir appeler les pompiers.

Ou me prévoir une place dans un service de grands brûlés... je grince dans ma tête.

Mais je hais les hôpitaux. Alors autant éviter, si possible.

 Aujourd'hui, cela fait une semaine que Liam m'a enlevée. Bon, j'étais consentante, cette fois -si tant est que je ne l'étais, pas la précédente mais je ne suis pas encore tombée d'accord avec moi-même à ce sujet. À la seconde où les Campbell ont quitté la salle de réunion 5 du cabinet d'avocats, têtes basses presque décapitées sous leurs bras, et sans attendre que nous soyons seuls, juste tous les deux, Liam m'a prise par la main et annoncé en me tirant à sa suite que nous partions. Loin. Pour quinze jours. Lui et moi. Je n'ai même pas eu le temps de dire au revoir à qui que ce soit. Ni merci ! J'ai simplement vu le père de Liam et mon -futur- kidnappeur échanger un regard étrange. De connivence. Mais qui revient en boucle dans ma tête. Souvent. Parce qu'il y a sûrement un truc à comprendre. C'est toujours le cas quand mon cerveau bloque sur quelque chose.

 Une semaine donc. Sept jours magiques, remplis de fabuleuses découvertes et de paysages aussi majestueux et précieux les uns que les autres. Les îles Galapagos, dans l'océan Pacifique, au large de l'Équateur. C'est ici que Liam nous a fait atterrir, à près de neuf mille kilomètres de New-York. Dans un autre monde. Littéralement. Presque une autre planète.

Loin de tout.

 Ici, pas d'immeubles qui frôlent ou dérangent le ciel, pas de béton comme seul revêtement de sol, de bruits humains et mécaniques étouffant le chant de la Nature. Non. Ici, la faune et la flore sont les seuls maîtresses à bord; les déesses impératrices. Elles font la loi. Les hommes se contentent de la suivre. Classé au Patrimoine Mondial de l'UNESCO, l'archipel , composé de dix-neuf îles volcaniques et d'une quarantaine d'îlots dont la plupart ne sont pas habités par l'Homme, est un camaïeu de plantes, d'animaux, de couleurs, de senteurs qui se côtoient en toute harmonie. Des paysages tantôt lunaires, arides, tantôt amazoniens, verdoyants, en passant par la vue sur des étendues d'eaux turquoise qui vous noie dans un tourbillons d'images paradisiaques. Ici, il y a un condensé des éléments qui forment notre planète. L'eau, le feu, l'air ... et depuis une semaine, la glace.

Merci Liam.

Ou pas.

 Une semaine. Et c'est comme si j'avais fait le tour de la terre. Évidemment, nous avons visité La Réserve El Chato, abritant les tortues géantes, puisque Los Gaillapagos signifie «Tortues de mer». C'était donc un incontournable de notre séjour. De notre fabuleuse parenthèse. Ce sont des animaux ancestraux, qui ont traversé le temps et les époques. Les observer de si près, dans toute leur liberté, marcher auprès de ces magnifiques êtres vivants qui font pourtant l'objet de braconnage pour leurs carapaces et leur chair, c'était émouvant. Un privilège émouvant.

 Nous avons aussi fait le circuit de Los Tuneles sur l'île Isabela. Un sentier de tunnels faits de roches volcaniques hors de l'eau. Du Kayak, entourés de pélicans curieux et d'otaries coquines.

 Par deux fois, nous avons foulé le sable blanc des plages de Puerto Aroya. La couleur de l'eau y est envoûtante, mais c'est principalement avec les yeux que nous pouvons en profiter puisqu'il n'est pas possible de s'y baigner partout. Mais rien que vous ce panorama enchanté - et " Les Enchantées sont d'ailleurs le surnom des îles principales- cela vaut la peine de s'y balader. Surtout quand on peut y croiser des iguanes, gardiens des lieux, et admirer La Baies des Tortues, où nagent ensemble des raies, des tortues, des poissons colorés et des petits requins calmes. L'eau est d'un bleu si cristallin qu'elle semble transparente. Un miroir ouvert sur le fond des mers. Sur la plage El Garrapatero, ce sont les flamants roses, la tête dans le sable et les eaux peu profondes en quêtes de crevettes à se mettre sous le bec qui nous attendaient. Sagement. Paisiblement.

Ce que tu n'es plus.

 Ici, c'est l'océan. La montagne. Le ciel à portée de main, les pieds dans l'eau à perte de vue. L'horizon sans début ni fin. Les oiseaux et les habitants sous-marins. Un arc-en-ciel que l'on peut toucher, respirer. C'est le paradis. À un détail près.

Tu ne touches pas les étoiles...

 Je voulais voyager, sans entraves, pour moi. Mais ce séjour, il n'aurait pas eu la même saveur sans la main de Liam dans la mienne. L'homme apaisé, rieur, joueur, aux yeux plus éclairés que la Tour Eiffel un soir du réveillon, a enfin congédié son costume morose de PDG. Ce voile qui ne laissait que très peu entrevoir ce qui se trouvait dessous. Cette facette joviale mais si attirante de lui dont il m'avait montré un aperçu, s'est révélée plus nette et plus attractive encore que ce à quoi je m'attendais.

 Depuis que nous sommes là, tout est simple, si naturel entre nous, alors qu'à New-York, j'avais peur de sortir de ma chambre d'être confrontée à lui. Alors que dans notre bulle, la vie avec lui est fantastique. Je n'avais rien vécu de tel avec un homme. Tout est naturellement parfait. Enfin...

Presque tout.

 Si j'étais un champ, je parlerais de période de jachère. Involontaire, la jachère. Décidée et appliquée par l'agriculteur, de manière très arbitraire. Mais je n'en suis pas un. D'agriculteur, j'entends. Sinon, je jouerais de mon motoculteur sur ma terre tous les jours. Plusieurs fois par jour. Je suis la terre, et je n'attends que ça. Jour après jour. Heure après heure. J'en viens à regarder ma montre de manière compulsive.

 Je ne peux pas non plus dire que j'ai de nouveau affaire à l'Iceberg, c'est faux. Liam est avenant, doux, câlin. Très tendre. Il m'embrasse avec une ferveur qui me retourne à chaque fois, même dans le plus chaste de ses baisers. Même quand ce sont des ailes de papillons qui passent près de mes lèvres sans que je n'aie réellement le temps d'apprécier leurs caresses. Il est taquin, léger, drôle. Sans prise de tête. On rit, beaucoup. Nos gestes sont presque instinctifs. Comme si nous nous connaissions depuis toujours. Ils embrasent mes cellules. Mais les seuls contacts qu'il m'autorise à avoir avec lui, c'est lorsque nous nous embrassons, nous enlaçons, nous tenons la main - c'est-à-dire toute la journée- et quand je me colle contre lui pour m'endormir. Liste exhaustive. Pas de vrai contact charnel. Pas de sexe, donc.

 Je ne l'ai pas vu entièrement nu depuis notre moment privé aux archives. Nos caresses restent sages, trop sages, à mon grand désarroi. Dès lors que j'essaie d'enclencher quelque chose de «plus», une partie interdite aux moins de dix-huit ans, il stoppe notre étreinte.

 J'ai tenté de le rejoindre le deuxième soir, l'air de rien, sous la douche en ouvrant la serrure de la salle de bains avec le dos d'une cuillère : échec. Pas pour l'effraction, ça a très bien marché, si jamais un jour je dois me reconvertir, cambrioleuse de salle de bains d'hôtel me tend les bras... Mais il a quitté la douche et la pièce illico une serviette en boule devant lui pour cacher sa proéminente «nudité» - oui, je sais ce qui se cache dessous, moi aussi - m'expliquant qu'il préférait encore attendre un peu.

Un peu ? Il aurait pu développer, quand même.

 Le troisième soir, après une journée absolument idyllique sur l'île Seymour où j'ai pu photographier des lions de mer et des frégates -stars de la faune locale- et plusieurs essais pour l'émoustiller à grand renfort de messages en rien subliminaux, de mains baladeuses et de baisers que je voulais endiablés, j'ai fini par me trimballer en lingerie dans notre suite, allant jusqu'à l'admirer comme un accro au sucre devant la vitre d'une pâtisserie française dans la salle de sport privée dans laquelle il fait sa séance de muscu. Echec.

 Avant hier soir, je suis rentrée complètement nue dans le jacuzzi sur notre terrasse abritée de tous les regards. Oui, c'est malhonnête, mais je ne savais plus quoi faire pour le faire réagir, quitter sa coquille engluée par ce putain de self-control que je veux atomiser : échec. Cuisant. Dans tous les sens du terme. Ses yeux se sont transformés en soucoupes géantes, et il a expiré si fort de mon audace que je crois bien que son vent a soufflé jusqu'au Japon, peut-être provoqué un Tsunami.

Les chanceux. C'est sur moi que je veux un Tsunami bordel !

 Il a ensuite bondi hors de l'eau en me maudissant sur treize générations au moins, amusé toutefois. Il me rejette toujours avec le sourire, oui. Avec espièglerie, même. Je me soulage en me disant que je lui fais toujours de l'effet. Quand on s'embrasse, nos langues réveillent son érection, il est loin d'être indifférent à mes tentatives, ce qui me rassure, car j'ai vraiment douté de moi la première fois qu'il m'a dit «Non» . Mais j'ai beau essayé de m'y frotter, rien à faire. Aujourd'hui, j'atteins donc le summum de la privation. La barrière de mes limites.

Je suis à un poil de craquer.

 Je vis littéralement ses rejets comme une punition. Attendant la fin de ma peine comme le messie. Moi, je sais que je suis prête à aller plus loin. Lui, il ne l'est pas. Alors depuis deux jours, je me suis contentée de ce qu'il acceptait de me donner. Sa bouche, sans restriction heureusement. La tendresse de ses mains, jusqu'à un certain point. Comme si nous étions des pré-adolescents surveillés par nos parents. Rien de plus. Mais à présent, je décortique chacune des réaction de son corps. J'imagine que quand je le touche, il doit penser à Campbell. À ses mains sur moi. Ou pire. Qu'il lui faut plus de temps pour accepter ce qu'il s'est passé. Et maintenant, encore, la contraction de ses abdominaux me ramène sur ce toit.

 Je suis contrariée, en manque d'affection. D'intimité. Nos baisers langoureux ne me suffisent plus. Je brûle de l'intérieur. Parce que j'ai envie de lui. Que je ne fais que me dire que mon poids idéal c'est celui de cet homme sur moi. Que j'imagine nos corps enlacés, couverts de sueur, dans des positions plus dépravées les unes que les autres. Ma propre version du Kâma-Sûtra, moi qui n'en ai jamais testé plus de cinq ou six. De positions. Un comble !

 J'ai une perception très accrue de sa présence, même à dix mètres de moi. Je sens son odeur, entends sa respiration, imagine le toucher velouté de la pulpe de ses doigts à des endroits qui lui sont désormais réservés. À chaque fois que j'y pense, ma température corporelle augmente de plusieurs degrés, tout comme la tension entre mes jambes qui ne demande qu'à exploser sous ses caresses. De ses paumes, ses doigts, sa langue. Peu importe la méthode, pourvu que le résultat soit là. C'est une véritable obsession, et l'objet de ma tentation est constamment sous mes yeux, près sans l'être suffisamment. Je veux qu'il me touche avant de mourir de désir sans avoir pu l'assouvir !

Bon sang ! Je suis une obsédée!

En manque de lui.

 Mais il ne veut pas de moi. Alors tout de suite, je me sens comme un petit glaçon tout seul au milieu de l'océan Arctique. Déprimé. Repoussé par le sculptural Iceberg auquel il veut désespérément se rattacher.

Lyanor ? Tout va bien ? Tu ne veux plus ?

Les pieds dans le plat.

 Bon-sang mais non ça en va pas du tout ! Chacune de mes pensées est tournée vers lui. Lui sur moi. Lui sous moi. Lui en moi. Dans l'eau. Sur le sable. Même dans une grotte lugubre et froide ou sur cette colline que nous allons grimper pour regarder le soleil se lever dans quelques minutes ! Je veux qu'il me touche, qu'il me caresse jusqu'à l'âme, et plus simplement avec son regard bleu acier. Je veux cette connexion que nous avions en couchant ensemble même quand avant et après, nous nous faisions la guerre! Je ne veux plus qu'il chamboule simplement mon univers, je veux qu'il chamboule tout mon corps, qu'il le fasse trembler de la tête aux pieds, car seul lui a ce droit.

Je.vais.devenir.folle !

Tu l'es déjà ma pauvre Elly.

 Ses doigts dans mes cheveux que j'ai fait raccourcir et éclaircir dans un ton plus polaire le jour de notre arrivée au salon du resort -Prémonition de merde quand tu nous tiens!- me sortent de mes tourments impudiques.

- Si si, je lui réponds en me levant d'un bond, acceptant l'aide que me propose le pilote de notre embarcation de plus de onze mètres de long pour descendre.

Une fois sur la terre ferme, Liam glisse sa main dans la mienne, dépose un baiser appuyé sur mon front. Mes yeux se ferment d'eux-mêmes pour profiter plus du moment. Je crois un instant que je vais avoir un orgasme, juste comme ça. Tout mon corps frétille de cette petite attention. Puis nous nous mettons en marche pour une dizaine de minutes, afin d'atteindre le point de vue idéal. Le Mirador de l'île de Bartolomé.

Comme souvent depuis notre arrivée, nous discutons en marchant main dans la main, de tout et de rien. De notre programme des jours à venir, en l'occurrence, et du petit-déjeuner qu'il nous a prévu, dans un lieu dont il ne veut rien me dire. J'en ai déjà l'eau à la bouche.

Si seulement il pouvait être au menu...

Nous avons déjà abordé nos passés respectifs, nos vies, même si subsistent encore de mon côté quelques non-dits...

Familiaux. Il faudra bien tout dire Elly.

Bientôt. Je ne suis pas encore prête pour ça. Pas ici. Pas dans ce coin de paradis, même si j'y ai découvert mon enfer personnel : vouloir faire des choses inavouables à cet homme qui lui, met la pédale douce... Très douce. Trop douce. Un mega panneau stop de la taille de la tour KMC, en me laissant un goût amer au milieu de tout ce miel flamboyant qui m'entoure. Bref, je ne veux pas penser à eux. À elle. Et Liam l'a bien compris. Il m'a dit qu'il patienterait.

Peut-être devrais-je négocier, après tout, c'est quelque chose que nous savons faire tous les deux : des infos contre un très gros câlin. Tous nus, de préférence. Pour le lieu, je ne suis pas regardante. Un gros caillou m'ira très bien. Peu importe si l'appui est inconfortable ni comment on doit s'y prendre, je sais que le sentir en moi me fera tout oublier.

Et c'est moi qu'elle traitait de nympho...

Je resterai bien là toute la journée, juste pour attendre le coucher du soleil, me souffle Liam à l'oreille après s'être placé derrière moi pour me serrer dans ses bras.

Oui, moi aussi. J'ai largement passé le stade de la peur de l'exhibitionnisme, je lui réponds sans trop réfléchir révélant mes pensées.

Il soupire en secouant sa tête, rieur, comprenant où je veux en venir. Même un sourd aurait compris, de toute façon. Il soude totalement nos corps, fait balader ses lèvres dans ma nuque dégagée. Un feulement m'échappe, entre la douleur et l'extase. Je me félicite d'avoir balancé mes longueurs restantes dans un bun sommaire en arrivant au mirador. Les images qui défilent sous mes yeux sont à la limite de la pornographie. Je revois nos ébats passés, ressens la douce brûlure de ses fessées sur mon postérieur à Los Angeles, de ses dents entourant mes mamelons. Je me revois me déhancher sur lui, dans sa chambre, sens son membre dur me transpercer jusqu'à l'extase. Et j'ai chaud. Très chaud. Comme dans un hammam alors que c'est l'air frais de l'aurore et la vue d'un paysage presque martien qui me tiennent compagnie. Et cet homme. Le plus magistral de tous les volcans de cet archipel.

Putain, il faut qu'il rentre en éruption, et vite !

Ecoute Lyanor, ce n'est pas le moment, et je sais que c'est ma faute, commence-t-il à voix si basse que les ondes de ses cordes vocales ne percutent que ma peau, toute la peau, mais tu te fais de fausses idées sur mon abstinence. J'ai envie de toi Lya, me dit-il, ses mots mettant tout mon ventre dans un étau qui se resserre petit à petit. Bordel j'ai tellement envie de toi, répète-t-il la voix de plus en plus rauque, pressant son membre tendu entre mes reins pour appuyer ses dires.

Liam ... je renifle sentant les larmes de ma douloureuse frustration re pointer le bout de leur nez sans carton d'invitation.

Mais il continue, à me libérer d'un poids autant qu'il en ancre un autre, plus brûlant encore, m'ouvrant les yeux sur bien plus que je ne voulais voir, en dialoguant avec plus que mes oreilles qui avaient besoin d'entendre tout ça.

J'ai envie de toi comme un aveugle qui veut voir. Un assoiffé qui veut boire, et un affamé qui a faim. J'ai envie de toi comme un putain de sale drogué en manque d'une came qui est pourtant à portée de ses doigts. Tu n'as aucune idée même vague de ce que je rêve de te faire, ni comment je rêve de mettre chacune de mes pensées salaces à exécution. J'avais envie de te prendre hier au milieu du marché pour que tout le monde voie à quel point toi et moi, c'est juste une putain.de.grosse.évidence Lya, énonce-t-il en détachant ses mots. J'avais envie de te prendre dans cette église avant-hier à Cristo Salvador, en plein milieu de la nef, parce que ton corps mérite d'être idolâtré. Je passe mes nuits à te regarder dormir, à me demander combien de jours il va falloir qu'on reste enfermés tous les deux pour rayer chacune de mes aspirations à posséder ton corps, et à le faire de toutes les manières possibles et imaginables, m'explique-t-il alors que je visualise parfaitement ce qu'il entend par là. Alors ne crois plus que je n'ai pas envie de toi, que je fais un blocage qui n'existe que dans ta tête. Cette abstinence est nécessaire, autant pour moi que pour toi. Tu comprendras bientôt. Je te promets. Maintenant, regarde devant toi.

Ce que je fais, sans rien répondre,pantoise, bien trop bouleversée par ses paroles qui ont fait éclater des milliers de particules partout en moi, titillant des nuées de papillons énergiques au passage.

Il est 5h45 lorsque le ciel se réveille et sort de l'ombre, se parant de ses plus belles couleurs. Pour nous. Nos yeux. Nos cœurs. Nous sommes au sommet de ce petit monde, entourés d'eau bleue et de roches rougeâtres, mais je ressens une intimité sans borne. C'est un moment magique. Encore. Un de plus qui nous lie. Et aujourd'hui, alors que le soleil se lève à mes pieds quand il se couche à l'autre bout du monde, j'ai la sensation que son noyau ardent est en moi. Que l'explosion nucléaire est toute proche. Qu'elle va tout prendre sur son passage. Qu'il va tout prendre sur son passage.

Tout ce qui est déjà à lui.

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Plus la peine de vous faire un laïus sur le 4 mains, hein ?
Avec Lecossais, on a remis ça, encore et encore. Cabrel dirait : c'est que le début, d'accord, d'accord, d'ailleurs ;)

Bonne lecture !
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