Chutes. Partie II

18 minutes de lecture

— On arrive ! gronde Liam après avoir lâché un grognement de mécontentement à la Cro-Magnon.

Liam me garde contre lui une minute de plus en silence. Mes mains se faufilent l'air de rien sous sa chemise que je viens de sortir de son pantalon. Enfin, l'air de rien... je l'entends tout de même ricaner dans mes cheveux, mais il ne m'en empêche pas. Sa peau est bouillante. Elle est la flamme vers laquelle la mienne veut aller pour se brûler, volontairement. Il prend mon menton entre deux doigts, m'obligeant à incliner le visage pour arrimer mes yeux aux siens, préoccupés. Je n'aime pas ce que j'y vois. C'est déconcertant. Il m'a habituée à l'homme dur, rustre, impérieux, colérique, intraitable, arrogant, grincheux, invincible, résolu, fier. Dominateur. Indomptable. Pas à l'homme angoissé, hésitant, sceptique, perturbé, presque fébrile, que j'ai face à moi.

— Je vais bien, Liam. Ne me lâche pas.

Je vois à la ride creusée entre ses yeux qu'il réfléchit, me sonde, cherche un sens caché.

Il y en a un.

Son pouce caresse l'ourlet de ma lèvre inférieure avec attention, sa fausse concentration ne servant qu'à détourner ma vue des soubresauts de ses mâchoires serrées. Mes oreilles des battements irréguliers de son cœur que je ressens à travers notre contact. Je voudrais le secouer. Lui crier que je veux qu'il rappelle sur-le-champ Iceberg-PDG, seulement lui. L'homme froid mais capable de prendre les bonnes décisions pour le bien de sa société, des milliers d'hommes et de femmes qui en dépendent. Mais je veux qu'il me garde dans ses bras, entre sa force brute et sa douceur.

Mon Dieu à quel point je me suis trompée sur cet homme !

La glace cachait un feu. Sa froideur une douleur. Sa carapace un trésor. Je veux l'homme qui derrière son arrogance et son acharnement à demander toujours le meilleur à ses collaborateurs ne cherche qu'à protéger son héritage familial ainsi que tous ceux qui chaque jour participent à faire voguer plus loin le navire KMC. Mais je veux aussi l'homme qui a déployé de ses bras une tendresse que je ne soupçonnais pas chez lui. Celui qui m'absorbe quand il me serre contre son torse la nuit pour me rendre au jour, plus apaisée. Je veux l'homme qui nous pousse à avancer, mais me retient pour ne plus que je tombe. Je veux ses deux parts de lui. Lui. Tout entier. Avec ses forces et ses faiblesses. Car sa famille est sa faille, mais aussi le broc dont il s'abreuve pour y trouver sa puissance.

— Tu réalises ce que tu me demandes de faire ? m'interroge-t-il en pressant sa main gauche sur ma joue.

Oui. Elle sait.

— Je te demande de ne pas oublier pourquoi on le fait, Liam, je lui confirme avant de descendre pour aller ouvrir la porte sachant qui je vais trouver derrière.

Je fais signe à Neve qui tient sa fille dans ses bras de rentrer. La nounou attend plus loin pour la ramener chez Neve dès que notre entretien commencera. Mais j'avais besoin de voir la petite princesse aujourd'hui. Parce que c'est aussi pour ma boulette de sourires préférée.

— Nous le faisons pour Ethan, parce que cette bande de tarés s'en est pris à lui pour du fric, Liam. Nous le faisons pour Ivy, pour qu'elle sache que personne n'a le droit de décider pour nous, les femmes, de ce que nous devons faire de nos corps, je lui dis en englobant le mien d'un mouvement de mains. Nous le faisons pour Ivy, pour pouvoir lui enseigner qu'il n'y a pas de sacrifice quand la cause est la communauté, pour qu'elle apprenne que nous pouvons choisir notre destin sans être enchaînée à un passé ! On fait ça, parce que nous avons la chance de pouvoir décider quelle justice nous convient, Liam. Et on fait ça, parce que dans ma vie, je n'avais pu compter que sur les pattes d'un chat le nombre de personnes qui comptaient pour moi. Aujourd'hui, je peux le faire sur mes propres doigts. Personne.ne.s'en.prend.à.mes.amis.Liam. Ethan est mon ami. Donc ils vont tous tomber. Pas uniquement Randy Campbell.

Je les veux tous à terre.

Pas le temps de rajouter quoi que ce soit. Maître Dresher s'engouffre dans la pièce avec son comparse, nous informe qu'ils nous attendent en salle 5. Je récupère mon sac sur une chaise avant que nous ne la suivions tous. Aaron, qui est des nôtres, car il ne pouvait en être autrement pour moi -hors de question qu'il soit écarté- me ramène à lui par l'épaule et embrasse ma tempe pendant que nous marchons quelques pas. Devant la porte, mon avocate pose une main sur mon avant-bras pour m'interpeller :

— C'est toujours bien ce que vous voulez ?

Machinalement, je croise mes mains devant mon visage, bien que je ne sois pas croyante. Le temps me permet en une seconde de revoir la bobine de ma vie. Oui, je suis sûre de moi. Aujourd'hui, on les éradique de notre paysage à tous. Dans quelques semaines, c'est à mon ex-famille que je dirai leurs quatre vérités pour m'en séparer définitivement.

 Mon avocate ouvre la marche en pénétrant dans une immense salle claire de laquelle je pourrai suivre le coucher de soleil sur New-York. Les uns après les autres, nous nous installons en silence, aux places que nous avions préalablement définies. La table de réunion ovale est aussi grande que celle du conseil d'administration à la tour KMC. Même à dix de plus, nous ne serions pas serrés comme des sardines en boîte. Pourtant, ma peau s'hérisse à leur présente, à sa présence. Mais je le savais; je m'y étais préparée. En revanche, tous sont étonnés de ma présence à moi. Je sens leurs regards attaquer mon épiderme, dirige le mien vers Claryssa d'abord que je découvre pour la première fois, puis sur Randy aux yeux aussi gros qu'un ballon de football.

J'aimerais pouvoir dire en l'observant que Claryssa Martins est aussi laide de l'extérieur qu'elle l'est à l'intérieur, mais je ne vais pas mentir. C'est une belle femme. Ethan a du goût.

Et l'amour rend aveugle.

Elle a un physique avantageux. À la surface du moins. Des traits fins, les pommettes hautes, une chevelure ondulée châtain doré, de grands yeux noisette et une bouche pulpeuse peinte en rouge mat. Un tailleur sombre hors de prix aux aspirations marines, un décolleté en V trop prononcé -certainement à l'attention d'Ethan- qui n'a rien à faire sur elle en de telles circonstances; mais passons. Elle dégage un certain charisme, oui, et transpire la confiance en elle. Je me console en me disant qu'elle n'en aura bientôt plus. Que cette sirène au physique attirant capable de dévorer des hommes pour s'enrichir ressemblera dans peu de temps à un simple poisson pas frais écrasé par un bus sur le bitume.

Moche et malodorant. Son vrai elle, révélé aux yeux de tous.

Les regards emplis de promesse de revanche se croisent, se toisent. Je les sens même dans mes angles morts. Je perçois aussi les expirations agressives de Liam à l'autre bout de la table.

Un taureau qui veut charger. Tuer le matador.

Il fallait qu'il soit loin. De moi pour ne pas être tenté de m'empêcher de dire ou faire quelque chose. Et de Randy Campbell, surtout, assis face à moi, pour ne pas qu'il lui prenne l'impulsion de sauter par-dessus la table pour aller l'étranger. D'ailleurs, il ne l'a pas loupé sur le toit. Une vraie gueule cassée à la Mickey Rourke après que son chirurgien esthétique se soit occupé de lui.

Vilaine Elly.

Je souris intérieurement de constater leur étonnement général à nous voir toutes vêtues de blanc. Une volonté de ma part qu'ont accepté de suivre Mélia, Neve, Maëve et la mère des deux Walsh. Les hommes eux, ont tous une chemise blanche, et c'est Ethan qui le leur a demandé.

Pour ma part, je voulais me sentir moi-même, pas dans un rôle, pas dans un costume. Alors j'ai enfilé mon jean blanc élimé au genou gauche, une petite chemise fluide dont les manches sont enroulées jusqu'à mes coudes, et ses sandales blanches ouvertes à talons. Je voulais un symbolisme : celui qui hurle que je ne suis pas en deuil.

Un léger silence s'installe après la rumeur de chuchotements dans le clan adverse. Puis c'est leur avocat qui ouvre les hostilités après que Derek Campbell lui a soufflé à l'oreille -comme s'il ne pouvait pas parler seul :

— Vous nous aviez dit qu'il y aurait une déclaration de Mlle Jonhson, pas qu'elle serait présente à cet entretien.

Quoi? Il pense que je planque une mitraillette sous mon chemisier ?

Ou dans ton pantalon.

— Lorsqu'il y a plusieurs jours vos clients ont demandé à avoir une entrevue avec KMC.Corp, Maître, lui répond Neve, en présence d'un avocat de surcroît, précise-t-elle en parlant de Bandolini, personne ne nous avait prévenus qu'il y avait dans vos rangs un détraqué sexuel...

— Mesurez vos paroles ! la coupe Derek Campbell véhément prenant la défense de son frère.

— Et qu'il y a-t-il à mesurer au juste ? s'enquiert la mère de Liam déjà agacée. Appelons un chat et chat et ne jouons pas sur les mots ! Nous savons tous très bien ce qu'il s'est passé et votre intervention est aussi déplacée que l'interjection de votre avocat !

Bande.de.gros.cons ! je me hurle dans ma tête, avant de me lever de mon siège, les bras tendus et les mains à plat sur le bureau. Finalement, cela va durer moins longtemps que je ne l'aurais cru puisqu'ils me donnent déjà l'occasion de parler. Maureen Walsh, assise à deux places de Liam se redresse elle aussi, suivie par Maëve, à la gauche de son fils, puis Mélia, à droite d'Ethan qui est lui-même installé à côté de moi, mon avocate étant elle à ma gauche. Je suis bien entourée. Enfin, c'est Neve qui, placée à droite de Mélia, se met debout. Encore une fois, ça fait son petit effet, car tous se demandent ce qui nous prend.

Solidarité féminine les gars.

— Que je sois présente il y a deux jours n'a posé aucun problème à votre client, Maître, je commence en le regardant droit dans les yeux, bien au contraire. Ce porc sans éducation, dis-je en pointant du menton le criminel qui me dévisage, et je m'excuse sincèrement auprès de ces pauvres animaux que j'insulte en les rabaissant au niveau de M. Campbell, je lui souris narquoise, a passé sa soirée à essayer de me tripoter. Ensuite, il m'a rejointe dans la salle principale et m'a obligée à montrer sur le toit. Et que personne n'ose ne serait-ce que contredire ce que j'énonce, je les préviens avec fermeté. Chacun d'entre vous est dans une merde aussi nauséabonde que celle d'une décharge en surcharge un jour de canicule.

— C'est une farce ? reprend l'avocat outré.

La farce Maître, c'est que vous vous ridiculisiez un peu plus à chaque fois que vous ouvrez la bouche, je lui rétorque en priant pour ne pas aller étrangler ce malotru avec sa cravate violette qu'il triture depuis tout à l'heure. Je sais que tout le monde a le droit d'être défendu au regard de la loi, mais honnêtement, taisez-vous. Votre présence vous déshonore vous, votre cabinet, mais aussi votre profession. Et j'en ai autant à votre sujet, Maître Bartoloni, ajouté-je en pivotant vers l'autre avocat, le véreux.

— Et avant que vous ne vous pensiez légitime pour la rabrouer, mu de l'éloquence qui doit vous habillez chaque jour pour cacher votre magistrale vilenie Maître Bartolini, intervient ma meilleure amie, n'oubliez pas que vous risquez une radiation du barreau si Elly rend public ce que chacun d'entre vous a fait. Réfléchissez bien à l'utilité de nous faire entendre le son de votre voix. Vous vous rendrez service et nous épargnerez une perte de temps par la même occasion.

Je l'adore cette femme !

— Et vous êtes ? lui demande le troisième frère Campbell, le follower, Victor.

Quoi il veut des badges lui ?

— Je suis Amélia Scott, la compagne d'Ethan, se présente-t-elle pleine de confiance en elle sans sourciller de cette attaque arrogante. Ah oui ! Et je suis aussi journaliste, pas la peine de vous faire un dessin ni une explication de texte sur ce que cela implique, n'est-ce pas ?

Non pas la peine. Ils ont compris.

Oh oui. Je l'adore ! Tout autant que son sourire absolument satanique. Le diable lui-même va venir ramper à nos pieds pour nous prier de lui donner des cours. Les visages défaits qu'ils commencent à arborer enhardissent mes pensées. Les yeux de Liam rivés à moi réveillent les picotements ma peau. Bon. J'espère que ça va aller vite. Je veux rentrer. Enfin sortir d'ici, vite. Je n'ai encore rien dit de ce que je veux, pourtant j'entends déjà le sifflement de leur chute dans l'air.

Alors bouge-toi ma fille.

— Les hommes ont perdu leur langue ? raille Derek Campbell, dédaigneux au possible en nous scrutant toutes.

— Vous vouliez faire affaire avec KMC ? le provoque Neve résolue et prête au combat. Alors regardez-nous bien, lui dit-elle en détachant chaque syllabe, son corps penché en avant sur la table pour appuyer ses paroles. Nous.Sommes.KMC. Nous toutes, ici. Vous en prendre à une femme en nous pensant plus faibles qu'un homme, c'était une erreur. Vous en prendre à KMC en croyant que de votre petite colline vous pourriez jouer dans la même cour qu'une montagne qui cache un volcan pour atteindre mon frère, c'était une monumentale erreur, continue-t-elle en fixant méchamment Claryssa. Imaginer une seule petite seconde que vous alliez pouvoir nous menacer, c'était carrément l'apothéose de la stupidité ! Alors non, enfleure de mes deux, peste-t-elle entre ses dents serrées en se reconcentrant sur Derek, les hommes n'ont pas perdu leurs langues. Mais nous n'avons ni besoin de leur aval ni de leur voix pour nous exprimer !

— Si je maintiens ma plainte, votre «montagne», énonce avec perfidie le pervers en mimant les guillemets, ne sera plus qu'un petit caillou dans quelques heures.

Et lui ne sera plus qu'un grain de sable alors !

— Si je dépose plainte pour agression sexuelle, espèce de malade, c'est vous tous, je les englobe de la main, qui ne serez plus que des brindilles au beau milieu d'un feu de foret un jour de grand vent. Ce sera rendu public, et croyez-moi, je n'oublierai AUCUN des détails qui m'ont conduite dans ce restaurant, puis sur ce toit il y a deux jours. Entre un comptable-psychopathe qui nous suit même sur notre temps privé dans les bars, une folle à lier qui recrute sa famille pour se venger de son ex-fiancé qu'elle avait non seulement trompé mais aussi dupé sur leur relation en montant une escroquerie, un avocat qui prend part à tout ça et fait disparaître des fonds sur des comptes off-shore sous couvert d'un directeur financier et d'une directrice marketing qui trichent sur les ventes et les recettes pour augmenter la valeur de l'entreprise de plusieurs millions de dollars, c'est vrai que j'ai de quoi papoter un moment, non ?

— Non mais ... veut s'interposer la reine des dingos, mais je continue.

— Ah et sans oublier un espèce d'homme des cavernes qui est tellement inepte qu'il ne comprend pas le principe du consentement, est si atteint psychologiquement qu'il est capable de violer une femme juste pour savoir ce que ça fait d'avoir un rapport avec une qu'il pense coucher avec l'ex de sa meilleure amie ! je m'exclame théâtralement. Vous êtes tous complément dérangés ! Votre place n'est même pas dans une prison, mais dans un asile d'aliénés en fin de vie !

— Ca suffit ! grondent Claryssa et Derek en tapant du poing sur la table tel un seul homme.

— Vous avez raison, ça suffit, leur répond très calmement Maëve. Votre tentative avec KMC était grotesque, et il n'y aurait jamais eu de signature de contrat entre vous et nous. Jamais.

— Nous nous serions rendu compte de la supercherie, confirme Neve. Je trouve désopilant que vous ayez même osé tenter de vous sauver du naufrage en vous prenant pour Noé, rit-elle en secouant sa tête.

— Si vous déposer plainte, Mademoiselle Johnson, m'assène Claryssa en agrippant mon regard, KMC, nous aussi nous utiliserons les médias pour expliquer à quel point Liam Kavanagh est un homme dangereux et instable. Regardez ce qu'il a fait à Randy ! Il aurait pu le tuer ! se plaint-elle de manière ridicule.

Non mais je rêve ? Et moi, alors ? C'est une blague j'espère !

— Liam est intervenu pour protéger sa collaboratrice, la rembarre prestement Mme Walsh. Ne mettez pas au même niveau des coups et blessures et une agression sexuelle, s'il vous plaît. Vous faites honte à la gente féminine dans son ensemble !

— Règne humain et animal, ajoute Neve. Surtout que vous dépendez plus de mollusques décérébrés qu'autre chose ...

Ça c'est sûr ...

— Vous avez rendu un immense service à notre famille en disparaissant de nos vies Claryssa, croyez-moi! additionne Maëve. Vos gênes dépouillés de toute intelligence et humanisme n'ont rien à faire dans notre descendance !

Bim. Bam. Boom. Crash !

C'est qu'elle n'a pas du tout la pression, ma rouquine, là !

— Votre famille va faire la une des journaux si jamais ...

Mais c'est qu'elle va passer par la fenêtre la Barbie pouff ! Elle va chuter et s'étaler comme une crêpe si elle ne la boucle pas et vite.

Prison = orange, Elly !

Y'a que les cons qui ne changent pas d'avis, non ?

— Bien, j'en ai assez entendu ! j'interviens à mon tour. Vous me dégoûtez tellement que j'en ai la nausée. Messieurs Walsh et Kavanagh m'ont encouragée à porter plainte, je commence en les regardant l'un après l'autre, constatant que Liam est à un cheveux de craquer, ou de se péter une dent à force de serrer ses mâchoires. Monsieur Kavanagh se moque éperdument de votre plainte, Monsieur Campbell. Nous savons tous que si je vous fais un procès pour agression sexuelle, l'opinion publique se rangera du côté de mon patron, vous comprenez ?

Visiblement oui.

Je marque une pause, laissant le temps aux Campbell et compagnie de se dévisager pour tenter de comprendre ce que cela signifie pour eux, tous.

— Si vous faites ça, vous devrez vous en tenir aux faits de l'agression, déclare leur avocat à la cravate qui démange. Dans le cas contraire, si vous dévoilez des informations professionnelles transmises par Campbell.Inc à KMC.Corp précise-t-il comme si je n'avais pas compris, c'est eux que nous attaquerons.

S.A.L.O.P.A.R.D.S

— C'est parfaitement absurde ! s'offusque Maître Dresher.

— Elle doit avoir un accord de confidentialité sur ce qu'elle voit ou entend dans le cadre de son activité, la contre-t-il. Si elle rend public des informations, nous n'hésiterons pas à attaquer KMC !

Il a fumé quoi, lui?

— Vous nous menacez? s'indigne Maëve. Mais pour qui vous prenez-vous ?

Mauvaise idée Elly. Il va craquer !

Je me baisse, ouvre mon grand sac duquel je sors un autre sac en tissu que je réserve de côté, me saisis de la pochette que j'avais préparée "au cas où". En sors une feuille A4 qu'il ne me reste plus qu'à signer. Je demande à mon avocate de me prêter son stylo, et alors que je m'apprête à apposer ma signature, la main d'Ethan m'en empêche. Les yeux écarquillés de stupeur après l'avoir regardée, il secoue vigoureusement sa tête pour mimer un gigantesque "NON". Du coin de l'œil, je vois Liam en alerte se redresser sur son fauteuil, position prêt à l'attaque. Avant qu'il ne puisse dire -hurler- quoi que ce soit, j'enchaîne en signant :

— Voici ma lettre de démission. Ainsi, c'est moi et moi seule que vous attaquerez en justice si je dévoile à la presse tout ce que je sais. D'autres requêtes peut-être Maître ?

— NON ! gronde Liam en se levant.

Je le savais ! C'est plus fort que lui ! Je l'ignore. Plus vite je termine, plus vite je me barre. Je suis à un doigt de la crise d'urticaire, moi. En même temps, sa réaction leur prouve qu'il n'était pas au courant de ce que je comptais faire. Mon joker.

— Voilà comment les choses vont se passer, je leur annonce la voix haute et claire. Je vous laisse deux possibilités, pas une de plus. Vous n'avez pas les cartes en mains et je réitère, vous ne m'inspirez qu'un profond dégoût comme jamais je n'aurais cru en ressentir un jour. N'essayez même pas de négocier, ce sera non. Vous pensiez que j'allais courir vers votre petit chantage minable ? je leur demande la mine dégoûtée en ancrant mes yeux sur leur reine des bourdons. Vous avez eu tort. Dès le départ, votre plan était bon pour la déchetterie. Ma proposition numéro 1 est que je dépose plainte pour viol et croyez-moi, je ferai tout pour que plus jamais aucun d'entre vous ne puisse exercer son boulot actuel. Si je dévoile ce que vous avez fait, ce sont les noms de vos familles que vous allez traîner dans la bouse de vache atteinte de gastro-entérite pour des générations. Je ne réculerai devant rien et soyez assurés que vous ne me faites pas peur. Je viens d'une famille qui n'a pas peur de se mouiller pour écraser les plus petits. Pour moi, aujourd'hui, vous n'êtes que des insectes nuisibles à la société toute entière.

— C'est du bluff ! rage Victor.

Petit joueur.

— CAI UT 2961 1976 175...je débite un grand sourire aux lèvres.

— STOP ! me coupe-t-il alors que j'allais révéler le numéro d'un des comptes expatriés. Comment ?

— Mémoire eidétique, enfoiré ! je lui lance en tapotant mon front de mon indexe. J'ai vu les comptes et vos trafics de chiffres quand vous nous suiviez Aaron et moi. Interrompez-moi encore une fois et je vous jure que je sors de cette pièce en vous laissant ici comme le sale con que vous êtes !

C'est moi, qui vais en tuer un. Ce n'est pas possible autrement. Ils m'inspirent tous des envie de meurtre. J'avais peur de perdre mes moyens en me retrouvant face à Randy, mais non. J'ai une telle rage de le voir bouffer la poussière sur le sol qu'il ne me fait plus peur.

— Proposition numéro 2, je poursuis, KMC.Corp rachète intégralement Campbell.Inc, je leur balance en les voyant devenir blancs comme des draps neufs. Sachez que nous toutes ici, je leur dis en désignant les autres femmes toujours débout, sommes également disposées à créer ensemble une société pour faire l'opération en dehors de KMC.

— Non mais vous êtes folle ! s'emporte Derek en hurlant et envoyant balader son siège dans un geste d'emportement volcanique. C'est vous qui êtes...OH ! OH ! Elle fait quoi là ?

C'est pourtant clair, non ?

Elle se barre, enfoiré !

— TU LA FERMES DEREK ET TU T'ASSOIS ! lui ordonne Claryssa alors que j'allais ouvrir la porte pour sortir.

Bien. On avance.

Je reviens vers la table mais me poste derrière Liam, cette fois. Près de son dossier de chaise, mais sans le toucher pour autant. Juste assez pour respirer son odeur. Je m'en gorge puis reprends:

— La véritable valeur de Campbell.Inc à l'heure actuelle ne dépasse pas les cinq millions de dollars, je déclare. Le capital de la société s'élève à un million deux cent quatre-vingt-trois mille dollars. C'est la somme que vous avez réunie puis investie ensemble il y a quelques années, aux prémices de cette mascarade. Et c'est la somme dont vous ferez don à l'association de mon choix de lutte contre les violences faites aux femmes dans l'État de New-York. Nous vous proposons donc trois millions sept cent cinquante mille dollars pour le rachat. Pas un dollar de plus. Il n'y aura aucune poursuite bien entendu, nos avocats ont déjà tous les documents nécessaires, et jamais aucun de nous ne divulguera quoi que ce soit. Nous avons tous les accords de confidentialité de prêts. Évidemment M. Campbell retire sa plainte contre Liam, j'ajoute en posant mes mains sur ses épaules sous leurs yeux ahuris. C'est ma condition. Et ma proposition expire dans cinq minutes. Top chrono, je les préviens très solennellement. C'est le temps que ce pervers à eu pour abuser de moi, je ne vous laisse pas une seconde de plus ! je m'amuse de leurs mines déconfites. Vous allez voir, il peut s'en passer des choses, en cinq minutes !

Échec et Mat.

Voilà, ça c'est fait. Ils s'écrasent. Tous. Vite. Très vite. C'est une merveilleuse cacophonie à mes oreilles. Ils se hurlent tous dessus, se rejettent la faute, comme si ça allait changer quelque chose. Le groupe éclate telle une bombe nucléaire. Une chute tout en beauté. Mé.mo.ra.ble.

Manque plus que le pop-corn.

Je n'oublierai jamais ce tableau: la lumière de la fin de journée qui se reflète sur les murs beiges de la grande salle, les bruits fracassants de leurs pensées explosées, les odeurs de peur, même. Les visages défaits, pâles, blancs, bientôt cadavériques. La sensation d'apaisement de chacune des cellules de mon corps.

Liam embrasse mes mains l'une après l'autre, tendrement, réveillant mes frissons, l'électricité sur ma peau, mais aussi en moi. Je pose mon menton sur sa tête. Respire mieux que jamais.

Maman... tu es la prochaine.

Très bientôt.

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