Chutes. Partie I

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Elly

Isolée quelques minutes à l'abri des regards, le mien se perd sur l'horizon qui tutoie déjà le crépuscule. Dans quelques heures, ça fera quarante-huit heures. Pourtant, j'ai à la fois l'impression que c'était il y a cinq minutes et la sensation que c'était il y a des lustres, comme dans une autre vie. Comme si tout compte fait, à force de frotter ma peau sans relâche, j'avais réussi à muer, sans oublier, mais à me détacher de ce qu'il s'est passé sur ce toit, dans ce restaurant où je ne pourrai plus jamais mettre les pieds.

Hier, j'ai somnolé une bonne partie de la journée, car avant que tout le monde rentre chez soi, sauf moi qui ai encore squatté chez Neve, Liam et Ethan ont demandé à leurs avocats de nous laisser en vase clos vingt-quatre heures de plus avant de nous confronter aux Campbell, et à leur tête pensante, Claryssa Martins. Enfin pensante, je me comprends.

Le «Cogito Ergo Sum» de Descartes ne peut raisonnablement pas s'appliquer à cette femme. Elle est l'exception qui confirme la règle -pour une fois que ce n'est pas moi ! «Je pense donc je suis». Le pauvre doit se retourner dans sa sépulture. S'il avait eu un sujet d'étude comme Claryssa pour ses travaux au XVIIe siècle, la notion de doute cartésien ne serait jamais née. Car elle ne doute de rien, cette folle ! Non, elle, elle aurait été parfaite pour Kant.

Bref. Grâce aux deux PDG, j'ai eu du répit. Ça doit être ça, d'être aussi riches : même à plus de quatre heures du matin, les avocats ont leurs téléphones greffés aux mains ou aux oreilles.

J'espère que cette vipère s'est étranglée en avalant son propre venin quand elle a appris que son plan venait de prendre l'eau. Une deuxième fois.

De se noyer en pleine tempête, Elly, me corrige ma conscience.

Punaise elle irait bien avec Cooper et sa clique de scénaristes, celle-là ! À défaut d'avoir pu devenir milliardaire par alliance en épousant Ethan, elle a essayé de devenir millionnaire en lui vendant les parts d'un fruit en cours de moisissure. Dommage pour elle, rien ne s'est passé comme prévu. Ils essaient maintenant tous de se construire un radeau de survie. Visiblement, aucun d'eux n'a jamais entendu dire que normalement, quand un navire sombre, le capitaine ne l'abandonne pas et coule avec lui. Or, cette garce tente de nager tout en sauvant le trésor dans les soutes. En somme, elle veut le beurre, l'argent du beurre, et la bite du crémier, cette folle à lier.

Et son portefeuille, aussi. Surtout.

Mais elle va se faire aspirer par une lame de fond.

Comme quoi, je n'étais pas la plus à plaindre de mon aliénation.

Il y a toujours pire que soit, Elly.

Oui, d'ailleurs, j'ai un cadeau pour elle, dans mon grand sac à main. Rien de subliminal, j'ai bien compris que sa folie a sali sur QI.

J'inspire plusieurs fois, profondément, calmement, compte jusqu'à cinq avant d'expirer, comme me l'a montré ce matin la thérapeute qui est venue en consultation à domicile. Oui, je suis donc officiellement une patiente. Malade, quoi.

Ça va aller Elly.

Oui, ça va aller. Car ça va déjà. Je me sens parfaitement en paix avec ce que je m'apprête à faire, alors qu'il n'y aura certainement que peu de calme, là-bas. Ou un faux calme, puisqu'ils ne sont tous que des comédiens. Je vais leur montrer le vrai visage de la vérité, une fois les couches de maquillage retirés.

Oui, ça va aller. C'est une petite turbulence à passer. Raisonnablement, je sais que tout ne sera pas tout rose, mais il faut regarder l'horizon et ne pas voir que le bout de son nez. Après la pluie le beau temps, non ? Et le ciel est paré de son plus beau camaïeu, ce soir. Comme pour m'encourager, il peint pour moi un magnifique tableau de couleurs dans l'obscurité naissante de la fin de journée.

La nuit va tomber mais dans ma tête, c'est un nouveau jour qui se lève. Je ne compte plus les minutes qui me séparent du moment où nous allons nous retrouver face à eux. Où je vais me retrouver face à lui. Il n'y a pas que les philosophes, les auteurs où les politiciens, qui peuvent avoir des phrases profondes; aujourd'hui, s'il y en plusieurs qui m'inspirent, une sort du lot:

« Ne comptez pas les jours, faites que les jours comptent.»

Merci Mohamed Ali. Cette phrase a encore plus de sens pour moi aujourd'hui, car de la bouche d'un boxeur, un champion, elle ne peut qu'annoncer une cuisante victoire. Nous aussi, nous allons monter sur un ring, dans la salle de réunion qui jouxte celle où je parfais mon introspection, préparant mon esprit à asséner des coups sans pouvoir leur laisser le temps de lever le gant rouge. Je ne veux pas être la seule à me rappeler de la date à laquelle ce sale porc a posé ses mains sur moi. Je veux que tous ces détraqués s'en souviennent comme du début de leur chute. Je veux qu'ils se souviennent de ce jour non pas comme celui d'une agression, mais comme la soirée où l'ancre d'un tatouage a réécrit dans ma mémoire les chiffres que je cherchais depuis des jours.

Je n'ai rien dit des attouchements de Randy parce que j'avais trop peur de la réaction de Liam et Ethan, mais aussi car je sentais qu'il se passait quelque chose de très important dans ma tête. Je ne voulais pas tout enrayer à cause d'un grain de sable qui s'est finalement transformé en gros caillou pervers et dégueulasse, mazouté. Les choses devaient se passer ainsi, c'est tout. Personne n'emprisonnera plus jamais ma liberté, c'est une promesse que je tiendrai. Oui, les jours comptent. Ils vont s'en souvenir pour des siècles et des siècles.

AMEN !

Le Dr. Dresher nous fera peut-être un prix de gros, pour la squatteuse et moi. Ou alors elle va m'enfermer ... Ça vaut quand même le coup d'y réfléchir avant de lui en parler. Je n'ai pas trop envie de me retrouver dans le même asile que Claryssa. Ce serait un aller simple pour la case prison. C'est que penser à elle me file des envies de meurtres. Ce qu'elle a fait à Ethan devrait même me valoir l'immunité totale si je la balançais du quatrième étage de ce très luxueux cabinet d'avocats en plein centre de Manhattan.

Pas.Une.Bonne.Idéee.Elly !

Rabat-joie.

Sociopathe.

Je regarde mes mains. Elles ne tremblent pas. Elles ne tremblent plus. Mon corps semble avoir décidé et acté que les secousses seraient désormais uniquement réservées à celles que lui inspirent un grand brun aux yeux bleu arctique qui tournent nuit dans les heures de cataclysmes météorologiques. Je peux encore ressentir les grands-huit qu'ont fait mes organes quand Liam s'est mis à genoux devant moi. Forcément, ça m'a chamboulée, même si je me suis demandé s'il n'était pas au début d'une crise de schizophrénie aiguë. Mais ce n'était rien en comparaison de l'effet qu'ont eu ses mots sur moi ensuite.

Je perçois encore les coups de tambours de mon cœur qui jouait les percussionnistes fous, les vagues de courant électriques empruntant la voix express de mon système nerveux central pour aller titiller une zone bien trop érogène et humide quand cet homme est près de moi. Bon, au moins, seule ma tête était fracassée. Le reste, bien qu'en maintenance psychologique, n'a pas l'air d'avoir besoin d'être réparé. C'est déjà ça. Ce n'est pas que j'en ai pour quinze ans de thérapie, mais bon, si je peux éviter la ruine pour frais médicaux, c'est mieux. Enfin, rien que de devoir parler de ma mère en séance, j'en ai pour cinq ans au moins à raison de trois fois par semaine. C'est qu'il y en a des choses à dire, sur elle. Elle va devoir prévoir beaucoup de crayons et de petits carnets à gribouiller, la psy.

C'est elle qui marche sur le sentier de la banqueroute.

Me rappeler de ne pas remercier Amélia pour cette idée grotesque de me purger de tout ce qui concerne mon ex-mère. « Pour mieux avancer, je crois qu'il serait sain que tu vides ton sac une bonne fois pour toute, et le faire avec une inconnue qui ne sera là que pour t'écouter, c'est exactement ce qu'il te faut. No pression Elly, tu lui diras uniquement ce que tu veux, à ton rythme » m'a-t-elle dit.

Sainte Amélia !

Voilà. Il me faut donc une augmentation le jour où je reprends le boulot. Substantielle, au vu des honoraires de la praticienne. C'est Ethan qui va rire du motif de ma demande, tiens !

C'est toujours mieux que de recevoir une démission.

— Elly ? Tu es prête ma chérie ? me demande Amélia après avoir frappé trois petits coups à la porte.

Plus que prête.

— Oui, toutes mes personnalités ont bien été briefées Doc, plaisanté-je en lui faisant un petit salut militaire. Elles ont toutes bien compris les ordres, ne t'en fais pas!

Amélia s'avance et me prend dans ses bras. Je profite de son énorme câlin pour absorber un peu de sa force. Elle n'en manque pas. Je crois même que secrètement, elle en cultive, car Mélia est une véritable force de la nature. Elle ne flanche jamais. C'est mon roc. Celle qui vient m'arroser de sa sagesse quand je suis tourmentée, qui me fait grâce de sa morale quand je perds les pédales -souvent en ce moment, qui éclaire les ténèbres pour moi quand je suis perdue. Longtemps, elle a essayé de me montrer les chaînes de mon oppression, mais je ne voulais pas tout entendre. Mon seul courage consistait à négocier avec moi-même pour trouver un petit trou de serrure afin de m'offrir un semblant de liberté. Tel que me fiancer à Cooper croyant qu'il serait une sortie de secours, quand il n'était en réalité que le maçon d'un mur d'agglos à bancher. Le soutènement était déjà prêt.

Sale con !

Amélia Scott est une douce Tyrannie. Je mesure ma chance de l'avoir dans ma vie. Si j'ai de bons souvenirs en regardant dans le rétroviseur de ma vie, c'est grâce à elle. Et son frère, bien entendu. C'est qu'il va vraiment falloir qu'il ramène ses fesses ici rapidement, celui-là !

— Je suis fière de toi, Elly, souffle-t-elle contre ma joue. Que tu sois une battante, je l'ai toujours su. Il fallait simplement que tu te vois vraiment dans un miroir sans buée Elly. Que tu ouvres les yeux. Je suis désolée qu'il ait tout fallu ça pour que tu t'en rendes compte. Cooper, ta mère, et maintenant... hoquette-t-elle sans terminer. Mon Dieu si tu savais ...

Sortez les mouchoirs.

— Mély on avait dit qu'on arrêtait de pleurer, je renifle avec elle. Il ne mérite pas nos larmes. Franchement, j'ai eu de la chance, ça aurait pu être pire. Certaines n'ont pas ma chance, je ne veux garder que ça en tête, d'accord ? Il ne mérite pas que je m'apitoie à cause de lui.

Non, plutôt un bon gros coup de pied dans ses deux noisettes pour qu'elles lui ressortent par la bouche. J'ai d'autres idées de castration, mais mon estomac ne supporterait les images, là, tout de suite.

Moi non plus.

— Il faut prendre un ticket ? nous fait sursauter Ethan rentré dans la pièce en silence.

— Non, mais il faut me passer sur le corps pour avoir accès à ma copine, lui répond Amélia en se mettant devant moi comme si elle me protégeait...

Comme si ça la dérangeait qu'Ethan lui grimpe dessus à cette petite nympho. Cette femme dort moins que moi la nuit, et pas du tout pour les mêmes raisons. J'imagine d'ici le sourire coquin jusqu'aux oreilles qu'elle doit lui servir. Ça sent les petits cœurs et l'amour à la praline à plein nez, ici.

— Bon les affamés, quand vous aurez fini de vous bouffer des yeux, surtout n'hésitez pas me le dire. En attendant je vais rester derrière la belle rousse et lui chercher des poux inexistants comme le font les primates. Faites comme si je n'étais pas là, ok ?

— Allez viens par-là au lieu de dire des bêtises, Johnson, me tire-t-il par le bras pour me ramener à lui tout en soupirant les yeux roulant des leurs orbites.

Ethan dépose plusieurs baisers sur mon front. Je le laisse faire, me blottis contre lui appréciant ce moment de tendresse.

— Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire de toi, mon petit dragon ?

Oui, alors j'ai bien une idée de ce qu'il ne va pas faire, surtout.

Go Elly ! je m'encourage. Il ne va pas te manger le Jamie Dornan de Mélia !

Affamé, tu as dit, répète la saleté de moqueuse aux sourcils en accents circonflexes.

— Ethan, quoi qu'il se passe là-dedans après, je lui dis en désignant la salle d'à côté d'un geste vague de la main, tu ne t'énerves pas, ok ? Promets-le-moi. Quoi qu'il se passe ou quoi qu'on dise, Ethan, j'insiste en le regardant droit dans les yeux pour donner plus de poids à ma demande.

Il recule. Ses yeux tiquent, preuve qu'il a entendu mes pensées pourtant sur «mute». Ses billes jade aux taches d'or reflétant d'ordinaire sa joviale espièglerie deviennent troubles, passent de sa petite amie à moi, deux fois, trois, lentement. Comme en slow-motion alors que je voudrais que le temps s'accélère, que ce foutu présent soit déjà archivé dans le passé, que le chapitre soit écrit et clos, même s'il l'est déjà dans ma tête. Mais il doit l'être vraiment, pas que dans mon imaginaire. Je veux sortir les mots de leur salle d'attente. Ils ne vont pas se faire soigner, ils vont cautériser les dernières brèches qui ne peuvent l'être qu'en jouant la carte de l'éloquente sentence. Mes sentiments sont tous alignés. Chacun tient la main de son petit camarade. Ils ne se disputent pas en moi pour savoir qui va gagner. Ils sont solidaires, complémentaires, complices pour appuyer sur chaque bouton de mes émotions pour qu'elles sortent ou d'en retenir d'autres. Il n'y aura pas de temps de délibération. Le couperet va tomber aussi vite qu'ils vont chuter.

— Bon-sang Elly, qu'est-ce que tu mijotes encore ? Mélia ? nous pointe-t-il du doigt quand je ne réponds pas. Bordel de merde les filles mais vous voulez que Liam pète un plomb ou quoi ? Vous savez que j'ai failli lui foutre du Xanax dans son café avant de venir ? Double dose !

Tu aurais dû joli cœur.

— Liam est arrivé ? je l'interroge prise d'une petite pointe d'angoisse.

Oh non Elly ! Zéro stress !

Il hoche la tête pour toute réponse, soucieux, cherchant sur mon visage le graal d'une enquête qu'il mène. Mais il ne trouvera pas. La carte au trésor n'existe pas. Liam ... Merde Merde Merde ! Il avait un truc à faire avant de nous rejoindre, je pensais qu'il n'arriverait qu'au dernier moment pour éviter de tourner ici comme un lion en cage sous extasie.

Ou d'aller dégommer Campbell en douce.

Aussi. En début d'après-midi, pendant que les filles et les mères d'Ethan, Liam et Neve, nous finissions de préparer ce rendez-vous avec mon avocate, les quatre hommes eux se sont éclipsés pour un entrainement de boxe. Mais quand Liam est rentré, il était encore loin d'être calmé. Il est monté sur ressorts branchés sur une centrale nucléaire. Il m'a juré de ne pas sauter sur Campbell, Randy, en particulier, mais il aurait effectivement mieux valu qu'il soit léthargique.

Alors fais en sorte de ne pas titiller la rage du fauve.

C'est pour ça que je dois avoir l'esprit tranquille en me disant qu'au pire, il n'y aura qu'un de mes deux patrons à gérer, si je dois sortir mes jokers.

Joker ? JOKERRR !

Toi aussi, je vais te filer un Xanax !

— Mon cœur, promets-le-lui, s'il te plait, me vient en renfort Amélia qui lui embrasse doucement les lèvres.

— Tout ce que tu veux, Elly. Je te dois bien ça, non ? me demande-t-il la voix chancelante, un voile de chagrin noircissant un peu plus ses prairies irlandaises qui passent du printemps à l'automne presque achevé tout à coup.

— Jamais je ne t'en voudrai Ethan, je lui chuchote en le serrant aussi fort que possible dans mes bras. Jamais. Tu es le premier qui m'a ouvert ses bras à New-York. Le premier qui m'a fait confiance. Le premier qui a vu mes pleurs même dans le noir. Le premier qui a entendu mes cris même quand je me bâillonnais. Tu as su lire mes phrases sans mot sur la page parce que toi aussi, tu as été trahi par quelqu'un sur qui tu pensais pouvoir t'appuyer. Toi, tu as été le renfort de mes fondations quand la terre a tremblé sous mes pieds, quand Amélia n'était pas là pour me foutre un coup de pied au cul. C'est moi, qui te suis redevable. Tu es dans la liste de mes inspirations, parce que la vie a battu la mort pour te garder ici. Tu as gagné une fois contre Claryssa et ses mensonges, tu gagneras aujourd'hui encore, Ethan !

Je me détache, garde mes mains sur ses épaules, mon regard franc dans le sien troublé. Je veux qu'il comprenne à quel point je veux que cette garce voie l'entièreté du panorama que nous allons lui offrir ce soir. Que nous allons leur offrir à tous. Nous sommes des individualités, mais nous aussi un groupe. Et contrairement à eux, quand nous nous allions, c'est parce que nous la connaissons déjà, la putain d'issue de ce dernier combat ! Nous n'allons jouer qu'une seule manche, mais c'est la décisive, celle qui attribuera le plus de points. Nous avons tous un rôle à jouer, silencieux ou bavards. Celui d'Ethan, c'est de ne pas sourciller face à la bassesse des attaques de nos adversaires.

— Je veux que tu lui montres que tu as tourné la page. Que tu n'avais pas besoin d'elle pour être l'homme et l'ami merveilleux que tu es. Je veux que tu lui montres par ton ignorance et ton criant dédain qu'elle t'a rendu le meilleur des services en foutant votre histoire en l'air, mais que toi, elle n'a pas réussi à le faire. Je veux qu'elle comprenne qu'elle a tout perdu, mais que toi tu es encore au sommet d'une montagne dont elle ne connaitra jamais que les grottes au sous-sol. Je veux qu'elle comprenne que la richesse n'est pas un chiffre sur ton compte en banque, mais que le vrai trésor est celui qui se cache là, je lui explique en posant une main sur son cœur. Je veux qu'elle comprenne qu'elle a perdu plus qu'elle ne le croit, parce que toi, par amour, tu lui aurais offert le monde. Mais aujourd'hui, on va simplement lui filer un billet retour pour Enfer-City ! je m'exclame. C'est bien compris Walsh ?

— Bordel mais qu'est-ce qu'il va en chier avec toi ! s'esclaffe-t-il en m'enlaçant une nouvelle fois. J'ai hâte de le voir être mené par le bout de la...

Oh putain ça recommence!

— Un mot de plus et c'est la tienne que je raccourcis espèce d'obsédé du cure-dent ! Laissez-nous respirer et voir si on est capables de ne pas s'étriper au lieu de déjà m'imaginer comme un four à mini-icebergs.

Bon. Je suis sûre qu'on peut faire plein de choses autres que de s'étriper.

— Un cure-dent ? pleure-t-il de rire. OH PUTAIN DE PUTAIN DE MERDE ELLY !Je ne vais pas m'en remettre ! On a grandi ensemble je te rappelle, je sais ce qu'il y a sous son costume, raille-t-il goguenard. Si c'est ta version du cure-dents, tu n'auras jamais besoin d'une épisiotomie !

Oh putain !

Alerte ! Alerte ! Elle va faire un AVC !

Amélia fait de son mieux, mais ne peut elle aussi contenir son fou-rire. Bon, OK , pour l'image, on repassera. C'est pas un cure-dents , c'est plutôt un tronc d'arbre, genre gros conifère, mais je n'ai pas besoin de corriger du coup, si ?

Tout dépend, sa vanité, tu la vois en fourmi ou en Goliath ?

Et puis comment il connait ce mot, lui d'abord ?

Bah peut-être qu'ils font des gros bébés dans cette famille. Demande à Neve, tiens !

Heu... non ?

Ça fait quand même un bien fou, de rire. Heureusement que je les ai, me dis-je émue. Bref, on se reprend !

Bon, ça va, évite de mourir sous mes yeux ! Pas sûr que Rebecca Rabbit, sache faire du bouche à bouche, me moqué-je en tirant la langue à Mélia qui grimace en retour.

Et hors de question que toi, tu lui en fasses évidemment, intervient une voix dont l'humour s'entend à des kilomètres.

Ouf, il n'est pas de -trop- mauvaise humeur.

Ma peau est prise d'assaut par des frissons ardents avant même que je ne me retourne pour lui faire face, juste par le son et l'intonation de sa voix qui percutent mes organes. Je sens ses mains se poser sur mes poignets, le dos de ses doigts remonter mes avant-bras dénudés. Son nez plonge dans mes cheveux, son souffle chaud caresse l'épiderme qu'il atteint pour embraser tout mon être. Sa bouche délaisse ma nuque après l'avoir embrassée. Liam soude son bassin à mes reins, sans parler. Ses lèvres tracent un sillon humide sur le contour droit de ma mâchoire, faisant se contracter tout mon bas-ventre qui s'époumone d'une délicieuse torture. Mon corps est au diapason de ses attentions. Ses grands bras bandés viennent enserrer ma taille, ses mains à plat sur mon ventre crispé. Je pose ma tête sur son buste, soupire d'aise puis inspire à pleins poumons pour me gorger de son odeur boisée et musquée, celle qui berce mon sommeil et le surveille, aussi. J'entends la porte se refermer, me rends soudain compte que nous sommes seuls, et que j'avais totalement oublié la présence de mes amis.

— Ne bouge pas, susurre-t-il à mon oreille avant de la mordiller, provoquant une décharge enflammée dans mon entrejambe surchauffée.

Sa chaleur me quitte quelques infinies secondes, avant de m'embaumer de nouveau, faisant éclater les infimes bulles azotées d'angoisse qui se planquaient en moi en catimini et que je n'étais pas consciente d'abriter, jusqu'à ce qu'un poids s'évapore grâce à lui.

Il décale mes cheveux son mon épaule gauche, et glisse un collier autour de mon cou. Mon visage se baisse de lui-même pour regarder, et il me faut un petit laps de temps pour sortir de ma torpeur, retrouver une respiration qui s'était mise sur pause, et comprendre. Je porte le pendentif du sautoir délicatement à mes doigts, comme par crainte de l'abîmer, le détaille, interdite, avant que mes yeux ne soient totalement noyés sous les flots de mes larmes qui montent, de la vague ébranlante qui m'aspire dans une émotion inattendue. Une magnifique plume en or rose de la taille de mon auriculaire, ornée de petits diamants et montée sur une double chaîne à fins maillons du même matériau.

Merci... j'arrive avec peine à articuler, l'air venant de se faire porter pâle autour de moi.

Mais pas l'eau.

Les trois seuls bijoux que l'on m'avait jamais offerts dans ma vie, c'étaient jusqu'à présent la montre de mon père que j'ai reçue à mes seize ans, des boucles d'oreilles de chez Tiffany par Mélia et sa famille à mes dix-huit ans, et...

La bague de fiançailles de Cooper.

L'apothéose de la supercherie! Quoi que non, ça aurait été l'alliance au mariage ! Mon Dieu, j'ai échappé à ça. Rien que d'y penser, j'ai envie de vomir. Il a dû s'en mordre les couilles, ou se les faire couper, même si je ne perçois pas pourquoi exactement ils ont fait tout ça. Ça me dépasse toujours.

— Une plume parce que tu es la seule à pouvoir décider des mots que tu vas poser dans le livre de ta vie, Lya, m'explique-t-il la voix suave et chaude. Une plume parce que tu peux voler de tes propres ailes. Tu n'as besoin de personne pour virevolter, aller loin, aller haut, pourtant, tu nous montres que ton altruisme et ta force, tu es capable de les mettre au service des autres même dans tes pires moments, même quand le vent est si fort que tu ne devrais pas pouvoir décoller. Tu es libre de choisir ton chemin, et malgré cela tu en as choisi un qui mène au combat turbulent quand tu pourrais simplement fuir vers le calme. Un plume parce que tu es l'influence qui nous inspire une admiration sans borne, parce que ce chapitre que tu n'écris pas que pour toi, c'est la signature d'une puissance que tu ne pensais pas avoir. La légèreté d'une plume n'empêche pas les oiseaux de faire ce que l'homme lui ne peux. Tu es ce paradoxe, Lyanor. Un duvet délicat, ferme et solide que la fragilité ne rend pas moins résistant, plus faible, au contraire. Ta plume traverse les tempêtes, écrira de ta main l'histoire que tu lui auras demandée.

Les mots infusés dans mes larmes, s'infiltrent par mes pores grands ouverts pour eux, et voguent dans mon sang pour aller se graver dans ma poitrine sans avoir à creuser une tranchée, ni à contourner des barrières déjà tombées. Liam se place face à moi, porte ma main enserrant le bijou à ses lèvres. Ma peau réagit, avant que ce ne sois moi, qui m'embrase. Je pose un baiser délicat et lent sur sa bouche, presque timide, sans précipitation puis je congédie ma retenue en fanfare et avec un tapis rouge quand ma jauge de patience expire, chaque cellule de mon corps étant maintenant en flammes. Après tout, elle n'a pas sa place ici.

J'ai une furieuse envie d'une communion langoureuse. Avec cet homme. Ça vrille ma tête, mon corps. Mon âme. C'est viscéral. Animal. Trop de temps à rattraper, même si je ne regrette qu'à cinquante pour-cent cette attente. Elle était nécessaire pour éradiquer les doutes, ne laisser que des certitudes. Tout de suite j'en ai une : j'ai mal et c'est lui, mon baume apaisant. La texture de ses lèvres, la douceur de sa salive. J'en ai besoin. Alors je laisse l'instinct de survie prendre le dessus, parce que c'est de ça qu'il est question.

Mes dents emprisonnent sa lèvre inférieure, puis ma bouche la suçote comme pour apaiser le divin mal que je viens de lui faire, écho au mien. Il ne me quitte pas des yeux, parcourant du regard les courbes de mes lèvres rosies d'envie, son océan tamisé de luxure trahissant sa faim avide de la suite. Alors je ne me fais pas prier. Ma langue happe la sienne au goût de café et de l'alcool qu'il a dû boire pour calmer ses nerfs. Je m'accroche à sa nuque, notre baiser endiablé me donnant le vertige. Je me gorge de ses petits grognements qui font se gonfler de désir des parties bien trop intimes de mon anatomie, profite de notre étreinte fiévreuse pour fouiller ses cheveux soyeux. La manière dont il m'embrasse, avec passion mais minutie, enhardit ma volonté d'étirer le temps, décuple le plaisir que je n'arrive pas à contenir, qui se diffuse partout en moi. Liam me soulève, me dépose sur l'une des tables de la petite salle de réunion en se calant entre mes cuisses sans cesser sa délicieuse action. Je suis assise, l'une de ses mains maintient ma nuque pour approfondir toujours plus son exploration de ma bouche, pourtant, je me sens chuter. La sensation de dégringoler depuis l'espace. Ce n'est pas effrayant, c'est grisant.

Nos langues sont quasiment soudées l'une à l'autre et ne semblent plus vouloir se quitter, prises dans un assaut qu'elles adorent depuis qu'elles y ont goûté il y a moins de quarante-huit heures. Elles ne ressentent pas la fatigue, nous procurent un plaisir mutuel qui fait trembler mon corps de l'intérieur. Nos lèvres s'épousent avec hardiesse. C'est un petit Nirvana qui vaut la peine de mourir asphyxier. Pourtant il va falloir qu'elles se séparent malgré l'addiction qu'elles ont déjà développée en si peu de temps. Puisque nous sommes tous les deux hors d'haleine et pantelants, mais surtout car des petits coups à la porte que nous avions sciemment choisi d'ignorer se font plus insistants et francs.

C'est l'heure.

Et nous sommes grillés, aussi.

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