Mensonges, jeux et vérités. Partie II

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( oui, 30min, c'est long. Je couperai à la correction/réécriture en fin d'année)

Elly.

À peine ai-je posé un orteil sur le tapis de sol que la certitude que je ne vais pas encore pouvoir sortir de cette pièce s'abat sur moi avec férocité. Pas déjà. Même si j'ai dû y passer plus de temps que les dix derniers jours. La flaque d'eau qui se forme au sol ne m'émeut pas, je lui en veux presque de ne pas avoir pris avec elle toutes les particules sur mon corps dont je n'arrive pas à me défaire. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Encore et encore. Je fais quelques pas et n'ose pas regarder mon reflet dans le miroir. Je sais déjà ce que je vais y voir, y lire ; mon image est déjà dans ma tête, comme si je me voyais de l'extérieur de mon enveloppe.

Je rentre dans la douche olympique après avoir laissé mes empreintes au sol, preuve que je suis toujours là, physiquement du moins. Règle la température de l'eau aussi chaude que je peux le supporter. Et j'en veux à ma peau, vraiment. Je peste, contre ce corps qui a été incapable de réagir au danger. Qui s'est statufié, ne m'a même pas permis de crier. Contre cette peau qui maintenant encore ne veut pas faire ce qui est nécessaire pour la purifier, estimant que la chaleur ne lui convient pas. J'ai besoin de cette désinfection. Laver mon esprit, aussi.

Je vide l'intégralité de mon gel douche sur moi, et gratte à l'éponge plus que je ne frotte. Je voudrais éplucher mon épiderme, muer tel un serpent qui aurait besoin de se faire une peau neuve, ne laisser que le derme, puis le tempsde réparer cette couche superficielle mais dont l'abrasion totale me paraît essentielle à mon bien-être psychique à cet instant. Je veux exterminer ce qui me démange, je pique, me brûle jusqu'aux os.

Je laisse l'horloge hors du temps, et j'attends. D'être prête. Car sortir d'ici est étroitement lié à mon besoin de me sentir « propre ». Je ne veux plus sentir son odeur. Alors je me lave, rince, savonne encore, rince, m'astique. Finalement, j'en viens à ne plus percevoir la chaleur de l'eau ; seule la corrosion interne que je ressens perdure. Mais tout ce feu en moi ne détruit pas totalement les reliques de ces quelques minutes sur ce toit. La fumée qui m'étouffe de l'intérieur a remplacé la brise fraîche. Elle embaume ma pensée rationnelle mais pas mes souvenirs. Je voudrais tellement que ce soit le contraire.

La tête et le dos appuyés sur la faïence, les jets d'eau poussés à leur pression maximale pour bousculer mon corps et mes muscles autant que l'est ma tête, j'inspire la buée à l'odeur de mon gel douche à la rose. Un magnifique set de bain avec plusieurs produits l'Occitane en Provence qui était apparu vendredi dernier. J'avais pensé que c'était tout simplement ce dont se servait Neve et que sa gouvernante, Barbara, m'en avait gentiment déposé un en faisant le ménage ici.

La vérité était ailleurs.

Oui, mais s'il avait su que son attention allait me servir à ça, il m'en aurait peut-être fait livrer dix fois plus. Avec de la javel. Des litres et des litres de javel. Et puis quand on fait un cadeau, on le dit, non ? On laisse une petite carte !

— Il ne peut pas faire les choses comme tout le monde ?

Un flash douloureux m'agite quand je touche mon front par erreur. Les images de l'hôpital apparaissent.

« Quelle est la nature de votre relation avec M. Walsh ? (...) Avez-vous une aventure avec votre patron ? (...) Avez-vous eu une aventure avec M. Walsh dans le passé ? (...) Pourquoi ne pas avoir signalé durant votre dîner que M. Campbell avait des gestes déplacés envers vous ? (...) Espériez-vous que l'attention que vous portait M. Campbell se transforme plus tard dans la soirée en quelque chose de plus ? (...) Pourquoi ne pas avoir averti un client, un serveur ou n'importe quelle personne que vous avez croisée quand vous dites que M. Campbell vous a obligée à traverser le restaurant et à monter deux étages ? Etiez-vous consentante à ce moment-là? (...) Avez-vous changé d'avis par la suite ? (...) Etes-vous sûre de vous Mademoiselle ? (...) Etes-vous sous traitement ?(...) Pouvez-vous reprendre depuis le début une dernière fois ? (...) Quelle est votre adresse ? (...) »

Les questions reviennent comme un lundi suit un dimanche. Heureusement que Liam et Ethan m'avaient envoyé une avocate pour m'orienter sur les questions pertinentes ou non. Je sais que les deux inspecteurs ne faisaient que leur travail, qu'ils devaient me les poser, ces questions. Malgré leur insistance sur certaines, ils ne m'ont jamais laisser croire qu'ils doutaient de moi. En revanche, on ne pouvait pas savoir ce que Campbell allait dire. Maître Thorston a été très bien. Douce avec moi, ferme avec la police sur les questions qui n'apporteraient rien selon elle. Après leur départ, elle m'a dit que toutes leurs interrogations, même intrusives ou très intimes, étaient finalement nécessaires, qu'ils avaient bien fait leur job. J'aurais préféré ne pas avoir à leur en donner. Mais bon. Ce qui est fait ne peut être défait. Une belle tache d'encre de plus au livre de ma vie.

Ça va aller Elly.

Le plus difficile, ça n'a pas été de revivre ces terrifiantes minutes mais de devoir subir toute cette inspection intime de mon corps dans les moindres détails. Les photos, le kit, les empreintes etc.

« Intime». Putain de karma de merde ! Une notion que je vois décidemment d'un nouvel œil, ce soir. Si j'avais su ...

Recentre-toi Elly.

Pour parler, ça allait, j'étais dans un état second, là sans l'être. Entre deux portes comme souvent quand mon esprit s'évade sans savoir réellement quoi faire, quoi décider. J'étais un magnétoscope qui décrivait avec précision chaque geste, chaque seconde, mais en roues libres. En pilote automatique. Même pas besoin de réfléchir, tout était là. Déjà stocké et gravé dans ma mémoire. Les mots n'avaient qu'à sortir tous seuls.

Putain de mémoire !

Je voudrais appuyer sur un bouton et effacer les dernières heures. Mais ce ne sera jamais possible, tout sera là, à vie.

La vie continue. Mais ça va aller Elly.

Toute ma vie, je me rappellerai de cette journée.

— Mais cette fois je suis simplement comme toutes les autres, tous les autres, qui n'oublieront jamais, je murmure en sortant de la douche tout en m'excusant auprès de ma mémoire.

Sur ce coup-là, je ne suis plus la fille qui se souvient de tout. Je suis au même niveau que les autres. Je m'enroule dans un peignoir tout doux qui a été déposé sur le sèche-serviettes pour moi. J'inspire son odeur, celui de la lessive, du propre. Emplis mes poumons et constate avec soulagement qu'un poids s'est déjà évaporé. Sur le meuble vasque, Neve m'a déposé des produits pour mes yeux qui ne ressemblent plus à rien tant j'ai pleuré.

Walking Dead n'a qu'à bien se tenir, me dis-je.

Je verse la lotion sur deux ronds de coton, profite de la fraîcheur qu'ils m'apportent en m'asseyant sur un fauteuil. Je soupire, vide mes poumons. Je me sens soudain en total décalage avec les évènements. Ou peut-être suis déjà dans la phase d'acceptation dont m'a parlé la psychologue qui est venue me voir. Après tout, j'ai déjà pleuré toutes les larmes de mon corps et vidé mon capital hydratation pour le mois à venir. Alors il faut bien avancer, non ? Et puis tout ce que m'a raconté Neve m'a permis de relativiser sur ma condition. Même si elle ne l'a pas fait dans ce but. Loin de là.

Je comprends mieux certaines réactions d'Ethan, j'appréhende même tellement plus de choses sur eux, à présent, comme si mon champ de vision avait été élargi à l'infini. La cicatrice sur son thorax aussi. À la plage, je n'avais pas osé lui demander d'où elle venait. Mélia savait mais elle ne m'a rien dit, car Ethan voulait m'en parler lui-même, me raconter son histoire quand il serait prêt, d'après les filles. Jamais je n'aurais imaginé que cet homme qui transpire la joie de vivre et la gentillesse ait pu attenter à ses jours. Vouloir y mettre fin à cause d'une rupture, même si la déception sentimentale a dû être colossale. Je sais que ça arrive, mais Ethan!? Ca me parait tellement improbable. Cet homme si adorable, plein de folie et de vannes. De conneries. Mais mon Dieu que cet homme me fait rire ! Alors qu'il ait pu en arriver à une telle extrémité...

Apprendre que notre conjoint nous trompe, c'est un choc frontal violent. Et encore, moi je n'étais même pas amoureuse de Cooper, mais son infidélité à révélé plus à mes yeux. Alors se rendre compte qu'en plus il avait été utilisé, je ne peux que comprendre ce qu'il a ressenti, même si encore une fois, je n'avais pas plus d'attachement à Cooper qu'à une peluche qu'on a dans sa vie depuis longtemps mais dont ne sait plus vraiment quoi faire. Elle est là, elle fait bien, mais si elle disparaît un jour, ce ne sera pas une grande perte non plus. Sûr que Cooper n'est pas une perte du tout, en plus! Mais moi, j'ai été utilisée à plus grande échelle. Sur un laps de temps bien plus important et par plus de personnes. Mais vouloir se suicider ? Moi, ça ne m'a même pas traversé l'esprit. J'ai simplement décidé de tourner le dos à tous ces hypocrites marionnettistes pour vivre enfin ma propre vie, enfin. Je me suis « sentie pousser des testicules » comme me l'a dit ma meilleure amie.

Continue.

Heureusement qu'elle est là. Qu'elles sont là.

Mais je ferai ce gigantesque Fuck à ma mère, je n'y manquerai pas. J'ai même une idée précise de la date à laquelle je vais faire ça, juste pour l'emmerder et la faire enrager comme jamais. Ras le cul d'être gentille et polie, qu'ils aillent tous se faire foutre en grande pompe puisqu'il n'y a que les apparences qui comptent pour eux ! Je tirerai ma révérence de leurs vies pleine de mondanités aux masques dorés mais sans réelle saveur, armée de tout le faste qui plaît tant à ma chère génitrice. Elle ne l'oubliera pas de si tôt !

Heureusement qu'il s'en est tiré. Quelque part, je pense qu'on était fait pour se rencontrer, car il devait croiser la route d'Amélia, c'était écrit ainsi. Leurs chapitres étaient fait pour être dans le même livre. Certains choses ne s'expliquent pas, elles sont juste évidentes. Eux, ils le sont. C'est certain.

Qu'eux Elly ?

Je ne sais pas. Je n'arrive pas non plus croire que des deux PDG, ce soit Ethan qui ait pu s'adonner à ce jeu malsain de coucher avec toutes ses assistantes. Neve n'était pas au courant. Elle a été toute aussi choquée que moi. Encore plus que moi que son frère ait pu dys-fonctionner durant plus de cinq ans. Liam n'est pas innocent non plus. Leur système de paris à cultiver ce truc malsain. Mais si j'avais dû mettre ma main à couper, c'est Liam que j'aurais accusé de cette horreur. C'est tout à fait lui de baiser avec une femme pour la jeter ensuite à la poubelle comme une capote usagée. Exactement ce qu'il a fait avec moi. Quelque part, il a joué, lui aussi...

D'ailleurs en pensant préservatif, j'ai bien un truc que je me mets en mémo dans ma tête. Je sais qu'il faut qu'on communique, mais là clairement, il a abusé. Et je n'ai pas pu lui en parler dans l'ascenseur à cause de la présence d'Ethan. J'étais déjà assez gênée qu'il assiste à un moment privé, alors balancer ça comme si de rien n'était, je n'en suis pas encore à ce stade.

Et à quel stade en es-tu ?

À me demander ce que je dois faire ; ici. À New-York. Partir un peu ou rester. Je ne veux pas fuir ce qu'il vient de m'arriver. Quoi qu'il advienne et où que j'aille, cette soirée sera partout avec moi. Mais je ne le laisserai pas gagner. Il me voulait moi car il voulait faire mal à Ethan, et je sais qu'il a réussi. Mélia et Neve me l'ont dit. Et pas qu'elles. Je veux juste prendre du recul sur tout. Car tout va trop vite, encore. Il me faut un panneau STOP. Une pause.

Tout s'emmêle dans cet imbroglio. Je me sens comme un petit insecte luisant rose bonbon et naïf pris dans une toile d'araignée faite de lianes épaisses et sombres, dans un environnement vaste et étriqué à la fois, au taux d'oxygène trop bas pour me permettre de respirer convenablement, mais juste suffisant pour que je puisse survivre et rester consciente de ce qui m'arrive.

Je voulais vivre, je n'avais pas envisagé de vivre autant de choses en cinq mois. De passer par tous les sentiments. Creuser, remonter, retomber. Un train de l'enfer lancé à toute allure. Mais l'Enfer n'est que la réponse au Paradis, non ? L'un ne peut exister sans l'autre, tout comme le froid n'est une notion plausible que si l'on a connaissance du chaud, que le feu et l'eau s'opposent, qu'un oiseau ne peut vivre dans les profondeurs et un poisson toucher les nuages. Ce soir, j'ai creusé, alors que je pensais en avoir terminé avec l'image de mon propre enterrement. La vie est ainsi faite.

Durant vingt-quatre ans, j'ai laissé ma mère conduire la voiture de mon existence; tout décider pour moi. Y compris qui j'allais épouser, avec qui j'allais faire ma vie. Ma seule petite victoire, c'était de ne pas être allée travailler avec elle dès l'obtention de mon diplôme. Je pensais qu'en restant avec Cooper, elle me ficherait la paix. Jamais je n'aurais cru qu'elle soit capable de me faire un truc pareil. Nous n'avons jamais été proches, mais là, elle serre carrément la main à l'abominable. Le prix du pire parent de tous les temps. Enfin, la connaissant, du moment qu'elle a une médaille avec laquelle fanfaronner...

Une pure garce. Sonja n'en reviendrait pas.

Jusqu'à maintenant, j'ai autorisé mes peurs à prendre le relais. Je me suis de nouveau accrochée des chaînes alors que je n'en voulais plus.

Quoi qu'il me soit arrivé dans cette vie de merde, moi, je suis toujours là, et je veux voir ça comme un signe. Dans toutes mes faiblesses que des jours ne suffiraient pas à lister, j'ai eu une seule force, bien qu'elle ne m'ait pas été d'un grand secours quand j'étais tétanisée sous le corps de Randy Campbell ce soir : moi, je n'ai sombré que quelques heures. Quelques jours tout au plus. Je n'ai pas laissé les autres et leurs actions mettre un point final à ma vie. Certains n'ont pas eu la chance de pouvoir se relever. Moi, j'ai fui Seattle mais je n'ai pas laissé mon passé appuyer sur une détente pour tuer mon avenir. Ce soir, je respire encore, alors que d'autres n'ont pas cette chance.

Je dois juste prendre un peu de recul, faire du tri, me recentrer sur moi-même.

Arrêter de réfléchir.

Et guérir. Un peu de temps. Pas trop. De toute façon, je ne serai pas capable de rependre le boulot demain. Et j'ai un arrêt de travail. Alors autant mettre à profit ce temps pour savoir ce que je veux.

Tu sais déjà ce que tu veux...

— Elly ? Est-ce que je peux rentrer ? me demande une voix derrière la porte que je reconnais.

— Juste une minute !

Je referme le pot de crème pour le corps avec laquelle j'enduisais machinalement ma peau depuis plusieurs minutes, pour lui offrir une senteur florale bienfaisante pour mon âme. J'enfile à la hâte mes sous-vêtements, et les affaires que j'avais préparées, remerciant intérieurement tout le monde de m'avoir laissée aller récupérer quelques petites choses avant de rentrer ici. Je remonte mes cheveux dans un chignon un peu lâche, leur promettant à eux aussi que je leur prodiguerai soins et multiples attentions bientôt. Nous ferons tous peau neuve.

— C'est bon !

Mon « invitée » entre, un petit sourire timide sur le coin de sa bouche.

— Vous vous sentez un peu mieux ? me demande-t-elle en prenant mon bâtonnet d'anticerne dans mes mains avec douceur.

Je la regarde. L'admire serait même le terme adéquat. Mon cerveau fatigué imagine immédiatement ce que ça aurait été, d'avoir une mère présente tout au long de ma vie, à chaque étape, y compris celle-ci. Un mère qui serait encore debout à plus de 3 heures du matin, après avoir attendu des heures à l'hôpital, avoir veillé une heure pendant que je récurais chaque parcelle de ma peau. Une mère qui se tiendrait devant moi pour m'aider à cacher les marques sur mon front et ma joue sans me juger ou se moquer de mon acte totalement stupide puisque je vais aller me coucher et donc, tâcher les draps. J'imagine tout ça et mon cœur se compresse dans ma poitrine endolorie par des doigts qui sont toujours sur elle, qui traversent l'écran du passé pour rester dans mon présent. Je n'ai pas mal parce que ma mère n'est pas là, mais parce qu'une femme que je connais à peine a fait tout ça pour moi, ce soir.

Deux femmes, même.

Et alors que je ne m'en pensais plus capable, je me remets à pleurer sans discontinuer. Ces eaux-là sont libératrices de tensions que je sens me quitter, enfin. Ses mains entourent mes épaules alors qu'elle s'accroupit et me berce, comme le font certainement les mères qui méritent ce titre. Dépose un baiser sur ma joue. Une tendresse qui me bouleverse d'autant plus. Ma mère n'a jamais fait cela pour moi. Je ne connais pas cette femme, mais elle m'a plus tenu la main ces quatre dernières heures que ma mère en vingt-quatre putains d'années. Même pour traverser la rue quand j'étais enfant, j'avais une nounou. Je déteste ma mère.

Alléluia!!!

Oh mon Dieu je l'ai dit ! Je déteste ma mère !

— Il semblerait effectivement qu'elle soit une femme monstrueuse, oui.

Oh mon Dieu j'ai encore parlé à voix haute.

Encore. Parce que tu as besoin d'évacuer tout ça, Elly.

— N'en voulez pas à Amélia, me souffle-t-elle en venant tamponner mon visage avec une serviette à mains pour éponger mes larmes, Maureen et moi sommes deux femmes très convaincantes quand nous voulons obtenir des informations vous savez ? me sourit-elle en appliquant des traits d'anticerne vert puis beige, avant de s'emparer de mon beauty blender pour étaler le tout sur mon teint cadavérique.

— Je ne lui en veux pas Madame Kavanagh, je lui réponds du bout des lèvres, honteuse. Après ce que vous avez fait vous, votre mari ainsi que Monsieur et Madame Walsh, je ne pourrais pas vous reprocher d'avoir voulu en apprendre plus sur moi. Mais je suis simplement désolée d'offrir un spectacle aussi déplorable dans mon passé que celui lisible ce soir sur ma tête et mon corps...

— Oh Elly, se lamente-t-elle rieuse en secouant son visage, j'ai l'impression que vous parlez de ma belle-mère quand vous m'appelez Madame Kavanagh! J'ai vraiment l'air d'avoir quatre-vingt-trois ans ? C'est vrai que je n'ai jamais franchi la porte d'un chirurgien esthétique, mais quand ...

Je sais très bien ce qu'elle fait. Et ça marche. Quelques perles s'échappent de mes yeux, mais de rire, cette fois. Et ça me fait un bien fou. Songer à cette femme qui est encore superbe en train de se faire piquer au botox simplement pour faire comme toutes les autres qui veulent déjouer le temps, ça frôle le ridicule. Elle est encore si belle, que j'ai même du mal à croire qu'elle puisse avoir un enfant de plus de trente ans. Un tout petit peu plus grande que moi, les cheveux mi-longs, châtain, avec de grands yeux bleus qui n'inspirent que douceur. Elle n'a pas une ride. Elle est parfaite.

— Non Maëve, définitivement, vous n'avez pas l'air d'avoir quatre-vingt-trois ans, ni même plus de cinquante-cinq, d'ailleurs. Avec les cheveux un peu plus clairs, on pourrait vous prendre pour ma sœur, je lui souris pour lui crier un énorme « merci ». Et en rousse, vous passeriez pour la jumelle de Mélia !

Elle rit avec moi, chassant pour quelques instants les nuages chargés d'orages qui m'entourent. Les minutes suivantes sont plus calmes. Sereines. Les discussions légères pendant qu'elle s'affaire avec affection et minutie sur mon visage, puis mon buste après m'avoir silencieusement demandé la permission de le toucher. Ce soir, mon corps est tombé dans le domaine public alors ...

Dans l'autre sens la pente, Elly.

Alors on parle d'Ivy, surtout. D'à quel point son arrivée à insuffler un nouveau souffle de bonheur à toute cette famille si unie. Moi, je me demande si ma mère a un jour été heureuse de le devenir. Je ne peux m'empêcher de me demander si mon père, lui, m'aimait plus qu'elle. Sur les quelques photos que j'ai de lui et moi, il semble vraiment m'aimer, en tout cas. J'aurais voulu avoir plus de temps. Plus de souvenirs pour m'endormir le soir. Avoir au moins un vrai parent. Savoir ce que ça fait d'être les bras d'une personne qui tient à nous plus qu'à sa propre vie. Mais cette histoire-là, elle n'était pas pour moi. Pas la mienne. J'aurais voulu grandir dans une maison moins luxueuse, mais dans un vrai foyer, comme celui d'Amélia. Ou de Neve.

— Liam a beaucoup souffert quand Ethan a voulu en finir, me dit-elle soudain la voix tremblante, fuyant mon regard en se concentrant sur mon cou. Il s'en est voulu de ne pas avoir compris à quel point son frère allait mal, eux qui sont plus siamois que des jumeaux provenant du même utérus.

— Neve m'a raconté, oui.

À quel point Liam s'est lui aussi effondré. À quel point il a changé ensuite. À quel point il s'est renfermé, n'a plus eu confiance en les femmes, jusqu'à ne plus avoir de considération pour elles dans sa vie personnelle. Oubliant presque qu'il fallait qu'il ait une vie en dehors de sa famille et de son travail. Et professionnelle, quand je suis arrivée. Elle m'a dit que jamais il n'avait aussi mal traité l'une de ses collaboratrices. Qu'il n'avait jamais vraiment mal traité une collaboratrice, surtout. Jamais sa rudesse n'avait été aussi virulente.

Oui, je suis l'exception quand il s'agit de faire office de punchingball ou de pion.

Il faut voir le verre à moitié plein Elly. Tu remontes toujours.

J'ai mal en pensant à la douleur que lui, a dû ressentir.

— La famille est une notion primordiale pour nous, Elly, poursuit-elle en allant se poster derrière moi pour ne pas que je puisse voir son émoi, mais c'est trop tard.

Les petits soubresauts dans sa voix m'ont tout dit. Elle détache mes cheveux, se saisit d'une brosse. La sensation de la sentir s'occuper de moi, comme si elle me connaissait depuis longtemps, si naturellement, rappelle mes flots. Ma gorge se noue. Alors j'écoute. Je profite de ce sentiment affectif qui m'inonde, accepte même volontiers de m'y noyer. J'espère que ce fond de teint est waterproof ...

— Nous avons tous vu que Liam s'est isolé après ça. Pas avec nous, m'explique-t-elle, mais dans sa privée plus ... privée, dirons-nous. Pharell et Sullivan ont essayé de lui parler, mais il n'était pas près à les entendre. Il était bien trop en colère contre Claryssa, et sa colère il l'a élargi jusqu'à dresser un mur autour de lui. L'argent ne fait pas le bonheur, Elly, geint-elle Je sais bien que cela peut sembler hypocrite de la bouche d'une femme qui ne manque de rien, mais pour moi c'est vrai. Mon argent ne m'a pas servi à aider mon fils durant plus de six ans. Cet argent lui a fait peur, car il a cru que c'est tout ce que les femmes voyaient en lui, en eux. En son frère et lui. Il y a des opportunistes de partout, Elly. Sur toutes les barres de l'échelle sociale, pas que la nôtre croyez-moi, mais une minorité ne doit pas salir la majorité. Liam a généralisé à cause de sa rancœur. Claryssa est devenue toutes les femmes qu'il voyait devant lui. Ethan est son meilleur ami et son sang. Ils sont liés au delà de l'ADN, d'une merveilleuse manière que jamais je n'aurais pu envisagé, un peu comme vous et Amélia, me dit-elle en posant ses mains sur mes épaules. Mais quand Ethan a appuyé sur cette détente, Liam aussi a été touché, et il n'a pas guéri aussi vite que mon neveu, car la blessure était différente.

— Je sa...

—Jusqu'à il y a quelques semaines, ne me laisse-t-elle pas le temps de lui répondre. Jusqu'à ce qu'une jeune femme le remette à sa place, le bouscule encore plus que n'essayait de le faire Neve depuis longtemps. Il a mis du temps à comprendre ce qu'il se passait, je pense. Vous avez vu en Liam autre chose qu'un milliardaire.

— Un connard de milliardaire arrogant, mégalo et mesquin oui ! débite ma bouche sans autorisation.

Contre toute attente, Maëve éclate de rire alors que je viens tout bonnement de traiter sa progéniture de sale connard.

— Voilà, un connard, comme le disait votre démission, revient-elle devant moi. Elly, c'est justement parce que vous, vous ne vous êtes pas laissée faire par un connard arrogant et imbu de son pouvoir dans les murs de KMC qu'il a perdu le contrôle, me dit-elle une moue narquoise, qu'il n'a pas compris ce qui lui tombait dessus tout à coup. Il pensait l'avoir certainement en agissant si mal avec vous, mais ce n'était plus le cas. Il se passait autre chose, il fallait juste qu'il ouvr...

Son si précieux self-control ... je l'ai vu le perdre dans les archives la semaine dernière, quand sa bouche s'occupait avec soin de ma féminité avide de ses caresses. J'ai vu dans ses yeux à quel moment il a totalement lâché prise, se laissant totalement aller, sans entrave et sans code de conduite à tenir, brisant presque tous mes barrages. À cette simple pensée que je ne devrais pas avoir devant sa mère, des bulles de sensations explosent dans mon bas ventre, faisant accélérer les pulsations de mon cœur.

Et tu entends ce qu'ils disent ?

— Comment vous ? je l'interromps.

— Vous comprendrez quand vous serez mère à votre tour Elly, me serre-t-elle soudain dans ses bras. Une maman qui veut vraiment l'être sait, Elly. Les mots sont parfois superflus, je suis certaine que ça, vous le savez déjà. J'ai eu le temps d'analyser, de mener ma petite enquête aussi pour être honnête avec vous, bien que mon fils ne soit pas très coopératif, pouffe-telle, et j'ai aussi dû me renseigner ailleurs. Mais les non-dits sont aussi criants que les réponses, quand on sait les écouter.

Je l'aime bien moi cette femme.

Collabo !

— Vous parlez comme Mélia, c'est drôle.

— Vous n'y voyez pas un signe ?

Elle m'a perdue là.

Où elle t'a éclairée ?

— Que Mélia est la sagesse incarnée ? je la regarde facétieuse. Je le savais déjà ! Je devrais l'écouter plus souvent.

Je saurai te le rappeler.

— Je voulais plutôt dire que vous et Amélia ... Ethan et Liam ... cherche-t-elle ses mots alors que mes yeux s'agrandissent de stupeur comprenant parfaitement ce qu'elle a en tête.

Ah, quand même !

Oh toi, ça va !

— Heu ... attendez, Maëve, je me racle la gorge, il y a un canyon lunaire entre...

— Tante Maëve ? Tu peux descendre s'il te plait ? l'appelle Neve depuis l'autre côté de la porte mettant fin à ce moment qui allait devenir gênant; pour moi surtout.

De vérité, oui.

— Nous en reparlerons, Elly.

Bordel.De.Merde ! Elle semble sérieuse en plus ! Bien, quitter New-York me paraît donc une excellente idée.

Ca veut surtout dire que tu as peur de ce qui se trouve à New-York, Elly.

— Ça t'a fait du bien ? me demande Neve en m'inspectant étrangement des pieds à la tête, ses lèvres pincées et ses yeux verts et ambre plissés durant le reluquage.

Avec toutes ces couches de fond de teint, je devrais pourtant ressembler à quelque chose. Autre chose qu'un fantôme qui viendrait de se prendre un bus puis se faire piétiner par une horde d'hippopotames en surpoids.

— Ce qui me ferait du bien, c'est de pouvoir mettre ce tordu sur une table d'écartèlement, à poil, et laisser des centaines de corbeaux affamés s'occuper de lui en toute liberté, après lui avoir fourré dans le cul tous les jouets sexuels que m'a offerts Amélia et dont je ne me servirai jamais ! je lui réponds en y mettant toute ma conviction. Histoire qu'il se rappelle durant son agonie où est sa prostate et qu'elle ne lui sera plus d'aucune utilité !

Comme les joujoux, quoi.

Faut jamais dire jamais, Elly.

— Ok ... eh bien rappelle-moi de te demander des conseils quand Ivy sera adolescente et que ses petits copains ne la traiteront pas comme la reine qu'elle est ! plaisante-t-elle en embrassant ma joue.

Puis son visage se ferme et redevient sérieux, alors je décapite son idée noire, j'ai déjà assez des miennes :

— Ne laisse personne d'autre quoi toi décider de ta vie, Neve. Je ne laisserai pas Randy Campbell gagner. C'est hors du question ! Tu m'entends ? Je vais lui prendre bien plus qu'il ne le croit, et il aura bien plus mal que moi, je t'assure. Je vais faire comme lui, taper là où ca fait mal. J'ai compris ce qu'il voulait, ce qu'ils voulaient tous. Les affaires sont les affaires, aucune pitié ! je m'exclame en quittant la salle de bains.

— Liam ne voudra pas, affirme-t-elle. Il va péter un plomb Elly !

Alors ça, c'est une guerre que je compte bien gagner. Je vais me venger, oui, mais je ne le fais pas que pour moi. Je ne veux pas qu'Ethan porte une responsabilité qui ne lui incombe pas à cause d'une bande de psychopathes revenus de son passé. Il a déjà eu son lot à cause de cette pouffiasse à qui il manque six cases et l'électricité à tous les étages. Elle aussi, je vais lui faire un magistral double doigt d'honneur ! À trop vouloir grimper, on finit par se casser la figure. Elle voulait donner une pomme pourrie à Ethan ? Elle va s'éclater au sol de la même manière qu'une pomme tombée du vingtième étage ! Le résultat sera aussi dégueulasse que sa bassesse.

— Liam va devoir apprendre qu'il ne peut pas tout décréter et ordonner pour tout le monde, Neve. Liam va devoir comprendre que cette fois, je ne suis pas son employée, il ne pourra pas exiger en croyant que je vais m'exécuter parce que c'est ce qu'il veut. C'est tout.

— Pourquoi, ça a déjà fonctionné ainsi entre vous ? pouffe-t-elle encore. Elly, il ne voudra pas, sois en sûre, mais si quelqu'un peut s'opposer à lui et n'a pas peur de sa foudre, c'est toi. Tout le monde ici le sait, me dit-elle en me regardant droit dans les yeux. Mais ne vous faites pas de mal, s'il te plait. Ne vous trompez pas d'adversaire pour une question d'égo. Faites l'amour, pas la guerre, merde !

Minute. Quel égo ?

Ceux qui sont aussi grands que la statue de la Liberté, Elly.

— Et pleins de bébés, aussi... rajoute-t-elle dans sa barbe.

— Whaoo Whaoo Whaoo Walsh ! Je ne sais pas ce que tu as fumé, mais fais tourner ça va me détendre ! Vous avez tous un gêne qui vous pousse à voir des choses qui n'existent pas ou quoi dans cette famille ?

Menteuse. Vilaine menteuse.

— À d'autres ma fille !

AMEN !

— Bon, tu veux bien descendre avec moi une minute ? Tout le monde voudrait te voir si tu es d'accord, avant qu'ils s'éclipsent jusqu'à ... dans six heures environ, dit-elle en regardant sa montre, un bâillement la secouant avant qu'elle ne me contamine.

Je peux faire ça, même si je préfèrerais rester terrer ici pour les trois prochaines semaines au moins. Juste moi et Ivy, ce serait parfait... Ou moi, en train de regarder Campbell se faire bouffer les bijoux de famille. Ce serait un comble pour un type qui a participé à la création d'une marque d'orfèvrerie, non ? Oui, je suis atteinte de folie, moi aussi. Mais la vision de cette scène vaut bien une camisole. Et j'ai refusé les calmants pour garder les idées claires. Je ne les prendrais qu'avant de me mettre au lit. Ils m'avaient déjà dopé après mon petit malaise sur le toit.

Neve me prend par la main, puis s'immobilise soudain avant que nous n'ayons quitté la chambre qu'elle me prête :

— Est-ce ... est-ce que ça va Elly ? hésite-t-elle, penaude. Enfin, je veux dire ... viens, tu devrais rester tranquille, tout compte fait. Ils comprendront. Tu devrais juste être dans ton lit, s'agite-t-elle en rebroussant chemin. C'est n'importe quoi !

— Neve ?

— Quoi ?

— Merci d'être mon amie, je lui souffle en la prenant dans mes bras, pris d'un sanglot. Merci pour tout. Mais je t'assure que je gère. Je ne dis pas que demain ça ira, mais j'ai eu de la chance, ça aurait pu être pire que ce qu'il a eu le temps de faire, ok ? Je ne veux pas voir la pitié dans tes yeux, je veux y voir ce que tu m'inspires depuis que je te connais : une femme forte et ambitieuse, qui crie quand il faut crier et se faire entendre. Ne le laisse pas gagner, moi je ne le ferai pas.

— Putain de merde Elly, Liam va péter un câble, me répond-elle en souriant dans mon cou. Fais-le un peu moins ramer pour compenser, non ?!

DOUBLE AMEN !

Ouais, eh bien d'abord, je veux savoir à quel point je suis un jeu, pour Monsieur-le-PDG.

— Elly ? Elly ? Eh! Non ! Je vois très bien à quoi tu penses, Mélia te l'a dit, c'est terminé tout ça ! Allez viens...

Je la suis. Réfléchis. On verra ce qu'il a à dire, oui. Je dois l'entendre, même si ...

Fin de la réflexion. Merci d'être venue.

Quand nous passons la large embrasure du salon peu éclairé, mon cerveau ordonne à mes jambes de stopper leur marche. Pourtant, mon cœur accélère sa course, mes poumons double tout à tout leur capacité respiratoire. Même mes mains travaillent et deviennent moite. J'ai chaud. Nos regards s'accrochent sans sommation, se trouve même dans la semi-obscurité. Je le vois me détailler avec inquiétude et appréhension. J'entends ses questions silencieuse. Je jurerais même pouvoir sentir d'ici la chaleur de sa colère. Nos yeux ne se quittent pas. Pas même quand Ethan s'approche de moi comme si j'étais une proie apeurée.

— Je ne vais pas te manger Walsh, je soupire moqueuse alors qu'il vient enfin me prendre dans ses bras.

— Je suis ...

— Pitié ne dis pas que tu es désolé Ethan, je t'en prie, je lui murmure sans jamais rompre mon contact avec Liam. La seule chose que je te demande, c'est d'être de mon côté quand notre PDG va sortir de ses gongs et te demander de me raisonner, je l'implore encore plus bas.

— Oh non Elly c'est pas vrai ...

— S'il te plait ... Ethan ...

— Vous vous êtes bien trouvés tous les deux, rouspète-t-il doucement en embrassant ma tempe gauche. Vous ne savez pas faire les choses simplement ?

Non, pourquoi faire simple quand ils peuvent faire compliqué ?

Tu m'empêches de réfléchir !

C'est mieux.

Je me sépare d'Ethan. Je perçois tous les regards braqués sur moi tels des projecteurs, mais leur lumière est avenante. Pourtant , aussi accueillante et agréable soit elle, ce n'est pas elle qui m'attire comme un aimant puissant. Plutôt celui dont les étincelles se trouvent derrière ses iris océan. Un océan que je sais tumultueux, ce soir. Plus encore que ce que j'ai vécu ces dernières heures, c'est ça, qui m'atteint. Qui m'émeut le plus. Me bouleverse le plus. Car son regard est une tempête éphémère qui vient de chasser tous mes doutes. Toutes mes craintes. Il vient d'effacer au laser ce jeu dont j'avais peur d'être encore un pion. Il vient de gommer tout ça. En un regard. Parce que maintenant, il n'y a plus qu'une vérité, plus puissante que toutes les murailles millénaires. J'avance vers lui. J'écoute ses questions qui m'arrivent par télépathie. Il ne bouge pas, me laisse faire, pour une fois.

Je pénètre dans son espace personnel. Les projecteurs curieux sont toujours là, mais la seule chaleur que je veux vraiment laisser me toucher, c'est celle de cet homme dont la falaise de glace a fondu comme neige au soleil. J'autorise mes yeux à abandonner les siens un instant. Mon attention se focalise sur son corps et je sens que lui aussi est en pleine perquisition visuelle. Il a pris le temps de se doucher, et d'enfiler un t-shirt propre, un noir, avec une encolure en V et une coupe si ajustée que je peux deviner chacun de ses abdominaux parfaitement sculptés. Ou alors c'est sa carrure, qui embellit ce vêtement. Un bandage encercle sa main droite. Mes doigts se posent dessus. J'entends sa respiration se modifier, son souffle venir caresser mon front alors qu'il y dépose chastement ses lèvres, provocant un énième gigantesque tremblement en moi.

Cet homme détient en lui tout le vocabulaire des catastrophes naturelles, mais depuis peu il les transforme, car chacune d'elle quand elle me frôle provoque des tourments qui mènent vers les cieux. Ma main remonte le long de son bras, de son flanc, et finalement, en une seconde, le temps se modifie, s'accélère. Sur la pointe des pieds, je prends son visage en coupe, arrime mes yeux à ses iris troublés, puis pose mes lèvres sur les siennes, spontanément. Naturellement. Plus de prise de tête. Je donne tous les pouvoirs à mon instinct. Et ce lâché-prise m'apporte un sentiment de puissance que je n'aurais jamais soupçonné. C'est à la fois grisant et euphorisant. L'alchimie qui nous lie vibre en moi, se réverbère dans chaque cellule. Ses lèvres sont aussi douces que des pétales de rose, tout comme notre baiser. Ses grandes mains viennent enserrer ma taille, il me rapproche plus près de lui encore, pour partager avec moi la canicule de son corps. Le mien en veut plus, car il m'apporte par ce simple contact un apaisement magistral. Alors plus ...

Il prend le temps de profiter d'abord de notre éteindre tout en délicatesse mais au premier de mes gémissements de bien-être, notre retenue s'envole dans un commun accord tacite, alors que nos souffles sont déjà saccadés.


***

Liam


Quand je sens sa présence m'irradier des ses ondes, mon corps pivote de lui-même vers l'entrée de la pièce. Les conversations s'interrompent.

Je la regarde s'avancer vers nous. Je perds notion de tout, sauf d'elle. Je vois Ethan la prendre dans ses bras, mais mon cerveau est totalement court-circuité. Pied-nu et dans un jean brut un peu trop grand pour son petit corps, c'est ce qu'elle porte en haut qui détruit mes neurones : ma chemise. Celle que je portais hier et que j'avais laissée sur son lit ce matin, chez moi. Elle a remonté les manches sur ses coudes, fait un nœud sous son nombril, laissé deux boutons ouverts. L'effet qu'elle me fait, dans ma chemise, est absolument indescriptible. Cette vision m'électrise tout entier, c'est foudroyant. Elle est foudroyante. Mon cœur se gonfle un peu plus. Je l'observe. Me pose des milliers de questions à la seconde. Mes yeux sont rivés à elle, celle qui a renversé mes convictions, créé une porte de sortie pour ma folie, en en batissant une nouvelle, une folie plus saine mais plus forte, dont elle est la pièce maitresse, la plus importante. Je la vois venir vers moi, lentement mais avec un aplomb qui me bouscule. Toujours féline, quoi qu'elle fasse.

J'attends, je ne peux rien faire d'autre, les pieds pris dans du béton, tremblant déjà, fébrile. Je suis tétanisé devant cette femme qui me file une leçon de courage que peu d'hommes auraient pu m'inculquer. Elle est là, debout devant moi au lieu d'être allongée à se morfondre et nous haïr, alors que moi, je voudrais juste être à genoux.

Tu l'es déjà.

Lyanor caresse mon bandage précautionneusement, puis mon bras. Chaque centimètre qu'elle touche est un brasier qu'elle allume en moi. Puis, soudain, ses yeux retrouvent les miens, et je sais avant même qu'elle ne le fasse qu'elle signe sa reddition sous nos regards à tous. Elle se donne toute entière. Pas cachée dans l'intimité de quatre murs, mais ici, et surtout ce soir. Comme un symbole.

Ses lèvres rencontrent les miennes, franchement contrairement à il y a quelques heures. C'est une véritable tornade de délivrance qui s'empare de moi. Je sens toutes mes questions s'envoler. Je la presse contre moi, me promettant encore de ne plus jamais la lâcher. Ses lèvres sont la seule chose que je veux, j'en rêvais depuis des semaines. L'attente en valait la peine.

Notre baiser est d'abord patient, mais il réveille en moi une passion dithyrambique. Puis, il se mue en quelque chose de beaucoup plus profond encore. Elle m'accorde l'accès plein et entier à sa bouche. Ma langue taquine la sienne, la saluant avec une avidité révélatrice de ce que je ressens. Il se fait plus pressent, violent. Nos langues valsent avec une merveilleuse intensité, comme si elles se connaissaient déjà. J'aspire ses gémissements qui attisent mon désir de prolonger notre apnée. Elle a le goût de la fraise, de la dépendance. Je savais que j'allais être définitivement grillé le jour où j'aurais cette dernière partie de son corps, d'elle, et j'avais raison. Je ne pourrai plus jamais m'en passer.

Lyanor est une drogue dure, addictive même avant le premier shot, juste en la regardant, en fantasmant sur elle, sur ses effets tout sauf notoires. Je l'embrasse langoureusement pour lui chuchoter tout ce que je ne peux pas encore crier. Ses doigts passent sous mon t-shirt, dessinent des arabesques délicieux, comme elle. Mon ventre se tort d'une brûlure qui se diffuse dans tout mon corps, jusqu'à mon membre qui ne devrait pas être au diapason. Pas ce soir du moins. Quand nous nous séparons par obligation pour reprendre nos souffles, je lis dans ses yeux que la suite risque d'être bien moins agréable, même si elle me sourit, visiblement très satisfaite de ce véritable premier baiser.

Silencieusement, je lui en promets d'autres.

Des milliers. Dans l'intimité. Mais pas que. Et je retiens ma respiration en attendant son missile.

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