Cataclysme. Partie 1

16 minutes de lecture

Liam


— Où vivez-vous à Atlanta Mademoiselle Woodforth ?

C'est reparti. Si j'avais su qu'ils voulaient nous voir pour un speed-dating, j'aurais décliné. Reporté de quelques jours.
Les frères Campbell, Randy et Derek, sont dans la même tranche d'âge qu'Ethan et moi. Trente-six ans pour l'aîné, Derek. Comme nous, ils travaillent en famille. Leur Directeur Financier est un cousin, leur Directrice Marketing fait aussi partie de leur généalogie, leur avocat, Maître Bartolini, est lui le beau-père de Randy Campbell, père de son épouse. Fin du tableau comparatif.

Mais pas de ton inspection.

Non, quelque chose cloche dans la photo de famille parfaite qu'ils essaient de nous servir. Et je ne parle pas que du fait que depuis une heure, ils ont à plusieurs reprises dévié vers des questions personnelles. Tous les cinq.

Sonja se prête au jeu et leur répond qu'elle possède une propriété dans Virginia Highland. Les cinq minutes suivantes sont consacrées à son boulot à elle. Elle se plie sans sourciller au jeu des questions même un peu trop personnelles à mon goût, me lançant à plusieurs reprises des regards appuyés. Pas tous professionnels, mais je résoudrai ce problème tout à l'heure. Si elle est excellente dans son domaine et ce depuis l'université, Sonja l'est moins quand il s'agit d'intégrer une information qu'elle réfute.

Finalement, poser les choses dès le départ n'évite pas nécessairement les emmerdes, me dis-je en saisissant un sashimi entre les pointes de mes baguettes.

Emmerdes dont je me serais bien passé.

Surtout ce soir, Liam.

À la volée, je jette un énième coup d'œil vers Lyanor. Elle n'a presque pas touché à son plateau de sushis. Ni à rien d'autre. Elle m'ignore sciemment, assise entre Derek Campbell et Aaron, et face à Arabella Stuart, la Dir.Marketing. Mais elle n'est pas statique pour autant. Depuis que nous avons été installés, ses yeux sont le plus souvent en mouvement, signe qu'elle n'est en rien apathique. Son cerveau fonctionne à plein régime. Trop, considérant que d'où elle est, elle n'a pas pu passer à côté des œillades de Sonja.

« La dernière fille avec qui j'ai eu une aventure, c'était Sonja », chuchote pour moi ma mémoire.

Bordel. Ca n'aurait pas pu me revenir avant de rentrer dans cette pièce de l'enfer ?

— Mademoiselle Johnson n'est pas à la carte Monsieur Campbell, gronde sans crier gare la voix d'Ethan à côté de moi, décapitant mes réflexions qui m'avaient fait perdre le fil.

Le silence se fait. Les particules d'électricité qui virevoltent dans l'air serviraient à elles-seules à nous éclairer si les ampoules des six luminaires descendant du plafond entièrement végétal venaient à tous rendre l'âme. Lyanor, mal à l'aise d'être soudain le centre d'attention, ne peut cacher ses joues qui s'empourprent même malgré la luminosité feutrée de la pièce qui donne ce côté très intimiste au salon privé.

 Une grande table rectangulaire en bois sombre pouvant accueillir une quinzaine de convives, de confortables fauteuils en velours bleu crapaud, un pan de mur entièrement vitrée donnant sur un jardin botanique dont les lanternes sont dissimulées dans des plantes pour ne pas contrecarrer les ambitions d'ambiance secrète de cette salle. Tout est très agréable. Tout ; excepté le clan Campbell.

— Vous être très observateur Monsieur Walsh, lui répond avec une pointe de dédain l'homme qui devrait la fermer et faire profil bas.

Je ne sais pas ce qu'Ethan a vu, mais Campbell semble le savoir et ne nie même pas ce que lui reproche entre les lignes mon bras-droit.

— Eh bien notons simplement que mon frère a toujours bon goût en matière de femme, s'empresse de venir le défendre le deuxième Campbell. Vous êtes charmante, Lyanor, lui dit-il allègre en levant son verre de vin vers elle.

— Il faut bien que jeunesse se fasse, n'est-ce pas ? surenchérit l'homme de loi bientôt septuagénaire. Nous avons des yeux pour voir et la parole pour nous en servir Messieurs. Il est dans la nature de l'homme d'admirer avec passion ce que le monde nous offre d'agréable à regarder, et heureusement pour nous,toutes les merveilles ne sont pas enfermées dans des musées.

Lyanor ajuste sa position sur sa chaise, toujours aussi mal à l'aise, les sourcils froncés et les yeux sur un repas qui j'en suis sûr restera tel quel dans son assiette.

— Mon assistante est une très belle jeune femme vous avez raison. Pour autant, tonne une nouvelle fois Ethan qui je le sens va perdre patience, il me semblait que nous avions convenu de cette entrevue pour discuter affaires, pas de nos vies personnelles ou du physique avantageux de Mademoiselle Jonhson.

Étrange. Lyanor ne dit toujours rien, se dandine encore comme si elle voulait disparaitre. S'il a bien un moment où elle aurait pu ouvrir la bouche, c'était maintenant. Mais elle n'en fait rien, et même Aaron semble surpris de son manque de répartie. Timide, elle l'est, mais elle n'a plus rien à craindre de mes réactions à présent, alors pourquoi reste-t-elle muette ?

Elle a perdu sa voix.

Pour apaiser la tension naissante qui n'est pas bonne pour leurs affaires, l'ainé des Campbell et sa directrice marketing se jettent dans un laïus sur le « pourquoi ils sont l'entreprise parfaite pour que KMC.corp se lance dans une première aventure dans l'orfèvrerie. Nous les écoutons dans un silence religieux. Aaron fait ce que je lui ai demandé dans la voiture qui nous a menés ici : prendre quelques notes, au hasard. Quand à Lyanor, son point fort étant sa mémoire et sa capacité de déduction, j'ai surtout sollicité d'elle qu'elle soit attentive aux mots et aux gestes de chacun. Peut-être révéleront-ils des incohérences. Je sais en plus qu'elle et Aaron sont ici nos meilleurs atouts. Ils ont épluché tous les dossiers liés à Campbell.Inc.

Le Directeur Financier glisse lui aussi quelques phrases bien placées sur le potentiel économique que représente cet investissement pour nous, et ne lésine pas sur les termes enjôleurs -criards comme dirait Lyanor- qui ont pour seul but de nous appâter en nous faisans oublier les risques. Ethan pose une question sur la valorisation de Campbell à passer filiale de KMC, toujours dans le but de comprendre la somme à huit chiffres qu'ils demandent entre le rachat de parts et l'injection de fonds dans leur société. C'est le fan de Lyanor qui lui répond :

— Eh bien c'est un peu du donnant-donnant, Monsieur Walsh. Nous ouvrons nos portes à des investisseurs extérieurs à notre famille à un moment où nos chiffres sont sans commune mesure en bien meilleure croissance que les autres entreprises concurrentes, et de loin. Nous ne pouvons pas vous donner un siège et une partie de nos bénéfices sans avoir valorisé le prix de nos actions. Notre rentabilité est exemplaire, nous sommes présents sur tous les supports de communication, soutenus par divers influenceurs sur les réseaux. Nos campagnes sont prêtes, nos prochaines collections aussi pour les trois ans à venir. Ce n'est plus à faire. De plus l'investissement sera pour vous rapidement rentabilisé, et il en bien en deçà de certains autres que vous avez fait récemment. Ce n'est qu'une goutte d'eau dans votre océan.

— Ce n'est pas un argument recevable sur un point de vue monétaire, Monsieur Campbell, se fait tout à coup entendre l'assistante d'Ethan sous les yeux ronds d'Aaron et exorbités des autres membres de Campbell.Inc.

— Je vous demande pardon ? s'enquièrent plusieurs voix à la fois.

— Messieurs ? nous interroge-t-elle Ethan et moi pour avoir notre accord.

— Nous t'écoutons, vas-y l'invite à poursuivre Ethan d'un geste de la main.

Je ne sais pas pourquoi, mais mes yeux font un rapide tour de table et captent des regards en coin et des rictus qui agitent mon ventre.

Comme s'ils validaient quelque chose entre eux en un coup d'œil alors que rien n'a été dit. Puis je me recentre sur Lyanor qui bouge encore sur son fauteuil, se décale même un peu vers Ethan.

Stop le vin Liam, ça t'obstrue déjà les orifices, murmure ma conscience.

— Pour rependre vos paroles, permettez-moi de vous dire que je ne suis pas d'accord avec une formulation «donnant-donnant», Monsieur Campbell. Pas telle que vous la défendez, du moins. A ce que je sache, c'est vous qui avez sollicité KMC.corp pour une session de parts et une injection financière relativement conséquente dans votre capital afin de pouvoir vous développer et vous exporter à une plus grande échelle, dans d'autres États, voire à l'internationale. Si je me fie uniquement aux documents que vous nous avez remis depuis votre première prise de contact avec le groupe, votre action n'est pas purement altruiste, loin de là.

— Non, mais nous sommes dans les affaires Mademoiselle, l'interrompt le Directeur Financier. Altruiste est un terme inconnu dans notre jargon, mais vous ne pouvez pas tout savoir, raille-t-il.

— Je ne vous permets pas ce genre de remarques, commence à s'énerver Ethan avant même que je n'ai moi-même pu rembarrer ce connard qui a déjà bien entamé ma patience.

Et oui, ça me rappelle quelqu'un, pas la peine de me le rappeler, je souffle à ma conscience avant qu'elle ne me sorte une batte de baseball.

— J'expose mon point de vue, mais il n'engage pour l'instant que moi et n'a rien de biblique rassurez-vous. Nous sommes il me semble toujours en démocratie et présents ici ce soir pour débattre sans langue de bois car ça aussi, ce sont les affaires Monsieur Campbell. Vous ne pouvez pas attendre de KMC de se fier uniquement à quelques jolies présentations et des dossiers bien façonnés pour vous faire une chèque de plusieurs millions de dollars. Et que les investissements antérieurs aient été plus conséquents ne doit absolument pas rentrer en ligne de compte. Comparons ce qui peut l'être et non pas l'utilité de s'offrir un véhicule pour se déplacer avec celui de se payer une centième cravate comme si on en avait pas déjà assez dans nos tiroirs.

Uppercut 6582, Liam.

Ok. Ça, c'était pour moi. À l'évocation du mot magique, Aaron lève vivement la tête vers moi. Et je crois qu'il commence à comprendre le message subliminal que vient de me lancer Lyanor. Bien. Je préfère que la fuite ne vienne pas de moi. Elle ne pourra au moins pas me reprocher ça. Et c'est elle, qui veut se cacher. En ce qui concerne son « plus de sexe au bureau », je guette déjà l'occasion de le jeter par la fenêtre du dernier étage.

C'est toi qu'elle va passer par une fenêtre pour l'instant.

— Belle et intelligente. Vous êtes donc l'assistante rêvée Lyanor, la complimente l'ainé. Vous avez raison ma chère, nous sommes là pour échanger. Continuez, je vous en prie.

— Je vous remercie, lui dit-elle les yeux plissés, sur une défensive que nous qui la connaissons repérons aisément. Pour reprendre sur cette notion de donnant-donnant, je vous vois ici plus dans une démarche de nécessité d'ouvrir vos portes à des investisseurs étrangers à votre arbre généalogique qu'enclins a partager charitablement un trésor.

Elle bouge encore, boit quelques gorgées d'eau gazeuse citronnée sans nous regarder Ethan ou moi.

Connecte-toi Liam...

— Les partenariats sont coutumes, Mademoiselle, lui rappelle DeLaCruz pour la déstabiliser.

Il se passe quelque chose, je le sens mais je ne parviens pas à suivre sa réflexion trop vive. Je ne veux pas la couper. Elle a certainement tout son réquisitoire de prêt dans sa tête, et il n'y a pas que moi qui suis impressionné de l'aisance qu'elle déploie devant nos yeux.

— Lorsque vous dites « Nous ne pouvons pas vous donner un siège et une partie de nos bénéfices sans avoir valorisé le prix de nos actions », c'est en quelque sorte un non-sens, car comme je vous l'ai dit, vous avez besoin d'investisseurs. Vraiment besoin. Toujours au vu de vos documents comptables et marketings, vous avez en effet une explosion de vos ventes mais sans capital supplémentaire pour développer vos lignes de productions et embaucher du personnel qualifié, vous ne pourrez plus assurer les délais de fabrication et donc, de livraisons à vos clients. Évidemment, vous reverserez une partie de vos bénéfices, mais aujourd'hui Messieurs Campbell, vous n'êtes pas réellement dans une position de tous puissants sous prétexte que vos rendements actuels sont bons et que votre cote de popularité est bonne. Vous avez besoin d'argent sans passer par un emprunt bancaire. Vouloir valoriser de plus de cinquante-sept pour cent le prix actuel de vos actions est soit une hérésie soit la preuve d'une mauvaise connaissance des affaires.

— Non mais pour qui ...

— Laissez-la finir ! leur oppose cette fois Aaron avec virulence nous clouant tous.

Elle fait son effet ...

Elle lui sourit sans réelle joie j'en mettrais ma main à couper. Elle me parait même soucieuse, un peu désorientée tout à coup, mais reprend en se tortillant toujours, à croire que ce fauteuil a des puces :

— Vous parliez de supports de communication, mais aujourd'hui qui ne les utilisent pas ? les questionne-t-elle sans attendre de réponse. Même la petite librairie d'où je viens qui est pourtant tenue par une charmante dame depuis plus de cinquante ans qui a trois fois mon âge dispose d'un compte Facebook, Instagram et j'en passe. Elle a même un site internet, un panneau publicitaire sur un axe passant et un petit jingle qui passe régulièrement à la radio locale. Alors pardonnez-moi, mais votre argument sur vos supports de communication n'en est pas réellement un. En revanche, les influenceurs qui vous ont plus qu'aidé à créer votre notoriété et donc, la valeur de votre marque, ça, c'est un plus indéniable, consent-elle après les avoir quand même bien descendus. Pourriez-vous nous expliquer quel type de partenariat vous avez mis en place avec eux ? Les protocoles de communication, la cadence, les formats, la durée de votre arrangement ainsi que le système de rémunération prévu ?

Silence. Quelques secondes. Là, je sais qu'elle a compris quelque chose.

— Je propose que nous fassions une petite pause cigarettes qui me permettra de revoir rapidement tout ceci dans mes dossiers avant de pouvoir vous répondre avec précision, propose Arabella, qui tente de cacher son trouble par un grand sourire.

— Je ne pense pas que ce soit nécessaire, j'interviens. Je suis persuadé que Mademoiselle Johnson a déjà toutes vos réponses sur le bout de la langue, n'est-ce pas ?

Lyanor se lève de sa chaise comme si elle l'avait brulée mais acquiesce avant de lancer un regard vers Aron qui comprend ce qu'elle lui demande silencieusement, et c'est lui qui enchaine :

— Vous n'avez aucun contrat financier déclaré dans les lignes de vos quatre derniers bilans semestriels avec ces influenceurs, qui pourtant déclarent bien sur les réseaux sociaux lors de leurs publicités qu'ils sont dans un partenariat rémunéré avec les bijoux Campbell comme le veut la loi afin de ne pas gruger les <<cibles>> visées,déclare-t-il en mimant les guillemets, qui doivent savoir qu'il s'agit d'une vraie publicité et non pas post . Donc, même si vous ne pouvez pas nous dire quels montants vous leur avez peut-être versés sans passer par votre trésorerie si c'est le cas, vous devez au moins savoir quels avantages en nature vous leur donnez.

Bien joué.

— C'est à se demander qui dirige, grommelle à présent Derek Campbell face à moi.

Il va bouffer ses dents en dessert ce con !

— Je vous avais dit qu'ils sont une partie de nos cerveaux, vous venez d'en avoir la preuve en image. Il connaissent parfaitement ce dossier.

— Ensuite, poursuit Lyanor, j'aimerais savoir comment vos collections peuvent être déjà prêtes avec trois ans d'avance car en marketing, trois ans en valent facilement dix. Les marchés et les modes évoluent très rapidement. En douze mois, les joailliers proposent en général deux à trois collections. Vous en auriez donc six à neuf d'avance sans savoir comment les choses vont évoluer ne serait-ce que dans neuf mois? C'est aussi un grosse dépense en recherche et développement qui pourrait se montrer inutile dans douze mois si la mode change totalement, ou si un autre a la même idée que vous dans deux mois. Et je ne parle même pas de votre budget publicitaire. Quand vous annoncez qu'elles sont prêtes, vous voulez dire que vous avez les idées sur planches ? Ou que les campagnes sont d'ores et déjà bouclées et donc payées aux prestataires ? Je n'ai rien vu de très précis dans les dossiers que vous nous avez transmis.

— Car nous n'en sommes qu'aux échanges préliminaires Mademoiselle, cherche à la contrer l'avocat qui était jusqu'à là relativement discret.

— Que cherchez-vous à nous démontrer Lyanor ? l'interroge l'homme assis près d'elle.

Lyanor se tend comme un arc puis se statufie. Elle est là sans l'être.

— Elly ? l'appelle Ethan ? Tout va bien ?

— Je ...

Aaron lui touche le bras.

Doucement Liam, veut m'apaiser ma conscience avant que je n'ouvre la bouche.

— Échanges préliminaires qui ne vous empêchent pas de nous demander un <<prix ferme et définitif>>, je m'interpose avec gravité en fixant mon homologue en bout de table, Derek. Nos assistants ont raison et il me paraît nécessaire de soulever des rochers afin de vérifier qu'il n'y a pas un banc d'anguilles cachées sous un tapis de corail et d'étoiles de mer.

— Mon assistante a mis le doigt sur quelque chose en effet. Il était déjà clair pour nous que vous aviez besoin d'investisseurs au vu de vos résultats et de l'expectative envisagée, afin de transformer les prévisions en réalité, ce qui n'est aujourd'hui pas possible si vous ne vous vous développez pas et très rapidement.

— Comment avez-vous fait pour augmenter vos marges de plus de trente pour cent sans augmenter les tarifs de vente et sans remise des fournisseurs sur les matières premières ? Sur quelle chaîne de fabrication avez-vous fait des économies ? C'est quoi le truc ?

Lyanor sort de sa léthargie, et pointe sans détour ce que nous avions décidé de ne pas évoquer ce soir. Et pas si frontalement.

Mais elle doit avoir ses raisons,Liam.

— Je suis très impressionné Lyanor, badine Randy en reculant sa chaise pour mieux la reluquer de la tête aux pieds en s'attardant sur le galbe de sa poitrine. Vous semblez connaître les chiffres par coeur. Vous devez être ravi de ses services Monsieur Walsh, lance-t-il à Ethan, une vraie perle.

Les chiffres. Les chiffres...
Putain mais il se croit où ce connard à lui faire du rentre dedans comme ça?

Enfin, un brin de lumière.

— Votre tatouage à la main aussi est impressionnant, dit-elle en le fixant avec attention. Vous et votre frère avez le même n'est-ce pas ?

— Heu, oui, Derek et moi avons le même, en effet. Vous êtes très observatrice. Décidément je vous envie Walsh. Elle est parfaite.

Il ne sait pas à quel point.

Tout comme mon poing au milieu de sa tronche de blond trop blond le sera quand je vais le défigurer. Je vais bientôt atteindre mon point de non retour. La lave dans mes veines et artères est déjà incandescente. Je la sens. Je n'aime pas le regard vicelard qu'il pose sur Lyanor, c'est l'oxygène qui attise les braises dans mon estomac.

— Mademoiselle Jonhson ? je l'appelle. Lyanor ?

— Veuillez m'excuser, ma vessie est capricieuse aujourd'hui, nous informe-t-elle en quittant la pièce comme si elle avait le Diable aux fesses.

— Je vais en profiter pour aller soulager la mienne.

Par galanterie , nous nous redressons de nos chaises quand Sonja se met debout et part à la suite de Lyanor. Je sens le danger à plein nez, mais je ne peux pas les suivre jusqu'aux toilettes. Quoi que.

Non, Liam. Non.

— Bon, reprenons, énonce Ethan qui contourne la table pour aller récupérer la tablette tactile de Lyanor dans son sac.

— Pardon mais je crois que moi aussi, j'ai un organe sensible, nous prévient Randy en plaisantant, tout en regardant son frère aîné. Ne m'attendez pas.


***

En pleine discussion inutile sur l'explication bancale de l'augmentation de leur marge, Ethan se tourne vers moi et pose sa main sur mon avant bras gauche. Il regarde ma montre à mon poignet :

— Sonja où est Lyanor ? il lui demande sans pincette et sur le ton de la réprimande, faisant s'interrompre toutes les voix. Tu es revenue il y a plusieurs minutes déjà.

Elle déglutit. Mon rythme cardiaque s'emballe.

Alerte. Le retour.

Bon sang si elle lui a dit n'importe quoi, femme ou pas elle va finir dans le bassin à poissons du jardin et sans aucune délicatesse pour que ça lui remette les idées en place. S'il faut ça pour qu'elle comprenne qu'elle n'a rien à espérer entre nous, elle n'a qu'à le dire ! C'était clair quand a eu une brève aventure. Juste des parties de jambes en l'air. Rien de plus. Une heure par-ci par-là, par intermittence. Jamais rien de plus ! Et c'était...

Dans une autre vie.

— Sonja ! je tape du plat de la main en me levant. Qu'est-ce que tu as foutu ?

— J'en étais sûre, souffle-t-elle en me regardant avec sa tête d'enfant coupable, tout en lissant machinalement ses cheveux bruns coupés au carré. C'est elle !

Perspicace.

— Qu'est-ce que tu lui as dit bordel ? je lui crie dessus.

— Je... attends Liam, se lève-t-elle en levant les mains vers moi.

Ouais, protége-toi tu vas nager dans pas longtemps.

— C'est pas possible !

Si Aaron, c'est possible.

— Calme-toi, Liam, se met Ethan entre nous sachant que ça y est, la coupe pleine.

Ou je le croyais. Mon téléphone vibre sur la table. Et je sais déjà en voyant l'écran que c'est le début d'un cataclysme qui va tous nous renverser. Reste à savoir qui va tomber et qui va se noyer ...

— Lyanor ? Lya ?

— Lâchez-moi ... vous ... me faites mal ... je l'entends dire de loin, la voix tremblante.

Mon regard croise celui d'Ethan dont l'oreille était collée à ma tête pour écouter. Un millième de seconde. Moins qu'un battement de coeur. Mais une des pires secousses de ma vie.

— Ne fais pas ta Sainte nitouche ma jolie. Tout le monde sait que Walsh couche avec ses assistantes avant de les jeter au bout d'une semaine ou deux, c'est un petit jeu de PDG megalo...Ne fais pas cette tête, j'ai des sources fiables sois-en sûre. S'il t'a gardée tout ce temps et qu'il t'a même couru après, c'est que t'es pas juste un cerveau qui vient de briser quatre ans de boulot et tous nos plans en une heure. Tu dois être un sacré coup et ton petit cul une merveille aussi belle que tes yeux poupée... j'aurais pas tout perdu ! Allez, sois mignonne...

— Lâchez-moi... je ne suis pas avec Ethan... vous... vous faites erreur.

— Le premier qui sort de cette pièce ne fera plus rien de sa vie ensuite, je les préviens avant de partir en courant avec Ethan. Aaron appelle la police !

Et les pompes funèbres.

Ils n'ont pas pu entendre Lyanor, mais plus aucun doute : elle avait raison. Il se passait quelque chose. De bien plus gros que prévu.

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