Éclaircies

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Liam.


A priori, ce n'était pas le lieu idéal pour cette «première fois» sur une même partition. Un concerto à quatre mains, sur les mêmes notes, des rythmes identiques, mais avec la possibilité d'improvisation, sans que cela ne gâche rien à la mélodie.

La première fois que nous étions libres de nos gestes, de nos mots, bien qu'il y en ait eu peu. De leurs intensités. Sans obligation ni chaîne. C'est une première fois que j'attendais depuis des semaines, craignant même qu'elle n'arrive jamais. Qui aurait dû être ainsi à Los Angeles. Mais je n'avais pas compris. Je n'avais rien compris.

Mais dans « Connard », il y a «Con». Du deux en un ... alors ... Jackpot Liam!

Je refuse de rebasculer dans mes anciens travers. Le regret est une plaie que le sel des larmes désinfecte, cautérise quelque peu, mais n'est pas capable d'effacer. Si le saignement s'interrompt, la cicatrice est longue à venir, et reste. Indélébile. Car on ne refait pas le passé. Jamais. Le temps est une notion face à laquelle même le fric est inutile. Je ne le sais que trop bien. La vie se charge de me le rappeler, souvent, avec une facilité déconcertante. L'argent ne fait pas tout. Nos actes, eux seuls, sont la véritable magie de ce monde, capables de tout soigner. D'avancer. De réparer ce qui peut l'être. Autant que faire se peut.

À priori donc, des semaines de perdues, pour ne pas dire des mois. De la souffrance dans les deux camps, même si elle n'en a pas encore conscience. Des mots blessants, des actes déplacés. De moi, évidemment. Ses paroles à elles étaient justifiées, justes. Des incisions chirurgicales au scalpel pour détacher un «moi» qui ne devait plus exister. Elle a épluché une couche superficielle qui se croyait gravée dans le marbre de mon être. Elle avait tout bon ... enfin, au début. Après...

Après, ce qu'elle pense être une maladie psychiatrique, vieux...

Elle n'a pas vu que le virage que j'ai pris, c'est pour elle. Elle en est même plus que le co-pilote, c'est son pouvoir sur moi qui a pris les commandes. En dehors de son champ de vision, à mon grand désarroi. J'ai fait des tas de conneries dans ma vie. Certaines sans réelle importance, d'autres... aux conséquences exponentielles, des grenades que j'ai moi-même dégoupillées près de ma gueule.

C'est qu'elle m'a fait ramer, la dragonne...En te balançant son feu polaire.

Mais, rétrospectivement, le temps fut un allié, ce n'est que maintenant que je m'en rends compte. En somme, les à priori sont ce qu'ils sont : l'ébauche d'un avis qui peut évoluer, puisqu'au départ, nous avons rarement toutes les infos, toutes les cartes en mains pour nous forger une opinion des plus éclairée. La mienne était sombre, dans bien des domaines. Noire, gribouillée, brouillonne. Délétère pour elle. Pour moi. Pour nous.

À présent, je me sens bien plus que léger, même si des explications seront essentielles à ma totale renaissance, au baptême de celui qu'elle a ressuscité. Mais il y a une conviction immuable en ce moment intime -qui n'a pas commencé qu'une fois nos vêtements au sol mais à l'instant où j'ai pénétré cette pièce- : nos maux et mots furent indispensables, pour nous séparer afin de mieux nous trouver. Je lui ai montré le pire en moi. Le monstre contre lequel elle a combattu, jour après jours, phrases après phrases, chute après chute Et elle est toujours là, s'est relevée après ses propres avalanches dont je n'étais coupable, mais aussi de tous les effondrements pour lesquels je l'ai poussé à mordre la poussière.

Lyanor n'est pas qu'un tempérament volcanique dont elle se sert aussi pas mal comme arme de défense, d'après moi. Pas qu'une splendide dragonne aux failles invisibles mais présentes. Elle est bel et bien mon Phénix. Un être majestueux aux griffes acérées qui renaît de ses cendres , même englouti dans les pires ruines, car le temps et la mort eux-mêmes ne peuvent se liguer contre sa destinée, l'essence même de sa nature. Il y avait un mal acerbe mais nécessaire sur nos chemins de vie qui ne sont pas censés que se croisés, j'en suis certain.

Dorénavant, je dois me tenir éloigné de celui que j'ai viré de ma tête, n'être que l'homme que je suis censé être. Grâce à elle.

- Lyanor ?

- Humm ?

La tête reposée sur mon épaule gauche, ses bras fins toujours enlacés à ma nuque, son souffle tiède chatouille ma peau moite, tout comme ses longs cheveux dans mon dos. Nos respirations reviennent à la normale, mais nos corps restent en...communion. Ce qui devient dangereux. Enfin je crois.

Ma lucidité totalement retrouvée, et à contrecœur, je soulève doucement son bassin pour me retirer. Elle comprend, m'aide, mais ne change pas de position pour autant. Problème pour virer le latex.

Alerte Liam.

Je ressens les vibrations de la cornemuse à travers mes tripes, et crois pouvoir entendre le rutilement de ses pensées. Comment cette femme peut-elle à la fois m'exorciser et me rendre fou à ce point?

J'espère que je me trompe...

- Lyanor ? je l'appelle en déposant une pluie de petits baisers de son omoplate au haut de sa nuque. Il faut que je vire ce truc... le tissu de la chaise est suffisamment imbibé, il ne supportera pas des fluides supplémentaires, je lui glisse pour la détendre, mordillant sa peau frissonnante.

- Oh merde...

Ses paroles sont à peine audibles. Je la sens se caler un peu plus dans mon cou. Aller se planquer pour disparaître, plus précisément. Je ne peux pas m'empêcher de sourire comme un . Elle réfléchit oui, mais n'est pas partie en courant, cette fois. Ou pas encore.

Bon, nue, je ne préfère pas.

- Tu regrettes ?

- C'est une question détournée de votre égo vaniteux pour que je vous fasse un compliment ou vous décerne la médaille du bon coup ?

La peste. Elle fait de l'humour, mais l'alarme est toujours en action

-Lyanor ... grogné-je

- Non, soupire-t-elle en se levant sans me regarder. Pas de regret.

Mais je la retiens par ses doigts que j'embrasse en l'observant, sous son regard voilé d'une incompréhension notoire de mon geste qui moi, ne me surprend plus. Ses yeux luisants et son visage rougi trahissent un état peu orthodoxe et post-orgasmique visible à des kilomètres. Elle est belle, la chevelure sauvage et les lèvres gonflées d'avoir picoré ma barbe à défaut d'avoir étreint ma bouche ... et hors de question qu'elle passe cette porte tant qu'elle le sera autant !

Débarrassé de ce qui me gênait, je la regarde ramasser une à une ses fringues éparpillées, puis se rhabiller, dans un silence qui traduit finalement les rouages de sa réflexion.

Sa jupe passée, je m'avance vers elle pour en remonter moi-même la fermeture éclair. Elle suspend tout geste, me laisse faire en retenant sa respiration. Puis, n'y tenant plus, j'autorise encore ma bouche à parcourir la peau nue près de la lanière de son soutien-gorge. Elle se détend, soupire d'aise provoquant un énième tremblement en moi.

- Tu ronronnes comme un chaton, Lyanor, je lui souffle heureux de l'effet que j'ai encore sur elle...

... et toujours bien au fait du pouvoir qu'elle a sur moi, qui prend de l'ampleur jour après jour.

- Vous grognez comme un homme des cavernes, se moque-t-elle voulant enfiler son chemisier.

Je suis conscient que cette bonne humeur légère, même réelle, est la couche superficielle de quelque chose de plus pesant. C'est palpable dans l'air. Je vois les molécules positives et négatives se percuter sous mes yeux. Et puisqu'ici nous semblons être dans une bulle, alors autant percer ce qui peut l'être, même si je voudrais ne plus sortir d'ici, garder sur moi la chaleur de son petit corps. La garder tout court loin de ce monde extérieur qui nous a été hostile. Juste elle, moi, sans tout le bordel dehors. Sans les questions, les réponses peut-être déplaisantes. Nous dans la simplicité que nous avons trouvée ici. Je devrais faire privatiser cette salle ...

- Pourquoi tu ne m'as pas réveillé ce matin ? je lui demande en enserrant sa taille pour ne pas la laisser filer.

Elle soupire, mais pas pour les mêmes raisons que plus tôt. Se tourne pour me faire face. Nos yeux se rencontrent, son visage se ferme un peu, à son image.

- Pourquoi étiez-vous dans mon lit ce matin ? réplique-t-elle en boutonnant ma chemise sans se concentrer sur ses gestes fluides, alors que la pulpe de ses doigts agace et embrase chaque centimètre de mon épiderme qu'elle touche.

Putain, je suis déjà bien cramé moi !

La ligne de ses lèvres se pince. Je vois clair dans son jeu. Elle tente de garder son sérieux, mais ses yeux ne mentent pas. Elle est troublée, vexée peut-être de mon intrusion jusqu'à son sommeil, mais amusée. Je suis même convaincu qu'elle rejoue dans sa tête la scène de mes plates excuses ce matin.

- Tu as voulu me donner une leçon, c'est ça ?

- Vous voyez, vous posez toujours des questions auxquelles vous avez la réponse. Pour un homme qui déteste perdre du temps, pour êtes finalement le plus coupable de tous, Monsieur, dit-elle en insistant sur le titre, narquoise au possible.

On pourrait vivre dans cet espace, non ? Ne jamais sortir d'ici, dans ce nuage hors de tout, sauf de nous. Un nous qu'il va me falloir apprivoiser pour en profiter pleinement. Mais je suis tenace. Et elle me rend fou !

- Hey ! Mais lâchez-moi ! s'écrie-t-elle alors que je la hisse sur mon épaule, lui donnant une petite fessée sur son postérieur bien trop mis en valeur par le cuir de sa jupe. On est deux à avoir besoin d'une thérapie ! On nous fera peut-être un prix de gros, remarquez, pouffe-t-elle.

- A tes ordres ...

Je la repose sur la table, passe mes jambes de chaque côté de ses genoux serrés. Les dossiers sont dans un sale état, mélangés, des feuilles tapissent le sol. Un beau b qui vient d'être le témoin d'une scène énergique pour les corps, mais apaisante pour nos deux esprits torturés de questionnements qui nous rongent, bloquent notre avancement. Il est temps d'enclencher la seconde, et de supprimer la marche-arrière. Je ne veux plus reculer. Je ne veux plus qu'elle recule, qu'elle regrette, qu'elle pense au passé, à celui que j'étais, même s'il est bien gravé dans les actes qui l'ont blessée.

J'encercle son visage de mes mains pour qu'elle ne rate rien de ce que je vais lui dire. Son ludisme se meurt instantanément, laissant place au sérieux qui s'annonce. Je la vois déglutir, embrasse plusieurs fois son front pour ne pas briser totalement ce lien qui s'est créé mais aussi parce que j'ai trop de temps à rattraper, lui montrer que l'étreinte terminée n'est pas une fin pour "le reste". Que mon attitude est pérenne, non passagère comme elle pourrait se l'imaginer en sortant d'ici.

- Il y a encore certainement de la folie en moi Lyanor, mais je peux te jurer qu'elle n'est en rien comparable à tout ce que tu as vu de moi avant.

- Avant quoi ? murmure-t-elle attentive.

- Avant que le gros connard que j'étais ne réalise que son cerveau se trompait. Avant que je ne comprenne qu'au lieu de gagner une guerre sournoise, je venais en réalité de la perdre, tout en retrouvant quelque chose que j'avais perdu mais que je ne cherchais pas. Avant qu'une petite bombe fasse sans le vouloir exploser toutes les merdes qu'il y avait dans ma tête. Avant que ma rancœur ne fasse ses valises, que le passé s'archive enfin pour laisser place à une vision plus juste de ce qu'il y avait sous mes yeux. Avant que je ne me rende compte que le danger n'était pas celui que je croyais. Avant que je ne m'aperçoive que j'avais emprisonné l'homme que j'avais été un jour, sans autre forme de procès qu'une crainte démesurée. Je lui ai foutu une condamnation de plus de cinq ans sans sursis en pensant le protéger, et le temps a fait son œuvre en le laissant au cachot jusqu'à me faire oublier son existence.

Je marque une pause. Elle ne m'a pas lâché des yeux, mais son petit nez se fronce autant que ses paupières se plissent, tentant de lire entre les lignes, ou de pénétrer ma mémoire pour y trouver la bobine de mon passé.

Même assise sur la table, il lui faut lever la tête pour me regarder. Ma vision l'englobe toute entière, pour ancrer ce moment. Ses lignes fines ou en courbes, l'ourlet parfait de sa bouche, la forme de ses grands yeux, le petit grain de beauté qu'elle a sur le haut de sa pommette droite que mon pouce vient caresser en toute autonomie. Naturellement, sa joue vient se coller plus à ma paume. Naturelles. C'est ce que sont les choses entre nous quand seuls nos corps sont dans la partie. Quand nos têtes elles, sont muselées, car capricieuses, bien trop prises dans les tergiversations, les réflexions dangereuses. Dangereuses, car elles ne voient pour l'instant que le verre à moitié vide, et non à moitié plein. Mais si moi j'ai su voir l'évidence, j'ai confiance en ses capacités à elle. Dès qu'elle aura ouvert les yeux.

Lyanor lève un sourcil circonspect, un petit rictus au coin de ses lèvres dont je veux encore supposer la saveur. Ma dragonne se remet en marche sous mes yeux, mon souffle de fait plus lourd pour encaisser sa répartie :

- Vous pensez donc ne plus être un connard prétentieux et arrogant si j'ai bien compris ? Non, parce qu'il serait alors plus que nécessaire de faire passer une note de service en ce ...

Ouais, ça me pendait au nez.

- Si ta bouche était à moi, je t'aurais fait taire d'une délicieuse manière, je la coupe en empoignant avec douceur la base ses cheveux d'une main pour approfondir l'enlacement sérieux de nos regards qui se défient, entre gravité et désir urgent, et son menton de l'autre. Ça te plait de te foutre de ma gueule, hein ?

Ou de détourner la conversation ...

J'ai de nouveau faim d'elle. Je sais qu'elle le sent, même si nos bassins sont loin l'un de l'autre. Je vois le crépitement de ses pupilles, mais aussi le voile de crainte et de douleur qui passe rapidement dans ses yeux.

- Qui dit que je ne suis pas sérieuse, Monsieur ? susurre-t-telle en plongeant plus loin en moi, creusant un peu plus sa place déjà bien faite sans qu'elle ne sache à quel point. Je vous l'ai dit, vous aimez vous entendre parler. Vous aimez entendre que vous êtes tout puissant ? Que le monde est d'accord avec vous du moment que sa Seigneurie a parlé telle une parole d'évangile? Je ne suis pas votre peup...

- Oh ma belle, je t'assure qu'ici, le puissant n'est pas celui qui croit. Et je vois clair dans ton jeu, Lyanor. Dis-moi ce qu'il se passe dans ta tête. Dis-moi pourquoi tu me rejettes depuis des semaines quand moi, j'essaie de faire amende honorable, de me faire pardonner toutes mes conneries dégueulasses ?

Tout à coup, elle me repousse, descend de la table.

- C'est pour Ethan en fait, c'est ça ?

Esprit tordu de merde, le retour.

Je me frotte le visage des deux mains. Bordel, ça ne va pas être simple ! Je la guette ouvrir la fenêtre en grand puis enfiler ses escarpins. Mais putain, tout le monte la mate habillée comme ça depuis ce matin ? je m'étrangle intérieurement.

- Tu as fait exprès de t'habiller comme ça, n'est-ce pas ?

- Comme ça quoi, Kavanagh ? s'enquiert-elle les poings sur les hanches.

Elle ne sait pas que ça risque de mal finir ? Ou très bien, question de point de vue. Et puis elle ne sait pas prononcer mon prénom ou quoi ? Le vouvoiement, bordel de merde ça me fait chier, mais « Liam » ça lui écorche la bouche ?

Ça ne te rappelle personne ? me demande ma conscience.

- Tu le sais très bien.

- Il est schizo, je l'avais bien dit à Ethan, pourtant, souffle-t-elle en rassemblant des feuilles sur la table.

- Lyanor ...

- J'ai besoin de comprendre ce qu'il se passe, sinon c'est moi, qui vais devenir dingue...

Elle fait sa remarque à mi-voix, plus pour elle, je pense.. Là, je vois que je la perds, qu'elle retourne dans sa jolie coquille, parce que son cerveau surchauffe, remonte à une surface pas si véridique, au risque de faire réapparaitre une crise d'anxiété.

Alors je contourne la table pour au moins la sixième fois depuis que je suis ici, lui fais lâcher ce qu'elle tient, puis s'assoir à califourchon sur moi sous son cri de surprise, comme quand elle me chevauchait il y a dix minutes.

- Ethan n'a rien à voir dans ce qu'il se passe entre toi et moi, Lyanor. Parce que c'est toi, moi, et personne d'autre, j'insiste puis embrasse le coin de sa bouche la voyant fermer les yeux à ce contact qui me réchauffe d'un frisson fulgurant. Mais j'avoue qu'il a cerné certaines choses en moi avant moi. Avant tout le monde, je suppose. Pour autant, c'est uniquement toi et moi. Je ne veux plus être un connard. Pas avec toi, en tout cas. Surtout pas avec toi Lyanor. J'en ai marre qu'on se dispute. Je veux qu'on discute, qu'on évalue ensemble ce qu'il se passe, comme tu dis.

Elle hoche la tête en se mordillant la lèvre inférieure, et il me faut tout le self-control du monde pour ne pas me jeter sur elle. On sera fous à deux, après tout ...

- Tu auras tes réponses, bientôt, je te le promets. Tu comprendras pourquoi, dès que je serai prêt à verbaliser moi-même certaines choses.

Nouveau hochement de tête. J'ajoute :

- J'espère que quand le moment viendra, toi aussi, tu t'ouvriras à moi.

Visiblement lasse et prise d'une bonne dose de confusion quand je fais tout pour chasser la grisaille autour d'elle, Lyanor secoue sa tête, puis son regard pensif se perd vers l'extérieur, alors le mien suit le mouvement.

- Lyanor ?

- Connard, c'était pas assez fort, me dit-elle les traits plus durs tout à coup -mais j'encaisse car ça devait arriver. Je ne sais pas pourquoi vous avez autant pris votre pied à jouer à ce jeu malsain avec moi, mais ne me demandez pas de faire comme si rien n'était jamais arrivé. Aujourd'hui, je n'en suis pas capable. Ce n'est pas que je ne veux pas, mais ...

Ça, ce n'est pas bon pour mon rythme cardiaque.

- Lya ...

Elle inspire calmement mais profondément, secoue sa tête comme pour remettre ses idées bien en place et reprend:

-Si je suis à New-York, c'est pour avoir ma vie à moi, avancer. J'ai voulu croire que le passé pouvait rester ce qu'il est, que je pouvais l'enfermer dans un placard fermé à triple tour, perdre la clé. Mais c'est faux. Je n'oublierai pas, je dois simplement apprendre à vivre avec, et surtout composer avec, car quoi que je veuille pour mon futur, je sais que mon passé fera toujours un peu partie de mon présent, il a fait celle que je suis. J'ai cru que je devais repartir de zéro, me réinventer, mais j'avais tort, continue-t-elle avec plus d'aplomb en passant ses mains sous ma chemise pour caresser ma peau et je ne sais même pas si elle s'en rend compte, mais j'aime vraiment ce qu'il se passe dans cette pièce.

- Ça veut dire quoi tout ça ?

- Où est passé l'homme dont l'intelligence a fait la une des journaux ? me demande la petite peste qui me sourit à faire fondre toutes mes barrières s'il m'en restait encore.

- Son QI a récemment perdu quelques points, je lui réponds badin. Figure-toi que ce con s'est découvert de nouvelles préoccupations qui méritent toute son attention.

Ma remarque fait mouche, elle rougit perceptiblement, et moi je rêve encore d'une partie d'elle qu'elle me refuse, tout en appréciant nos petites joutes.

- Ça veut dire qu'il y a une raison à tout, même si je ne les connais pas encore, et que je suis quelqu'un qui a besoin de réponses. Alors je ne vais pas oublier, mais faire avec. Peut-être que j'ai constamment besoin d'être mise en garde, pour ne pas refaire les mêmes erreurs, tout simplement.

Mon cœur rate un battement. Plutôt trois Liam.

- En garde contre moi ?

- Vous m'avez blessée, acquiesce-t-elle fermement.

- Crois-moi, je souffle contre sa bouche, si je pouvais tout effacer, je le ferais. Je regrette chaque jour ce que je t'ai dit et fait. Parce qu'il y a encore un mur entre nous, je le vois. Mais je te montrerai qui je suis, si tu me laisses entrer.

- Je vous laisserai entrer, quand je serai certaine que je ne vais pas encore chuter, être utilisée, ou moquée, contre-t-elle immédiatement, la voix légèrement chevrotante.

Dire que j'avais son ex sous la main il y a quelques semaines et que j'ai cru que c'était elle, l'infidèle ! Je ne sais pas pourquoi, mais je suis certain que tôt où tard, je vais croiser la route de ce salopard ! Je n'avais pas assez de mes propres merdes à me faire pardonner, pour en plus payer pour celles de ce fumier ! Sa main remonte sur mon col, me sortant de mes pensées vengeresses.

- J'ai besoin de temps. J'ai des choses à régler avec moi-même, avant de pouvoir mettre un mot sur ce truc qu'il y a entre nous. Je ne sais même pas ce qu'il se passe... Mais ce qu'il vient d'arriver dans cette pièce, c'était la dernière fois, me prévient-elle en griffant ma peau de sa deuxième main toujours sur mes abdos dont elle suit les contours.

- Pardon ?

- Plus de sexe au bureau.

Alors là, c'est ce qu'elle croit !

- Si tu le dis, je rétorque en embrassant son petit nez.

- Je suis sérieuse ! lance-t-elle en mettant plus de pression sur ses ongles

- Moi aussi, Mademoiselle Johnson.

- Qui êtes-vous, Monsieur Kavanagh ?

Un homme prêt à se brûler jusqu'à la dernière plus s'il le faut.

- Un homme exclusif, Lyanor. Je peux attendre que tu sois prête à plus, mais si un autre homme te touche, il n'aura plus de main pour s'astiquer, c'est clair ? je grogne.

- Qu ... quoi ?

- Je suis sérieux. On ira à ton rythme, mais c'est toi et moi !

Elle se détache de moi, hausse les épaules. Ok ... Et donc je me démerde avec cette non-réponse, moi ?

- Lya ?

- Lya ? répète-t-elle stupéfaite. Pas Elly ? Pas Lyanor ?

- Ça te dérange ?

- Vous êtes étrange.

- Dit la femme qui couche avec moi mais refuse de me tutoyer ! C'est l'hôpital qui se fout de la charité ! je m'exclame.

Minute.

- Peut-être bien, oui ... sourit-elle sardonique.

Alors Liam, un éclair de génie ?

- Putain ! Ça aussi c'est pour m'emmerder ? Lyanor !

Elle referme des dossiers, réajuste sa tenue alors que je resserre ma cravate.

- Vous pensez avoir tous les droits, pouvoir décider de tout. Moi je vous montrer que ce n'est pas le cas en ce qui me concerne. Plus personne ne décidera pour moi !

Je sens qu'elle me lance un os, puis son ton change, devient sévère :

- Si je découvre que je suis un petit passe-temps, que vous jouez avec moi pour une raison que j'ignore, ou parce que justement, je représente un quelconque défit à vos yeux, ce truc, dit-elle en nous pointant du doigt, ce sera terminé, c'est bien clair ? Et il n'y aura plus de pardon d'aucune sorte que ce soit.

Très. Donc, j'ai raison. Elle le fait pour m'emmerder, aussi par esprit de contradiction, mais c'est aussi une de ses foutues barrières à la con! Je n'ai pas le temps de répondre que la porte de la pièce s'ouvre en grand. Lyanor sursaute, se fige telle une image mise sur pause. Je vois passer dans ses prunelles orageuses contre moi l'évidence <<La porte n'était pas fermée à clés>>, et ce que cela aurait impliqué si nous avions été découverts il y a dix minutes, en plein partie sexe torride sur cette chaise bonne pour la benne dont l'auréolle humide peint ce que nous avons fait sur elle.

Ethan nous observe l'un et l'autre avec attention, et même si nous sommes heureusement rhabillés, je sais qu'il a compris. Même la fenêtre ouverte, les effluves du sexe sont reconnaissables. D'instinct, Lyanor se planque derrière moi. Elle doit piquer le fard de sa vie, et je rate tout à cause de la tête de gland qui retient difficilement son fou-rire en refermant la porte derrière lui.

- Elly ?

Mais elle ne répond pas.

- Barre-toi de là Ethan, je lui grogne.

- Attends mon vieux, c'est quand même à marquer d'une pierre blanche de la taille d'une falaise, ça !

- C'est pas vrai ... souffle Lyanor qui pose sa tête sur mon dos.

- Elly, je te jure que je m'en fous, lui assure Ethan rieur. Vous faites ce que vous voulez tous les deux. Et franchement, je savais que ça allait arriver dans la tour aussi, mais vous auriez pu fermer la porte ! Si vous vouliez un public, il ne fallait pas couper les caméras !

Je vais le buter. Ou le faire passer par la fenêtre. Ou les deux...

- Comment ça, aussi ? s'écrie-t-elle soudain en venant se poster devant moi. Qu'est-ce que vous lui avez dit ?

Ethan se fige. Comprenant que tout n'a pas encore changé.

- C'est une blague Elly ? Tu le vouvoies encore ? Alors que vous venez de ...

- Continue cette phrase je te jure que tu vas perdre des centimètres très utiles à Mélia Ethan !

-Elly ma belle ... plaisante-il à moitié, une main en coquille sur ses parties. Tu le vouvoies vraiment ?

Et le couperet tombe, aussi vite que mon frère va dévaler les étages en mode poule incapable de voler.

- Oui, et ça va durer, crois-moi ! Moi aussi, je connais quelques punitions !

Puis elle quitte la pièce fâchée après nous avoir dit de nous démerder avec les papiers puis prevenu qu'elle passerait la nuit chez Neve, en nous laissant tout ranger, donc. Et le pire ? C'est que je m'exécute sans broncher aidé par Ethan qui promet d'aller la calmer ... ou plutôt de demander à sa petite amie de rappliquer à la tour au plus vite pour aller la calmer. Pas fou, le mec ... C'est qu'il l'a craint, ma dragonne.

Sans broncher, mais avec les boules et l'envie difficilement dissimulable de refaire de portrait à l'abruti qui se mord pour le pas rire, même cinq minutes après le départ de son assistante.

- Depuis quand la caméra est allumée ? je m'étrangle soudain en voyant la lumière verte.

- Je crois qu'on m'appelle, non?

- Reviens ici tout de suite ! Ethan !

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On dit que les opposés s’attirent. encore faut-il qu’ils aient des points communs. Et que chacun soit honnête avec l’autre. Sinon, ça risque d’être la guerre au “Plaisir Normand.”

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Plus la peine de vous faire un laïus sur le 4 mains, hein ?
Avec Lecossais, on a remis ça, encore et encore. Cabrel dirait : c'est que le début, d'accord, d'accord, d'ailleurs ;)

Bonne lecture !
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