Egaux

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Elly


À deux doigts d'avoir l'orgasme le plus rapide de ma vie et de la création du concept -au sens propre, et doublement- je sens que l'intégralité des mes muscles est déjà noyée dans un bain frémissant d'hormones du plaisir. La fièvre dans ma tête ferait fuir un thermomètre. Je bous de l'intérieur, des orteils aux cheveux. Les bouffées de chaleurs sont si vives qu'elles empêchent même mon cerveau de donner plusieurs ordres à la fois. Il a déconnecté, ou il va.

Je m'oblige à inspirer quelques rassades d'air par la bouche, ne tenant pas à m'évanouir par manque d'oxygénation, surtout avant d'avoir atteint le septième ciel. Mon corps entier est déjà couvert d'une pellicule de sueur, les papiers collent à ma peau. J'aurais probablement des transferts d'encre sur le dos et les fesses, mais je m'en fiche !

Ce que je veux retenir avant de perdre notion de tout, c'est que l'espace d'un instant, il n'y a plus que lui et moi. Sans costume. Sans fard. Sans statut ni titre. Seul ce <<nous>> éphémère est présent, inonde la pièce autant que mes plaintes annonciatrices d'un orgasme qui prend trop brusquement naissance dans mes reins enflammés, bientôt cuits, et file direct entre mes jambes, sous une langue experte donc capable de donner un plaisir absolument démentiel.

Appuyée sur mes coudes, les jambes écartées imitant à la perfection celles d'une grenouille, totalement offerte à lui, j'ai du mal à séparer mes yeux de la vision si électrisante de ce spectacle. Pourtant ma vue se brouille déjà de petites étoiles, mais je ne voudrais pour rien au monde me détacher des siens, voilés d'un désir très impétueux qui me fixent avec une envie non dissimulée.

Je ne suis plus sa proie, je crois. Il n'est plus celle de ma colère. Plus de chasse. Plus de combat. Tout est sur pause. Excepté ce moment hors du temps, hors de tout, et l'exigence luxurieuse qui nous lie, cette convoitise charnelle mutuelle, partagée. Je me sens offerte à son regard mais nullement vulnérable. Tellement puissante au contraire face à cet homme dont la nudité est le plus beau des tableaux. Et une voix chuchote qu'il est bien plus à nu que vestimentairement parlant.

Ici, nous sommes sur un même pied d'égalité. Pied que je vais prendre, sous peu, grâce à lui. Encore...

Je lutte contre mes instincts qui veulent me voir rendre les armes, clore le rideau. Mais je veux encore garder nos regards fermement verrouillés, pour y lire le plus longtemps possible que j'ai raison, que ce n'est pas une sensation imaginaire, une chimère. La guerre a disparu, elle ne veut plus de moi en son sein. Plus de nous.

- Je...

Comprenant que je suis proche de basculer dans un autre monde, il fait tournoyer sa langue avec plus de vigueur dans mes plis intimes. L'humidité de sa bouche se mélange à celle créée par le plaisir qu'il me donne en me léchant avec une avidité hypnotisante. Je l'admire s'affairer entre mes cuisses, retenant au possible l'inévitable point culminant. Puis, avec un sourire concupiscent clairement assumé, il aspire plus durement mon clitoris, les doigts de sa main droite crochetés en moi eux ralentissent leur cadence, pris dans l'étau de mes contractions vaginales. Sa gauche, dont il se servait pour se donner lui-même du plaisir sans honte, vient enlacer la mienne. Et c'est cette caresse qui a raison de moi, de tout.

- Hmmmm... ouiii...

C'est un feu d'artifices, des shots de plaisir en concentré. Envahie de spasmes, sans force, je me laisse tomber sur le dos, sa main serrant toujours la mienne semblant vouloir m'accompagner dans la félicité. Le souffle presque inexistant, un long gémissement d'extase passe néanmoins la barrière de ma bouche en O. Je ferme enfin les yeux, pour profiter d'un orgasme magique qui a pris possession de tout mon être, jusqu'à me faire tout oublier, en me demandant si c'est ça, « La petite mort ».

Je veux bien mourir mille fois sous un tel assaut...

Peu à peu, je refais surface, retrouve le monde réel, ainsi celui qui m'a gracieusement permis de m'en évader. Il m'observe, l'air satisfait de sa prouesse. Il peut. C'est bien la première fois de ma vie que je vivais un truc pareil, mais je ne compte pas le lui dire. C'est qu'il a une vanité aussi proéminente que son membre en érection, qui se presse maintenant contre mon bouton toujours gonflé, à présent hors service.

Il me surplombe mais avec bienveillance. Son regard est doux comme le toucher d'une plume. D'ailleurs, c'est bien la sensation qu'il me donne, en balayant ma silhouette nue sous son grand corps massif qui l'enveloppe de sa chaleur. Ses yeux me caressent, attisant un désir qui bien qu'arrivé à son paroxysme il y a cinq minutes peut-être, n'a pas été tué par ma jouissance. Ses lèvres se posent sur mon buste, il soulève ma jambe pour l'enrouler sur sa hanche.

Sans un mot et durant un très agréable moment, il embrasse tendrement, sans précipitation mon épiderme survolté, laisse un chemin humide d'une oreille à l'autre, s'attarde sur mes clavicules, mes lobes, mes seins, les contours de mon visage, créant des soupirs que j'aurais voulu parfois retenir, ayant l'impression qu'ils parlent pour moi un langage que seul cet homme peut traduire, en dehors de ma propre compréhension. Mon corps communique avec lui, quand ma tête elle, veut garder une infime once de vigilance. Ses gestes sont troublants, sensibles. Bouleversants. Délicats. Mais jouissifs. Juste en me touchant, il souffle sur les braises de ma libido, qui n'existe que pour et par lui. Il est un autre. Ou peut-être est-il lui...

Le bout de sa langue remonte sur mon menton, un de mes tétons est prisonnier de ses doigts. De petits picotements de plaisir me traversent, direction mon intimité aux allures de fontaine.

Je n'ai pas peur de ce qu'il se passe. L'espace-temps est devenu abstrait, c'est une autre dimension. Alors je profite, et ose lâcher la bride de ma retenue, comme quand je l'ai rejoint dans sa chambre, lorsque je pensais porter un masque alors que la vérité était toute autre.

La vérité n'est pas toujours où on la croit, Elly ....

Mon ouïe totalement remise de mes émotions qui ont remué jusqu'à mon ADN, j'entends que je n'étais pas la seule à gémir de contentement... Mais ce que mes oreilles perçoivent est bien plus guttural et excitant que les sons qui proviennent de moi. Mes doigts glissent sur au bas de ses reins animés, reprennent le chemin inverse, se gorge de ses frissons, des mouvements de ses muscles. C'est un ballet ardent, jusqu'à que ses yeux plongent de nouveau dans les miens, suspendant mon souffle court. Il prend mon visage en coupe, en appui sur l'un de ses coudes, sonde les tréfonds de mon esprit plus apaisé que mon corps qui ondule sous lui cherchant à restreindre la pression entre mes jambes, y trouve sa réponse. Toujours la même. Je n'ai pas changé d'avis, un bref éclair de déception assombrit son océan indien jusqu’alors illuminé d’une cupidité luxurieuse, ou ai-je mal interprété... Alors, ses lèvres s'approchent des miennes mais se posent sur leurs commissures, chastement. Or, c'est un gigantesque tremblement de 9.9 sur l'échelle de Richter, qui me secoue intérieurement, autant que l'orgasme qui m'a cueillie plus tôt. Là, je sens le danger dans toute sa splendeur. Impossible de ne pas le voir. Mais je veux y être sourde, ne veux pas sentir non plus les effluves de son odeur masculine et boisée. Je choisis donc une parade pour occuper mon esprit, et je jurerais que mon partenaire a bien compris mon trouble, lu mes pensées, entendu même ma crainte, respiré son parfum, car c'est lui qui parle en premier, tout contre ma bouche, sans passer la barrière invisible que j'ai dressée et dont il a conscience :

- On peut s'arrêter là, ou on peut continuer. Mais uniquement si c'est ce que tu veux.

Réplique de secousse : check.

- Et vous ? dis-je en regardant nos bassins soudés.

Il interprète. Sourit, dépose un baiser sur mon nez, entame un processus de désaccouplement de nos peaux en se soulevant, mais je m'agrippe à lui de mes quatre membres, le surprenant, et surtout interrompant ce qu'il allait faire. Il croit aller où, comme ça ?

Il. N'ira. Nulle. Part !

- Je ne suis pas venu pour moi Lyanor. Mais pour te montrer que le match est terminé. En ce qui me concerne du moins. Encore une fois, je n'avais aucun pronostic sur ce qu'il se passerait ici. Je ne veux pas que tu me renvoies la balle parce que tu penses que c'est ce que j'attends de toi, ou...

Stop. D'un doigt, je le fais taire. Il semble sincère, mais je ne veux pas m'attarder sur ce que cela implique, pour le passé ou le présent, même. Quant à l'avenir...

- C'est bien beau tous ces jolis mots, mais dois-je écouter ce que me dit votre bouche, je lui murmure taquine, ou ce que hurle haut et fort un appendice bandé qui va laisser des marques sur mon pubis durant plusieurs jours ?

Ajoutant le geste à la parole, ma main se faufile jusqu'à sa convoitise que j'empoigne. Il est dur comme un roc mais doux comme la peau soyeuse d'un bébé.

Elly 1. Kavanagh... 00.

Il soupire bruyamment, grogne en mode Cro-Magnon et bon sang ! je perds un jeu auquel moi seule participais. Parce que j'ai vraiment envie de cet homme qui me rend dingue, à t point que j'en frisonne me rappelant de ce que cela fait de l'avoir en moi, et s'il ne comble pas très vite mon vide, je vais me consumer sous ses yeux. Et pour que les choses soient claires pendant que je le caresse et mordille son épaule, j'ajoute :

- J'en ai envie. Maintenant.

Oui, il y a urgence. Encore une première pour moi ...

- Tu auras ma peau Lyanor. Mais je suis consentant, et un homme faible face à toi, alors...

Ecoute les mots Elly...

Faible face à moi ? Je rirais bien, mais l'instant est mal choisi. En plus son cerveau très faiblement irrigué, je ne peux pas retenir ses paroles contre lui maintenant. J'ai la preuve en main de son déficit mental, et elle prend de la place...

Il nous relève, hume mes cheveux en bordel puis passe une mèche derrière mon oreille en embrassant mon front, attrape un petit emballage carré dans une poche intérieure de sa veste. Je m'en saisis sous son regard gourmand pour m'empêcher de réfléchir trop sur ses gestes si « intimes », le scrute, me délecte de l'expression de son visage qui se fige lorsque je déroule la protection sur son sexe tendu vers mon bas-ventre. Puis, une fois gainé, j'appuie de mes deux mains sur son torse pour le faire reculer et s'asseoir sur une chaise. Il ne se fait pas prier, sourit même de mon initiative qui semble lui convenir, écarte ses bras et lance :

- Je suis tout à toi !

Pas la peine de me le dire deux fois …

Bon, ne pas être réveillé par de l'électronique ce matin a visiblement changé profondément le grand PDG. Ou alors Elly ...

Plus tard, les questions existentielles, ou sur sa potentielle Schizophrénie. Là, c'est une question de vie ou de combustion spontanée. Et j'aime cette nouvelle facette de lui, qu'il soit joueur, sans prise de tête.

Je le lorgne avidement, totalement nu alors qu'il me détaille en retour, en se léchant les lèvres. Miam. Ce type n'est pas « beau comme un Dieu ». C'est un Dieu... qui s'apprête à être chevauché. Par moi. Cette idée fait exploser des bulles de sensations à des endroits stratégiques de mon anatomie qui pulsent pour me presser.

Il me tend la main, m'aide à me positionner. Mon envie est un besoin viscéral, mais je me stoppe une seconde pour ressentir une dernière fois l'élan de la frustration avant de le tuer. Je me laisse glisser sur sa hampe qui me pénètre, en tremblant déjà de plaisir à sa divine intrusion. Je ne suis pas spécialement délicate, bien moins que lui les premières fois malgré son attitude de dominant, et je mentirais donc en disant que puisque je suis aussi trempée qu'un linge mouillé, c'est passé sans accroc aucun cette fois. La nature l'a bien doté, et je n'ai pas été patiente aujourd'hui. Mais la place qu'il prend maintenant dans mon ventre vaut bien un petit heurt, car la sensation est merveilleusement jouissive.


Très compatibles, me dis-je.

Je commence à bouger, en balançant des hanches par vagues. Lui aussi m'accompagne, donne des coups de reins en caressant mon postérieur, sans jamais me quitter du regard. C'est comme si nos yeux eux aussi, étaient en pleine étreinte. Je me sens détendue, sereine. En pleine reddition. En osmose avec moi-même, aveugle du danger.

Sa bouche repart à l'assaut de ma peau, sa respiration est tout aussi erratique et bruyante que la mienne. Une musique fantastique que, pour la première fois, que nous jouons ensemble, sans règle, librement. Nos gémissements mêlés sont une symphonie. Nos corps qui claquent en cadence eux sont la définition même de l'alchimie parfaite. On devrait s'enregistrer, pour la postérité...

Plusieurs minutes passent ainsi. La température monte, encore, le rythme s'accélère, mais pas suffisamment pour nous délivrer. Il semble y avoir un accord tacite entre nous, qui dit que ce moment doit s'étirer autant que possible. J'autorise mes lèvres à goûter sa peau, mes bras à le serrer, sa bouche à se poser presque où elle le veut. Mais je tiens bon, même la tête au cœur du volcan, je conserve ma ligne de conduite sur un accès que je lui refuse toujours. Il y a ce 1% de moi qui garde le nez hors du tsunami. Pourtant le raz-de-marée qui se prépare promet d'être nucléaire. Sans être brutale, notre danse est torride, ardente, vigoureuse mais sensuelle. Ses mains sont partout sur moi tout à coup, j'en perds la raison, me cambre, prononçant des sons de plaisir. Ses doigts baladeurs sont sur mon clitoris et sur mes reins à la fois, puis descendent. Ma main droite qui veut elle aussi s'amuser, passe entre nous, caresse et frotte le point de contact entre nos deux sexes trempés. Je vois l'explosion se dessiner, se rapprocher, et sens tout mon être vibrer.

- J'y suis presque, regarde-moi, souffle-t-il contre ma nuque.

Je ne m'étais pas aperçu qu'il m'avait reprise contre lui, perdue dans la cacophonie de mes sensations. J'obéis, appuyant ainsi sur le détonateur quand je vois le désir qu'il ne cache pas. Mes joues sont en feu, la vague de feu me saisit immédiatement, m'emporte vers le paradis à la chaleur aride, équatoriale. Au moment où je me laisse happer par la jouissance, il jure et atteint lui aussi le sommet de son plaisir en prononçant mon prénom telle une supplique :

- Lyanor...

Hors d’haleine, déconnectée de tout, je plonge dans une inconscience libératrice. La voilà vraiment, ma petite mort.

Et elle valait le coup.

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