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Elly.

Quelques heures plus tôt.


La tête très cotonneuse, mes jambes s'étirent d'aise d'elles-mêmes. Mes yeux refusent encore de s'ouvrir. Ou est-ce moi, qui veut me rendormir afin de retrouver les bras de la paix que m'a offert le sommeil cette nuit.

La prescription du Dr Simons a fait son œuvre : je me suis endormie plus allégée, calmée, et j'ai passé une nuit dans un nuage sans grisaille ni noirceur. Je n'ai pas eu à lire des heures jusqu'à ce que mes yeux ferment le rideau, de fatigue n'y tenant plus, comme chaque soir.

Mes idées se mettent en place avec une agréable lenteur me permettant de profiter encore de cet état de semi-conscience, entre deux mondes. Puis le brouillard se disperse totalement.

Mes sensations elles aussi sortent des bras de Morphée, en même temps que je me rappelle où je suis censée être, me rendant compte que je n'y suis certainement plus, car je suis bien allongée dans un lit et non pliée sur un large fauteuil. Ce que ce pronostic implique créé un long courant dans mon échine, qui migre vers mon bas-ventre sans autorisation, laissant sur son chemin un délicieux crépitement qui ne me déplaît pas. Je suis folle.

Le réveil n'a pas encore sonné, c'est une autre certitude. La suivante, c'est que c'est la température frôlant celle d'un sauna qui s'est chargée de me réveiller, traîtresse, l'unique fois depuis des semaines où tout se passait bien dans mes rêves.

Des semaines ?

Ce ricanement moralisateur au réveil, c'est l'enfer. Tout comme la chaleur qu'il fait sous ce drap. J'entends me servir de ma main droite pour faire pénétrer un peu d'air frais sans me découvrir totalement, mais mes doigts ne réagissent pas aux stimuli de mon cerveau. Si toutefois il en envoie.

Sur le dos, je saisis avant que mes yeux ne se soient totalement ouverts et accommodés à la semi-pénombre ce qu'il se passe ici. Dans ce lit. Avec ma main, emprisonnée. Et d'où provient par conséquent cette canicule inhabituelle qui irradie tel un chauffage à quelques centimètres de moi seulement.

Je cligne plusieurs fois des paupières, obligée de me servir de ma main libre pour me frotter les yeux, mais je n'ai aucun doute : pas d'enchantement possible pour tout faire disparaître d'un mouvement de nez comme dans Ma Sorcière Bien-aimée¹.

Mes doigts sont bien là, entrelacés dans ceux d'une large main virile à souhait. Et vu ma difficulté à les contrôler, leur position ne doit pas dater d'il y a cinq minutes. Ils sont rigides et engourdis, comme quand on serre trop longtemps un objet.

Bordel, je tiens la main de mon boss ! Je vois d'ici les flammes de l'enfer me faire un petit coucou. Elles dansent joyeuses dans une ronde de folie, en écho à celle de ma tête.

Tout va bien, Elly.

Non, ça ne va pas ! Comment est-ce que cela pourrait aller ? Nous sommes tous les deux là, dans le même lit, encore une fois. Dans mon lit. Il y a dormi, sûrement toute la nuit, après m'avoir portée de la bibliothèque jusqu'à ici.

Puisque tu n'as toujours pas le don de téléportation Elly, ricane ma conscience.

Je pense, je réfléchis, j'envisage, me fais la réflexion que c'est la deuxième nuit qu'il passe avec moi en quatre jours. Platoniquement, évidemment. Je tente même de convoquer les souvenirs de mon coucher, mais le constat est sans appel, accablant : je n'ai toujours pas retiré ma main de la sienne. Je sens la moiteur nous lier, comme une glue impossible à dissoudre. Du moins, je veux m'en convaincre. Ce serait bien plus simple que de m'avouer l'inavouable : mon corps, qui a sa propre vie, est en train de s'émanciper définitivement de ma tête, de moi. Et donc , de ma raison. S'il m'en reste, rien n'est moins sûr Elly.

Je veux que la sensation de sa peau contre la mienne ne me fasse rien. J'aimerais une répulsion par automatisme. Mais ce n'est pas le cas. Et au lieu de m'effrayer, aujourd'hui cette idée m'apaise tout en me donnant des frissons de plaisir qui se diffusent encore à la vitesse de la lumière via mon système nerveux. Folle.

Je suis bel et bien aux portes de la grotesque et tout aussi déraisonnable absurde folie: elles sont grandes, majestueuses, gravées d'ornements aussi précieux que l'or pur. Plus éblouissantes que des diamants en plein soleil. Plus désirable que la meilleure des crèmes glacées en été. Plus accueillantes même qu'un tapis rouge encore jamais foulé. Cet homme qui m'a traitée comme une moins que rien pour son bon plaisir m'attire malgré tout, indéniablement. Si je ne relève pas d'un cas psychiatrique d'école, je ne sais plus ce que je suis.

Une partie de mon être déclame haut et fort que je suis atteinte d'un mal parfaitement curable, dont le traitement est simple comme bonjour: dire au revoir à ce geôlier qui ne me retient pas vraiment contre mon gré, me loge dans une chambre avec tout le confort, deux fois plus grande que mon ancien studio, demande à sa gouvernante de prendre soin de moi... Oh seigneur ! C'est pire que ce que je pensais. Si je pensais...

Elle me conseille de fuir aussi vite que possible, sans me retourner, sans plus réfléchir. De m'éloigner pour me soigner. Ou pour ne pas me brûler. Or, je crois déjà sentir mon épiderme cloquer par endroit. Une vive abrasion qui serait peut-être capable de faire fondre un mur que je veux garder bien érigé autour de moi.

« Et si la vérité n'était pas celle que tu crois ? » se fait entendre la voix de ma meilleure amie, se liguant avec ma conscience, elle-même se rangeant sans discrétion du côté de mon corps depuis quelques jours. Ses mots sont doux, ne ricochent pas dans mon crâne avec brutalité, se muent à contrario en une ode à mes oreilles. Mais les sirènes elles aussi chantent des promesses de beauté charnelle sous les traits de naïades qui lorsque l'on s'approche de plus près se montrent sous leur véritable jour. Des monstres assoiffés capables de broyer le plus féroce des navigateurs-gladiateurs.

J'aimerais faire confiance à cette petite voix si familière qui semble avoir voulu pointer de son ongle manucuré une explication écrite à l'ancre invisible, entre les lignes grossières des dernières tirades bien étranges ou des actes ahurissants de cet Apollon-glaçon qui me perd dans le labyrinthe de ses changements d'humeur à mon égard. Celui-là même qui malgré la faible luminosité ressemble à un ange déchu mais pas dépourvu de la splendeur de ses traits. Je le regarde, ma main toujours prisonnière en perdition.

Il est un astre qui me paraissait si lointain, inatteignable quelle que soit la durée du voyage à effectuer pour le rejoindre en haut de sa tour dorée. Mais lui avait ce pouvoir, de me faire mal en un regard, un geste, un mot. Il avait tous les pouvoirs, même si je voulais lutter contre un adversaire-aimant : attirée et repoussée en même temps. Perdre oui, mais pas toute ma dignité. Pas encore. Pas sans m'être battue pour montrer qui je suis. Qui je croyais être. Qui je pensais avoir rencontré ici, enfin.

Je voudrais vraiment pouvoir me lancer les yeux fermés sur le chemin que veut me montrer Mélia. J'ai confiance en ma meilleure amie, elle est tout ce qu'il me reste de ma famille, loin d'être comme eux une nuisible à ma liberté, à ma propre vie qui ne doit appartenir qu'à moi et moi seule.

Amélia a toujours été de bons conseils. La plus déjantée de nous deux, la plus fêtarde aussi. La plus encline à faire un doigt d'honneur à toute forme d'autorité qui aurait enclavé qui elle est au fond d'elle-même ; Celle qui refusait toute attache, toute contrainte masculine, sentimentale ou familiale déplacée, prônant que l'arbitraire n'a pas sa place dans nos vies, que nous en sommes les seuls maîtres, puisque c'est nous qui la vivons. Nous, pas un ou une autre. Celle qui a écrit ses propres règles, édité ses propres codes, chassé ses rêves au galop pour les attraper en vivant la vie qu'elle avait toujours souhaitée. Avoir une famille encourageante a aidé, mais elle marche la tête haute sur un sentier qu'elle a dégagé à la force de sa volonté, voire de son entêtement. Moi, il m'a fallu vingt-quatre ans pour réaliser l'ampleur des chaînes que l'on m'avait mises. Mieux vaut tard que jamais, Elly...

Alors oui. Une partie de moi souffle fort que je devrais affronter ce qu'il y a sous mes yeux, littéralement. Que tout le monde peut changer, ou que « les choses ne sont pas toujours celles que l'on croit » . Que « la vérité n'est pas nécessairement l'évidence » , car je suis celle qui le mieux en est la preuve vivante. Mais c'est encore prendre le risque de tomber de -très- haut, d'être utilisée, trahie pour un jeu dont je ne connais ni les règles, ni le but. Et ça, je ne peux plus l'accepter.

Je ne veux plus être un papier sur lequel on gribouille puis, qu'un beau matin, on balance dans une poubelle. Je ne veux plus être un pion que l'on déplace sans lui demander son avis, dont on use jusqu'à l'inévitable chute. Car la vérité finit toujours par se dévoiler. La preuve : moi je connais celle dont j'aurais voulu finalement tout ignorer. Je ne regrette pas d'avoir vu. Je ne regrette pas d'être partie avant qu'il ne soit trop tard. Je regrette simplement ce que cela implique, la réalité de ce que j'étais durant vingt-quatre années. Si peu. Ou Tellement, à s'en servir sans mauvaise conscience, question de point de vue.

A la voix de Mélia se mêle maintenant celle de son prince charmant. Elles se liguent. Les paroles plusieurs fois prononcées d'Ethan rejaillissent de ma mémoire. Lui aussi, m'a dit que l'Iceberg n'est pas celui que je crois, que les apparences sont trompeuses. Ça, je ne peux pas le nier. Mais l'homme qui est agrippé à ma main et ne semble pas en être dérangé, il était bien plus qu'une simple apparence. Il était des mots acérés, des actes blessants, le tout pour m'humilier et me faire fuir le plus rapidement possible de son univers. J'ai joué contre le Diable, et le roi des Enfers a gagné, haut la main.

Au passé, Elly ...

Au passé, oui. Quelque chose a changé. Je reste convaincue qu'Ethan n'y est pas étranger. Je me répète que je ne dois pas voir que le noir, mais chercher le blanc, des nuances de gris, ou d'autres pigments. Car c'est ce que nous sommes tous, un nuancier d'émotions, de contradictions. C'est exactement ainsi que je me vois, en ce moment. Pleine de contradictions avec si peu de certitudes, l'incarnation de l'antagonisme. Tiraillée entre ma volonté de faire confiance, d'avancer, de tenter ce « peut-être », ce «et si ?» et le besoin vital de me protéger.

Accorder ma confiance, c'est prendre un risque que je pense encore trop grand, surtout quand il s'agit de cet énergumène plus attirant qu'un Dieu qui m'en a fait voir de ... toutes les couleurs.

Bon sang, j'en ai pour vingt ans de psychanalyse !

Et merde ... tel Icare malgré les avertissements de Dédale, je m'approche de l'astre luisant. Je n'ai plus aucun contrôle. Ou si ? Je vois la scène au ralenti. Je me retourne doucement sur mon flanc gauche. Ma main disponible s'approche du corps musculeux qui m'a tenu compagnie - et chauffée - cette nuit. Encore. Elle vole en slow motion, parcourt son buste sans le toucher mais aspire un peu de sa chaleur au passage, qui s'infiltre jusqu'à ma poitrine, et plus bas. Encore. Elle le frôle à peine, car elle se rappelle sans mal l'effet qu'à son toucher sur elle. D'ailleurs, sa jumelle est éprise, ne veut plus reprendre sa liberté.

Je ne veux y voir nul symbolisme, pourtant ...

Quand je réalise que mon corps bat antithétique à la lenteur de mes gestes et que le danger s'est incrusté en moi, il est trop tard : mes doigts sont déjà sur sa joue râpeuse qui en picore la pulpe puis remontent une longue seconde dans ses cheveux. Là, je me suis brulée, je le sais. Mais hors de question de hurler à l'en réveiller. Il se lèvera tout seul, comme un grand ...

Je souris toute seule une idée passant telle une étoile filante devant mes yeux. Peste que je suis ...

Je l'observe. Je nous regarde, si près l'un de l'autre, en toute quiétude. Je ne devrais pas être si calme, même si mon cœur tambourine avec fracas. Je devrais être en pleine tempête, comme d'habitude dans un moment pareil. Mais après tout, le traitement du Dr. Simons agit encore probablement. Non?

Je ne peux pas être attirée par un homme antipathique, sournois, arrogant, calculateur et froid. Pourtant je suis charmée par cet homme. Le lui d'avant, dangereux pour ma tête, mesquin, foudroyant, avait déjà en sa possession une formule magique qui agissait parfaitement sur moi, alors ... les facettes de lui qu'il met en lumière ces dernières semaines m'effraient car elles ont un pouvoir d'attraction que je veux annihiler, vite.

Il est le danger, je serai bientôt une biche prise dans les phares d'une voiture. Incapable de réagir quand il va encore me rentrer dedans, et me blesser. Et je sais que si je le laisse m'approcher plus, il y aura une culpabilité partagée quand je creuserai ma tombe de mes propres mains aussi abimées que le sera mon âme. Si je ne la creuse pas déjà. S'il n'est pas déjà trop tard.

C'est toi qui t'approches, là ... ricane la traitresse dans ma tête

En calculant chacun de mes mouvements, j'officialise la séparation de nos peaux, non sans un certain pic de douleur dont je ne veux écouter le chuchotement. Je roule sur le matelas, pose un pied au sol , puis l'autre, coupe la sonnerie du réveil. Sur le chemin du dressing, j'interromps ma marche qui se veut légère. J'inspire profondément, et, sous mes yeux gourmands qui se délectent une dernière fois du spectacle, vient se dessiner la balance qui penche vers le côté alourdi par les voix de mes amis. « Et si ? ».

Et s'il fallait ne pas reculer après les petit pas de fourmi que j'ai consenti hier vers lui ?

Et si lui aussi, tentait sans mot de te dire quelque chose, Elly ?

Mon cerveau se met à tourner à plein régime, et ressort comme pour me convaincre de ses archives bien rangées les paroles et les gestes d'un homme dont, peut-être, la couche de glace à fondu.

J'ai confiance en Mélia.

J'ai confiance en Ethan.

Neve elle aussi, semblait vouloir parler sans dire.

Mais celui qui par deux fois s'est incrusté dans mon lit, qui l'a quitté après m'avoir baisée alors qu'il y dort sans m'avoir touchée, puis-je lui faire confiance ?

Les sirènes sont magnifiques. On reconnait sans mal leurs chants. Mais le sort qu'elles nous réservent, lui, on ne le découvre toujours que lorsqu'il est trop tard ...

Qui es-tu, Liam Kavanagh ? Le plus sournois des démons, ou le plus cabossé des anges ?


***


- Ton job c'est d'assister Ethan, en effet. Et tu le fais très bien. Mieux que bien. La preuve, tu trouves des coquilles que nous n'avons pas vues. Et nous en sommes encore à l'étude de projet, ce n'est pas passé par beaucoup de paires d'yeux en plus, nous ne pensions pas que c'était nécessaire, tout semblait clair. Visiblement nous avions tort.

Il déclare cela si naturellement, sur un ton presque désolé, que je n'en crois pas mes oreilles. Im.po.ssi.ble. Je regarde autour de moi, sentant l'air de la pièce accrocher mes yeux tant ils sont grand ouverts. Il vient de se passer quoi, là ? Tout de suite, mais aussi depuis qu'il est entré dans cette pièce.

- Ok, c'est une caméra cachée ?

Il ne répond pas. À la place, je le vois retirer sa veste qu'il balance presque sur la table, relever ses manches en avançant vers moi qui ne bouge plus. Je sens d'ici l'option <<Toy-boy>> s'activer chez cet homme qui il y a quelques heures encore, était allongé, endormi torse nu dans mon lit. Mais la suite qu'il débite dans un calme olympien, ses yeux bien ancrés dans les miens à me perdre dans son océan paisible aujourd'hui, tout en approchant encore, jamais je ne l'aurais pariée :

- Je te présente mes excuses, Lyanor. Pour les mots prononcés injustement sur tes capacités professionnelles depuis que tu travailles avec Ethan. Avec nous. Ton âge n'est pas un problème. Mes paroles étaient blessantes, rabaissantes, tyranniques, totalement imméritées. Mon attitude envers toi était illégitime, en somme. J'ai tiré des conclusions hâtives parce que comme tu l'as si justement conclu, je suis un connard. J'étais un connard Lyanor, mais il paraît qu'il n'y a que les cons qui ne changent pas. Je ne veux pas mourir con.

Alors ça ... Heureusement qu'il n’a jamais eu d'accident, pensé-je. Il se passe quoi, là ?

- Vous êtes malade ? je lui demande après l'avoir balayé du regard, scanné au rayon X imaginaire pour détecter une faille dans le système du Robocop qui me parait devenir tel Pinocchio, un véritable être humain.

Comme il l'a lui-même dit ce matin. Devant une assemblée médusée d'assister à ses excuses ... À cause de son retard ... parce que je ne l'ai pas réveillé ... Okayyy ! C'est encore un de ses petits jeux pour se venger ? Non, ses billes bleues reflètent tout autre chose qu'une fourberie. Ses yeux n'ont jamais menti, ils sont le portail vers ses pensées, ses humeurs, toujours.

Mue d'un instinct qui m'étonne, ma main s'envole vers son visage, mais il la stoppe en encerclant mon poignet avec une douceur qui me bouleverse bien trop à mon goût. Pourtant, je ne peux pas dire qu'il se soit jamais montré violent. Rude, dans ce couloir à Los Angeles, dominateur lorsqu'il me fessait en représailles de mes provocations, mais jamais brutal, pas dans ses gestes du moins. Ils ont toujours été en contrastes flagrants avec ses mots.

Mon regard se fixe à nos peaux qui se retrouvent de nouveau en contact. Un attouchement qui a réveillé toutes mes cellules, débuté l'embrasement de mon épiderme qui s'échauffe. Tout mon épiderme, même le plus intime. Surtout le plus intime, où je sens pulser mon pouls. Je me rends compte que ma crise d'anxiété s'est soudain tue, mais suis incapable de me soustraire à sa prise, ni d'écarter mes yeux de nos membres. Je revois nos mains liées l'une à l'autre sous le drap en satin mauve. Le contraste de nos deux carnations même dans l'obscurité : la sienne plus hâlée que la mienne, plus pâle. Je ressens encore les picotements de mes doigts quand j'ai récupéré mon bien de force.

Égarée dans mon souvenir vivace, j'en sors quand le passé devient présent. Ma main se retrouve tout à coup sur une joue légèrement ombragée par une fine barbe, un petit peu plus courte que ce matin, donc plus épineuse, puis, dans une pilosité bien plus agréable et soyeuse : ses cheveux, au niveau de ses tempes. Je suis un pantin dont il tire les ficelles. Mes yeux ont suivi le mouvement, captivés plus par la tendresse qu'il me montre qu'autre chose. Et quand les siens happent les miens, je sais qu'il va me falloir toutes mes facultés mentales pour mener ce combat.

Ou le laisser gagner, quitte à me perdre moi-même.

Je ne sais plus.

Je vois d'ici les portes de la folie s'ouvrir en grand.


~~~


Liam


- Respire, je lui murmure à l'oreille, sa main toujours dans la mienne que je tiens entre nous.

J'entends qu'elle inspire, expire. Obéit. Sans un mot. Sa poitrine se soulève avec plus de rapidité. Je la devine tendue, ses pointes se révélant sous le tissu fin de son chemisier blanc sans manche qui dévoile la ligne de ses épaules nues. Je ne sais pas si elle avait dans l'idée de me torturer ce matin, mais c'est chose faite. J'avais une érection d'enfer tout le long de la réunion. Puis dans le bureau d'Ethan quand nous avons débriefer rapidement avant que les deux assistants ne prennent leurs pauses déjeuners ... qu'ils n'ont en fait pas mises à profit pour se restaurer, puisqu'ils étaient ici !

- Tu as encore sauté un repas ?

- Comment vous ...

J'ai raison, donc. Je soupire, exaspéré. Ouais, je m'étais bien planté. Elle n'arrête jamais de bosser. Je suis certain que même à la maison, enfermée dans sa chambre, elle ne décroche pas. Je pourrais poser la question à Ethan ...

- On réglera ce problème en sortant d'ici.

Mon ton ne laisse place à aucune possibilité de négociation. Étonnamment, elle n'essaie même pas. Elle doit avoir faim, mais je décrypte dans ses iris et à sa chair couverte de frissons qu'un autre appétit l'a prise en otage. Ça tombe bien, je me sens brusquement frappé par une crise de boulimie dont elle est le plat que je convoite le plus pour me calmer. Si c'est possible. Et rien n'est moins sûr...

Elle m'a rendu dingue. Ou sain. Allez savoir.

Lyanor creuse mon désir d'elle plus qu'elle ne le comble pour l'instant, mais j'ai espoir de réussir à trouver le juste équilibre, bientôt. Je n'ai qu'une envie quand je pense à elle: me fondre en elle pour tout oublier. Tout sauf elle. Car il s'agit d'elle, aussi, de ce que je veux lui montrer. J'ai besoin que nos regards prennent la même direction pour lui ouvrir les yeux.

Je ne me peux plus me cacher que mon obsession malsaine a mûri en obsession tout court. J'ai posé les mots sur mes maux, reste à les faire entendre.

Je suis conscient que le moment que nous partageons ici est encore rare. Je ne peux pas le laisser filer, perdre cette occasion. J'avais déjà décidé de comment j'allais entamer ma marche vers elle. Les Hampton, c'étaient un pas impulsé par Ethan, mais elle ne l'a pas interprété comme une tentative de conciliation. Tout comme les nombreuses fois où j'ai essayé de la faire descendre dîner avec moi à la maison en passant par Tatiana.

Cette nuit, c'était un acte manqué : j'avais prévu de ne rester qu'une minute auprès d'elle, le temps pour moi de m'imprégner un peu de sa chaleur et de la regarder aussi, mais mon subconscient avait lui un autre dessein, alors je me suis endormi, contre elle... Et je suis certain que mon besoin de me coucher un bref instant auprès de Lyanor révélait déjà bien plus pour le plan de mon esprit.

Je me souviens maintenant avoir perçu qu'elle me touchait. Ça n'a pas duré, je pensais même avoir rêvé. Je me rappelle également de nos mains. J'ai dû ouvrir les yeux, une seconde cette nuit, avant de replonger dans le sommeil. Serein, sans la lâcher.

Toujours silencieuse, elle scrute encore nos mains. J'ordonne à la mienne d'aller effleurer son buste que je peux voir par le dernier bouton de sa blouse ouvert. Sa canine agrippe sa lèvre inférieure. Je me retiens difficilement de m'en emparer à mon tour. Je remonte sur sa nuque, sa respiration se bloque, encore, ses yeux ne me quittent plus. Leur vert m'emprisonne. J'avance mon visage, mon pouce à présent au bord de sa bouche, mais, comme je m'y étais préparé espérant néanmoins me tromper, elle interrompt mon doucereux élan:

- Non.

- Pourquoi ? je murmure sur son index qui s'interpose entre nos muqueuses.

Ses sourcils se froncent à ma question qui la surprend. Ou alors est-ce mon envie de ses lèvres, qui la rend si ahurie. Elle ne saisit pas la portée de mon initiative. Ou si, au contraire :

- C'est trop intime, répond-elle en mettant une distance entre nous, insistant d'une négation de tête, analysant aussi la déception qu'elle doit percevoir en moi.

Prévisible Liam...

Ok. J'avais donc raison... L'entendre me le confirmer me fait l'effet d'un bon coup de poing dans le plexus. C'était attendu, mais ne rend pas la chose moins douloureuse. Pourtant je ne m'avoue pas vaincu et refuse de laisser un froid s'immiscer dans l'atmosphère chargée de désir pur. Alors en lui laissant la possibilité d'appréhender mes intentions, mes gestes, je mange le mètre inutile qui nous sépare, pose mes paumes sur ses hanches avant de la retourner pour qu'elle soit face au mur sur lequel elle s'appuie d'elle-même.

La dominant de ma hauteur, le nez dans ses cheveux, j'inspire une grande goulée d'air pour me galvaniser encore plus. Nos bassins ainsi soudés, si elle avait encore des doutes sur l'effet qu'elle a sur moi, ils viennent de se désagréger. Je me colle autant que possible à la naissance de ses fesses. Je veux qu'elle me sente sur elle, qu'elle veuille plus. Qu'elle n'ait pas seulement envie de moi, mais qu'elle soit assaillie du même violent besoin que nos corps ne fassent qu'un. Si mon envie d'elle est souffreteux, mon besoin d'elle, lui, est aussi galvanisant que foudroyant.

Je respire la respire une dernière fois, lui rappelant de ne pas s'asphixier, puis entame un périple qui me fait durcir encore plus. Je décale sa chevelure, dépose une nuée de baisers sur sa nuque libre. Mes mains partent libérer sa poitrine en déboutonnant son chemiser, elle me donne l'accès nécessaire pour le faire. Son soutien-gorge termine lui aussi au sol au moment où elle est soudain prise d'une crise de pudeur, voire de remords. Sans se retourner mais les bras croisés sur ses seins, elle énonce à mi-voix.

- La caméra.

- Éteinte, je la rassure en retirant ses avant-bras pour m'emparer de ses monts ronds que je soupèse avec plaisir, lâchant un petit grognement qui m'échappe. Et pour que les choses soient claires, Lyanor, je n'étais pas sûr de ce qu'il se passerait entre nous, mais certain que nous aurions besoin, même pour nous disputer, d'intimité.

- Mais on ne peut pas, pas ici, rétorque-t-elle dans un murmure.

Je retiens avec soulagement que ce n'est pas un <<non>>. C'est le lieu, et cette constatation me fait me sentir comme un roi. Elle ne me dit pas <<non>>.

- Si je dois virer toutes les personnes de cette tour dis-le moi. Mais je te jure que personne ne m'empêchera de passer ce moment avec toi. Il n'y a que toi qui aies ce pouvoir. Alors oublie le reste comme moi je le fais. Ici, il n'y a que toi et moi, Lyanor. Et pitié, j'ajoute sentant la possibilité de répartie poindre à ce sujet, je ne suis plus ton patron quand nous sommes intimes, parce que nous le sommes.

- Non...

- Oh si. Tu vois, dis-je en soulevant sa jupe jusqu'au haut de ses cuisses qui révèlent des bas chair et ses porte-jarretelles gris clair à me faire exploser dans mon boxer, quand je te touche ici, c'est intime.

- Non.

Si. Et mieux vaut qu'autre autre n'essaie de poser ses mains sur elle.

Jaloux, raille ma conscience.

Je m'agenouille derrière elle, laisse ma main droite dévaler le long de sa colonne vertébrale. Lyanor soupire et geint en même temps. Et ce n'est que le début... Je dézippe sa jupe, la lui retire. Caresse ses jambes de ses chevilles à l'intérieur de ses cuisses que je palpe, admirant au passage le galbe parfait que leur confèrent ses talons hauts. Cette femme est belle à s'en damner et elle ne s'en rend pas compte. Sa lingerie est un putain d'appel au crime luxurieux passé au porte-voix. Si je ne me calme pas, je ne vais pas tenir... Et je compte aller au bout de mon idée...

Alors, sans avertissement, ma bouche s'abat sur ses fesses au goût de fleur d'oranger. Je les mordille doucement, fais trainer ma langue partout où n'est pas le tissu de son tanga me saisissant de son bassin pour qu'elle ne bouge pas, puis d'une impulsion la fais se pencher pour avoir un meilleur accès à sa féminité qui mouille déjà. Je vais cramer!

C'est déjà fait, vieux.

Je décale son sous-vêtement alors que je rêve de le lui arracher, puis honore cette partie d'elle pour illustrer que si, nous sommes <<intimes>>. Très intimes. C'est la première fois que ma bouche part en expédition là, et je le regrette amèrement. J'aurais dû la combler bien plus, dès notre première fois.

- Attendez c'est trop ...

- Intime, je la coupe avant de reprendre de plus belle, pour embrasser ses lèvres, sa vulve et tout ce que je peux atteindre d'ici.

Mes doigts impatients viennent en renfort, étalent sa cyprine de son clitoris jusqu'à la raie de ses fesses. Lyanor a un hoquet de surprise, peut-être pas habituée à être titillée à cet endroit, mais ne me demande pas de stopper. Ses gémissements sont moins espacés, sa respiration saccadée. Je veux plus. Mon membre est à l'agonie tant la pression est insupportable, et il me faut une meilleure vue ...

Je me relève. Elle grogne d'insatisfaction ce qui me fait rire. C'est qu'elle est exigeante, ma dragonne...

- Allonge-toi sur la table, je lui demande après l'avoir embrassée plusieurs fois dans le cou pour me faire pardonner.

Une zone très érogène chez elle.

- Je ne...

Je la retourne d'autorité, la soulève sans qu'elle ne conteste, en profite pour m'occuper comme il se doit de sa poitrine tentatrice à la hauteur parfaite. Elle se cambre tout en passant ses mains dans mes cheveux qu'elle tire. J'adore la sensation grisante, et encore plus la voir lâcher prise. Moins la frustration de mon membre engoncé qui manque cruellement de place.

- N'arrêtez pas...

À tes ordres.

Je la dépose à même la paperasse, ne cesse pas mes attention sur ses tétons, à tour de rôle. Pendant de ma langue tournoie autour d'un, mon index et mon pouce viennent agacer son jumeau. N'en pouvant plus et ayant besoin d'au moins une de mes mains, je me sépare d'elle qui me fusille du regard. Embrasée, l'objet de ma folie.

Je me déshabille totalement sous son regard étonné mais approbateur, tandis qu'elle se désinhibe un peu plus en écartant les jambes pour me faire vriller. Constater de nouveau qu'elle est loin d'être insensible à mon physique me fait un effet plus électrisant qu'une centrale.

- Le spectacle te plaît ?

- Il me plaira encore plus si vous devenez cosmonaute pour me faire toucher les étoiles... souffle-t-elle en laissant sa main aller se balader sur son sexe.

- Lyanor tu peux arrêter avec le vouvoiement ?

Mais au lieu d'abdiquer, elle bataille, mutine et sexy à la fois , un régal pour mes yeux qui me porte très près du précipice de la jouissance rien qu'avec cette vision :

- Quoi Mister Dominant ? Le vouvoiement ne vous excite pas ? Pourtant vous êtes plus dressé que la Tour Eff...

C'est foutu. Je perds le contrôle. Ma bouche se rue sur son clitoris pour lui rouler la pelle de sa vie, alors que mes doigts la pénètrent puis la fouillent à la recherche de son point sensible. Elle halète de plaisir au bout de dix secondes à peine, prise de petits spasmes qui me font trembler moi aussi.

Je savais que j'allais aimer, mais je viens de découvrir le goût d'une friandise dont jamais je ne pourrai être rassasié.

Foutu, Liam.

J'ai eu ces lèvres-là, mais je crève de désir pour les autres. Je ne sais ni quand ni comment, mais j'arriverai en haut de son échelle d'intimité. Je l'aurai toute entière.

Je ne lui lâcherai plus la main.

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Line P_auteure
Quand Rose, jeune femme intrépide et un brin grande gueule fait ses valises un beau matin pour partir s'installer à l'autre bout du monde sans se retourner, elle sait ce qu'elle quitte, mais ne se doute pas un seul instant de ce qu'elle va trouver, là-bas. Pourtant, elle n'a pas choisi sa destination par hasard, mais rien ne l'avait préparé à un tel choc. Littéralement. Un camaïeu de couleurs, de gens, de cultures, perdu entre terre et montagnes, passé et présent, qui renferme bien plus de secrets que de réponses qu'elle n'était venue en chercher ; et pas que ...

Alors qu'elle pensait pouvoir se faire discrète, Rose s'aperçoit avant même son arrivée que ses prévisions étaient trop téméraires quand on a l'ambition de mettre les pieds dans une ville où même les roues ont des yeux et des oreilles. Une voiture capricieuse qui la lâche au mauvais moment et c'est la première secousse de son séjour pas réellement entamé, qui détruit définitivement son doux espoir d'anonymat. Une collision "titanesque" dont les tremblements ne sont pas que ceux de la tôle froissée.

A la tête des Dark Evil Lions, les bikers protecteurs de la cité, le ténébreux Titàn est l'incarnation même de l'attirante menace. Celle qu'on sait être agressive et prête à tout pour gagner, mais que l'on ne peut s'empêcher de vouloir toucher car irrésistible, et dont l'apparence n'est qu'une partie de la véritable valeur.

Accaparés par deux quêtes différentes, ils s'affrontent, se repoussent, se désirent, se haïssent, jusqu'à ce que la faucheuse elle-même ne sorte de l'ombre pour pointer de son outil aiguisé une question que nul ne se serait jamais posé: Qui est réellement pour eux, le plus grand spectre du danger ?

Doit-on vivre par amour, ou mourir pour lui?

Contient des scènes à caractère sexuel explicit
Public averti
Copie interdite, y compris utilisation des personnages dans d'autres œuvres

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Histoire protégée

Plagiat interdit selon Article L335-2, Modifié par LOI n°2016-731 du 3 juin 2016 - art. 44.
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Aventador
"Qu'est-ce qui t'as tuée, Solenn?" Telle est la question qui hante depuis sept ans Zack, le dernier compagnon de Solenn Avryle, ex-icône du septième art hexagonal. Une disparition violente à laquelle Paul Werner, premier mari de l'actrice et figure de proue de l'extrême-droite nationaliste, n'est peut-être pas étranger...

Un portrait de femme empreint de poésie, la peinture toute en nuance d'une personnalité complexe à travers le regard amoureux de celui qui l'a le plus aimée.

NB : Ce roman est une fiction. Je ne fais partie d'aucun parti politique et mon récit n'a pas vocation à être un instrument de propagande. Ceci pour éviter toute interprétation déviante...

ISBN : 978-2-9573032-1-2
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Brune*
À Elles...
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