Petit pas

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Liam


Mon dernier morceau de Pecan-Pie englouti, je dépose assiettes et couverts dans le lave-vaisselle avant de l'enclencher pour son cycle. Le reste de la tarte fièrement déposée sur le plat à gâteau me fait encore de l'œil depuis l'îlot. Son odeur est un chant de sirènes pour m'envoûter, mais la gourmandise m'a déjà fait craquer deux fois. Alors je choisis la fuite. C'est mieux pour elle et moi. Ma ligne sera sauve, pour ce soir du moins, et la pâtisserie aura un peu de répit ... jusqu'à demain matin.

En temps normal, je serais déjà en train de gravir trois à trois les marches de l'escalier pour filer jusqu'à mon dressing où j'enfilerais une tenue de sport. Je serais allé courir pour profiter de l'agréable fraîcheur du début de soirée le long du fleuve, car il n'est pas plus de 21h. Mais ce soir, mon manque de sommeil de ces derniers jours a eu raison de ma volonté. Je ne tiendrais certainement pas 1 km.

Résigné, je décide d'une autre activité pour passer le temps. J'espère secrètement que ça m'évitera de trop penser...L'aliénation est proche. Mes muscles n'auront ni adrénaline ni endorphines avant que je ne prie dans mon lit pour réussir à dormir au moins cinq heures, mais les détendre dans la chaleur de l'eau frémissante du jacuzzi devrait les satisfaire. Et moi avec. Quant à ma concentration sur un autre sujet que celui de la jeune femme qui vit recluse dans sa chambre telle une prisonnière dans un donjon, elle passera par la lecture. Une fois de plus.

- C'est pas le courage qui t'étouffe.

Non, c'est même plutôt de contraire qui te bouffe.

- Pardon ? Vous m'avez parlé ?

Non. Mais je ne me rends compte que je ne me fais plus simplement la conversation dans ma tête. Et ça me rappelle que Lyanor s'était foutu de moi en me disant que je n'aurais jamais assez de fric ni de vies pour faire soigner ma folie. Dont elle est la cause première depuis des mois.

- Bonsoir Tatiana. Vous m'avez pris en flagrant délit, je me retourne rieur les mains en l'air. Je parlais tout seul ! Je n'ai aucun ami imaginaire !

Juste une coloc fantôme.

Tatiana Andrews, ma gouvernante que je pensais déjà rentrée chez-elle, sourit, tente même de ne pas exploser se rire mais échoue, les joues cependant rosies de me trouver torse-nu dans ma cuisine. Son regard fuit mon corps, et c'est moi qui ne peux contenir mon amusement. Elle est toujours gênée lorsqu'elle tombe sur moi si peu vêtu alors qu'elle s'occupe de ma lessive et donc, a fortiori, de mes sous-vêtements. Et puis son mari est tout de même deux fois plus large que moi en carrure. Un maori qui ferait peur à King-Kong lui-même. Mais un homme d'une grande bonté, tout comme Tatiana qui est à mon service depuis des années. Cette femme est une perle, d'une efficacité aussi redoutable que sa discrétion.

- Il faut qu'elle vous voie rire, Liam. C'est cet homme-là qu'elle doit rencontrer.

- Quoi ?

Trêve de plaisanterie, Liam. Reprends-toi !

Ce que je fais avec rapidité.
Je dois vraiment avoir l'air d'un gros con blasé. Tatiana se méprend sur mon changement de faciès, recule d'un pas la mine désolée.

- Excusez-moi, ce ne sont pas mes ...

- Si ! je l'interromps tout en contournant l'îlot central qui est aussi grand que mon lit. Enfin je veux dire, ne vous excusez pas. Quoi que... Peut-être d'avoir voulu me faire prendre 3 kg en un seul repas? réflexionné-je taquin pour la faire sourire de nouveau.

Et cela fonctionne. Mais sa repartie, je ne l'avais pas vu venir.

- D'après ce que je vois, c'est une fausse plainte. Il ne reste plus rien du magret et la tarte a été amputée, dit-elle en pointant le dessert aux noix du doigt. Mais je ne suis pas la responsable, ce n'est pas moi qui ai préparé votre dîner Liam. C'est Elly, m'informe-t-elle. Et oui, je maintiens, je ne sais pas exactement de quoi est faite votre relation qui semble conflictuelle, mais ce qui est évident en tout cas c'est qu'elle ne vous connaît pas. Ou que vous ne lui avez pas montré votre bonne facette, n'est-ce pas ? m'interroge-t-elle perceptiblement compatissante.

Ça, c'est un gigantesque euphémisme ! Et une bonne douche froide que de se l'entendre dire par une personne qui ne nous a jamais vu interagir elle et moi. Pas une seule putain de fois depuis qu'elle vit ici ! Cette fille est pire qu'une espionne de film d'action. Je ne sais pas comment elle fait, mais je ne la croise jamais. Elle m'évite comme si j'avais la peste, le choléra et toutes les hépatites connues.

Sauf pour jouer à l'amazone, souffle la voix de ma libido.

- Lyanor a cuisiné ?

À mon intonation étranglée, j'imagine parfaitement la tête que je dois tirer. Mes yeux sont plus ronds et écarquillés que ceux d'un poisson sur l'étal d'un pêcheur. L'idée qu'elle ait potentiellement essayé de m'empoisonner me traverse furtivement l'esprit.

- Pas d'arsenic dans la sauce miel et thym du magret, ne vous inquiétez pas ! rit-elle.

- La tarte aussi c'est elle ?

- Oui. Elle en a même fait une pour moi. Ari me harcèle de messages pour savoir quand je reviens avec son dessert, d'ailleurs.

Un silence s'installe, paisible. Ma sage gouvernante m'observe, songeuse. Je vois qu'elle réfléchit ou cherche à lire quelque chose en moi. Pas des questions, il y en a tellement. Un labyrinthe fou d'imbroglios qui mènent pourtant, j'en suis intimement convaincu, à un seul et même endroit. Elle est en quête d'une réponse, je sais laquelle. Elle lève ses grands yeux noirs d'obsidienne au plafond avant que son regard amical ne revienne se poser sur moi:

- Elle tenait à faire quelque chose pour vous remercier de la laisser vivre ici, m'explique-t-elle. Il semblerait que pour l'instant, les mots ne soient pas le fort de votre communication.

Elle a raison. Et ses quelques paroles sont pourtant plus tranchantes qu'elle ne le pense. Amère constatation : nous ne sommes pas capables de nous parler. Elle aurait simplement pu m'attendre ce soir. M'envoyer un mail, un texto. Mais les mots sont de trop, selon elle. Elle me l'a déjà dit samedi soir << Nous n'avons rien à nous dire>>. Alors elle cherche d'autres moyens, qui ne nécessitent pas que nous soyons dans la même pièce pour me faire passer un message. Qui n'utilisent pas de verbe, pas de mot. Mais par chance, la suite vient éclairer des néons en moi. Prodiguant à mon cerveau le grain de lucidité qui lui manquait pour savoir avec exactitude comment s'y prendre avec Lyanor :

- Vous savez, les gestes, les actes, sont parfois plus criants que les belles paroles.

Mais peuvent marquer tout autant. Son ex lui a fait mal. Très mal. Peur. Elle y pense encore. Et moi aussi, d'ailleurs. À ce qui ce serait passé si son voisin n'était pas intervenu. Ethan m'a tout conté, et nous sommes d'accord : ce salaud ne l'emportera pas au paradis. Son temps viendra. Mais chaque chose en son temps.

- Elle refuse de m'écouter, de toute façon, je lâche sans plus brider mes pensées.

Peut-être aussi est-ce une protection contre moi, me dis-je soudain. Je l'ai tellement <<rabaissée, humiliée>> comme elle le dit, qu'elle ne veut plus m'entendre -pour le moment. Putain! Oui! C'est ça!

- Et quelque chose me dit qu'elle doit avoir ses raisons, prend-elle la défense de Lyanor les sourcils relevés de circonspection. Quoi qu'il en soit ... il ne vous reste qu'à agir. A.gi.ssez! Regardez-la pour qu'elle vous voie. Si elle n'est pas prête ni à parler ni à entendre, montrez-lui. Car croyez-moi, ce soir, elle a fait son premier pas en avant vers vous, me dit-elle en me remontrant du menton le plat à gâteau en cristal qui trône derrière moi. Ce n'est certes pas grand-chose, mais c'est probablement l'amorce d'une bataille qu'elle essaie de mettre en pause. À vous de ranger les armes pour signer un armistice tacite, Liam.

En pleine réflexion pour assimiler ce qu'elle vient de dire, je ne réponds rien, consens silencieusement par un hochement de tête, les yeux plissés, les mâchoires trop serrées jusqu'à ce que le soulagement qui s'est infiltré en moi il y a une minute ait totalement fait son effet sur chaque muscle qui me compose. Contenance retrouvée, je remarque que Tatiana a déjà quitté la pièce. Je la rejoins dans le hall principal, sa petite parka pourpre et son sac à main dans le creux du coude. Elle approche doucement de la cinquantaine, mais c'est toujours une très belle femme, dont la gentillesse est lisible sur chacune des cellules de son visage. La main sur le bouton d'appel de l'ascenseur, elle se tourne finalement vers moi, paraît hésitante, soupire en tournant ses fines lèvres dans tous les sens. Puis déclare avant de prendre congé :

- Elle s'est endormie dans la bibliothèque. Je n'ai pas osé la réveiller ...

Et elle ajoute, embarrassée, appuyant sur le bouton <<stop>> de mon cœur :

- Il faut qu'elle mange. Le Dr Simons le lui a pourtant dit tout à l'heure, mais elle n'avale rien d'autre que des jus de fruits.

Les battements ne reprennent qu'une fois les portes de l'ascenseur closes, à une allure désorganisée, proche du chaos. C'est quoi cette histoire ?

Je pars récupérer mon téléphone, de nouvelles questions se bousculent au sommet de mon crâne. Je lance un appel, me foutant de l'heure qu'il est. Une seule sonnerie avant d'entendre une voix soupirer pour m'accueillir:

- Je le savais. J'avais dit à Ethan que tu allais l'apprendre. Madame Andrews ? s'enquiert-elle.

- Oui. Amélia pourquoi le Dr Simons est-il venu ? Lyanor est malade ?

Elle ne se formalise pas de mon ton pressant. Je me plais même à croire que ça l'amuse et la rassure.

- Elly n'est pas malade, me répond-elle alors que j'entends Ethan lui demander de mettre la conversation sur Haut-parleur. Elle ... est ... fatiguée.

J'entends les vibrations d'hésitation même à travers le téléphone. Elles se répercutent en moi avec intensité. <<Fatigue>> est le camouflage de plus. D'autre chose, je le sens, car l'alarme retentit en moi. Mon instinct est lui aussi revenu du bon côté du miroir, il ne sert plus le masque mais moi. Et elle. Comme pour hurler qu'il y a plus que ma petite personne à protéger dorénavant, et pour les bonnes raisons.

- Dis-lui ma chérie, il ne lâchera pas le morceau, et je le lui dirai de toutes manières si tu ne le fais pas. Si elle reste encore chez lui, il faut qu'il sache.

<<Si elle reste encore chez lui>>.

- Amélia ?

- Tu l'as bien vu dimanche. Elle a fait une crise d'angoisse. Ça a recommencé en fin de journée, après les visites d'appartements. Ethan a fait venir votre médecin pour qu'il lui prescrive de quoi apaiser ses nerfs. Mais un truc léger, précise-t-elle.

- Pourquoi ?

- On a tous des petits coups de stress, Liam. Elly n'est pas différente des autres femmes parce qu'elle est semblerait-il la seule qui te tienne tête en dehors de ta famille.

Au contraire. Elle est différente des autres justement parce qu'elle est combative face à moi. Toujours. Même quand je veux la paix et qu'elle croit que je joue.

Puis elle ajoute, plus véhémente cette fois :

- Elle est humaine, ça aussi, tu l'as vu quand tu l'as bien poussée à bout. Ce n’était vraiment pas le moment ! Maintenant elle est dans un cercle vicieux, et en colère contre elle-même d'être aussi sensible alors qu'elle tente de se blinder. T'as vraiment été un gros connard !

OK... Cette conversation avec mes dix-neuf vérités toutes à classer dans la colonne <<Liam est un sale connard arrogant et destructeur>> , nous l'avons déjà eue tous les deux. Trois, avec Ethan. J'avais déjà fait l'intégralité de mon introspection tout seul, mais je ne peux décemment blâmer la copine de mon meilleur ami d'avoir eu besoin de me sonner les cloches. Au moins, elle a épargné mes couilles, et ce n'était pas gagné d'avance. C'est que c'est une louve d'anthologie, cette nana. Parfaite pour Ethan, en réalité. Elle, je sais que je peux lui faire confiance. Amélia ne le fera pas souffrir. Pas intentionnellement. C'est évident qu'elle tient à lui pour les bonnes raisons, et il mérite sa tranche de bonheur après une traversée du désert et des aventures avortées avant même d'avoir débuté avec ses assistantes.

Heureusement que Lyanor a dit <<Non>> à la belle gueule d'ange de mon frère. Elles craquent toutes, normalement. Il avait même eu des filles maquées.

Le destin, peut-être, murmure ma conscience.

- Mélia. Calme-toi. Liam n'est pas responsable de son anxiété... Si ? Tu ne veux toujours rien m'expliquer ?

Si ?

- Pas directement cette fois.

Sous-entendu : indirectement, oui. Génial.

- Alors qui ? je l'interroge.

- Elle n'a pas tort quand elle vous décrit tous les deux comme des <<inquisiteurs à tendances sur-dominants>>, cite-t-elle en gloussant. Mais elle se trompe à penser que seul Ethan s'inquiète avec sincérité de son sort, hein Liam?

Là, elle est plus grave dans sa question. Bien tenté Miss.

Elle a déjà eu une embauche de réponse, en plus. Et ce n'est pas le moment. Pas le sujet du débat. Cela dit, je ne peux qu'admettre de nouveau que mon frère m'a dressé un portrait fidèle au personnage d'Amélia: curieuse, obstinée, entêtée, protectrice, franche sans langue de bois...Pas étonnant qu'elle soit l'amie de Lyanor et s'entende cul et chemise avec Neve. C'est que nous sommes maintenant envahis par des dragonnes... en sous-effectif.

Plus qu'à dompter la mienne.

- Mélia ? je lui grogne.

- C'est étrange quand même, déclare-t-elle alors que je vois d'ici sa moue en pleine réflexion, tu es capable de m'appeler par mon surnom, mais ça t'écorche de prononcer <<Elly>> ? À moins que ...

Journaliste Liam. N'oublie pas...

- Tu as terminé Miss-FBI ? je la coupe.

- C'est un tout, Liam. C'est apparemment plus difficile que ce qu'elle ne l'avait pensé de se détacher définitivement de ce qu'elle a laissé à Seattle. On n'efface pas vingt-quatre ans en deux minutes, voilà tout.

- Qu'est-ce que tu ne nous dis pas ma chérie ?

Ethan, relié à moi par télépathie, m'ôte les mots de la bouche, comme souvent.

- Ne me demande pas de dévoiler son histoire à sa place, je le ne ferai pas. Plus que n'importe qui aujourd'hui, Elly a le droit de choisir ce qu'elle dit et ce qu'elle veut faire de sa vie. C'est pour cette raison qu'elle a tout plaqué, les gars, nous explique-t-elle avec une familiarité qui ne me choque pas venant d'une femme que je connais pourtant depuis peu alors qu'avant, ça m'aurait probablement fait sortir de mes gonds. Le truc, c'est que trop de choses lui sont tombées sur la poire d'un coup. Nouveau départ, seule dans une ville dans laquelle elle se sent toujours une expatriée. Des péripéties qui l'ont blessée puis endurcie bien plus qu'elle n'en avait besoin. Et ... pas que moralement, souffle-t-elle amère. Surtout, je pense que sans vraiment s'en rendre compte, pour se protéger et ne pas se faire avoir deux fois, elle est devenue très rancunière. Ce qu'elle n'était pas avant. Ce n'est pas ce qui la définissait.

- Là elle parle de toi Ducon-PDG, m'assène Ethan.

Non tu crois Einstein ?

- Ça va je ne suis pas débile !

- Fais-le toi tatouer en rouge sur le front alors, car je t'assure sur Ivy que parfois, on a de quoi se poser la question !

C'est de bonne guerre, j'encaisse.

- Tu me conseilles de faire quoi alors ?

Sa réponse ne se fait pas attendre :

- Rien de différent de ce que je t'ai déjà dit, Liam. Sois patient mais présent sans l'étouffer. Sans vouloir la contrôler, bien-entendu. Ce serait la meilleure solution pour la faire fuir.

Patient. C'est maintenant mon deuxième prénom.


***


En faisant le moins de bruit possible, je fais coulisser la double porte de la bibliothèque. Seule une petite lampe d'appoint est allumée, sur le bout de canapé en bronze et bois, à la gauche du fauteuil dans lequel s'est endormie Lyanor. Sous la douche, ayant définitivement écarté l'idée du moment de prélassement dans le jacuzzi pour la soirée, j'ai bien tenté de chasser l'idée. Un seul mot : vain. Alors me voici.

Je m'approche, pieds nus, la fraîcheur du paquet de la pièce étant la bienvenue. Je suis en surchauffe. Chaque pas que je fais vers Lyanor fait écho à celui que ma gouvernante pense qu'elle a fait vers moi.

Recroquevillée sur elle-même, tournée vers le dossier, je ne sais pas comment elle fait pour supporter la position, en paraissant si paisible. Doucement, je lui retire des mains la tablette qu'elle tient encore contre sa poitrine. Ses longs cheveux châtain clair cendré -<<blond cacao>> comme le dit Neve- lui couvrent partiellement le visage, tombent en cascade sur son épaule droite. Sa respiration est si calme. Si loin est la nuit où je la regardais dormir alors que ses poumons ne connaissaient plus la quiétude.

Le week-end dernier, ma fatigue mêlée mon à apaisement d'être dans cette chambre avec elle avaient eu raison de mon envie de l'admirer dormir. Finalement, j'ai tout de même sombré en étant serein. Alors ce soir, je lui vole un peu de son intimité, quelques secondes, pour satisfaire un besoin.
Je suis dans la merde.

Je me penche un peu plus, sans plus réfléchir. L'odeur de son parfum fleurit s'infiltre avec intrépidité en moi. Elle sent la bergamote, avec des notes de roses et de jasmin. C'est féminin, émoustillant, exaltant pour mes sens en émoi. La première fois que j'ai couché avec elle, j'étais galvanisé par la senteur de sa peau. Des heures avant déjà même, dans la cabine d'ascenseur. Quand je l'ai <<kidnappée>> dans sa coloc, l'habitacle de ma voiture s'est rempli du bouquet de son parfum. Depuis, je pense encore pouvoir sentir cette fragrance qui est sa signature. Son parfum mélangé à l'arôme de sa peau, de son gel douche, de son shampoing. Sa signature olfactive. Celle qui m'a marqué.

Délicatement, je passe une main entre ses genoux repliés, l'autre derrière son dos, puis la soulève. Je ne sais pas si c'est une le fruit de mon imagination, pour ne pas dire de ma paranoïa depuis que Tatiana m'a dit qu'elle doit se nourrir, mais j'ai l'impression qu'elle a perdu du poids.

Ma belle endormie gigote, marmonne un truc dans son sommeil que je ne comprends pas, mais n'ouvre pas ses yeux émeraude. Naturellement, elle se cale mieux dans mes bras, sa tête posée contre mon torse. Je traverse le rez-de-chaussée, monte les marches avec précaution même si elle ne pèse rien, ouvre la porte de sa chambre avec un peu de difficulté.

Arrivé devant son lit, j'hésite. À la déposer dans ses draps, ou à la garder encore une minute. Rien qu'une. Juste une. Parce que c'est la seule proximité que je peux avoir sans que ce ne soit un combat entre elle et moi. Ça me fait chier, ravive une brûlure aigre dans l'estomac de me le dire, mais putain Tatiana disait vrai : il faut qu'on apprenne à communiquer, on est nul. Sauf, pour nous affronter, c'est médaille d'or garantie à tous les rounds. Pour le reste ... Il faut que l'on soit capable d'échanger. J'en ressens l'urgence, encore plus depuis dimanche. Je veux qu'elle puisse me parler. S'ouvrir. Mais le chemin paraît long, voire périlleux. J'ai vraiment joué à un jeu qui a des conséquences que je ne parviens pas à maîtriser. Eddy t'avait prévenu aussi...

Mon fric n'a aucune utilité ici, avec cette femme. Et bordel, je ne croyais pas m'en plaindre un jour !

Va falloir chausser de bonnes pompes, Liam.

En définitive, il n'y a que quand nous étions nus que tout se passait bien. Ce fut un duel, oui, mais chacun en est sorti vainqueur. Nos corps en particulier. Nos têtes peut-être elles ont-elles par la suite eu matière à d'interminables tergiversations. Difficiles pour ma part, douloureuses. Elles ont créé des malaises que je remercie aujourd'hui. Ils m'ont permis de me poser les bonnes questions.

Lyanor recommence à gesticuler, comme si elle cherchait à s'étirer. Plus moyen de la garder, en somme. Alors, toujours en douceur, je la pose sur le lit, fais passer le drap pour recouvrir sa silhouette que je trouve décidément moins courbée. Elle est habillée, porte un legging noir et un débardeur rose bonbon, couleur qu'elle semble affectionner. J'ai remarqué qu'elle a acheté un étui fuchsia pour la tablette tactile et la pochette assortie pour l'ordinateur portable. Son bureau à la tour aussi, a fait les frais de ses goûts. Finalement ... ça me plaît. J'ai un peu peur de le lui avouer, elle va encore me traiter de Schizophrène ou de psychopathe bipolaire, elle est ses diagnostics erronés. Pas si erronés il y a à peine trois mois vieux.

Je lui retire simplement ses grosses chaussettes molletonnées, mais me refuse à faire plus. J'ai bien vu qu'elle n'a pas du tout apprécié que je me sois permis de dormir avec elle alors qu'elle était presque nue, ce week-end. Sa réaction a tourné en boucle dans ma tête, elle m'avait dérangé. Et j'ai compris : avoir couché avec elle, l'avoir vue nue, tellement plus qu'elle n'en a réellement conscience, ne me donne pas le droit de croire qu'à présent, elle doit laisser ses barrières abaissées à tout bout de champ. Son corps lui appartient. Elle me le montre si elle le veut. Et ce soir, je n'ai pas son consentement. Alors habillée elle restera. Un long feulement lui échappe alors qu'elle se tourne sur le ventre, une jambe en équerre.

Je ferme ses rideaux sans enclencher la fermeture du volet roulant électrique pour ne pas la réveiller. Mes pas me portent une fois de plus près d'elle. Alors je prends mon automatisme comme un signe, d'autant plus quand je sens la fatigue s'emparer de moi. C'est presque un miracle. Tout comme mes nouvelles convictions. Tout comme ce qu'elle a bousculé en moi. Elle a changé les règles. Fait voler en éclat une pellicule opaque qui me protégeait mais m'étouffer surtout. C'est elle, mon miracle. Elle ne le sait pas. Pas encore. Bientôt, je lui montrerai... mais pour l'heure, je me laisse encore aller à un instant d'apaisement ...

- Une minute, juste une minute. Pas plus, je murmure.

Et il ne m'en faut effectivement pas plus.

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