Anticyclones

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Liam.


- Tu es sûr de ce que tu fais ?

- Tu es inquiet pour elle ?

Ma question était plus incisive que voulu. Ethan m'observe les yeux plissés à la lueur des lanternes de la façade, ne me tient pas rigueur de mon ton, il sait que je suis tendu, tiraillé par des dizaines d'interrogations. Les coudes en appui sur la rambarde de la terrasse, je rive mon regard vers l'océan assombri par la nuit noire et sans lune, fais tourner le liquide ambré dans mon verre, attendant que la solution vienne à moi. Mais lui aussi semble préoccupé depuis que nous sommes rentrés. Pensif.

- Plutôt pour toi, mon frère, répond-il avec un rictus moqueur sur sa gueule de con. Elle risque de te laisser des marques, se marre-t-il maintenant en levant son verre vers moi.

Mais un con que j'aime sans limite. Elle m'a déjà laissé des traces, ce ne serait pas la première fois. Malheureusement ici on parle beaucoup plus de réels stigmates laissés dans un combat qui n'avait rien de lubrique mais plutôt d'une bataille où il y aurait du sang. Il y aura aussi des plaies visibles à cautériser. Le tout est de prévoir une coque et un cache-dents. Et tu laisses les gants de boxe au placard, Liam.

Je soupire. Les yeux dans le vague, toujours tournés vers les vagues dont le chant berce la nuit. Le soir, les températures sont plus clémentes, l'air moins lourd et la brise plus agréable. Tout le contraire du dragon qui m'a tenu tête ce soir encore. Elle ne veut vraiment pas comprendre, ça me rend dingue.

Je sais qu'au bar, j'avais une fenêtre de tir, que j'aurais pu être direct et retourner contre elle ses paroles. Pour autant, je n'ai rien fait si ce n'est la mettre en garde sur la pente savonneuse qu'elle empruntait sans harnais de sécurité. J'ai vu la lueur d'effroi passer dans ses yeux. Elle ne s'en rend pas compte, mais plus le temps passe, plus ses rejets ont l'effet d'uppercuts de plus en plus puissants sur moi.

J'essaie de rester de marbre, plus pour elle que pour moi. Lui pointer du doigt qu'elle se fourvoie devant tout le monde, c'est bas. Je suis un connard, pas un salopard. J'ai assez fait de dégâts comme ça. C'est en privé que nous mettrons les choses à plat... J'en viens même à me demander si elle ne se foutrait pas de ma gueule, à ne rien voir ! Elle serait bien capable de jouer la comédie juste pour me torturer.

Ouais, tu aimerais que ce soit ça, Liam, je me fais réflexion.

Ce serait tellement plus simple. Mais ce n'est pas ça. Je lui ai peint avec brio un tableau minable dont elle n'arrive plus à détourner les yeux, pas même quand elle admet elle-même que mon attitude de chaud-froid la déstabilise. Elle préfère encore croire que de deux possibilités qui s'offrent à elle, la vérité sur moi est la pire. Putain ! Elle me fait faire trois fois le tour du monde, sans jet et à la rame. Enfin, je n'ai que ce que je mérite, je suppose.


Je devrais peut-être dormir sur le patio. Au frais sur un transat avec une bonne couverture pour ne pas chopper une pneumonie -Il n'y a que Lyanor qui aime tenter le Diable et espère dormir tôt entre quatre planches de bois- je pourrais peut-être me réveiller avec les idées plus claires.

Avec une idée tout court.

À la simple évocation de Lyanor sans vie, un long frisson remonte mon échine faisant trembler tous mes muscles, sans éviter mes zygomatiques qui me font un mal de chien. Mon palpitant piqué au vif par une image lugubre qui n'a rien à faire là prend une pause déchirante puis repart. Que personne ne vienne me dire que je suis aseptique de tout sentiment ! Une tornade de catégorie 5 est venue tout dépoussiérer en moi. Dorénavant chaque émotion est plus vive qu'avant, chaque trouble est plus herculéen, m'ébranle avec une vigueur foudroyante.

Je porte le liquide à ma bouche , profite de ses saveurs avant d'avaler. Une chaleur plaisante s'étale dans ma trachée, jusqu'à mon estomac. De la bière et de la tequila s'y mélangeaient déjà. Je viens d'y ajouter du rhum. Pas certain que le combo ne soit pas explosif. Enfin, ce serait toujours moins que la question d'Ethan :

- Tu te décides à m'expliquer ce qu'il s'est passé au bar ?

À mon air circonspect, et voyant qu'il doit développer car je suis resté soft durant ma dispute, il ajoute :

- Les vérités.

- Tu aurais préféré que je dise que j'avais couché avec Lyanor la semaine dernière ? Si elle avait voulu en parler, elle n'aurait pas bu.

Il détourne les yeux. Putain ! Il vient de penser à la même chose que moi ...

- Ou alors elle a bu pour ne pas dire devant moi qu'elle a eu quelqu'un d'autre depuis ?! je m'étrangle à bout de souffle.

Calme-toi Liam. Il faut que je sache. Ça va me rendre dingue !

- Non, on s'égare là frérot. C'est d'Elly qu'il s'agit. Et je ne parlais pas de ça, ajoute-t-il.

Justement, c’est Lyanor. La forte tête capable de bosser dans un putain de congélo juste pour avoir le dernier mot quitte à chopper la mort en quatre jours. La femme qui ne veut pas ouvrir les yeux. Évidemment elle fait ce qu'elle veut avec qui elle veut, je ne peux pas l'en empêcher, puisque l'attacher à son lit n'est toujours pas une option légale. Ni ailleurs.

- Quoi alors ?

- Ouais. Et bien si tu n'as pas plus de jugeote quand tu parles avec Elly, je comprends mieux pourquoi vous êtes dans un dialogue de sourds-muets tous les deux. Pas de doute, vous vous êtes bien trouvés !

Si seulement.

- Pour l'instant je ne trouve que des portes closes. Et encore, tu l'as entendu ? Elle va se barrer. Je n'ai pas de solution cette fois !

Enfin si. Mais elle me tuerait d'utiliser mon nom pour l'empêcher de trouver un appart. Elle comprendrait que j'y suis pour quelque chose si ses dossiers étaient systématiquement refusés.

- Ne change pas de sujet Liam.

Lui ne perd pas le nord. Mais il m'a perdu quelque part en revanche. Ou c'est toi qui ne comprends rien.

- Quoi ?

- Vous auriez pu boire.

- Ce n'est pas ce qu'on a fait ? Elle a même bu deux shots consécutifs pour une seule question, je te rappelle.

Il avance d'un pas vers moi, pause une main sur mon épaule gauche, et me scrute. Ses yeux s'élargissent tellement que j'ai un instant peur qu'ils tombent de leurs orbitent et rebondissent sur mes pompes. Et lumière fut, Liam.

OK. Ça.

- Oh putain vous étiez sérieux ? Bordel de merde Liam !! s'écrie-t-il en me poussant en arrière. Mais comment c'est possible ?

- J'ai ... On a ... Elle n'a...

Merci d'être venu, M. Kavanagh, se moque ma conscience.

L'éloquence n'est pas mon fort dans l'immédiat, oui. Et je ne peux même pas mettre ça sur le compte de l'alcool. Mon meilleur ami est choqué. Il tourne en rond, tirant sur ses cheveux. Je sais qu'elles sont les phrases qui lui passent par la tête. J'ai eu les mêmes envers moi.

-T'es un gros connard ! éructe-t-il.

Oui.

- Je sais.

- Moi qui pensais naïvement que tu n'avais QUE joué au mec dominant pour la faire fuir, mais tu l'as traitée comme une prostituée sans sortir ton portefeuille ! Et encore même une pute tu te serais servi de sa bouche !

J'ai quand même payé un billet d'avion de ma poche. Mais pas le moment de le lui rappeler. Ni d'essayer de mettre du baume sur ma conscience amochée. Brad et Mason passent le pas de la baie, surpris de nous trouver en pleine engueulade, mais cela n'arrête pas Ethan qui poursuit son sermon.

- C'est bon Ethan, je sais déjà tout ...

- Donc tu as conscience que ça fait partie du problème ?

- Quel problème ? s'enquiert Mason. Vous nous faites quoi les jumeaux ?

- Vous nous expliquez ce qu'il se passe précisément, insiste Brad, avec Elly ? Entre elle et toi Liam ?

Dis-lui de prendre du café.

Il a trois nuits devant lui et de quoi m'enterrer vivant quand viendra le moment du verdict de mon procès perdu avant même d'avoir commencé ? Car avec Ethan dans la partie civile Pro-Lyanor, nul besoin de me défendre. J'ai parfaitement conscience que mon attitude ce soir-là est un des crayons qui ont dessiné le portrait qu'elle a de moi dans sa tête. Depuis le premier jour, entre elle et moi, c'est un effet domino. Chaque acte perverti par ma colère a fait tomber un jeton blanc, puis le suivant. Et puisque la liste de mes méfaits est longue comme le bras, la course a pris de l'ampleur, de la vitesse, et même mes bonnes actions pour purger mes conneries n'ont pas réussi a arrêter la chute des pions. Il est grand temps de changer de tactique.

- Encore faudrait-il qu'il se passe quelque chose, je leur réponds en passant entre mes deux potes qui sont torses nus et en bas de jogging après leurs douches.

- Nous prends pas pour des cons, Liam, me bloque le passage Brad. On était là, on vous a vus vous défier, on a entendu ce qu'elle a dit sur la manière dont tu l’as traitée et pourtant tu ne l'as pas lâchée des yeux de la soirée. Alors lâche le morceau !

- Oui. C'est quoi le truc ? poursuit Mason. Tu te remets enfin sur le marché de la séduction et au lieu d'apprendre à tenir debout tu cours derrière la seule femme qui ne veut pas de toi ? Tu te lances dans le sado-masochisme ?

Toujours les mots qu'il faut, ce con-là.

- Vos gueules les bouffons ! Ethan va vous expliquer, moi je vais me coucher. Votre psychanalyse ce sera pour plus tard. J'ai eu ma dose !

- Tu vas où ? me demande Ethan qui m'attrape par la nuque.

- Près de l'eau, c'est bien pour ça que tu m'as fait venir ici, non ?

- Elle va te noyer ! Pas après votre dispute, attends un...

- Je sais nager, je rétorque en me libérant de sa prise.

- On devrait plutôt réfléchir à des stratégies non invasives, frérot.

Y aller en douceur, ça n'a rien donné jusqu'à là. Je stagne.

- On repart demain, je te signale ! Je ne sais pas combien de temps il me reste avec elle à la maison, alors souhaite-moi juste de me réveiller avec toutes mes dents, et le reste je gère, ok ?

Il passe ses deux mains sur son visage. Il sait que j'ai raison. À trop perdre de temps, je n'en aurai plus. De mon côté, je sais que les choses ne seront pas réglées demain. Mais pas à pas, je vais lui faire comprendre que je ne suis pas celui qu'elle croit. Je ne peux pas compter que sur une petite discussion, qui sera probablement plus un monologue, de surcroît. Je vais éclairer le chemin, travailler sur mon manque de patience car elle a aussi sa part à faire. Si je dois installer en elle la conviction qu'elle se trompe, elle devra ancrer par elle-même ce que cela signifie, que j'ai bataillé pour lui ouvrir les yeux.

- Merde j'y crois pas! s'exclame Brad. Liam Kavanagh est vraiment de retour du côté des humains !

Oui. Et reste à savoir si je vais y survivre. Ou pas.


***


- OH MON DIEU MAIS QU'EST-CE QUE VOUS FAITES DANS MON LIT?

Bon, pour le réveil en douceur, on repassera.

Je ne dors pas souvent profondément mais cette nuit pourtant ça a été le cas. Je me suis reposé comme un bébé, endormi en quelques minutes tandis mes yeux essayaient de développer des capacités nocturnes qu'ils n'ont pas, pour contempler ma magnifique compagne de lit pendant qu'elle était... calme.

Très calme.

Oui, j'ai bien dormi. Jusqu'à ce que Lyanor se mette à hurler comme une furie se rendant compte de ma présence. Je me redresse calmement, mais à l'intérieur mon cœur palpite à un rythme effréné se demandant quel script nous allons jouer, elle et moi. Et vu son air perceptiblement contrarié, c'est pas gagné.

Je masse mes tempes qui annoncent un début de migraine...qui n'a toujours rien à voir avec l'alcool que j'ai peut-être encore dans mon sang. Non. L'objet de mes maux se tient droite au pied du lit, le drap bien en place qu'elle a enroulé à la hâte autour d'elle pour cacher sa demi-nudité- puisqu'elle ne portait qu'une culotte en coton noir- sa chevelure en pagaille, ses billes jade qui me mitraillent. Pourtant, elle est sublime, même prête à ouvrir les hostilités alors qu'elle me fait tout bonnement... bander. Oui, elle est splendide au saut du lit. Tout mon corps est d'accord avec cette vérité.

Absolument tout mon corps est au diapason. Là encore, rien de physiologique à cause du matin.


T'es bien dans la merde Liam, se marre ma conscience elle aussi sortie de sa narcolepsie. Elle est la source de mes maux, mais aussi l'antidote. Or c'est à moi de tenter de l'apaiser.

- Calme-toi... j'énonce après m'être éclairci la gorge, mes yeux accrochés à elle.

Mais ma sérénité apparente ne réveille pas son sang-froid. Lyanor remonte un peu plus le long tissu jusqu'à son cou gracile, néanmoins prête à m'attaquer et cette vision d'elle me tire un rire qu'elle n'apprécie absolument pas. Je l'ai déjà vue plus nue que ça. Et avant que je ne puisse faire quoi que ce soit, les mots passent la barrière ouverte de mes lèvres :

- Je t'ai déjà vue en tenue d'Eve, Lyanor. J'ai parcouru chaque parcelle de ton corps avec ma bouche...

Mauvaise pioche Liam.

- Pas toutes ! Fort heureusement Monsieur-Le-Pervers ! contre la petite peste en mettant justement le doigt sur le problème. Je vous ai posé une question, ! QU'EST-CE QUE VOUS FAITES DANS MON LIT ?! PUTAIN NE ME DITES-PAS QU'ON A ENCORE ...?! Oh non de Dieu de bordel de merde... termine-t-elle horrifiée une main dans ses cheveux emmêlés qu'elle coiffe de ses doigts.

Si les autres n'étaient pas encore sortis des bras de Morphée, ce doit être chose faite ... C'est que le dragon a de sacrées capacités vocales quand elle est en colère ! Mais elle va devoir redescendre de ses grands chevaux, ma Miss-Reveil-Matin-En-Fanfare. En plus, elle va me vexer, là. Elle ne s'est jamais plainte de ébats! Focus, Liam

- La seule question qui soit légitime ce matin, c'est qu'est-ce que toi, tu fais dans mon lit? je lui demande sans pouvoir contenir mon amusement naissant à la voir se tendre en grattant ma joue gauche.

Et parce que je connais la réponse.

- Je ... quoi ?

Une lueur de stupéfaction prend place sur son visage, avant que ses yeux ne détaillent une nouvelle fois mon corps. Nu... Oui, ça c'était pour lui mettre le doute au réveil, moi aussi je peux l'emmerder, si je veux, et je n’ai pas honte de ma posture, pas avec elle. Sauf qu'elle change tout à coup de cap et se rembrunit en me balançant mon pantalon d'un geste leste. Esprit défaillant de merde ! C'est qu'elle est mal lunée au réveil !

Ou mal baiseé mec ...

J'espère surtout qu'elle n'a pas été baisée depuis la semaine dernière ! Mais mieux vaut mettre ces interrogations de côté pour l'instant. Ma tension va vite grimper à en croire la fumée qui sort de ses oreilles.

- QUOI ? Vous m'avez demandé de me barrer avant de vous endormir, c'est ça ? Bin oui, vous êtes bien du genre à montrer la sortie une fois vos couilles vidées, j'oubliais ! m'assène-t-elle excédée, les yeux dans les yeux.

Je rejette mon vêtement l'autre bout de la pièce. Me lève. Lyanor recule quand j'avance, c'est sa danse préférée quand elle voudrait me fuir.

Je la vois déglutir, lutter pour garder son regard fixé sur le haut de mon corps alors qu'il voudrait se balader vers ce qu'elle a gentiment nommé <<ma masculinité>> hier soir au bar. Je peux presque entendre les percussions de son cœur dans sa poitrine. Poitrine que je rêve de pouvoir toucher de nouveau, car elle est faite pour mes mains. Je fantasme depuis des semaines sur tout ce que je pourrais lui faire, tout ce que mon masque m'a interdit de faire la première fois à L.A, pour rester dans les limites du scénario. Les premières fois, car le masque s'était quelque peu fissuré quand j'étais en elle, et j'ai gagné en remettant le couvert. Deux fois. Car à l'instant où j'ai eu besoin de la regarder dans les yeux ce soir-là, ne pouvant plus me contenter de la vue sur son dos et la chute de ses reins seulement, j'étais foutu. Le Masque l'a compris. Son vernis a perdu de son éclat, a craquelé. C'était un peu le début de sa chute, mais il s'est bien battu pour me garder prisonnier le plus longtemps possible.

- Pour qui tu me prends Lyanor ?

Un <<pervers psychopathe>>, oui.

- Habillez-vous, articule-t-elle péniblement, ses joues se teintant progressivement de rouge en passant par toutes les couleurs du camaïeu.

Frondeur, je lui souris de toutes mes dents. Je remarque ses yeux se poser sur mes lèvres avant qu'elle ne se reprenne. Je sais l'effet que je lui fais, même si elle veux me le cacher. Même quand elle est en rogne, ce qui la rend encore plus belle. Oui, je suis dans la merde. La main qui remplaçait ses longs cheveux que la mienne a caressé en catimini cette nuit se pose à plat et bien ouverte sur mon sternum, pour que la distance entre nous reste sécuritaire.

- Pourquoi ? Je t'ai vue nue, tu m'as vu nu. Tu m'as même déshabillé de ton propre chef avant de jouer à la perfection sur moi la plus magnifique des amazones qu'il m'ait été donné de voir. Tu ne devrais pas être gênée de me voir ainsi. D'ailleurs, je prône l'égalité... j'ajoute d'une voix suave pour la taquiner en reluquant avec lenteur sa robe de fortune, même si ce n'est pas le moment.

Mais la voir piquer un fard vaut bien toutes les âneries tranchantes et exagérées qu'elle va me débiter dans pas longtemps. Elle recule encore. Ses yeux cherchent un point auquel s'arrimer puis en fixe un imaginaire au-dessus de mon épaule, les mâchoires serrées par sa colère qu'elle tente de contenir. Les miens détaillent la femme guerrière que fait face, lapidant intérieurement mon cerveau d'avoir perdu autant de temps à essayer de la détester. De ne pas lui avoir donné immédiatement la place qui est la sienne.

- Sortez.De.Ma.Chambre Monsieur.

C'est pas gagné les pourparlers.

Commence par parler, ironise ma conscience.

- Premièrement cette chambre est la mienne Lyanor, depuis des années puisque la propriété nous appartient à Ethan et moi, je débute alors qu'elle cherche sur ma tête une preuve de mensonge qu'elle ne trouvera pas. Deuxièmement, si nous avions fait quoi que ce soit d'autre que dormir dans ce lit , je continue en avançant d'un pas vers elle retirant sa main de mon torse y laissant un grand vide, crois-moi tu t'en souviendrais. Et troisièmement Miss-Idées-Noires, si nous avions couché ensemble je ne t'aurais pas demandé de partir, je t'aurais plutôt attachée à ce putain de lit pour que tu ne t'enfuis pas comme la dernière fois...

Lorsque je termine mon exposé, je suis presque collé à elle qui assimile mes mots, nos soufflent se rencontrant, son regard méfiant agrandissant à l'écarteur la fosse remplie de crainte dans ma poitrine. Une envie inédite me tort les tripes, mais je sais que si j'y succombe et qu'elle me repousse, je vais chuter de trente étages. Car je sais que c'est elle. Je sais aussi que je si je veux m'infiltrer en elle et trouver le chemin de l'organe qui la fait vivre, je dois faire preuve de placidité, verrouiller mon impatience, museler les dernières traces du masque en moi. Le temps m'est compté, mais je ne peux pas prendre le risque de tout foutre en l'air encore une fois.

Rien ne me prédisposait à vivre ça. Plus depuis des années. Plus depuis que j'avais totalement renoncé à avoir une vie sentimentale. Et une tornade qui ne ressemblait à aucune autres des employées est arrivée. Timide mais audacieuse. Une panthère lumineuse cachée sous la carapace d'une petite souris discrète mais jamais en reste pour me tenir tête.

Lyanor n'est pas comme les autres, non. Et c'est pour ça que c'est elle, le cœur de ma rédemption. Elle a été capable de licencier mon masque alors qu'elle se croyait à terre, mais elle menait pour moi et sans le savoir le plus important des combats. Elle a détruit un démon, rallumé au fin fond de mon âme la lumière d'une ampoule que je croyais grillée. Ethan avait raison : Lyanor est l'ange salutaire de ma libération, mais à trop la martyriser, mon masque a déposé sur elle un voile d'ombre dont elle ne se défait plus. Comme si même en m'ayant quitté contraint et forcé, il voulait toujours creuser cette distance entre nous, pour que jamais nous ne nous rencontrions vraiment. J'étais la glace elle était le feu. Les pôles ses sont inversés.

Mais cette fois la flamme ne semble pas être assez puissance pour combattre sa couche de protection. Pas comme elle l'a fait pour moi. Mais si je n'ai pas la force de frappe nécessaire pour percer son armure, je ne manque pas de détermination. J'ai tiré à vue sur un séraphin déjà cabossé par un passé récent dont elle a essayé de se séparer. Je trouverai la faille de sa coquille. Car nous avons tous nos faiblesses. Elle est la mienne autant qu'à présent elle est ma force. Je ne renoncerai pas.

- J'étais là avant vous ce week-end ! proteste-t-elle après un temps de latence en me contournant profitant de ma réflexion. Je m'en fiche que ce soit votre dortoir habituel ! Neve m'a donné cette chambre, vous n'étiez pas censés débarquer vous et vos potes Monsieur-le-briseur-de-Week-end, braille-t-elle avec véhémence.

Je la regarde rassembler ses fringues aussi vite qu'elle le peut, ses mouvements gênés car elle tient toujours le grand drap. Pourquoi rien ne peut être simple avec cette femme ? J'enfile le caleçon qu'elle me lance sans la quitter des yeux. Sur la table de nuit, elle prend son téléphone, s'assoit sur le matelas. Et comme au ralenti, je la vois pâlir, se décomposer à vue d'œil. Ses membres se mettent à trembler, elle en lâche son mobile qui rejoint le sol en une seconde. Amorphe, elle ne dit plus rien. Je doute même qu'elle respire toujours. Une alarme s'allume en moi, entre mon cœur et mes poumons qui viennent à eux deux de prendre dix kilos. J'avance et me penche pour récupérer son portable, vite stopper dans ma lancée par son cri vif :

- N'y touchez pas ! Et mêlez-vous de vos affaires pour changer !

Il vient de se passer quoi, là ?

Mon angoisse redouble et me brûle. Non pas parce qu'elle me rejette encore, pas que, mais parce qu'elle me cache quelque chose, c'est écrit sur son front aussi blanc que le drap qui la recouvre. Toute colère l'a quittée, remplacée par de la frayeur. Son menton vibre, ses lèvres son pincées, ses yeux clos. Elle se retient de pleurer. Je la connais bien plus qu'elle ne le croit. Tellement plus maintenant... Mais le constat violent qu'elle me considère toujours comme un parasite nuisible qui doit rester hors de son cercle me fout un coup magistral dans le plexus.

- Lya ...

- S'il vous plaît... chuchote-t-elle la voix chevrotante en remontant ses genoux sur sa poitrine. Je ne joue pas. Pas aujourd'hui...

<<Je ne joue pas.>>
Nouveau revers dans la gueule. Elle croit encore que moi, oui.

- Je ne... veux plus... être un jouet... souffle-t-elle avant d'éclater en sanglot, en manque d'air, cachée dans ses jambes.

Mon cœur se broie sous l'assaut de ses larmes qui m'atteignent comme des poignards. Faisant fi de son avertissement, je m'accroupis à ses pieds. Là où est ma place, devant celle qui sait se montrer sous tous ses jours face à mes yeux qui lui crient une vérité qu'elle n'entend pourtant pas. Au fond de moi je voudrais qu'elle se rende compte à quel point mon geste est significatif.

D'une main, j'écarte ses genoux, elle ne bataille pas mais grogne un truc inintelligible. J'agripe son menton entre deux doigts. Mon regard capture le sien avec autorité. Et la... c'est la chute libre, pour moi. Car le lien qui nous unit et dont je semble être le seul à être conscient vient de me frapper si fort que je vacille un instant. Bousculé par une tempête bien pire que celle que j'avais hier envisagée. La détresse que je lis dans ses yeux me foudroie, et elle n'est pas la seule. La lassitude qui clignote dans ses pupilles met en alerte chacun de mes sens. Ce regard, je le connais. Trop. Je le reconnaîtrais dans le noir et les yeux bandés. Je l'ai déjà vu. Il a même un goût amer, une odeur de métal. La dernière fois que lui et moi nous sommes rencontrés, les choses ont très mal tourné pour celui qui me l'avait lancé sans même le vouloir. On a frôlé la catastrophe, car je l'avais sous-estimé, ce Putain.De.Regard. Plus jamais Liam.

Non, plus jamais.
Et telle une étrange télépathie que j'aurais voulu ne pas subir aujourd'hui, Lyanor murmure avec douleur les paroles qui vont illico me montrer le chemin à suivre, quitte à la voir me haïr :

- Plus... jamais ...un...jouet.

Je l'enchaînerai s'il le faut. Mais elle ne déménagera pas!

Ne voulant pas la laisser seule, je me saisis de mon portable et envoie un message à Mélia et Ethan pour qu'ils rappliquent. A moi, elle ne dira rien de plus. Pour le moment. Il faut que je lui montre que nous pouvons être complices et non plus ennemis. Son aveuglement est mon adversaire, pas elle.

Bonne chance.

Et je ne réussis pas à lui parler dans un cadre privé, je vais changer de cap. Reste plus qu'à trouver une occasion.

Et à comprendre ce qu'elle tait mais que ses pleurs crient.

-Elly ma chérie mais qu'est-ce qui se passe ?

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