Le Mantra

18 minutes de lecture

Quelques heures plus tôt.


Liam.


- Tu veux bien être un gentleman et me mettre de la crème dans le dos ?

 L'espace d'une seconde, je me demande si j'ai bien entendu. Allongé sur le large transat de la pergola privative qu’Ethan a réservée pour l'après-midi, au bord de la piscine du Resort qu'il affectionne depuis des années, je quitte ma lecture, dépose ma tablette tactile sur la table d'appoint qui me sépare de mon frère, puis baisse mes Rayban sur le bas de mon nez avec lenteur pour mieux voir de quoi il s'agit. Ou plutôt, de qui vient troubler ma détente.

 Que j'avais eu bien du mal à convoquer.

 Trois jeunes femmes aussi vêtues que des danseuses de Pole dance dans un bar à strip-teaseuses en plein week-end se tiennent debout devant nous, tout sourire. Des bikinis flambants neufs qui ne se servent qu'à justifier qu'elles ne sont pas nues, des corps longilignes, fins mais fermes sur lesquels trônent fièrement des poitrines qui défient à elles seules toutes les lois sur la gravité, se tiennent debout et nous matent sans retenue en se demandant certainement à quelle sauce elles vont pouvoir nous goûter. Ou inversement.

 La facilité serait simplement de conclure qu'elles passent le week-end ici afin de capturer dans leurs filets des hommes riches pour les sortir de leur petit quotidien minable. Or aujourd'hui - et allez savoir pourquoi- je ne choisis pas la voie rapide. Peut-être parce qu'Ethan m'a suffisement et avec une véhémence paternaliste reproché de n'emprunter que ce chemin depuis des années, au point de ne pas voir plus loin que le bout du nez. De ne plus vouloir voir plus loin que ce que mon bras peut toucher.

Parfois j'ai l'impression qu'il a oublié, que je suis le seul à avoir vécu la chose. Mais c'est faux. Si lui et moi sommes identiques en un nombre incalculables de points, de part les gènes que nous partageons mais aussi par l'éducation commune que nous avons reçus puisque nous avons été élevés ensemble, tels une fratrie et non une cousinade, que malgré les quelques mois qui séparent nos dates de naissance et des faciès non siamois nous sommes une sorte de jumelage assumée, il y a une différence significative entre nous que nul n'ignore dans notre famille et entourage: Ethan a le pardon facile là où moi j'ai la rancune tenace.

 Pire, même s'il ne pardonne pas mais accepte dorénavant de tourner facilement la page lorsqu'elle est noircie pour en écrire une nouvelle avec l'effort de ne pas refaire les même erreurs, muni de magnanimité et du positivisme qui heureusement le caractérisent encore, moi, je cultive avec acharnement l'amertume d'un souvenir qui aurait pu être drame. Un épisode de nos vies qui a en réalité été une tragédie en sursis.

Par chance - car on ne peut pas dire que nous n'en avons pas eu- la sentence a été levée, les pronostics contournés. Pourtant, depuis, la douleur fantôme de quelque chose qui n'est pas arrivé ne me quitte pas. S'il est le Yin, je suis le Yang. L'un a écopé des effets physiques indésirables qu'il est parvenu à surmonter en gardant sur lui la cicatrice indélébile de ce qu'il a subi pour en arriver à une tel désir extrême, comme le rappel journalier que cette erreur ne doit plus jamais être commise, l'autre a hérité de la blessure psychique, créant un masque capable de déformer même la vérité vraie afin de le protéger. De le punir, surtout, de n'avoir rien vu, rien pu faire.

 Je me suis enfermé dans une cage de colère dont je ne suis pas le seul à avoir subi les conséquences. Et cela a été bien au-delà de ce j'avais envisagé, car cette rage s'est immiscée sournoisement partout, jusqu'à modifier complètement celui que j'étais avant, jusque dans ma vie professionnelle et plus simplement privée -pour ne pas dire sentimentale- que j'avais voulu supprimer.

 J'ai toujours voulu séparer l'une et l'autre. Au contraire d'Ethan qui bien qu'il ne hurle pas sur les toits qu'il aime coucher avec ses assistantes pour ne pas à avoir à partir en chasse la nuit venue, et un peu de compagnie dans son pieu, ne s'encombre pas d'un protocole pourtant noble conseillant de ne pas chiner ses maîtresses sur son lieu de travail.

Bingo Liam ! Plus si noble maintenant que j'ai transgressé cette règle qui était mon mantra, je m'applaudis dans ma tête.

Mais tu en as un autre, sourit ma bonne conscience ravie de mon évolution ainsi que d'avoir repris le dessus sur Le Masque Noir.

 À présent, bien que je n'oublie toujours pas -je ne le pourrai jamais- un processus d'exorcisme s'est mis en place. Depuis plusieurs semaines déjà. Enclenché doucement d'abord par une ébauche de réalité que je n'avais pas envisagée avant qu'elle ne me soit bien pointée du doigt par Neve et Ethan avec pour preuves irréfutables à l'appui durant le procès de ma connerie, celles que j'avais moi-même fait préparer pour leur ouvrir les yeux sur elle. Puis, la vérité m'a douloureusement éclaté en pleine gueule, doublement. Elle m'a fait peur oui. Parce qu'elle venait de me montrer l'horreur : mon propre reflet. Ce que j'avais fait. Jusqu'où mon masque avait été capable d'aller pour nous protéger, la réduire au néant, ce qu'elle n'est pas.

 Je marche pas à pas vers une guérison, une rédemption, j'espère. Mais mon remède cours quand je boîte, maladroit. S'est paré d'œillères, d'un casque antibruit, muré dans le silence n'en sortant que pour me gifler de mots, à coup de retour de Karma, utilisant mes propres armes contre moi sans avoir compris que les raisons de mon premier combat n'étaient pas toutes les bonnes, emmêlées dans un nœud trouble. Car même si j'avais senti le danger, il était bien différent, cette fois. Je luttais contre une chimérique malédiction, aveuglé par mes maux, sans voir que j'avais en face de moi l'eucharistie de ma pénitence, plus fragile qu'elle n'y paraît, mais à la fois tellement plus forte, vindicative et obstinée que je ne m'y attendais.

À ton image, vieux...

Elle, c'est un mélange de tout, mais pas de n'importe quoi. Une recette parfaite, même si le dosage des ingrédients me laisse parfois ... perplexe. Une beauté renversante, une émotivité souvent à fleur de peau, une intelligence saisissante mais aussi une hostilité dans une enveloppe de ressentiments qu'elle parfume au poivre de Cayenne afin d'aiguiser sa rancœur contre moi juste avant de me la balancer de sa langue acérée. Langue qu'elle me refuse dans un autre domaine, mais c'est une autre histoire. Que je vais devoir régler.

 Dès que je l'ai vue, je me suis enflammé. D'une colère aigrie que j'ai dirigée contre elle, la mettant sur le même tableau de la vénale dépravation que les autres, mais en l'épinglant tout en haut, car elle était elle. Alors mon masque qui avait compris qu'elle pouvait être sa perte a œuvré plus fort, plus grand, pour faire des dégâts qu'aujourd'hui je peine à réparer. Mais cette hargne m'a ébranlé aussi, car il y avait une attirance que je devais refouler.

 La puissance d'un homme n'est rien face au mépris qu'il inspire à son adversaire. Lyanor loin d'être seulement la victime de ma médiocrité dont je tente de me séparer, est une challengeuse aussi tenace que coriace. Une opposante qui me méprise, donc, qui refuse d'entendre que je veux abolir cette fausse rivalité, que depuis que j'ai ouvert les yeux, je cherche à déterger le masque en assainissant ma conscience et mes actes. Que je ne la vois plus comme une antagonique mais plus tel le personnage principal d'une histoire plus éclairée, plus vraie, au centre de sentiments que j'avais cru avoir annihilés chez moi, il y a bien longtemps. Mais ils sont bien là, ont refait surface. Certains même, sont inédits, nés d'un uppercut que je n'avais pas vu venir.

 Elle m'a secoué plus qu'elle ne le croit. M'a involontairement obligé à revoir mes positions, mis face à mes erreurs, à mes crimes, car même pour Ethan, elle était différente des autres. Et si elle ne l'avait pas été, si lui n'avait pas compris l'importance qu'elle a, il ne m'aurait pas écrasé son poing sur la tronche pour assommer ma connerie, et pris parti de m'ouvrir les yeux. Sur tout. Et Le Masque Noir serait toujours en place. Mais elle là. Ethan l'a vue, lui aussi, parce qu'elle s'est refusée à lui, qu'il l'a observée prendre ses marques hors du moule en améliorant pourtant les choses au bureau, et qu'il a lu derrière le masque, aussi. Compris l'évidence que ma noirceur avait cachée sous les barbelés électrifiés.

 Mais aujourd'hui... Je me rends compte qu'en plus d'avoir dressé des murs autour d'elle pour se protéger de ce qu'elle a vécu avec son ex-fiancé, j'ai été le dernier maître d'œuvre de ses travaux de mise en sécurité, imposant plus de distance entre nous. J'ai doublé ou triplé l'épaisseur des cloisons en béton armé et ne sais plus comment faire pour les traverser. C'est qu'elle est bornée, cette nana ! Putain elle me rend Dingue !!

- Bon, je prends ton silence pour un accord tacite, alors, car Qui ne dit rien consent, non ?

 Une impulsion de fesses au niveau de mes hanches pour me faire décaler me sort de ma léthargie pensive. La brune aux longs cheveux noir corbeau typée Arménienne se dandine sous mes yeux et pose sans gêne son tube de crème solaire à très faible indice -le comble- sur mon entrejambe, puis vient poser sa main droite, aguicheuse, sur le milieu de ma cuisse qui se contracte à ce contact qui la brûle. Pas d'excitation, non. Mais la fille ne l'interprète pas comme une révulsion, et fait alors bouger lentement ses doigts qui remontent dangereusement jusqu'à la lisière de mon caleçon de bain, en me souriant, sa langue humectant ses lèvres pour traduire ses pensées salaces. Désolé, mais c'est réservé.

À une femme qui n'en a pas conscience, croit judicieux d'insister ma conscience sans scrupule pour me piquer là où ça fait bien mal.

 D'un geste un peu leste, j'intercepte son poignet en me redressant pour qu'elle n'aille pas toucher ce a quoi elle n'aura jamais accès, sa caresse n'étant pas perçue comme telle par mon corps qui veut entamer une rébellion en utilisant ma bouche comme arme à feu. Mue d'une toute récente diplomatie et face au regard d'incompréhension de la fille, j'exprime le plus aimablement possible qu'elle va devoir aller se trouver un autre larbin :

- Désolé, mais le consentement ne peut s'obtenir dans un silence, selon mes critères d'éducation, du moins. Dans le cas contraire, un violeur dont la victime aurait été paralysée par la peur et incapable de crier <<Non>> se servirait de ce faux adage pour justifier son acte, je lui explique.

 Loin de se démonter, elle se penche un peu plus vers moi jusqu'à faire se toucher nos torses et mélanger nos haleines :

- Tu parles tu parles mon beau, mais tu n'as pas dit le fameux <<Non>>, me fait-elle remarquer en minaudant.

 Pour aller au bout de ma première pensée, donc, je valide que cette fille n'est pas une fausse riche qui cherche simplement un pigeon fortuné. Ses bijoux ne mentent pas, tout comme ses yeux qui me proposent en fait beaucoup plus que de lui étaler de la crème solaire. Un autre fluide lui irait tout autant, c'est écrit en gros sur ses lèvres charnues. Encore une fois, c'est non.
Je suis peut-être en pleine crise d'agonie affective qu'a réveillée Miss-Silence, mais je suis fidèle. À nous, bien qu'il n'existe pas encore, pensé-je. Mais j'ai des convictions dont je compte bien faire une réalité.

 Si son micro-bikini ne servirait même pas de mouchoir de poche pour la journée à un enrhumé, sa parure en or et diamants elle remplirait plusieurs boîtes à bijoux vides dans le dressing de Lyanor. Boucles d'oreilles, collier, bracelets de poignets et de chevilles, une montre griffée à plusieurs dizaines de milliers de dollars alors que nous sommes au bord d'une piscine... elle est en chasse oui, mais bien de la même classe sociale que la mienne. Ce qui ne la rend pas moins vénale à mes yeux ou plus digne de confiance. Nous ne sommes pas des castes, aucune obligation de ne pas nous "mélanger", aucune interdiction de mixité sociale.

Ça t'arrange bien de penser ça maintenant, vieux...

 Non je m'étonne effectivement moi-même de me faire cette réflexion maintenant, mais jamais je n'ai pensé que les richards-huppés devaient rester entre eux dans leur monde gouverné majoritairement par la superficialité, les faux semblants, fausses alliances. Je suis pour le brassage sociale, ethnique, culturel et religieux. Partisan d'un militantisme contre les élites souvent dynastiques qui gèrent le pays à coup de discours moralisateurs plein de bonnes intentions pendant les campagnes, de promesse de chute du taux de chômage parallèlement à la hausse des aides sociales pour les plus démunis, mais une fois élues mènent une politique du <<Moins d'impôts pour les millionnaires>>. Je synthétise, mais c'est l'idée.

- En effet, donc puisque malgré mon exemple somme tout criant tu n'as pas compris, c'est non. Mais mes deux potes qui arrivent, je lui dis en montrant du menton Mason et Brad qui arrivent eux aussi en mode chasse à la vue des gazelles dans notre espace, seraient j'en suis certain ravis de te rendre ce service.

- Ouais, pas mal, acquiesce-t-elle peu convaincante, mais moi c'est toi qui m’intéresses.

- Je suis flatté, je la repousse en me relevant, mais c'est toujours non.

- Quoi que tu lui aies demandé ma belle, moi je suis prêt à prendre sa place, lui propose Mason qui retire ses lunettes de soleil en s'allongeant sur mon transat. Et je le ferai avec une grande application...

Son air de vainqueur clairement accroché à sa tronche de Latin Lover, il caresse l'épaule de la non-chétive demoiselle du dos de sa main. Ses deux copines, elles, sont déjà en pleine conversation avec Brad qui, en Grand-Prince, interpelle un serveur pour commander Champagne et fruits de saison - et sur mon compte en donnant mon numéro de compte leur faisant ainsi croire que c'est lui qui régale, l'enfoiré. Donc le grand prince, c'est moi ...

Grand Prince, Grand Psychopathe, Grand Connard, Grand Con ...Tu fais tout en grand, Liam.

Merci pour mes quatre vérités. ou pas. La fille se lève, s'approche de moi telle une panthère silencieuse dans la savane.

- Allez le beau-gosse, ce qui se passe à Miami reste à Miami, insiste-t-elle en posant un index que mon torse nu. Je suis pas jalouse, je m'en fiche si t'as une bobonne à la maison qui surveille tes trois gosses pendant que tu prends du bon temps en célibataire en lui faisant croire que t'es parti pour affaires. Je cherche pas le grand amour, juste une grosse présence dans ma chambre ce soir parce que tu vois, j'ai peur du noir, finit-elle en zieutant l'objet 3 pièces de sa convoitise.

 <<Une grosse présence>>.

- Écoute, intervient Ethan qui lui avait déjà expédié plus facilement que moi l'une des deux autres, tu sembles n'avoir aucun respect pour le concept mais mon frère est un homme fidèle, alors quand il dit non, n'y voit rien d'autre qu'un non. C'est pas un piège, pas un leurre, pas un <<possible>>, c'est juste un putain de NON. Alors soit tu combats l'obscurité avec Brad qui est un excellent garde du corps si j'en crois les commentaires de la gente féminine sur son profil BaiseMoiViteEtFort, invente-t-il, soit tu vas chasser ailleurs. Et puis tu sais ? Il y a aussi deux autres solutions, et l'info est cadeau pour toi. La première, tu la trouveras dans un Sex-Shop au rayon Monster, ou dans une bijouterie qui vend des gros joujoux incrustés de diamants puisque tu sembles les aimer, lui explique-t-il moqueur en pointant ses bijoux. La deuxième, c'est tout bêtement de dormir avec une veilleuse, et ça tu en trouveras dans une boutique de naissance. Mais lui, tu l'oublies. En plus, il les aime moins dociles alors tu n'avais aucune chance.

 Sidérée de s'être faite remettre à sa place, si tant est qu'elle en ait une, elle tente tout de même une ultime parade, me faisant douter que nous parlons la même langue, ou de son intelligence.

- Je peux être tout ce que tu veux le beau-gosse, et si ton truc c'est que justement je crie "Non" alors que je pense "Oui" c'est pas un pro...

 Ethan sentant que je viens de donner mon maximum dans la courtoisie et la diplomatie, me prend par le cou pour nous faire évader de cette scène grotesque, les plantant là, elle, ses obus gonflés à l'hélium, sa drague dégueulasse et son absence d'amour-propre.

- Bien, je suis fier de toi, frérot, me félicite-t-il en massant mon épaule. Pas de bain de sang, pas de crise de larmes, pas un mot plus haut que l'autre ou de lynchage en public à coup de termes rabaissants, je te paie le meilleur bourbon pour fêter ça ! Neve est d'accord avec moi, on voit bien les effets qu'elle a sur toi, notre dragonne. Le vrai Liam est de retour.

- Dommage qu'elle ne s'en rende pas compte, je grommelle en grattant ma fine barbe qui me démange à cause du soleil. Et t'es gonflé, enfoiré, je me renfrogne. Avec vous j'ai toujours été le même...

- Tu passais ton temps libre à bosser, Liam ! me contre-t-il en passant une main sur son visage soudain coléreux. Tu n'as eu aucune relation suivie depuis ! Tes aventures se comptent presque sur les doigts d'un amputé ou d'un caillou, et t'as de la chance que ta bite n'aie pas demandé le divorce à force de se sentir aussi inutile que le diététicien de notre président !

- J'ai eu des liaisons, ne dis pas n'importe quoi. Seulement je n'ai pas changé de partenaire autant de fois que de caleçon, moi, mon vieux, je réplique calmement pour ne pas envenimer son état passager, un sourcil moqueur bien visible pour lui rappeler qu'entre lui et moi, on est peut-être dans les extrêmes chacun à notre manière, mais à nous deux nous sommes dans la moyenne.

 On dirait un vieux disque rayé. Toujours le même refrain sur mon manque de partenaires. Mais ne dit-on pas << mieux vaut être seul que mal accompagné >> ? D'ailleurs, si nous nous étions plus penchés sur cette juste maxime, nous n'en serions pas là. Ethan cadenace ma nuque de ses deux mains pour souder nos fronts d'autorité coupant l'herbe sous le pied de mes pensées qui allaient encore courir vers le passé.

- Je sais à quoi tu penses Liam. On oublie hier, on pense demain, uniquement demain, nous étions d'accord ! On ne changera pas nos merdes, faut vivre avec ce qu'on a fait. Ce que j'ai fait, et si mon fric pouvait me faire remonter le temps, crois-moi je l'aurais déjà fait avant qu'on laisse l'eau couler et croupir sous les ponts. Si j'avais...

- Stop Ethan ! On l'a déjà eue mille fois, cette discussion.

- Alors une fois de plus, ça va changer quoi ?! Clary...

Ce type ne sait pas s'arrêter !

 Il ne va pas avoir le choix ! Une poche de lave s’infuse trop vite dans mes veines et artères. Si je n'étouffe pas immédiatement l'incendie qui se prépare encouragé par un ouragan virulent qui n'attends que de pouvoir faire des dégâts.

- Ne prononce pas son nom ... Merde ... je siffle dents serrées. À quoi ça sert qu'on décide de clore le bouquin si tu n'arrêtes pas de me rabâcher l'épilogue encore et encore ? je lui demande en me détachant de son emprise.

- Bordel de merde, Liam ! éclate-t-il de rire en tapant sur la table. Lâche un peu ta tablette et retournes lire le Times, frérot ! On dirait Elly qui parle !

Pas faux.


 Et pas étonnant...

- Bon, parlons plus sérieusement maintenant, déclare-t-il en reprenant son sérieux cérémonial. Tu comptes te jeter à l'eau quand, avec Elly ? Parce que à ce train là, mes couilles seront à la retraite avant que tu n'aies réutilisé les tiennes, vieux !

- Pour se jeter à l'eau, faut déjà que l'eau soit là, Ethan, je lui réponds dans un grognement rauque, ma cage thoracique se compressant dans un étau lourd à sa plaisanterie qui ne contient pas que du faux. Tu veux que je fasse quoi ? Que je l'attende derrière la porte de la baraque avec de la corde et du gros scotch puis que je la menotte à mon lit ? je l'interroge en imaginant néanmoins la scène pendant que ma conscience est à la limite de s'étrangler de rire. Elle me prend déjà pour un putain de dominant psychopathe, sociopathe et schizo, je vais peut-être éviter de lui filer encore des munitions et tout l'armement pour me détester.

- A qui la faute ? Qui lui a sorti le scénario du patron autoritaire et de la fille soumise à son bon plaisir ?

- Ouais, eh bien t'inquiètes pas pour elle de ce côté-là, elle a tellement bien retenu la leçon qu'elle a même dépassé le maî...

Merde.

Ses yeux s'agrandissent. La mâchoire lui en tombe sous mes yeux.

- C'est quoi cette histoire ? s'étrangle-t-il de surprise. T'as recouché avec Elly ? Mais quand ?

Plus le choix.


 Alors je lui explique, presque tout, et constate avec autant de stupéfaction que d'amusement qu'il est capable d'ouvrir la bouche si grand qu'on pourrait y fourrer trois pastèques et le sac à main de Lyanor.


C'est qu'il a aussi retrouvé son sens de l'humour...

 Il avale son deuxième verre de bourbon cul sec après en avoir inspiré les effluves toastés. Prend le temps d'encaisser. Ahuri d'abord, il est ensuite pris d'un rire gras significatif d'une hilarité en marche à mes dépends.

- Bon Dieu... elle m'étonnera toujours. Elle est géniale ! s'exclame-t-il, tellement loin du cliché que tu avais d'elle !

 Il marque une pause.
 Ma tête hoche d'elle-même. Oh oui, c'est un sacré numéro, cette fille. Elle a débarqué. Elle a cligné des paupières, et en une fraction de seconde, sans même réaliser la puissance de son reflex physiologique qui n'avait rien de volontaire, elle a retourné contre moi ma propre guerre, insufflé un nouveau KO dans mon crâne. Parce que c'est elle. Et comme j'étais moi, ou plus vraiment moi, j'ai cramé les ailes d'un ange envoyé pour m'aider, plusieurs fois, jusqu'à ce qu'il ne reste pour rien, qu'elle se retrouve à terre, et pas que physiquement.

Alors oui, je suis un connard. Je mérite de ramer en écho à ce que je lui ai fait. Je suis un connard, en toute humilité, car malgré ce que je lui ai fait, j'ai encore l'espoir fou que je peux tout arranger. Et je suis un putain.de.connard, parce que tout ce qu'elle fait encore, ou ne fait pas, c'est dicté par la souffrance que j'ai causé, à la rancune que je lui ai offert sur un plateau d'argent et que j'arrose d'engrais par mon entêtement à ne pas vouloir lui rendre sa liberté. Par son obstination à être une adversaire à ma hauteur, dans sa résignation face à sa defaite - puisque Lyanor est synonyme de Montagnes Russes émotionnelles- elle a nourrit une renaissance que je n'attendais pas. Elle a tout envoyé chier, flingué ma noirceur, m'a rendu la vue. Elle ne le sait même pas.

- Tu vois, si j'avais pas fait cette connerie, si j'avais pas changé de secrétaire comme de boxer, comme tu dis, on n'aurait pas rencontré Elly, et je n'aurais pas Amélia dans ma vie. Et tu vois, ça, je peux plus l'imaginer... Alors s'il te faut de l'eau pour plonger, de l'eau tu auras, mon frère, m'annonce-t-il en sortant son portable de la poche de son maillot. Ça ne va pas être simple, tu vas boire la tasse, prendre des coups, aussi, mais essaie de ne plus les rendre, par pitié...

 De l'extérieur, les gens pensent que j'ai tout. Mais ils se trompent. Un auteur éclairé a écrit <<Malgré ce que soutiennent les riches, l'argent suffit à faire le bonheur des pauvres ; malgré ce que s'imaginent les pauvres, l'argent ne suffit pas à faire le bonheur des riches>>*
Tout est vrai. L'argent ne fait pas tout. L'argent n'achète pas tout. Et si contre tout ce que j'ai, je pouvais acquérir ce que je n'ai pas encore ce que je convoite, je le ferais. Parce que c'est elle.

 Je suis le roi des connards, mais elle est ma reine de cœur. Ça prendra le temps que ça prendra, mais je saurai lui montrer que de ma folle schizophrénie, il ne reste que celui des deux hommes prêt à se battre pour sa rédemption. Je vais me faire tatouer mon nouveau mantra. Elle pense <<œil pour œil>>. Moi, je vis pour <<coûte que coûte>>.

 J'y laisserai des plumes, oui, mais elle nous a prouvés qu'elle, elle est un Phenix. Qu'elle renaît toujours de ses cendres, de ses chutes. Et elle est mon miroir, alors moi aussi, mon pelage renaîtra, car elle a fait renaître le mort en moi.

 Coûte que coûte, Liam...

Et advienne que pourra !



Note:

* : Citation de Jean D'Ormesson

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