Inversion des Pôles - Partie II

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Elly


Dans le miroir du gigantesque dressing, je regarde une dernière fois mon reflet. J'ai décidé de changer de tenue alors que j'avais déjà passé celle préparée hier soir et m'apprêtais à partir. Mais les mots de mon futur ancien-boss se sont révélés à moi au moment où j'appuyais sur le bouton d'appel de l'ascenseur. "Et si vous pouviez faire un effort sur votre tenue vestimentaire, pour une fois".

J'ai donc bien fait un effort supplémentaire sur ma tenue, aujourd'hui. Ma conscience diabolique acquiesce d'ailleurs à cette idée. Pas qu'elle ... Mon traitement est terminé et pourtant, une idée farfelue danse toujours dans la folie de mes méninges depuis plusieurs jours. Peut-être ai-je encore dans mon sang des traces de médications... Peu importe. J'ai besoin d'éradiquer rapidement ce minuscule grain de sable qui enraye la machine qu'est mon cerveau, ce doute non raisonnable. Un infime grain de sable pourtant capable de vous pourrir une journée tellement il gratte votre oeil et devient obsession. Car c'en est une malgré moi, de comprendre ce qu'il se passe depuis que Fucking PDG a débarqué dans mon studio il y a deux semaines environ. Et plus les jours défilent, plus c'est l'ascension dans l'échelle de la connerie dans ma tête. Alors je vais pouvoir prouver une bonne fois pour toute à mon cerveau un peu trop libidineux qu'il a tort, puis passer à autre chose. Car la Guerre n'est pas finie, et si j'apprends à me connaître depuis que je suis à New-York, si j'ai tourné la page du passé en faisant du regret l'ennemi juré de mon avancement, j'ai découvert que cet homme développe pour lui seul mon sens de la rancune. Je trouverai bien un moyen de le battre à son propre jeu, mais je dois avant comprendre pourquoi il a changé d'attitude si soudainement. Car personne ne fera croire que ce type a été touché par la grâce divine. Il doit bien avoir une autre raison.


***


Les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur un Ethan souriant et un PDG ... aux yeux baladeurs !? Mince IM.PO.SSI.BLE ! Je rêve ? Il semble à un doigt de l'apoplexie ! Qu'il ne compte pas sur moi pour lui faire du bouche à bouche s'il tombe dans les pommes. Hors de question que mes lèvres aillent se promener sur les siennes ! Et vu sa tête, il n'y a pas que là qu'il verrait bien ma bouche, le pervers à tendance dominant. Qui avait raison Elly ? Merde ! Je garde contenance pour ne rien laisser paraître, rappelant à mon sale traître de corps qu'il doit bien se tenir et ne pas jouer les passoires en public. Pour se faire et me défendre du pouvoir qu'il a malheureusement toujours sur mon corps, je choisis l'attaque lui assénant mon regard le plus incisif possible. Histoire aussi qu'il ne s'imagine pas que les choses vont être différentes dans cette tour que dans celle dans laquelle il m'enferme.

Pleurnicheuse.

Toi tu prends parti ! Ok, je vis dans une chambre phénoménale, mais j'avais quand même un toit sur la tête ! Ok il est toujours Canon, on ne peut rien faire pour changer cet état de fait? Saleté de génétique dans cette famille ! me dis-je.

Ethan me gratifie d'un " Bonjour Elly " franc et amical en plus de son sourire Colgate XXL. Je suis certaine qu'il doit être un brun soulagé de me voir ici. Il craignait que je ne change d'avis à la dernière minute et lui fasse faux bon. A vrai dire ... je l'ai bien envisagé, mais l'urgence de ma situation m'a rattrapée. Pas besoin de courir de portes en portes pour trouver un job rapidement puisqu'il y en avait un qui me tendait encore les bras. Très étrangement, puisque rien ne peut jamais être simple, pour m'émanciper au plus vite et quitter le Penthouse de Kavanagh ... je vais devoir retravailler pour lui. Karma de merde, en somme. Ça va aller, Elly.

Les yeux de mon ex Ex-Boss retrouvent comme par magie l'itinéraire des miens, me permettant de mieux respirer. Il me tend une main que je serre plus par politesse qu'envie. Je regrette aussitôt le contact physique établi.

- Mademoiselle Johnson.

- Monsieur Kavanagh.

Mon corps se prend un court-jus digne d'un dessin animé. Ma colonne vertébrale se charge de diffuser l'onde de chaleur à chaque fibre de mon être qui crépite d'une douce excitation, comme si elle jouait les antennes relais. Pourtant consciente que nous sommes dans ce hall comme sous les feux des projecteurs, je ne reprends pas immédiatement ma main et ne le fais que sous l'impulsion du raclement de gorge de mon patron. Le sympa, j'entends. Quand à l'autre, son regard sur moi pendant que je marche devant eux vers le bureau d'Ethan me brûle bien plus que de raison, bien que plus ceux de la dizaine de personnes qui me regardent comme si j'avais quatre têtes et neuf cornes. Oui, j'étais cocue, mais quand même ! Bon, je sais très bien pourquoi ils ont cette réaction. La honte stratosphérique que je me suis prise avant de démissionner était presque à égalité avec le nom du PDG pour que je ne veuille plus jamais remettre un pied ici. Mais encore une fois, Money is Money. Et en ce moment, mon compte est dans le coma. Je vais devoir cohabiter avec lui ... Ici aussi.

Alors qu'il est derrière moi, je peux dire sans erreur où son regard lubrique est en train de se perdre. Je lui dirais bien d'aller se soulager aux toilettes s'il a besoin de libérer certaines tensions dans son pantalon à pinces, mais dès mon retour au bureau, Ethan me ferait encore la morale. Il me trouve trop dure avec Kavanagh, m'a assuré que tout se passerait bien cette fois mais tout de même fait promettre de faire un effort afin d'élargir mon champ de vision qu'il trouve trop étriqué. Bon, je n'ai pas tout compris et il n'a pas voulu m'expliquer, prétextant que je devais me rendre compte de certaines choses par moi-même.

Eh bien on n'est pas arrivées c'est moi qui vous le dis !

Où sont les papiers d'abandon ? Je ne la supporte plus ?!?

J'arrive à deux mètres de la porte d'Ethan quand il interrompt mon avancée par quelques mots sur un ton bien affirmé.

- Nous devons avoir une conversation, tous les trois, dans le bureau de Liam s'il te plait.

Eh merde ! Premier Guet-tapans. Ça va aller Elly. Oui, cette fois, je vais mieux mener mes batailles. Plus qu'à trouver la faille et s'y engouffrer.


***


J'ai beau faire mousser encore et encore le gel douche fruité sur ma peau, rien ne semble vouloir laver mon épiderme des effets des regards de mon boss sur elle. A cette seule pensée et bien que l'eau chaude soit une délicieuse masseuse, un duvet de frisson prend possession de chaque parcelle de ma peau. Je n'ai pas froid non, j'ai encore plus chaud, et ce sentiment est décuplé quand le souvenir de deux billes azur caressant ma silhouette dès qu'elles en avaient l'occasion s'invite à la fête. La raisonnance de ma libido hurlant à l'agonie de frustration est toujours là, rllr aussi.

Ma tête n'est pas si folle, tout compte fait. Il semblerait que malgré la Guerre Froide, il y ait toujours une petite tension sexuelle entre nous dont la flamme n'a pas été soufflée malgré notre moment privé à L.A et le vent polaire qu'il a soufflé encore plus fort sur moi par la suite. Si ça, ce n'est pas la preuve que j'ai besoin d'une thérapie ...Enfin quand je dis moi, je veux dire elle… Moi je vais très bien, merci.

- Arrête de te voiler la face Elly ... je désespère en me rinçant. T'es en manque et pour calmer tout ça t'as plus qu'à étrenner les cadeaux classés X de Mélia ...

Elly ?

- Ou pas !

Je sors à toute vitesse de la douche en dressant mentalement la liste des armes à ma disposition. Toutes mes affaires ont été rapatriées ici. Une rapide recherche dans le tiroir, je trouve exactement ce qu'il me faut : un triangle porte-jarretelles en dentelle noire avec un nœud au creux des reins, les bas noirs assortis, et le petit string qui se noue sur les côtés. Parfait. Encore jamais portés. Je vais bien étrenner quelque chose, mais ce ne sera pas le sex-toy offert par Mélia. Plutôt cette ravissante pièce de chez Aubade. Vilaine Elly !

Oh oui, très vilaine ... !

Séchée, coiffée et fin prête, je passe sur mes épaules un kimono court en soie. Sans me poser plus de questions, je foule le sol des longs couloirs vers une porte de l'autre côté du penthouse. Aucune crainte, pas d'angoisse ni de trac. Après tout, je joue selon ses règles du jeu. Et ce soir, j'ai vraiment très envie de jouer ...

Je frappe franchement, dépourvue de toute indécision. La porte s'ouvre rapidement. La stupeur se lit sur ses traits comme un panneau publicitaire éclairé en pleine nuit. Mais elle ne reste pas longtemps et est presque immédiatement chassée par une émotion bien plus forte. La lubricité prend sa place. Bien, son corps est donc prêt à passer à l'action. Ses yeux bien ancrés dans les miens, j'entends chacune de ses interrogations silencieuses, car ce soir, ma libido semble avoir un pouvoir magique, et je compte bien m'en servir, et ce avant que ma propre enveloppe ne me joue encore un tour. Car bordel, ce type est à tomber ! Nous nous faisons face sans même nous toucher et déjà un doux frisson se glisse aux creux de mes reins prêts à l'action. Des idées plus indécentes les unes que les autres s'affichent devant mes pupilles, j'ai chaud. Très chaud ; alors qu'une partie d'habitude très pudique de mon anatomie est déjà humide de désir. D'habitude, car une fois de plus, je ne me reconnais pas. Mais je suis prête à accepter cette ignorance, pour la bonne cause. L'envie m'enveloppe, me consume rien qu'en ayant posé mes yeux sur lui. Je vais donc joindre l'utile à l'agréable. Ce le sera, je sais de quoi lui et moi sommes capables. Coup pour coup, plus de pitié... et je jubile déjà, ce sera jouissif ...

Alors s'en plus attendre, j'avance mon premier pion, poussée par une mémoire qui décidément m'est toujours aussi utile ...

- Je ne suis pas venue parler boulot Monsieur Kavanagh, d'ailleurs, je ne suis pas venue parler du tout ...

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