Un réveil douloureux

7 minutes de lecture

Elly.

Je me réveille les paupières si lourdes que j'ai un instant un doute sur le fait de ne pas être ensevelie sous des masses de terre ou de parpaings. Mon esprit émerge peu à peu et finalement, ce n'est pas seulement ma tête qui pèse une tonne. Tout mon corps est engourdi et douloureux. Le supplice recommence, ma joue, ma gorge et ma nuque sont envahies par le mal qui irradie, toujours bien présent, comme me rappeler que je n'ai rien rêvé, tout est bien arrivé. Mes souvenirs sont les témoins de la colère qu'il éprouve. Pourtant, c'est lui qui a fauté. Lui qui m'a bien prise pour une idiote. Et pourquoi suis-je polie, en plus ? Cette vie-là est finie, abolie. Pour une conne, il m'a prise pour une conne ! Ce que j'ai du mal à comprendre, c'est son intérêt à faire cela. Pourquoi cette mascarade ? Et pendant si longtemps. Plus de deux ans de ma vie n'ont été que mensonges. Bâtis sur un honteux mensonge emballé dans du joli papier doré. Et alors que je l'en libère ; le laissant ainsi vivre sa vraie vie, il revient à la charge tel un taureau enragé ? Non, je ne comprends pas. Et je ne sais pas si je dois. Peut-être n'y a-t-il rien à comprendre, après tout.

Enfin capable d'ouvrir les yeux, je regrette aussitôt cet effort qui a dévoilé une brèche et permis à une migraine fulgurante de s'y engouffrer. Je sais que je suis allongée, pourtant j'ai la sensation de tanguer, d'avoir le mal de mer. Je tâte autour de moi pour attraper mon portable. Réflexe inutile, je n'en ai plus.

- Quelle idiote !

Ma propre voix m'est insupportable, mon crâne va imploser. La douleur est à peine gérable. La physique, mais aussi celle dans ma tête. Je tente d'empêcher ma mémoire de rejouer la pellicule de l'horreur mais elle est plus forte que moi. Pas parce que je suis plus faible, ou pas seulement. Mais surtout parce que mon cerveau a encore besoin de comprendre, il lui faut ses réponses pour passer à autre chose, et je ne peux pas lui en vouloir. Le problème, c'est que je ne suis pas sûre qu'il y en ait une, de réponse, hormis celle de sa folie qui s'est une fois de plus affichée sous mes yeux hier. Et je remercie le ciel, le destin où quelle que soit l'entité en cause de m'avoir permis de voir la vérité avant qu'il ne soit trop tard.

La chaleur de la pièce me fait revenir au présent. Mes doigts palpent la couette qui me recouvre, ce n'est pas la mienne. Je tente de remettre mes idées en place, en reléguant toutes celles qui s'entrechoquaient encore au placard. J'entre-ouvre un œil, doucement, pour m'habituer à la luminosité de la pièce. Les rideaux sont à demi-ouverts. C'est vrai qu'il fait chaud, ici. Je tente de m'étirer, mais mes muscles hurlent plus à la déchirure qu'autre chose. J'ai l'impression d'être passée sous un bus et qu'un marteau piqueur joue un concert dans mon crâne. Et puisque j'ai une chance de cocu - oui je suis encore plus sarcastique quand j'ai mal - des coups à la porte de la grande pièce viennent accentuer mes maux. La douleur me donne la nausée. Manquait plus que ça à mon bonheur matinal ...

- Elly je peux entrer ?

- Hmmmm ... est la seule réponse qu'il m'est possible de prononcer.

- Tu as bien dormi ?

Je tourne mon visage vers mon hôte me rappelant en même temps où je suis. Ethan me sourit et me montre un grand verre d'eau et de l'aspirine qu'il dépose sur la table de nuit.

- Mon médecin est là Elly, me dit-il doucement comprenant certainement à ma tête de zombie que je ne suis pas en état d'entendre des sons trop violents. Il va t'ausculter.

Je ne crois pas non. L'attention me touche, mais je ne suis pas Rothschild. J'ai un budget à tenir, déjà bien mis à mal ces derniers temps. Je ne peux plus me permettre de dépenses inutiles. Je me relève à la force de mes avant-bras, c'est à dire ... aucune, et Ethan doit passer ses mains dans mon dos pour m'aider.

- Merci, je lui souffle en le regardant tellement honteuse de la situation pathétique dans laquelle je me suis mise. Mais je n'ai pas besoin d'un médecin, je veux juste rentrer chez moi. Pardon pour le dérangement, j'ajoute en retirant la lourde couette douillette qui me recouvrait.

- C'est moi qui m'excuse par avance Elly, me répond-il tout en m'aidant toujours à me lever. Mais je ne te laisse pas le choix, il faut que tu voies un médecin.

Je ne sais même pourquoi je suis étonnée. Après tout, ce type de comportement dominateur doit être un trait de famille, non ? Inscrit dans leur ADN. Bon, je n'ai pas vraiment envie de me disputer avec Ethan qui s'est montré si gentil avec moi hier soir, et a insisté pour que je ne reste pas seule chez moi la nuit dernière. Insisté ? Non, ok. Je n'ai pas eu le choix, en réalité. Mais je ne peux pas lui en vouloir, et ne pas me retrouver seule face à ma solitude dans mon appartement m'a permis de bien dormir, enfin autant que faire se peut. J'ai surtout bien mieux dormi que d'habitude, pour être honnête avec moi-même, malgré cette mésaventure qui a quelque peu perturbé mon sommeil et mes rêves. Sans doute la nuit la plus reposante depuis mon arrivée à New-York.

- Comme tu veux.

Il me tend un long peignoir et je me rends compte que je suis en pyjama devant lui. Je sens mes joues rougir à cette vérité et lui, ça le fait sourire de me voire piquer un fard.

- Je t'ai déjà vue moins habillée que ça ma belle ... me chuchote-t-il goguenard.

- Ethan ! je lui lance en me cachant le visage. Tu veux me faire mourir de honte ou quoi ?

- Oh certainement pas ! Je voulais simplement te faire comprendre que tu n'as pas à avoir honte avec moi Elly, au contraire. Les choses sont claires entre nous et notre amitié me convient, je pense même que c'est la meilleure relation privée que nous pouvons avoir toi et moi, ajoute-t-il en se levant du lit sur lequel il était toujours assis. Mais nous devons néanmoins discuter d'une toute autre relation que ...

- Non, je le coupe. C'est inutile. C'est non.

- Elly, c'est un énorme quiproquo ! s'exclame-t-il en entamant la marche des cent pas à travers la pièce.

Il me regarde, toujours avec le même regard tendre mais je ne changerai pas d'avis. Les choses sont claires, tout a déjà été dit.

- Un quiproquo ? Un quiproquo, Ethan ? je répète à mon tour en haussant le ton alors que ma tête me rappelle que j'ai une migraine dithyrambique. Il n'y a aucun quiproquo Monsieur Walsh! je continue en m'adressant à mon ancien patron puisqu'il souhaite s'entretenir avec son ancienne assistante. Votre PDG est un connard et il me hait ! Il n'a jamais voulu de moi et a tout fait pour que je démissionne, et il a gagné. Il n'y a aucune confusion ou mépris possible sur la situation. J'estime avoir fait mon possible pour supporter le plus longtemps possible les attaques de Monsieur Kavanagh et comme je vous l'ai dit dans mon mail, je suis arrivée au bout du chemin chez vous.

- Merde Elly ! s'énerve-t-il. Arrête de me vouvoyer ! Liam est un abruti, mais je t'assure qu'il n'est pas celui que tu crois !

- Ah bon ? Sérieusement ? ris-je sarcastiquement pendant que je croise les bras face à lui. Il est un plus gros connard encore que celui qu'il m'a permis de voir ? Eh bien qu'est-ce que ça doit être sympa les réunions de famille, chez vous !

- Elly ...

- Non ! Ne vous faites pas l'avocat du Diable Monsieur Walsh, il n'en a nul besoin. Gardez donc votre énergie à défendre sa cause pour votre prochaine assistante, elle a déjà tout mon soutien et je lui souhaite bien du courage ! Ce type est aussi froid qu'un glaçon et

- Est-ce que nous pourrions en parler calmement s'il te plait ? Tu as besoin de prendre du recul, j'en suis conscient, mais nous pourrions tenter de trouver un compromis.

- Nous avons déjà un compromis, je lui signale. Je vois le médecin avant de rentrer chez moi.

Ethan souffle bruyamment plusieurs fois, tourne une fois de plus sur lui-même. Je le regarde faire, je peux presque voir les rouages de son cerveau en action. Une véritable locomotive. Mais cette bataille, il la mène contre un mur et perds son précieux temps. J'en suis désolée pour lui, bien que sa gentillesse et sa sollicitude me touchent sincèrement, une fois de plus. Il finit par se calmer, prend une grande inspiration tout en cherchant à agripper mon regard du sien. Et avant même qu'il n'ouvre la bouche, je sais déjà quels sont les mots qui en vont sortir, je le connais, le patron maintenant. Car c'est bien le chef d'entreprise que j'ai dorénavant en face de moi. Son expression faciale a changé, ainsi que sa posture. Je l'imite, prête à le contrer, bien que mes muscles douloureux me rappellent à leur bon souvenir.

- Alors nous allons devoir négocier, Mademoiselle Johnson.


Annotations

Recommandations

Défi
Aspho d'Hell
Je sais, c'est affreux... désolée Rafi...
17
45
3
1
Line P_auteur
[En cours de republication après correction]


Elle pensait avoir tout prévu ... sauf l'imprévisible !

À vingt-cinq ans, Livia suit un chemin tracé dont elle seule détient la carte.
Abimée par les drames de son passé, elle aspire à une vie calme, ne laisse que peu de personnes entrer dans son cercle et a revêtu depuis longtemps un masque pour se protéger.

L'amour ? Pas pour elle; elle le fuit comme la peste, persuadée qu'elle gagnera toujours sa partie de cache-cache avec Cupidon.

Une meilleure amie, un week-end au pied levé à l'autre bout du monde et une dose d'alcool de trop, c'est la recette idéale pour que tout bascule ...

Star de cinéma mondialement connu, Hayden Miller entre dans sa vie telle une tornade inattendue. Entre attirance, rejets, nuits torrides, non-dits et secrets, leur petit contrat amis avec bonus; va raviver son corps et pourrait bien devenir quelque chose de plus ... à condition de s'en rendre compte.

Qui ouvrira les yeux en premier ? Les dangers sont-ils toujours les plus évidents ? Mais surtout ... Toutes les promesses sont-elles faites pour être tenues?

Quand le passé entache le présent, peut-il y avoir un avenir ?

Et si commencer par la fin était finalement la meilleure voie pour trouver son chemin ?


Contient des scènes à caractère sexuel.
Public averti : +18 ans
Copie interdite


TOUS DROITS RÉSERVÉS©
Plagiat interdit selon Article L335-2, Modifié par LOI n°2016-731 du 3 juin 2016 - art. 44.

Tous Droits Réservés
Œuvre Protégée
1104
227
451
1165
Line P_auteur
Quand Rose, jeune femme intrépide et un brin grande gueule fait ses valises un beau matin pour partir s'installer à l'autre bout du monde sans se retourner, elle sait ce qu'elle quitte, mais ne se doute pas un seul instant de ce qu'elle va trouver, là-bas. Pourtant, elle n'a pas choisi sa destination par hasard, mais rien ne l'avait préparé à un tel choc. Littéralement. Un camaïeu de couleurs, de gens, de cultures, perdu entre terre et montagnes, passé et présent, qui renferme bien plus de secrets que de réponses qu'elle n'était venue en chercher ; et pas que ...

Alors qu'elle pensait pouvoir se faire discrète, Rose s'aperçoit avant même son arrivée que ses prévisions étaient trop téméraires quand on a l'ambition de mettre les pieds dans une ville où même les roues ont des yeux et des oreilles. Une voiture capricieuse qui la lâche au mauvais moment et c'est la première secousse de son séjour pas réellement entamé, qui détruit définitivement son doux espoir d'anonymat. Une collision "titanesque" dont les tremblements ne sont pas que ceux de la tôle froissée.

A la tête des Dark Evil Lions, les bikers protecteurs de la cité, le ténébreux Titàn est l'incarnation même de l'attirante menace. Celle qu'on sait être agressive et prête à tout pour gagner, mais que l'on ne peut s'empêcher de vouloir toucher car irrésistible, et dont l'apparence n'est qu'une partie de la véritable valeur.

Accaparés par deux quêtes différentes, ils s'affrontent, se repoussent, se désirent, se haïssent, jusqu'à ce que la faucheuse elle-même ne sorte de l'ombre pour pointer de son outil aiguisé une question que nul ne se serait jamais posé: Qui est réellement pour eux, le plus grand spectre du danger ?

Doit-on vivre par amour, ou mourir pour lui?

Contient des scènes à caractère sexuel explicit
Public averti
Copie interdite, y compris utilisation des personnages dans d'autres œuvres

TOUS DROITS RÉSERVÉS©
Histoire protégée

Plagiat interdit selon Article L335-2, Modifié par LOI n°2016-731 du 3 juin 2016 - art. 44.
509
64
29
603

Vous aimez lire Line P_auteur ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0