Eyes of the Tiger

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Liam


Ma tasse de café à la main, je m'avance dans le couloir où les signes de têtes pour me saluer n'en finissent plus. Je repère celui à qui je dois parler avant le début de notre périple de la journée, et en aparté, de préférence. Je m'avance vers lui, patiente à une distance raisonnable qu'il finisse son appel. Je consulte mes derniers mails, réponds aux deux plus urgents dont un d'Ethan.

Ethan ... Je m'excuse intérieurement auprès de lui, mais je n'avais pas le choix. Je devrais également m'excuser de la cachoterie que je vais lui faire, mais la fin justifie les moyens. Et je n'ai aucun doute sur le fait que la fille ne lui dira rien. Elle n'osera jamais. Je peux au moins avoir confiance en elle pour ça, notre secret sera bien gardé.

J'essaie de ne pas penser à ce que j'ai fait, depuis que j'ai quitté sa chambre en catimini après qu'elle se soit endormie. Je suis descendu à la salle de sport de l'hôtel puis j'ai lu plusieurs rapports totalement inintéressants que m'avait transmis hier Aaron -mais il m'avait prévenu de leur contenu soporiphique - et je n'ai réussi à dormir que deux heures, tout au plus. Pourtant, ce matin, je me sens ...

- Eh bien, tu as passé une bonne nuit on dirait Liam! m'aborde Eddy avec une main sur mon épaule.

Il n'a pas idée ...

Non, personne n'a idée de la nuit que je viens de passer.

- Oui, et elle m'a porté conseil, je lui réponds en m'éclaircissant la voix virbrante d'un repend que je lui dois. Eddy, je te dois des excuses pour ce que je t'ai dit en début de semaine, j'ai conscience que je suis allé trop loin et mes mots ont évidemment dépassé ma pensé.

L'ami de toujours de mon père hoche la tête mais ses yeux m'analysent d'un regard circonspect. Je ne peux pas lui en vouloir, pourtant je suis on ne peut plus honnête, et désolé d'avoir dépassé les bornes. Il avait raison, ce n'était pas moi, j'amais je ne lui avais parlé ainsi.

- Es-tu malade Liam ? se moque-t-il finalement avant de se mettre à rire franchement.

Non, je ne suis pas malade, mais je suis capable de m'excuser lorsque j'ai dépassé les bornes ... En mettant ton égo de côté, me souffle ma conscience. Et Dieu seul sait à quel point il va falloir que je fasse amande honorable dès que j'en aurai l'occasion pour purger mon pêché. Mais tout rentre enfin dans l'ordre et sera vite oublié. Par tout le monde, y compris Ethan.

- Non ...

- Je te taquine fiston ! Néanmoins, il continue sur un ton bien plus grave, je ne m'excuserai pas pour ma part de t'avoir secoué les puces Liam. Je respecte le patron, m'affirme-t-il les yeux dans les yeux, je sais de quoi tu es capable, de quoi vous êtes capables Ethan et toi. Vous irez loin, mais n'oublie jamais que le patron n'est qu'une partie de l'homme, et non pas le contraire. Je sais qu'il faut vivre avec son temps et que je suis de la vieille école, mais ni ton père, ton oncle ou moi n'avons jamais été injustes envers nos employés, et il me semble que c'est pourtant une qualité qui doit traverser les époques, Liam. Alors écoute le vieux singe que je suis, à l'avenir réfléchis bien avant de laisser les mots quitter ta bouche. Ils peuvent être bien plus blessants que ce que tu ne l'avais souhaité et surtout, leurs effets pourraient avoir des conséquences non voulues. Prends le temps de prendre du recul, d'accord ?

J'acquiesce sans un mot et le suis jusqu'à la salle de réunion. Je sais que quelque part, il n'a pas tort. Mais il n'a pas vécu lui ce qu'Ethan et moi avons subi à notre prise de poste il y a cinq ans. Il nous a fallu nous affirmer afin de prouver à tous que notre légitimité ne résidait pas dans notre nom de famille, contrairement à ce que beaucoup se sont plus à dire. Et nous endurcir plus que nous ne l'étions déjà, aussi. Nous passons la porte, saluons quelques personnes se trouvant à l'entrée, puis je me dirige à ma place habituelle tout en consultant vaguement mon agenda, quelque peu perdu dans mes pensées. Mais mes yeux, eux, sont toujours aux aguets, et ce qu'ils captent me fait me questionner un instant sur ma santé mentale. Car ce que je vois ne peut être autre chose qu'une hallucination. A plus forte raison quand ils analysent plus attentivement ce qui effectivement, ne devrait être qu'un mirage.

Elle est là, aucun doute, et mon regard est loin d'être le seul à l'avoir remarquée. Et non seulement, elle est bien ici, dans cette salle de réunion, mais en plus, elle a laissé tomber les pantalons qu'elle porte habituellement avec des chemises ou hauts qui ne dévoilent presque rien d'elle pour les troquer ce matin contre une jupe crayon blanche à taille haute qui la moule comme jamais encore, et un chemisier sans manches noir à points blancs, au décolleté en V qui n'a absolument rien de catholique et dont le tissu est si fin que je vois d'ici qu'elle porte un body en dentelle noir en dessous.

Putain dites-moi que c'est pas vrai !

D'accord ... Je lui ai dit de faire un effort sur sa tenue vestimentaire d'aujourd'hui, mais c'était uniquement pour la pousser à bout dans la voiture hier. Il n'avait jamais été question dans ma tête qu'elle soit encore là aujourd'hui ! Bon sang ! J'étais persuadé qu'en voyant le billet d'avion ce matin, elle n'oserait pas se pointer ici ensuite ! Mais elle est là, son blazer blanc assorti à sa jupe dans une main, son sac de travail dans l'autre. Elle est là. Habillée comme ça ...

Comme tu le lui as demandé, idiot ! Tu voulais qu'elle soit dans le moule ?

Je ne voulais rien du tout si ce n'est qu'elle foute le camp ! Bon, tout bien réfléchi, je dois bien admettre qu'elle s'est toujours montrée la plus professionnelle possible, je ne devrais donc pas être étonné qu'elle ne soit pas partie en courant et qu'elle ait les couilles de s'être pointée pour sa dernière journée de boulot. Elle aurait très bien pu prétexter être malade, et je n'aurais rien trouvé à y redire, pas même pour la rabaisser une ultime fois avant son départ. Ethan n'aurait jamais rien su de la supercherie qu'aurait été ce vilain mensonge. Cela aurait simplement été un secret de plus entre elle et moi. Mais non, la fille est bien là, sous mes yeux qui refusent de la quitter. Je suis sûr qu'elle sent mon regard sur elle, mais elle n'en montre rien. Elle m'ignore superbement, et c'est exactement ce que je vais faire, moi aussi.

Allez Liam, plus que quelques heures, et tout sera fini ...


***


Nouveau coup d'œil à ma montre. 12h35 à peine. Décidément, le temps a changé de rythme aujourd'hui. Les secondes semblent durer des minutes, les minutes des heures. Ma patience est mise à rude épreuve et j'en deviens irritable. Plus que d'habitude, j'entends.

- Bien, allons déjeuner ! s'exclame Vans qui lui a une horloge connectée à son estomac.

Personne ne trouve rien à y redire. Chacun se lève, enjoué. Y compris moi qui décide de faire un effort le temps de la pause et tape en quittant la pièce un message à Neve en réponse à plusieurs qu'elle m'a envoyés. Mais ça, c'était avant. Avant que je ne la voie devancer le groupe en riant avec l'assistante d'un des investisseurs, et un type dont je n'ai pas retenu le poste.

- Mademoiselle Johnson ? Puis-je savoir où vous courrez comme ça ?

Ma voix lui parvient et domine toutes les autres aux alentours. Elle interrompt sa marche et se tourne vers moi en me lançant un regard interrogateur.

- Comme tous les midis, je vais déjeuner Monsieur, me répond-elle d'un ton sec. Et si vous avez encore un doute sur le fait de pouvoir me priver de mon temps de pause ou de mon repas, je vous conseille de relire mon contrat ou bien de poser la question à vos avocats. Sur ce, bon appétit.

Et elle se barre. Juste comme ça. Elle me tourne le dos alors que je lui avais très clairement interdit de le faire et reprend sa marche et sa conversation comme si de rien n'était.

- Je l'aime bien moi, cette petite ! raille Eddy en me tapant dans le dos. Ne faites pas cette tête Monsieur Kavanagh, vous l'avez cherchée toute la semaine ... Et puis à vrai dire, une femme de caractère c'est exactement ce qu'il faut à un tel poste !

Oui, et je l'ai trouvée.

Dernier jour Liam, dernier jour ... je me motive pour ne pas exploser.


***


22h17. Le jet atterrit et sitôt la porte ouverte je me précipite vers la sortie, pressé de retrouver le havre de paix qu'est mon appartement. Ma voiture et mon chauffeur sont là, mais celui que je ne m'attendais pas à voir en revanche, pas ce soir du moins, c'est Ethan, qui s'approche rapidement de moi. La mine réjouie qu'il affichait au départ se rembrunit au fur et à mesure qu'il s'avance en regardant derrière moi. Puis il se fige en croisant les bras sur son torse. Merde.

- Elle est où ?

- Qui ? fais-je mine de ne pas comprendre.

- Ne te fout de ma gueule Liam ! Où est Elly ?

C'est le moment de bien la jouer, Liam, me dis-je

- Elle a pris un vol plus tôt que moi, elle doit déjà être bien au chaud chez elle ne t'en fais pas.

Et elle va y rester, mais je ne peux pas le lui dire. Il le comprendra par lui-même lundi matin. Et heureusement, je serai loin.

Quel courage ...

Je le contourne mais il me rattrape et s'agrippe à mon bras.

- Elle a pris un vol de sa propre initiative ? Avec son argent ? Pour ne pas se retrouver seule avec toi dans un jet privé à plusieurs millions de dollars ? Tu te fout de ma gueule là ! Qu'est-ce que tu as foutu Liam !

Sérieux mais qu'est-ce qu'il a avec cette fille ? Non, je retire.

- J'ai bien entendu payé son billet Ethan, mais j'avais un rendez-vous privé - et je ne mens pas, je l'ai pris après, mais nul besoin de le lui dire - alors je me suis dit qu'après la semaine qu'elle venait de passer, elle pouvait rentrer plus tôt. Merci de te préoccuper de moi, au passage. Je vais bien, merci.

Et plus vite aussi. Il fallait qu'elle parte, vite.

- Ok, excuse-moi d'avoir été suspicieux. Bon ! se frotte-t-il les mains. On va fêter ton retour parmi nous vieux, les gars sont dans la voiture !

Oui, moi aussi, j'ai un truc à fêter ...

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Plus la peine de vous faire un laïus sur le 4 mains, hein ?
Avec Lecossais, on a remis ça, encore et encore. Cabrel dirait : c'est que le début, d'accord, d'accord, d'ailleurs ;)

Bonne lecture !
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