Bruits

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Elly


Six semaines plus tard


- Mais non Mélia je ne t'en veux pas, je suis juste un peu déçue mais je suis super fière de toi ! Tu mérites amplement ce séjour, tu vas tout déchirer et nous pondre un super reportage dont toi seule a le secret.

- Ce n'est que partie remise Elly, et je te ramènerai plein de super trucs de Londres tu vas voir ! s'exclame-t-elle à l'autre bout du fil.

- Ok Mélia mais ce n'est pas parce que tu vas au Salon du Mariage que tu dois me rapporter quelque chose en rapport avec le mariage, je lui précise en faisant la moue. Au contraire, je ne veux rien qui a un rapport avec ça ! Ou alors des dragées aux amandes, mais QUE ÇA, je pouffe en pensant à la délicieuse friandise.

Tout est bon pour éloigner le goût amer de la trahison.

- Oui mon capitaine ! acquiesce cette petite folle de globe-trotteuse. Et sinon, c'est toujours la Guerre Froide avec Iceberg PDG ?

Oh non... elle a osé ! Et moi j'ose à peine tourne la tête pour jeter un oeil sur M.Walsh qui est assis à moins de trente centimètres de moi, à l'arrière de sa très luxueuse berline qui nous ramène à la tour KMC. Merde ... il a entendu. Les yeux d'abord écarquillés il finit par me sourire en remuant sa tête de droite à gauche, amusé, avant de souffler en levant les yeux au plafond. Je hausse légèrement les épaules pour lui signifier que je ne regrette en rien ce surnom. Même s'il s'agit aussi d'un membre de sa famille, ça lui va comme un gant sur mesure.

- Elly ? Tu es toujours là ?

- Oui, mais je n'étais pas seule Mélia, mon patron aussi t'a entendu. Enfin le sympa, je souffle avec un clin d'œil de connivence envers celui qui se tient à mes côtés, et qui sourit de plus belle, ravi du compliment. En même temps mieux vaut celui-là que ceux dont est affublé Iceberg PDG. Et pas que par toi Elly.

Depuis que j'ai repris mon poste auprès de M.Wash, nous avons réorganisé nos manières de travailler, seuls ou en binôme. Pour gagner du temps, être plus efficaces, ensemble mais aussi séparément. J'ai parfois encore un peu de mal à ce poste car comme je le lui ai expliqué lors d'une de nos longues discussions, moi j'ai étudié le marketing. Et bien que je ne lui ai pas tout raconté de ma vie - seulement ce qui a, selon moi, un intérêt pour le travail -, j'ai été parfaitement honnête en lui avouant que cette voie m'avait été imposée par mes parents. Je n'ai pas fait le parcours d'une assistante de direction, ni d'une secrétaire. Je ne connais pas grand-chose aux médias, ni à l'ingénierie ou aux télécommunications, alors les choses ne sont pas toujours simples à suivre ou comprendre. Mais Ethan Walsh est un homme patient, qui prend même du temps pour m'expliquer et m'apprendre. Il est tout le contraire de M.Dickman. Sympathique, drôle, franc, pédagogue et très intelligent. Tout le contraire aussi de notre grand patron.

Depuis six semaines, je ne l'ai pas beaucoup croisé. Merci à la divine providence !

Je suis partie une semaine à Tokyo avec M.Walsh - je n'en reviens toujours pas ! - puis une semaine sur la côte est. Quant à M.Kavanagh, il a lui fait la tournée de plusieurs succursales à travers le pays. Nous ne nous sommes que peu côtoyés. Mais à chaque fois qu'il a fallu que nous supportions la présence de l'autre, c'était électrique entre nous. Une tension digne des plus grandes centrales nucléaires. Il ne rate pas une seule occasion de m'envoyer des piques ou de me recadrer comme si j'étais une enfant de six ans, et je n'en manque pas une pour envoyer paître son arrogance dans un champ d'orties. J'avais prévenu M.Walsh dès mon retour : je me contiens par respect envers mon supérieur hiérarchique, Iceberg PGD donc, mais jusqu'à un certain point. Et le problème avec Liam Kavanagh, c'est qu'il me fait décoller au quart de tour. Out le diesel, avec lui je suis un moteur à essence. Mais malheureusement pour moi, la combustion n'est pas que dans ma tête. Ce type me rend dingue, corps et âme ... je vais finir dans un hôpital psychiatrique atteinte de schizophrénie aiguë. Ce sale type à la gueule d'ange et au physique d'athlète chauffe ma tête autant que mon bas-ventre. C'est irritant et ... pathétique. Pathétique parce que je ne comprends pas ce qui cloche chez moi. Et que lui et moi, c'est le feu et la glace, l'un est dangereux pour l'autre et réciproquement.

Nous sommes de deux mondes différents mais même si entre ces murs ils se côtoient, même si lui sera toujours plus fort, je refuse de plier sous le poids de sa vanité. Je peux encaisser ses remarques sur mes fringues, mes chaussures, mon âge, mon ignorance sur certains sujets et même ma manière « infantile de parler tout droit sortie d'une cour de collège », comme il dit. Je peux soutenir ses regards véhéments ou dédaigneux tout comme je suis capable de les ignorer. Et c'est surtout le deuxième cas qu'il ne peut supporter.

Car Monsieur Ego ne supporte pas d'être ignoré.

Monsieur Ego aime être regardé, admiré parce qu'il sait qu'il plait j'en suis convaincue.

Monsieur Ego aime être craint car c'est lui le patron, et il aime nous le rappeler. Souvent, très souvent. Et toute occasion est bonne à prendre. Je me demande d'ailleurs s'il ne se félicite pas chaque matin d'être lui quand il regarde son idyllique reflet dans le miroir de sa salle de bains ...

- Bon Elly il faut quand même que je te dise ...

- Non je ne veux pas savoir Amélia. Je m'en fiche et ce n'est pas le moment-là.

J'espère qu'elle va comprendre l'allusion...

- Elly, tes parents polluent ma boîte mail et je ne suis pas en train de me plaindre ma chérie, ce n'est pas un problème, mais je voulais que tu le saches. J'ai bloqué leurs numéros comme tu me l'as demandé mais ta mère m'a appelé d'un autre numéro et même Cooper m'a contactée ...

- Amélia, je lui souffle lassée et gênée d'avoir cette conversation maintenant- encore-, je vais voir ce que je peux faire pour ma mère et pour Cooper, qu'il aille au diable cet enfoiré !

Oh non, ça recommence. Tourner sept fois sa langue dans sa bouche on a dit Elly ! je me fustige silencieusement.

- TU PARLES D'UN ENFOIRÉ TOI ! s'écrie-t-elle soudain m'obligeant à éloigner mon téléphone. C'EST JUSTE UN SALE PUTAIN D'ENCULÉ A QUI JE DEVRAIS FAIRE CE QU'IL T'A FAIT AVANT DE LUI COUPER LES COUILLES ET DE LES LUI FAIRE BOUFFER JUSQU'A CE QU'IL S'ETOUFFE AVEC ! (...) Oups ! dit-elle après un court silence. Bon Elly, on se parle plus tard, je dois filer, bisoussss, je t'aime !!!!

- Votre amie part en Europe ? me demande M.Walsh sitôt mon portable personnel rangé, sans faire allusion au coup de gueule de mon ami qui me donne envie de me téléporter aux portes de l'enfer.

- Oui, Londres, je lui réponds en soupirant.

Je n'ai pas menti, je suis déçue, je n'ai pas vu Amélia depuis plus de deux mois, depuis que je suis à New-York. Mais d'un autre côté, je suis encore une fois soulagée de ce contre-temps.

- Vous ne connaissez personne à New-York Elly ?

Oui, ça aussi, ça a changé, il m'appelle par mon prénom.

- Non Monsieur. Pas encore, mais ça n'est pas grave vous savez, mieux vaut être seule que mal accompagnée, je l'ai trop appris à mes dépens.

Il fronce les sourcils, je sais pourquoi et comme c'est de famille, il ne manque pas l'occasion de me reprendre.

- Elly je ne sais plus quoi faire ! Je m'appelle Ethan, dois-je le faire noter dans votre contrat de la semaine prochaine ? Que vous devez vous aussi m'interpeller par mon prénom ? Je le ferais, vous savez ?

- Ce n'est pas une mauvaise idée Monsieur, je lui dis d'une voix peu assurée en sortant ma tablette de mon sac de travail. Ce n'est pas contre vous, c'est juste que je n'y arrive pas, je lui avoue. Ça ne me dérange pas que vous m'appeliez Elly, au contraire je préfère, mais la réciprocité est étrange pour moi.

- Elly, est-ce que cela a un rapport, de près ou de loin précise-t-il en m'ôtant mon outil de travail des doigts, avec les bruits de couloir ?

OH MON DIEU ! Je vais mourir de honte ! Il est ...

- Oui, je suis au courant, je suis au courant de tous les bruits, j'ai des oreilles partout.

- Et des espions ... je murmure plus pour moi que pour lui, ce qui lui arrache un petit rire.

- Je vais m'occuper de ces ragots de bas étages et ...

- Non ! Non ! Si vous leur donnez de l'importance, ça risque d'être pire.

- Vous vous trompez Elly, ce qui est pire selon moi, c'est que les gens se plaisent à colporter de fausses informations qui dévalorisent votre travail et la raison pour laquelle vous avez ce poste. Alors je vais m'en occuper, car bien que nous ayons une branche Production, m'explique-t-il en me regardant droit dans les yeux, il n'y a pas dans mes locaux de N.Y de service scénaristes. Et j'abhorre ce genre de personnes prêtent à tout pour dénigrer le travail d'autrui. Nous sommes une équipe, nous portons des valeurs et j'entends que tous mes collaborateurs, quel qu'en soit le poste et le grade, les respectent et les chérissent, ici ou dans un autre Etat. Et Liam a la même position que moi sur cela, alors nous ferons le nécéssaire. D'autant plus que vous êtes mon assistante et bien que je m'en moque complètement soyons bien clairs, en parlant de vous ils parlent aussi de moi, leur patron, et c'est en ce sens que je vais tourner la chose.

On oublie l'idée d'aller se cacher en mode téléportation. Là, je veux mourir. Oui, je dois pouvoir sauter de la voiture en marche. C'est une idée, non ?

- Elly ? Pourquoi faites-vous cette tête ? Tout va bien ?

- M.Kavanagh est donc aussi au courant de ces ragots Monsieur ?

Il plisse de nouveau les yeux en serrant les lèvres, m'observe deux ou trois secondes avant de répondre.

- Oui.

- Oh non ... je souffle en me cachant le visage de mes mains, il va s'en servir contre moi c'est sûr ! Et pire encore Elly ...

J'accroche mon regard au sien qui semble compatissant en priant pour qu'au moins l'autre glaçon ne m'ait pas pris pour ce que je ne suis pas, et presque en chuchotant, honteuse, je lui demande :

- Est-qu'il pense lui aussi que j'ai ... enfin que ... nous ... que vous et ...

Rouge pivoine, ou coquelicot, ou cramoisie ... ce doit être la couleur de mes joues en ce moment. Mon estomac se tort et se retourne et la bile me remonte. Je peux accepter bien des choses, mais pas d'être prise pour une salope opportuniste au plus haut niveau de la société pour laquelle je travaille. Mes collègues qui me regardent de travers depuis que je suis revenue, je m'en fiche. Je suis chez KMC pour travailler, pas pour me faire des amies ou amis. Enfin heureusement je peux toujours compter sur le soutient d'Aaron. Les rires qui fusent sans discrétion dans les couloirs et à plusieurs étages de la tour, je m'y suis accoutumée, mais le PDG avec qui je suis en guerre froide, je ne peux pas. C'est la honte suprême !

- Est-ce qu'il pense que vous et moi avons couché ensemble ? sourit-il aimablement. Pour être honnête avec vous, il l'a cru, la première semaine Elly, mais non, Liam ne pense plus une telle chose et d'ailleurs il sait très bien que notre relation est professionnelle et platonique, ne vous en faites pas. Et s'il ose vous faire une remarque désobligeante pour vous faire enrager sur la nature de nos relations, je vous demande de ne pas le louper et surtout Elly, surtout, de m'en parler. Je peux accepter votre petite guerre qu'il a lui-même ouverte je le sais, ça pimente mes journées m'avoue-t-il, mais j'ai moi aussi mes limites, et ce genre de choses, c'est catégoriquement non, ok ?

- D'accord Ethan, merci je lui souris en m'apercevant de ce que je viens de faire en voyant son sourire s'agrandir jusqu'à ses oreilles.

- Alléluia on avance ! tape-t-il dans ses mains. Bon sinon, j'ai quelque chose à vous proposer ...

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