Surprises

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Elly


Heureusement que nous ne sommes pas dans un cartoon, sinon j'aurais une ampoule allumée au-dessus de ma tête, dans une grosse bulle pour traduire ce que je viens de comprendre : « Vous m'enlevez une belle épine du pied ... » m'a dit au téléphone Mme Darmont. Et je crois bien que par

« épine » elle voulait dire « toute une forêt ».

Hier matin, je me suis ruée dès la première heure dans un fast food pour pouvoir récupérer mon contrat sur ma boîte mail, et j'en ai profité pour faire des captures d'écran de l'itinéraire pour rejoindre mon nouvel emploi : un garage qui a besoin d'une nouvelle sécrétaire-comptable-assistante de direction-femme de ménage. Heureusement que je ne dois pas aussi avoir des connaissances en mécanique ...

Donc pour en revenir à l'Amazonie plantée dans le pied de cette plus si gentille Madame Darmont, je crois que je viens de comprendre le sens pas si caché de ses paroles. Ce quartier craint ... Même un aveugle le verrait. Ou le sentirait. Enfin c'est surtout ce bloc d'immeubles qui sent la vieille urine macérée au soleil. Et s'il n'y avait que ça.

Je me suis déjà faite aborder cinq fois, sifflée par des types qui pourraient postuler sans CV pour être les gardes du corps du pire des mafioso et doivent avoir déjà visité une cellule de prison. Puis un énergumène que personne n'a prévenu de l'existence des dentistes - et du dentifrice - m'a proposé une petite fiole d'héroïne liquide ou « un tout autre liquide tout chaud qu'il pourrait me fournir gratuitement et directement en bouche ... ». J'ai failli rendre mon petit déjeuner. Je suis bien contente qu'il n'y ait pas de dress-code imposé cette fois, car si j'avais dû en plus me trimballer en talons hauts ... non je n'ose pas imaginer.

Ce matin j'ai enfilé mes bottines Camel, mais demain je viens en baskets ! Et d'ailleurs cette histoire de combinaison de ski à laquelle je pensais il y a encore quelques jours pour me protéger du froid, je la ressors du placard et je lui trouve une nouvelle utilité : protection corporelle intégrale !

Oui, je suis folle. Mais pas tellement quand on voit ce que j'ai sous les yeux.

— Yo ma jolie ! T'es nouvelle toi ! T'es bien gaulée tu me plais. Viens par là qu'on cause ensemble tous les deux entre nous.

« Qu’on cause ensemble tous les deux entre nous » . Oui eh bien on en reparle le jour où Mister Ultra-Tattoué-Ultra-Effrayant aura appris à parler correctement. C'est à dire à peu près dans 476 ans. J'ai pourtant bien vu des écoles ... Ils ont tous eu une autorisation d'absence prolongée dans leur enfance ou quoi ?

— Merci de votre proposition mais je dois aller travailler, passez une bonne journée ! je lui lance en accélérant le pas autant que possible.

J'arrive enfin à destination, à bout de souffle d'avoir presque couru les dernières minutes, mon plan papier de New-York et ses quartiers à la main que je m'étais finalement décidé à acheter. Je me fige devant la vieille façade blanche et bleu qui tombe en ruine et dont tout le bas et tagué. Et pas par un véritable artiste de rue qui aurait pu être l'auteur d'une des magnifiques fresques que j'ai vues dans un autre quartier il y a quelques jours.

Non ici c'est ... hmmmm ...ce qui me vient est que même un mur de toilettes de prison porterait plainte pour atteinte à son intégrité s'il avait été repeint ainsi... Le large rideau de fer rouillé à moitié ouvert, une immense cour sur la droite du bâtiment remplie de voitures - pour ne pas dire d'épaves - est clôturée par un muret de briques rouges surélevé de hauts barbelés. Entre le rideau et cette fourrière digne d'un film d'horreur se trouve une vraie porte, avec en lettres écrites à la peinture le nom de ce charmant Garage. « Best VH Garage».

— Qu'est-ce que ça doit être les autres alors ... je marmonne dans mon écharpe.

Pas assez bas finalement puisque quatre dobermann se mettent à aboyer -hurler comme des loups enragés- derrière la clôture à moins de soixante centimètres de moi. Je crois mourir de peur face à ces bêtes qui semblent vouloir me croquer. Ils ont réellement quelque chose à protéger dans cette décharge de ferraille sur roues ? Drogue, armes à feu ... énumère ma conscience.

Je me décide à entrer pour me mettre à l'abri de tous ces dangers. Un comptoir vide dans une petite pièce d'une dizaine de mètres carré. Mais une sonnette comme dans les motels. Je sonne une fois. J'attends. Je regarde ma montre. 8H42, je suis un en avance, mais il y a forcément quelqu'un puisque tout est ouvert. Mon regard scrute l'endroit : sur la gauche, une porte menant à l'atelier que j'ai aperçu depuis le trottoir. Au fond de cette pièce qui me cachent des molosses et dont les murs sont recouverts aussi bien de poussières de toiles d'araignées que de calendriers de playmates nues, une vieille verrière dont les carreaux sont sales depuis au moins le krach boursier de 1929. Je pense que le bureau se trouvent la-bas. Je sonne une deuxième fois.

— Ça va j'suis pas sourd ! s'égosille un homme à la voix rocailleuse depuis l'atelier.

Okay ... donc j'attends qu'il se décide à venir jusqu'à moi. Et le « il » devient « ils » quand ce n'est pas un mais quatre hommes qui se présentent face à moi. Trois sont en bleu de travail -enfin je suppose que ces choses ont un jour dû être bleues ... - et le quatrième que je suppose être le patron est lui en civil et relativement propre sur lui. Autant que faire se peut, quoi. Ils me regardent tous les trois comme un lion affamé regarde une jolie petite antilope et je commence soudain à regretter les regards salaces et appuyés de M.Dickman. Je n'ai pas le temps de me présenter que les joyeusetés sont lancées :

— Eh bien, eh bien ! dit le plus massif des quatre, cigarette au bec, la semaine commence bien on dirait. Elle vient d'où comme ça la p'tite demoiselle ? Elle s'est perdue ?

De là où vous ne venez pas apparemment ... UNE SALLE DE BAINS ! Je me suis peut-être perdue mais lui, c'est clairement le savon qui est parti en courant pour le fuir ! Ne craque pas Elly !

— Pourquoi elle s'rait perdue la mignonne ? lance un autre en s'approchant de moi. Elle doit avoir un tuyau à entretenir, non ?

Oui, mais pas un où tu pourras aller, c'est sûr ! Je tente de respirer calmement avant de me lancer sans me démonter. Je dois me rappeler pourquoi je suis là, pourquoi j'ai traversé le pays, mais surtout ...

Boulot = salaire = loyer payé = courses

Boulot = salaire = loyer payé = courses

Boulot = salaire = loyer payé = courses

— Bonjour Messieurs, je réussis à articuler clairement en regardant le mieux vêtu des quatre. Je suis Mademoiselle Johnson, je suis envoyée par Madame Darmont de l'agence d'intérim I-ManhatanD&W.

Je crois qu'un miracle se produit sous mes yeux : ils se sont figés. Ou alors ils se demandent qu'elle goût j'ai ... Mais cela ne dure malheureusement pas plus d'une dizaine de secondes. Deux des quatre ont leurs mains qui se baladent à un endroit où j'ose espérer le savon est déjà allé plus que le dentifrice sur leurs dents cariées et jaunies par le tabac, puis celui que je pensais à juste titre être le patron prend la parole en me tendant la main.

— Eh bien elle ne s'est pas moquée de nous la Darmont !

Non, pas de vous ...


***


Je clos un nouveau classeur dans lequel j'ai rangé par mois puis dates toutes les factures de l'année précédente en me demandant ce que fait l'assistante attitrée de ce charmant commerce de ses journées. Pas le ménage, c'est évident, ni le tri et le classement. Ce bureau, c'est une véritable zone de guerre administrative. Il y a de tout, de partout et n'importe comment : des simulacres de factures clients griffonnées sur bout de papier et tamponnées sommairement, des fiches de paie éparpillées, des bons de commande dont certains dataient d'avant ma majorité, des journaux people et porno, des listes de courses alimentaires et de produits pour le garage. J'ai même trouvé deux boîtes de préservatifs et un string - qui sommeille maintenant au fond de la poubelle - et d'autres documents dont je ne sais que faire. J'ai ainsi très logiquement créé un classeur "Trouvailles à reclasser ".

C'est donc le cinquième classeur que je range sur l'étagère que j'ai préalablement nettoyée. Deux gros sacs poubelle noirs me regardent en coin. Oui je sais, je vais devoir vous prendre un camarade, vous êtes pleins ...

Je regarde l'avancement du chantier en cours : je suis plutôt satisfaite de moi. Le vieux tas de bois qui fait office de bureau est propre est rangé. Enfin propre, tout est relatif ... les dessins obscènes y trônent toujours fièrement. Ils doivent être là depuis si longtemps qu'il faudrait poncer le meuble pour pouvoir les effacer. La petite bibliothèque basse ressemble désormais à quelque chose. J'ai fourré dans des cartons les catalogues en tout genre qui n'ont rien à faire ici et rassemblé sur une étagère ceux qui ont un rapport avec la mécanique.

— Voilà, à nous deux la compta ! je me dis pour me motiver.

Je regarde l'ordinateur d'un œil sceptique. Je devrais le prendre en photo et l'envoyer au PGD de la marque à la pomme. Si ça se trouve, cette antiquité vaut une petite fortune ... Sarcasme quand tu nous tiens ... J'allume l'ancêtre et le bruit que j'entends me glace le sang. Il ne vient pas de la machine malheureusement. Mais de deux paires d'yeux et quatre rangées de dents affutées. Les dobermann, du moins deux d'entre eux. Ils grognent, ils bavent, et je n'ose pas bouger.

Monsieur DiRizzo aurait dû faire les présentations ... je suis persuadée qu'ils me prennent pour un beau bout de viande bien tendre qui se trémousse sur leur territoire ... Bon, je suppose que je suis à deux minutes de savoir si le paradis existe. Ou l'enfer, Elly. Des éclats de voix se font entendre et je respire de nouveau quand les deux monstres détalent comme des lapins. Je m'empresse d'aller fermer la porte du petit bureau et pose mes mains sur ma poitrine comme pour empêcher mon coeur d'en sortir.

— Mais ils voulaient me manger ! je m'exclame pour moi-même en prenant de grandes inspirations en retournant m'assoir.

Mais quand je passe devant la verrière dont j'avais grossièrement essuyé quelques carreaux plus tôt, je me fige en priant que ma vision périphérique - et mon cerveau - soit juste en train de me jouer un tour. Ma tête pivote sur ma gauche sans autorisation et j'ai bien la confirmation de ce que pensais avoir vu. Mais qu'est-ce qu'il fait ici, lui ? Je crois bien que mes yeux vont eux aussi vouloir me quitter lorsque je le vois s'avancer vers ici, sous les protestations de mon patron et de deux de ces crado qui accourent de l'atelier ayant entendu le ton monté. Mais ils sont vite interceptés par un costaud Monsieur Men-In-Black qui ne donne pas envie de s'y frotter.

La porte que je venais tout juste de refermer s'ouvre et moi j'ai envie de me cacher, encore.

— Mademoiselle Johnson bonjour, venez avec moi je vous prie.

Je le regarde sans pouvoir ni bouger, ni parler, me demandant en boucle si je ne suis pas en train de rêver tout ceci.

— Elle va nulle part ! rage M.DiRizzo. Elle bosse la donzelle au cas où vous ne le verriez pas. Elle a signé un contrat ...

— Je ne suis pas stupide ! Je sais très bien pourquoi Mademoiselle est ici. Comment pensez-vous que je l'ai trouvée dans ce trou dont même un rat ne voudrait pas pour se réchauffer l'hiver ? Maintenant laissez-nous discuter cinq minutes s'il vous ...

— Mais vous vous croyez où avec vos grands airs vous ?

Oui, je dois rêver. Je vais me réveiller.

— Ce que je crois surtout c'est que si vous ne faites pas ce que je vous demande tant que je vous le demande gentiment Monsieur Anthony Rizzoli qui se fait appeler DiRizzo pour faire plus chic, je contacte un ami au fisc qui se fera un plaisir de venir vous contrôler dès aujourd'hui.

— Heu attendez s'il vous plaît que se passe-t-il ?

— Toi tu la fermes ! me somme mon patron. C'est entre lui et moi ...

Les deux hommes s'affrontent du regard, et je crois bien que mon patron jauge si son adversaire bluffe ou pas. Puis il finit par obtempérer, preuve s'il en fallait une qu'un contrôle fiscal ne l'enchante pas, et ferme la porte derrière lui en jurant en italien.

— Mademoiselle Johnson.

— Monsieur Walsh, je lui réponds en l'observant.

— Il semblerait qu'une fois de plus, il y ait eu un mal entendu sur la fin de votre contrat avec KMC.Corp.

Il se fout de moi ? Et il n'a rien d'autre à faire que d'être dans ce quartier pourri loin du coeur de Manhattan ? Si d'ailleurs ...

— Il n'y a eu aucun mal entendu Monsieur, je me décide à lui dire. Ma mission d'intérimaire en tant que votre assistante ne devait excéder deux semaines, et les deux semaines sont écoulées. Je suis navrée si l'agence ne vous a envoyé personne d'autre mais comme vous pouvez le voir, j'ai un nouvel emploi dont j'ai déjà signé le ...

— J'ai lu votre contrat Mademoiselle Johnson, me coupe-t-il en haussant un sourcil sans me quitter des yeux. Madame Darmont a bien voulu me le transmettre et mon service juridique a compris la même chose que moi. A savoir que vous avez une période d'essai de vingt-quatre heures durant laquelle vous pouvez mettre fin à cette mission sans préavis. J'ai pris la liberté de leur faire rédiger votre lettre de démission, vous n'avez plus qu'à la signer.

Ok ... Où est la caméra ? Je fais mine d'en chercher une et il le voit, puis je me mets à pouffer de rire. Non mais sérieusement ? Il est bien gentil, et pas de sarcasme ici, mais il oublie un détail de taille !

— Monsieur, comme je vous l'ai dit, ma mission chez vous est terminée. Et j'apprécie sincèrement l'attention que vous me portez tout comme j'ai apprécié travailler pour vous malgré les points négatifs ...

— Quels point négatifs Mademoiselle ? me demande-t-il très calmement mais somme tout étonné.

Bon, au moins, il n'aura pas fait le déplacement pour rien.

— La charge de travail et l'amplitude horaire Monsieur, je lui avoue un brin honteuse des mots qui sortent de ma bouche. Je ne doute pas qu'à New-York chacun est habitué à ce train de vie et de travail, mais j'ai préjugé de mes facultés en acceptant un poste aussi important que celui que j'ai occupé pour vous. Je n'ai que vingt-quatre ans, je n'avais eu qu'un seul et unique emploi auparavant et ...

— Vous vous trompez Mademoiselle Johnson, vous êtes tout à fait qualifiée pour cet emploi et votre âge m'importe peu. Vous devez déjà savoir que je change très souvent d'assistante et jamais encore je n'avais eu envie de modifier ce fonctionnement. Mais depuis quinze jours, je dois vous avouer à mon tour que la perspective d'en changer sans cesse ne m'amuse plus du tout. Et pour être tout à fait honnête et sincère avec vous, il continue en scrutant la pièce avec un air de dégoût non dissimulé pour les lieux, il ne s'agissait que d'un jeu Mademoiselle Johnson.

— Monsieur Walsh ...

J'aurais dû commencer par le début. Toujours commencer par le début Elly !

— Je vous propose de négocier vos plages horaires et votre charge de travail, m'annonce-t-il. Je suis conscient qu'Aaron, bien qu'il soit l'assistant de Monsieur Kavanagh, a une charge de travail moindre que la vôtre et ce parce que je vous sollicite pour des rendez-vous alors même que je pourrais tout à fait me passer de votre présence. Mais encore une fois, ceci faisait partie du jeu, et certainement aussi de la partie fainéante de ma personnalité ! rit-il.

— Quel jeu Monsieur Walsh ? je m'enquiers en plissant les yeux.

Il semble en conflit avec lui-même et prend le temps de la réflexion avant de me répondre :

— Je vous promets qu'un jour je vous expliquerai Mademoiselle Johnson. Avons-nous donc un accord?

— Navrée Monsieur, encore une fois je suis désolée mais je ne peux pas.

Cette fois, il est paraît vexé et souffle en se frottant la nuque.

— Puis-je vous demander pourquoi ?

— Parce que le meurtre est toujours puni par la loi ... Oh mon Dieu ! je m'exclame en me rendant compte que je l'ai vraiment dit et à haute voix. Pardon ! Cela devait rester dans ma tête mais je ne parlais pas de vous Mons...

L'homme en costume trois pièces qui doit valoir six mois de mon loyer éclate de rire. Un rire franc et cristallin. Je le regarde les yeux écarquillés jusqu'à ce qu'il retrouve son sérieux.

— Ok ! Vous avez raison, cet abruti mériterait amplement tous les châtiments que vous devez avoir en tête ! Monsieur Kavanagh m'a expliqué ce qu'il s'est passé entre vous, continue-t-il après avoir remarqué mon trouble. Vous n'êtes pas sans savoir que Liam est non seulement mon patron mais aussi mon cousin Mademoiselle Johnson, et je ne peux que vous donner raison. Il a été trop loin mais il ne l'avouera jamais. Quoi qu'il en soit c'est pour moi que vous travaillerez et non pour lui, et c'est aussi parce que vous êtes capable de lui tenir tête que vous êtes la candidate idéale pour ce job. Vous êtes organisée, efficace, vous n'avez pas joué de vos charmes pour tenter de rester plus longtemps, me dit-il en plantant son regard ambré dans le mien, et vous avez refusé mes avances. Vous êtes parfaite ! Et cerise sur le gâteau, vous ne vous laisserez pas intimidée par Liam.

— Monsieur, pour vous donner une idée de ce qui trotte dans ma tête, je préfère rester ici quitte à me faire mordre par les quatre Dobermonstres qui rôdent en attendant de pouvoir me croquer que de retourner travailler chez KMC.

— Ok ... Il a vraiment dû vous faire enrager alors.

Il fait le tour de la petite pièce en laissant son regard balayer chaque coin et recoin, et abat ses cartes suivantes - en bon homme d'affaire qu'il est - :

— Je ne voudrais pas vous faire peur, mais je veux être certain que vous êtes bien consciente de certaines choses en restant ici trois à quatre semaines, me dit-il en se postant en face de moi. Ce quartier est le plus mal famé de la ville, avec le taux de criminalité le plus haut Mademoiselle Johnson. Le Bronx à côté, c'est le bac à sable. Vous êtes jeune, vous êtes séduisante et j'ai vérifié en venant ici, la station de métro la plus proche est à plus de dix minutes de marche. Loin de moi l'idée de vous faire une remarque misogyne, mais quand bien même vous me diriez que vous êtes ceinture noire de karaté ou de n'importe quel autre sport de combat, je ne serais pas rassuré pour vous, car face à une arme à feu ou plusieurs, le combat ne fait pas le poids. Donc je vous le redemande et sachez que même si vous me dites non aujourd'hui, je réitérerai demain et tous les autres jours. Etes-vous certaine que vous voulez rester ici ? Certaine que le caractère exécrable de cochon de mon cousin ne vaut pas mieux que mille doutes et craintes lors de vos trajets ? Et même sans les trajets, vos collègues ne m’inspirent pas confiance, ajoute-t-il avec un signe de menton vers la verrière.

Le regard qu'il pose sur moi et doux et sincère. Je sais que je peux avoir confiance en lui, mais un point doit encore être éclairci. Puis je revois le taré qui m'a proposé de la drogue ou de me prostituer pour son plaisir et mon déplaisir, tous les hommes effrayants qui m'ont accostée, cet endroit etc ... et enfin ce sont les traits de Liam Kavanagh qui se dessinent sous mes yeux. Bien évidemment je préfère travailler pour Monsieur Walsh que risquer de me faire violer, je n'ai pas un égo aussi surdimensionné pour continuer à m'entêter. Mais cela risque de mal se passer.

— Je n'ai plus de portable Monsieur , je l'informe en jouant nerveusement avec mes doigts. Et sans vouloir vous manquer de respect ou mettre en doute votre parole, je doute que vous allez venir jusqu’ici chaque jour, d'autant plus que vous êtes un homme occupé et avez un rendez-vous dans moins de quarante minutes à l'autre bout de la ville, je lui rappelle en regardant la vieille horloge accrochée au mur.

Il hoche la tête en haussant les deux sourcils cette fois, les yeux ronds, puis ouvre la porte derrière laquelle se trouve son garde du corps de la main duquel il récupère une boîte avant de me la tendre.

— Vous m'avez rapporté le téléphone que j'ai rendu au RH ? je lui demande stupéfaite.

— Non, celui-ci est pour vous Mademoiselle Johnson. J'ai appris par Madame Darmont que le vôtre s'est brisé, alors en voici un nouveau, de notre marque précise-t-il. Je ne suis pas en train de vous acheter bien entendu, que vous reveniez ou pas, il est à vous...

— Monsieur je ne peux pas accepter...

— Si vous pouvez et vous le devez. Voyez-le comme un dédommagement aux sauts d'humeur de Monsieur Kavanagh, aux quiproquos sur votre contrat et à tous les désagréments qui vous avez pu subir ces quinze derniers jours Mademoiselle Johnson. Le reste de vos affaires est sur votre bureau, enfin celui qui redeviendra le vôtre dès que vous aurez accepté mon offre, parce qu'il est actuellement occupé par une jeune femme qui a visiblement cru qu'elle était recrutée pour nous faire un défilé de lingerie, rit-il. Et comme je vous l'ai dit, cela ne m'amuse plus.

— Un homme qui n'apprécie pas de voir une femme peu vêtue ?! Vous vous moquez de moi? je lui souris narquoise.

— Détrompez-vous Mademoiselle Johnson, j'apprécie ces types de vision mais je n'en veux plus dans un cadre professionnel. Et puisque nous en parlons, je vous présente une nouvelle fois mes excuses pour mon écart de comportement à Chicago, soyez assurée que cela n'arrivera plus. Je vous propose de repartir à zéro mais si nos rapports restent professionnels, j'aimerais qu'ils soient moins strictes. Vous ai-je convaincu cette fois ?

OK, c'est un patron vraiment sympa. Je serais bien folle de refuser son offre ... Mais j'ai tout de même une requête. Je lui tends la main non sans ajouter :

— Je suis d'accord mais j'ai une condition, non négociable !

Je lis la surprise dans son regard en entendant mes mots, puis il éclate de rire de nouveau.

— Marché conclu Mademoiselle Johnson !

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