Jeu de hasard

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Elly.

 La musique emplit mes oreilles et les sons résonnent jusque dans mon corps. La fatigue s'abat sur moi comme la misère sur les pauvres, sans crier gare. Mes pieds crient leurs douleurs, ma tête me supplie de faire quelque chose pour soulager la migraine qui l'a assaillie il y a quelques minutes, et ma bouche réclame d'être hydratée. Mes alarmes sonnent donc le glas de cette soirée, et ce n'est pas plus mal. J'ai besoin d'aller me coucher, et je de plus jamais me réveiller, si possible. Ou alors si, mais dans un monde parallèle. Ou dans le passé pour pouvoir tout changer.

- Je retourne à notre table ! je crie à ma meilleure amie qui continue de se déhancher comme une petite folle tout en se frottant à son partenaire de la soirée, et peut-être de la nuit ...

- Ok ! J'arrive !

- Non c'est bon, profite, moi je vais rentrer...

 Je n'attends pas qu'elle me réponde et tourne les talons pour aller reposer mes pauvres pieds qui enchaînaient les pas de danse endiablés depuis une heure et demi au bas mot. J'avais besoin de me défouler, et puisque il est toujours interdit d'aller briser des genoux, j'ai dû me contenter de ce que je sais faire : boire pour oublier et m'épuiser sur une piste de danse. Quoi que pour la première solution, je ne l'avais encore que très peu utilisée. Mais c'est un cas de force majeure, non ?

 Je passe prendre une bouteille d'eau fraîche au comptoir du bar que je vide presque totalement aussitôt mes fesses posées sur la banquette sombre. Je sors mon portable de mon petit sac à main. Des dizaines d'appels manqués et de sms que je n'ouvrirai pas. J'ai dit hier soir par messages tout ce que j'avais à dire, inutile de perdre plus de temps. Je n'ai plus confiance, de toute façon. Et finalement, grâce à Amélia, j'ai assez vite relativisé : mieux valait que tout s'arrête avant le mariage.

 Amélia Scott est ma meilleure amie depuis plus de dix ans. C'est chez elle que je me suis réfugiée hier quand je suis montée dans ce taxi qui me faisait quitter ma vie - et pour info, tous mes cartons sont bien arrivés à destination - et cet espèce de sale enfoiré qui me servait de fiancé. Malgré cette journée merdique, j'ai eu de la chance dans mon malheur : Amélia était toujours en ville. Elle est journaliste/reporter-mode pour un grand magazine américain et souvent en déplacement pour son travail. Sans sa présence réconfortante et son sens de l'humour à faire rire un mort, je n'aurais pas pu supporter la fin de journée. Et je n'aurais pas su où aller. Je me suis rendue compte qu'en moins de trois ans, mon cercle d'amis s'est restreint. Enfin, de copains/copines. Mes vrais amis, ce sont Amélia et son frère, Tristan. Les autres se sont éloignés, parce qu'en grandissant on change, on déménage. Beaucoup sont partis faire leurs études dans d'autres États et même Facebook n'a rien pu faire contre la distance. De plus, mes parents bien qu'absents ont toujours fait de leur mieux pour que je ne fréquente que les enfants de leur cercle d'amis, et Cooper était un homme jaloux, alors je faisais en sorte de ne pas créer de crise inutile, même lorsque lui aussi n'était pas en ville. Quand j'y pense ...

 Alors depuis le début de notre relation, je ne sortais plus qu'avec Amélia et Tristan, et quelques autres anciennes camarades en de rares occasions. Mais je réalise que je ne me liais plus d'amitié, tout comme je réalise aussi à quel point je m'étais renfermée. Je ne suis pas une fêtarde et je ne l'ai jamais été - encore une fois, question d'éducation / cage dorée. J'ai toujours préféré la compagnie d'un bon roman à celui d'une horde de gens. Mais à toujours vouloir faire plaisir et notamment suivre les règles de ma mère, j'ai perdu du temps.

 Lorsque le taxi s'est inséré dans la circulation, j'ai envoyé un simple message à Amélia pour la prévenir de mon arrivée imminente dans son appartement :

{ Il m'a trompée }

 Je ne pouvais pas faire plus précis. Et évidemment quand j'ai aperçu le visage de ma meilleure amie qui m'attendait déjà sur le palier de sa porte, j'ai craqué et fondu en larmes. Larmes que je retenais depuis que mes yeux s'étaient ouverts une heure plus tôt, et pas que sur ce qu'ils ont vu, mais compris, aussi. Mes affaires et moi nous sommes donc installées dans sa chambre d'amis puis je lui ai tout raconté. Et les cris de colère que je n'ai pas poussés face à Cooper, c'est ma tornade rousse qui les as exprimés. Amélia et moi ne sommes pas amies pour rien, elle a eu la même idée que moi, mais a poussé la recherche jusqu'au bout en bonne journaliste qu'elle est : demander à Google et Alexa combien de temps de prison elle risquait pour meurtre avec préméditation - mais circonstances atténuantes, selon elle. Réponse ? Trop pour bousiller sa vie pour Cooper et cette trahison. Ces trahisons. Car elle sait tout maintenant. Et quelque part, elle n'a pas été étonnée.    Evidemment elle ne savait pas qu'il me trompait, mais elle n'a jamais pu supporter Cooper, et leurs sentiments étaient réciproques. Elle le trouvait trop centré sur lui-même, trop superficiel, hautain, pas assez investi dans cette relation, trop absent. Plusieurs fois elle m'avait même dit qu'elle trouvait qu'il jouait le rôle du petit ami parfait en société. Et moi je lui répondais qu'il avait toujours été ainsi et qu'elle ne le voyait que durant des soirées organisées puisqu'ils refusaient de se côtoyer en dehors de ces événements. Je n'ai rien vu, ou plutôt je n'ai rien voulu voir. Pour moi cette relation bien qu'imparfaite me convenait, c'était simple car je pensais avoir mon indépendance au moins dans cette partie de ma vie. Mes parents l'adoraient et me foutaient donc la paix. Quelle belle utopie!

 Je commande un autre cocktail pour accompagner le fond de ma bouteille d'eau et commence à le siroter quand Amélia me rejoint, pas seule.

- Nolan, elle c'est Elly, ma meilleure amie.

 Le grand type blond me sourit et me serre la main amicalement. Amélia aime plaire, et elle aime s'amuser. A la verticale sur une piste de danse mais aussi à l'horizontale, surtout à l'horizontale. Et ce soir, elle a pêché un bien beau poisson dans ses filets. Le type est vraiment pas mal. Elle ne va faire qu'une bouchée de toi, mon coco !

 Amélia aime plaire, mais quoi qu'elle fasse, Amélia plait. Elle mesure plus d'un mètre soixante-dix toute en jambes, une silhouette de danseuse, une dense chevelure rousse, des beaux yeux de biche bleu clair. Elle est extravertie, aime séduire et impose ses propres règles. Une femme libre, indépendante qui profite de sa vie à cent à l'heure pour faire des rencontres sans se prendre la tête. En cela, nous sommes totalement opposées.

 Moi, je n'ai eu que quatre petits-amis. Ma plus longue relation, c'était Cooper et c'était plus une relation à distance qu'autre chose. Relation de merde, nul besoin de le préciser. Un an avant de sortir avec lui, je me séparais de Dylan, car il partait continuer ses études de vétérinaire au Texas, qu'il était hors de question pour mes parents que je le suive, et parce qu'évidemment, il ne leur plaisait pas. Bon en toute honnêteté, je ne l'aurais pas suivi, nous ne nous fréquentions que depuis quatre ou cinq mois et en dents de scie, rythme universitaire oblige. Mais je voulais taquiner ma mère ... Les deux autres, c'était au lycée, cela ne compte même pas comme une relation d'adulte.

 Amélia récupère son manteau et son sac à main, c'est le signal que la soirée ici est bel et bien terminée. Et je n'ai plus qu'une idée en tête : rejoindre le lit.


***


 L'horloge numérique de la table de nuit indique trois heures seize du matin. J'ai tenté de compter les moutons, les boules Quies, la tête sous l'oreiller, et même de la musique dans mes écouteurs : rien n'y fait. Je ne dors pas, car les murs tremblent. Tout autant que les cordes vocales de mon amie et de son amant. Un véritable concerto de cris et gémissements. Lassée de tourner et virer dans ce lit, je décide de mettre à profit ce temps d'éveil. Dans le salon, je me saisis du Mac de Mélia avant de m'installer confortablement sur son grand canapé, m'enroulant dans un gros plaid douillet, une tasse de thé fumante sur la table basse devant moi. Je me connecte à ma boîte mail et sans surprise, elle est assaillie. Je supprime ceux qui ne m'intéressent pas et ouvre le dernier de M.Dickman, himself. Je le parcours en long, en large et en travers mais non, malgré l'heure nocturne très avancée, je ne rêve pas. Il me somme d'être présente lundi matin à la première heure pour sa stupide réunion avec le nouveau client - celui sur qui il m'a envoyé les infos -brouillons avant-hier -, que je sois à l'agonie ou pas !

 Je me suis faite portée pâle aujourd'hui au boulot. Impossible que je retourne bosser après la journée d'hier. J'avais besoin de tout digérer. Je me suis donc octroyée un week-end de trois jours, prétextant une grippe. Je me doutais bien que j'allais être frappée par la foudre lundi matin, mais non seulement il m'envoie un mail dans lequel je peux presque entendre ses hurlements en lisant ses mots, mais en plus, il ne me demande ni comment je vais, ni je serai remise lundi, et le plus beau ... il me donne du travail pour le week-end alors qu'il précise pourtant que ma journée ratée ne pourra être rattrapée et fera l'objet d'une retenue sur salaire. Quel ... non calme-toi Elly ! Une tonne de travail de recherche sur le client qui sollicite un rendez-vous lundi matin à huit heures à l'autre bout de la ville, un compte rendu précis à lui envoyer au plus tard samedi à seize heures comprenant l'aspect financier et l'historique des dix dernières années de cette société, une ébauche de projet ou d'idées à soumettre lors de la rencontre et un PowerPoint qu'il joint à son mail à mettre à jour.

- Respire Elly ou tu vas faire une crise de spasmophilie ! je me chuchote les yeux exorbités.

 Si je résume, M.Dickman a décidé de ne pas me payer ma journée alors que j'ai à mon actif une vingtaine d'heures supplémentaires ce mois-ci ; a décidé que contrairement à ce qui est noté sur mon contrat de travail, il pouvait m'imposer de travailler le week-end et au vue de l'heure d'envoi de son mail - 19h23- me demande d'abattre en vingt heures plusieurs jours de boulot. Et dans les vingt heures, il y a tout de même LA NUIT ! Et enfin, il n'a lui visiblement pas compris que mon boulot d'assistante consiste à l'assister, taper ses rapports et faire un peu de recherche etc ... mais que je ne fais pas partie de son équipe marketing ! Il me demande sérieusement de lui préparer un projet de publicité en une nuit ?

 Je réfléchis à mes possibilités de réponse. J'en vois plusieurs, qui feraient faire une attaque à ma mère, qui dirait que c'est indigne de sa fille.

Comme si elle était digne d'être ma mère ...

 Une fois mon thé fini, une idée me vient, comme une évidence en regardant les lumières de la ville par la grande fenêtre du séjour. Dans Google, je recherche une map du pays puis lance l'impression en A3 sur l'imprimante de Mélia. Mon amie qui n'a pas terminé son marathon baise, soit dit en passant ... Je ne sais pas si elle a filé une petite pilule bleue à Nolan, mais il semble être un garçon très endurant. Ce que n'était pas Cooper.

- Enfin du moins, pas avec toi ma grande ... me dis-je tout en récupérant ma carte.

 Une partie de cache-cache et un rouleau de scotch plus tard, la map est fixée sur le tableau à fléchettes en liège du grand mur du salon. Je réfléchis une dernière fois au bienfondé de ce que je m'apprête à faire, et décide à l'unanimité avec moi-même que c'est la seule solution.

 Je rédige donc une lettre que j'imprime, signe et dont je prépare déjà l'enveloppe pour la poster à la première heure ... tout à l'heure. Puis je l'enregistre en PDF, rédige un nouveau mail sans oublier de la mettre en pièce jointe, et clique sur " envoyer " sans aucun regret, aucun. Je rédige ensuite un deuxième courriel dans laquelle je ne manque pas de noter la liste plutôt exhaustive des méfaits qui méritent selon moi d'être connus, y ajoute plusieurs mails reçus pour preuve, et clique une nouvelle fois sur l'onglet "envoyer". Je sais exactement l'effet que celui-ci aura, et je m'en fiche ! Ça s'appelle le karma ...

 J'ai l'étrange mais agréable sensation qu'un énorme poids que je ne pensais pas si lourd vient de me quitter. C'est comme si je respirais mieux, tout à coup. Peut-être même comme si je venais d'abattre un mur qui m'enclavait. Maintenant armée d'une fléchette, je ferme les yeux en prenant une grande inspiration avant de m'encourager.

- J'ai toujours fait ce qu'on m'a demandé. Toujours suivi la voie tracée. Et voilà où cela m'a mené, ce qu'est devenu ma vie à vouloir faire plaisir. Alors aujourd'hui, je vais laisser le hasard me guider vers le prochain chapitre de mon livre. Ne me déçois pas petite fléchette bleue ! je lui demande en la serrant fermement dans la main, lui transmettant ainsi mon souhait. Je regarde la carte une dernière fois, ferme les yeux, et lance l'objet.

- Elly mais qu'est-ce que tu fais ? m'interpelle Mélia simplement vêtue de son tangua rouge.

 Je m'avance vers le mur, regarde où la fléchette s'est plantée puis fais signe à ma meilleure amie de me rejoindre, ce qu'elle fait sans tarder. Pas de deuxième essai, je vais me tenir à ce que je me suis dit avant de rédiger ces mails : Où le hasard me mènera. Je me retourne vers Mélia, mon roc, ma sœur de cœur, lui souris de toutes mes dents pour lui demander :

- Tu viens avec moi acheter une nouvelle valise après le petit-déjeuner ? Je vais en avoir besoin.

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