Chapitre 9: Le vieil homme

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    Avec l’aide du Seigneur Bragg, Sora est devenu un petit poa-moah très discipliné, même si à vrai dire, jusqu’à présent, je n’ai encore aucune idée de comment il s’y est pris !

En tout cas, Sora est très docile et à présent, je n’ai plus peur de m’éloigner de la villa avec lui. Je vais même de temps en temps dans la forêt sans trop m’engouffrer à l’intérieur, car Thraän n’est pas rassuré que j’y aille seule.

Sa villa se trouve à l’extrémité est de la cité, dans les hauteurs et située non loin du bois de Panfuria. On dit que ce bois abrite toutes sortes de créatures fantastiques et que la nuit, les végétaux et les arbres se parlent entre eux.

Thraän m’a demandé d’éviter de me promener seule là-bas, mais comme d’habitude, je n’en fais qu’à ma tête et une fois encore je lui ai désobéi. Mais ce jour-là, je faisais une curieuse rencontre…

    Je dirais que nous étions en fin de journée, à ce moment-là. Le ciel s’était assombri un peu plus, mais il faisait encore jour.

Je suis seule à la maison. Je m’ennuie terriblement dans cette grande demeure. J’ai vu Kirah environ deux jours avant et je n’ose pas la déranger en lui rendant une petite visite prématurée, alors je décide d’aller me promener en forêt pour cueillir mes fleurs préférées, celles que j’avais repérées sur le marché la première fois où Thraän et moi, nous étions sortis en ville.

Je pars à la recherche de ces fleurs si rares qu’on ne peut trouver que dans ce bois apparemment.

    Je quitte donc la villa et je me rends au bois de Panfuria avec Sora. Nous empruntons un petit chemin tracé dans le sol pour pénétrer dans le bois, mais nous restons tout de même à bonne distance de l’entrée au cas où.

Je suis entourée d’arbres aux formes étranges. Les feuilles ne ressemblent en rien à ce que j’ai déjà pu voir. Des petites créatures de toutes les couleurs arpentent les arbres, tandis que d’autres tournoient autour de moi. Pas très loin, j’aperçois un petit ruisseau, alors je décide de m’y arrêter. Sora se penche vers l’eau et s’y abreuve par petites quantités.

Une fois qu’il a fini, nous sommes repartis et nous nous engouffrons un peu plus dans la forêt, mais je ne vois toujours pas de fleurs de ménélys à l’horizon.

J’ai cueilli quelques-unes de ces fleurs sur le chemin pour faire un joli bouquet, mais ce n’est pas ce que je désirais, alors après quelques minutes, je commence à désespérer et j’ai déjà en tête de retourner à la villa quand soudain, j’entends des cris…

Les cris proviennent de l’intérieur de la forêt. Ils semblent assez lointains, mais je parviens à les entendre et à les reconnaitre, car Sora crie de la même façon.

Ce sont les cris d’un poa-moah, j’en suis sûre ! Pourtant, Thraän m’avait affirmé que ce petit animal était extrêmement rare…

D’autres de ces petites bestioles vivent donc dans ce bois ? Il s’était donc trompé ?

    Évidemment, je n’ai même pas le temps de faire quoi que ce soit que Sora qui est en train de renifler un arbre relève aussitôt la tête et se met à détaler tel un lapin en direction du cœur de la forêt d’où les cris proviennent.

Je commence à paniquer, car j’ai beau crier son nom pour qu’il revienne, mais rien et je le vois s’éloigner de plus en plus.

Je regarde derrière moi et je ne sais pas quoi faire, car Thraän m’a demandé de ne pas m’aventurer seule à l’intérieur du bois surtout que le ciel commence à s’assombrir. J’hésite quelques secondes. Je regarde le bouquet de fleurs que j’ai entre les mains, puis je le flanque à terre brusquement en lâchant : « Et merde ! »

    Je pars à la poursuite de Sora qui a déjà pris de l’avance. Je cours aussi vite que je peux. Les cris continuent de plus belle...

À force de courir à cette allure, je suis tellement essoufflée qu’à ce moment précis, je maudis mon poa-moah pour ce qu’il est en train de me faire, mais Bragg également !

« Aucun animal ne résiste au Seigneur Bragg… » qu’il disait. Tu parles !

    Les cris ont cessé. J’arrive à cet endroit dépourvu d’arbres et où il y a de gros rochers à certains endroits ainsi que le petit ruisseau qui s’écoule. Je suis à bout de souffle. Je m’arrête histoire de m’en remettre un peu. Je regarde à gauche, à droite, devant, derrière et je constate que j’ai bel et bien perdu mon petit animal. Dans l’affolement, je me mets à parler toute seule et je commence déjà à redouter la réaction de Thraän.

C’est une catastrophe ! Je pose mes mains sur mes joues : « Oh...nooon ! Mais qu’est-ce que je vais faire ? » puis je rajoute d’un air désespéré : « Thraän va me tuer ! »

    Je viens de terminer ma phrase quand soudain, une voix masculine assez grave retentit juste derrière moi : « Et pour quelle raison Thraän te tuerait-il ? »

À ce moment-là, j’ai tellement peur que je regrette de ne pas avoir écouté Thraän !

Je me retourne très doucement et là, devant moi, il y a cet homme. Il porte un long vêtement marron sans manches et une capuche très large recouvre sa tête. Il est plutôt grand et parait plus costaud que Thraän ou Bragg en constatant la robustesse de ses bras. Mais je n’arrive pas vraiment à distinguer son visage.

Je l’observe sans dire un mot et après quelques secondes, l’homme enlève enfin cette capuche et me sourit.

Lui aussi est plutôt bel homme : les cheveux d’un blanc éclatant, pas très longs, coupés courts et un chouïa plus dégarni sur les côtés, la peau légèrement matte, mais un peu plus claire que la mienne, les yeux noirs profonds comme les miens et les traits de son visage laissent supposer qu’il doit avoir un certain âge et aurait très bien pu être mon père.

Il ne semble pas me vouloir de mal, du coup, je me suis dit que je pourrais peut-être en profiter pour lui demander s’il n’avait pas aperçu Sora dans les parages.

Je prends une toute petite voix et en faisant quelques gestes pour accompagner ma description, je tente de lui expliquer ce que je recherche.

    — Euh…euh...vous n’auriez pas vu une petite créature toute blanche, c’est assez rare, ça s’appelle un poa-moah, vous savez ça ressemble à une petite boule de poils avec des petites pattes assez larges et ça fait un petit cri étrange.

    L’homme se met à rire et me répond tout en jetant un œil sur sa droite.

    — Tu parles de cette petite chose là-bas qui est en train de faire connaissance avec la mienne ?

    Je tourne la tête également dans la même direction que lui et là, je suis stupéfaite par ce que je vois !

Sora est là, à quelques mètres de moi, alors que je pensais l’avoir perdu pour toujours. Mais ce n’est pas tout, car il n’est pas seul et à côté de lui, se trouve un deuxième poa-moah, plus grand et à la fourrure noire. Les deux petites bêtes sont en train de s’amuser.

C’était bien les cris d’un poa-moah que j’avais entendus au loin et Sora l’avait bien compris, car il s’était empressé de le rejoindre en décidant de m’abandonner d’un coup !

« Je crois que ton poa-moah s’est fait un ami… », rajoute l’homme en toute gaieté.

    — Je croyais que c’était un animal extrêmement rare et que peu de personnes pouvaient en avoir ?

    — C’est exact ! Il n’y a pas de poa-moah sur Nosfuria…on les trouvait sur une autre planète, autrefois, mais malheureusement, à part le mien ou le tien, je crois qu’il n’y en a pas énormément et puis, rares sont ceux qui peuvent avoir la chance d’en posséder un…

    Il rajoute ensuite : « Tu es Anna, n’est-ce pas ? La petite protégée du Seigneur Thraän ? C’est bien cela ? »

     C’est la première fois que je vois cet homme. Je n’ai aucune idée de qui il peut être, pourtant, lui, sait déjà bel et bien qui je suis…

    — Oui, je m’appelle Anna, je vis chez le Seigneur Thraän depuis que je suis sur Nosfuria. Vous le connaissez ?

    — Oh oui que je le connais ! Le Seigneur Thraän et moi nous nous connaissons depuis un très long moment déjà, d’ailleurs, tout le monde le connait…

    — Et vous ? Qui êtes-vous ? Et comment vous appelez-vous ?

    — Oh ! moi… je suis un vieil homme qui passe ses journées dans la forêt en compagnie de son poa-moah.

    — …

    Visiblement, je n’aurais pas plus d’indications que cela !

    À côté de lui, j’aperçois un panier rempli de fleurs et de fruits, les mêmes que chez Thraän.

Il se baisse, saisit un fruit et le rompt en deux, puis il en donne un morceau à chacun des deux poa-moah qui viennent de se rapprocher de nous.

Les deux petites bestioles abordent chacune leur moitié de fruit et se mettent à les dévorer.

Je n’ai pas l’habitude de donner ce genre de fruits à Sora. Le vieil homme leur a donné un de ces fruits bien mûr et bien juteux de couleur rouge avec quelques taches noires. Sora a l’air de se régaler.

    — Et pourrais-je savoir pourquoi une jeune femme se promène toute seule dans la forêt alors que le ciel est en train de s’assombrir ? Ce n’est pas très raisonnable…

    — Euh…bah…euh…en fait, j’étais dans la forêt tout à l’heure avec Sora. Thraän m’a dit de ne jamais m’aventurer au cœur de la forêt, alors je restais à l’orée du bois et je cherchais désespérément des fleurs de ménélys, mais comme je n’en trouvais pas j’avais l’intention de retourner chez le Seigneur Thraän, et là, nous avons entendu des cris lointains et Sora s’est mis à courir de toutes ses forces en m’abandonnant ! J’ai bien cru que je n’allais plus jamais le revoir alors je suis partie à sa poursuite pour le rattraper et je suis tombée sur vous par hasard ! Sora est un cadeau de Thraän et je suis sûre qu’il n’aurait pas du tout apprécié si j’avais dû lui annoncer que je l’avais perdu dans la forêt.

    — Rassure-toi, je ne dirais rien ! Mais en ce qui concerne les fleurs de ménélys, ce n’est sûrement pas à l’orée du bois que tu en trouveras ! Cette fleur ne pousse qu’à l’intérieur des grands arbres creux. Ces grands arbres se trouvent au cœur même du bois sombre de Panfuria et si tu veux t’en procurer, il faudra évidemment t’aventurer là-bas !

    Il se baisse, attrape son panier puis il me propose de l’accompagner : « Cela tombe très bien, j’allais justement m’y rendre, il me manque quelques-unes de ces fleurs pour préparer du do-khï, je peux t’y emmener si tu le désires. »

    J’hésite, car j’ai encore les mots de Thraän en tête qui m’avertissent de ne pas m’aventurer seule dans le bois. En plus, il commence à faire de plus en plus sombre et je ne connais pas du tout l’homme qui se trouve en face de moi. Mais il est si agréable et si doux que j’ai réellement envie de rester avec lui. Et puis, comme d’habitude, en rentrant, Thraän sera encore en ville et je serai encore une fois de plus toute seule dans cette grande maison, alors je décide de suivre le vieil homme...

    Nous marchons côte à côté et nos deux poa-moah nous suivent de très près. L’homme me parle de sa passion pour les fleurs et pour les animaux. À chaque fois que nous rencontrons des plantes sur notre chemin, il me révèle le nom de chacune d’elle et leurs vertus, car sur Nosfuria même si la technologie est très avancée, les habitants utilisent énormément les plantes. Chacune d’elle a son utilité.

Nous discutons déjà depuis un bon moment quand tout à coup nous arrivons dans un endroit où sont regroupés de gigantesques arbres. Chacun d’eux possède une ouverture à l’intérieur d’environ un mètre à un mètre cinquante en partant du sol et là, en m’approchant, je constate qu’ils abritent tous des massifs de ménélys.

L’homme avait dit vrai. Ces fleurs poussent donc à l’intérieur des arbres creux.

Nous nous approchons d’un arbre. Le vieil homme en cueille quelques-unes. Il m’en fait d’abord un bouquet, puis il en dépose deux ou trois dans son panier.

    Nous avons terminé notre cueillette, alors nous nous dirigeons dans le sens inverse pour quitter le bois. Le ciel s’est assombri au maximum et les immenses arbres qui nous entourent sont si hauts qu’ils diminuent davantage la luminosité.

L’homme décide de me raccompagner à la lisière du bois, car apparemment lui aussi croit à cette vieille légende du bois enchanté...

Après avoir marché un bon moment à travers la forêt, nous sommes enfin arrivés et nous avons eu le temps de sympathiser. Si bien qu’en chemin, lorsqu’il me parlait de ces décoctions, j’étais si curieuse de voir à quoi cela ressemble que je lui demandais de m’apprendre à faire du do-khï. Il accepta et les jours suivants, nous nous donnions rendez-vous.

« Jeune Anna, j’ai passé un agréable moment en ta compagnie, mais à présent, il est temps que tu retournes chez toi. Le Seigneur Thraän risquerait de ne pas apprécier que j'accapare sa petite protégée sans sa permission ! Nous nous reverrons bientôt. »

Je le remercie pour ce magnifique bouquet et je lui fais savoir à quel point je suis ravie d’avoir fait sa connaissance. Mais avant de partir, il me demande quelque chose d’assez étrange… : « Ah ! Tant que j’y pense… si tu pouvais éviter de dire au Seigneur Thraän que nous nous sommes rencontrés aujourd’hui… »

Je ne comprends pas pourquoi il tient tant à ce que je ne dise rien à son sujet. Mais à vrai dire, je n’ai pas vraiment l’intention de parler de lui à Thraän ni à quiconque d’ailleurs, car si Thraän était au courant, par malheur, que je m’étais aventurée seule dans le bois et que par-dessus tout, j’avais failli perdre Sora pour toujours, je crois qu’il aurait été très furieux contre moi.

Je donne ma parole au vieil homme et depuis ce jour, je n’ai jamais fait allusion à lui !

Là, nous nous quittons et nous partons chacun de notre côté.

    Arrivée à la villa, je prie pour que Thraän ne soit pas déjà rentré, car s’il voyait le bouquet de ménélys que le vieil homme m’avait donné, il m’aurait forcément questionné à ce sujet ! Heureusement, à part Dolérice, il n’y a personne d’autre.

Je prends Sora dans mes bras et je monte avec lui à toute vitesse dans mes appartements. Je pose mes magnifiques fleurs sur la table en attendant de leur trouver un vase.

Même si j’avais failli perdre mon petit poa-moah, ce qui m’aurait arraché le cœur, j’avais réussi à trouver mes fleurs préférées et par-dessus tout, je m’étais fait, je crois, un nouvel ami.

En fin de compte, cette journée n’était pas si mal que ça !



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