67 - Une politique

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Dilemme : est-ce que je défends mon très cher compagnon ou est-ce que je le laisse se débrouiller tout seul ? Quelle question ! Il ne me faut absolument pas plus de deux secondes pour choisir la seconde option. Ça lui apprendra à vouloir m’accompagner, qu’il assume !

— J’avais seulement peur de m’imposer, répond Léopard.

— Insinuez-vous que nous sommes de mauvais hôtes ?

— Nous pouvons garder ces plats pour un prochain repas si cela vous convient mieux.

— Oh André, tu ne vas pas commencer ! Tu n’as même pas dis bonjour à ta fille que tes griffes sont déjà sorties. Quelle impolitesse ! s’exclame ma mère, mettant un terme à cette première partie de « qui a la plus grosse ? ».

Se souvenant de ma présence, mon très cher géniteur vient me faire une simple bise sur la joue. Il a beau être le plus doux de mes deux parents, ce n’est pas pour autant le plus affectueux.

— Bonjour ma puce. Ça me fait très plaisir de te voir, comment tu te sens ?

— Comme un mardi. Vous n’avez pas autre chose à faire de votre retraite vous deux ? Vous avez tout le temps du monde et je vous retrouve là, à vous occuper des choses les plus chiantes qui existent.

— Oui, mais il faut bien les faire ces choses, ma chérie, répond ma mère.

— Je ne repasse aucun de mes vêtements et est-ce qu’on m’a portée au bûcher à cause de ça ?

— Pas encore, ma puce, mais ça ne risque pas de tarder avec tous les problèmes géopolitiques en ce moment. Si tu veux mon avis, ça va bientôt péter et bruler les gens va revenir à la mode.

AmPère tout craché. On peut lui parler de n’importe quel sujet, il arrivera toujours à faire dévier la conversation sur l’actualité ou sur la physique. Il a été très peiné quand j’ai commencé à travailler pour une banque, ces armes du système capitaliste, et il me répète sans arrêt que je gâche mes compétences en ne les mettant pas au service du bien commun. J’ai beau lui expliquer qu’une personne comme moi ne peut pas travailler dans le public, la paperasse finirait par me tuer, il continue de penser que je me sous-estime et que c’est un des symptômes de la douance, d’après tous les livres qu’il a pu lire dessus.

— André, si tu veux bien cesser tes lubies de militant retraité, nous avons des invités !

Ma mère essaye constamment d’éviter ce sujet pour ne pas que la conversation finisse en débat politique insurmontable, surtout que leur divergence d’opinion a vu naître de légendaires disputes. Ce sont d’ailleurs les meilleurs souvenirs de notre enfance : mon frère pouvait étudier leur comportement en toute liberté, tandis que je m’efforçais d’aiguiser mes capacités à envenimer les situations. Je sens justement que je commence un peu à rouiller, il est grand temps que je me remette en selle !

— Et notre président actuel n’arrange vraiment pas les choses, pantin qu’il est dans les mains de cette oligarchie qui tire les ficelles, je m’exclame.

— Ah non, ça suffit avec ces théories du complot !

Ouuuuh, parfait, CerbMère commence à devenir rouge. Le spectacle est à deux doigts de débuter.

— Ces théories du complot ? Comment peux-tu être si naïve ?

— André, je te prie, pas maintenant.

— Tu as peur que l’homme richissime que notre fille s’est dégotée s’enfuie s’il comprend que je suis un communiste convaincu ?

— Arrête avec tes idioties.

— Parce que mes opinions politiques sont des idioties ?

Aucun doute sur le fait que le sang chaud de mon père a été transmis à tous ses héritiers, autant que la capacité de ma mère à exploser d’un coup lorsqu’elle finit par comprendre qu’elle n’arrivera plus à garder la face.

— C’est toi l’idiot ! Tu veux faire une scène devant l’ami de notre fille ?

— Il faut bien qu’ils commencent à parler politique avant d’aller plus loin dans leur relation, sinon ma pauvre enfant se retrouvera coincée avec un fasciste de droite pour le restant de ses jours !

— C’est donc ce que tu ressens ? Tu as l’impression d’être coincé avec moi ?

— Tout ne tourne pas autour de toi, Marita.

Ah, quand AmPère commence à appeler ma mère par son prénom, ça veut dire que la dispute en est vraiment une.

— Dans le bureau, tout de suite ! crie CerbMère qui s’enfuit à toutes jambes, suivie de son plus trop cher et tendre.

J’en profite pour mettre la table, jusqu’à me rendre compte que j’avais presque oublié la présence de Léo, qui me fait les gros yeux au bout de la pièce.

Comment peut-elle se réjouir du malheur de ses parents ?

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