Chapitre 1

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Son poing implacable s'abattit, touchant très précisément la pointe de l'épaule de sa victime et déboîtant l'articulation dans un craquement sinistre. Le jeune garçon poussa un hurlement déchirant et s'écroula face contre terre, au milieu de la boue et des excréments des moutons qui se pressaient autour de lui, complètement paniqués. Les animaux se dispersèrent alors que leur petit berger s'évanouissait sous la douleur. 


Son bourreau se redressa alors que deux jeunes enfants se jetaient sur son dos en le griffant, le mordant, et lui criant de laisser leur grand frère tranquille. Sans aucune pitié pour leur jeune âge il les attrapa tous les deux par le cou et les jeta au sol avec force. Ivre de rage, il donna un coup de pied dans la charrette à bras contenant les maigres possessions des trois enfants, qui se brisa net, éparpillant le tout sur le sol spongieux.  


La scène se déroulait sur la place du marché de Hems, petite bourgade située à moins de trois jours de marche des montagnes du Spitser connues pour la rudesse de leur climat et pour les sombres et profondes forêts qui les recouvraient. L'architecture de certaines demeures, notamment celle du préfet, témoignait encore de l'ancienne opulence de cette petite cité de piémont, jadis célèbre pour l'art de ses tisserands, qui filaient la laine des nombreux moutons peuplant la montagne. Hems était un carrefour commercial, et les marchands s'y pressaient alors comme les chasseurs qui troquaient les peaux, viandes et ossements des ours et lions de roche qui pullulaient dans la forêt. La ville était également la dernière halte avant la frontière avec la province voisine, de l'autre côté des montagnes, nation de chasseurs et de conquérants où les hommes apprenaient à se battre et à tuer à l'âge où l'on découvre habituellement la lecture, où les femmes étaient des guerrières craintes et admirées qui avaient autant de pouvoir que leurs hommes. Hems était donc un lieu également fréquenté par des voyageurs et des négociants qui faisaient la liaison entre les deux pays, et la cité était l'une des plus prospères du pays.  


Les temps avaient bien changé depuis lors ; le coup d’État militaire, les guerres contre les pays voisins et les lourdes taxes qui s'abattaient les unes après les autres avaient appauvri la population et rendu le commerce difficile. Petit-à-petit, les échoppes avaient fermé, les tisserands avaient vieilli et nul n'avait pris leur suite, les jeunes allant chercher fortune dans les villes plus grandes, et leur art avait fini par mourir avec eux. Les relations avec le pays voisin s'étaient tendues et l'interdiction de chasser les animaux des montagnes, devenus propriété de l’État, avait poussé la population au braconnage, pratique sévèrement réprimée. La ville avait cessé de se développer, la richesse l'avait fuie, et même le souvenir de l'opulence passée avait fini par se faner. La méfiance envers les étrangers et la colère contre l’État avaient gangrené les esprits de ceux-là même qui, auparavant, vantaient l'ouverture d'esprit et la tradition d'accueil de cette ville frontalière.   Les jours de marché voyaient donc juste quelques marchands, les derniers à subsister chichement, installer sur la place du puits des étals peu garnis, certaines vieilles tenter de vendre des paniers tressés ou les œufs des poules malingres qui réussissaient à survivre aux hivers rigoureux de la région. Certains, plus courageux ou fous que les autres, tentaient encore de troquer quelques peaux de lièvres ou de la viande de cerf, en échange de médicaments ou tissus, mais discrètement car la police du préfet se montrait intransigeante. Le braconnage était puni de prison à vie ou, dans le pire des cas, de la peine de mort car toutes les ressources du pays appartenaient à l’État.  


Ce jour-là, l'inconscient qui marchandait discrètement une fourrure de lion des montagnes avec l'un des derniers commerçants ayant pignon sur rue était un vieil homme aux cheveux gris noués en une queue de cheval stricte, et au visage creusé de sillons profonds, un cuir marqué par le soleil et la vie au grand air. Une barbe drue couvrait une mâchoire carrée et une bouche fine et serrée, peu habituée à sourire. Quant à ses yeux, très bleus, ils brillaient de l'éclat presque métallique de ceux qui ont appris à se battre pour leur survie et qui ne connaissent nulle pitié ni tendresse. Il posait à ce moment-là un regard consterné sur le passage à tabac qui occupait le centre de la bourgade. Autour de lui, les habitants observaient aussi la scène, souffrant visiblement de laisser les trois enfants se faire maltraiter de la sorte, mais refusant d'intervenir.  


- C'est normal ce qui se passe là ? demanda finalement le braconnier au négociant qui examinait sa prise.

- Normal ? Rien de ce qui se passe dans ce pays n'est normal, Rolf, tu le sais bien. C'est le fils du préfet, ajouta-t-il en désignant la brute d'un mouvement de menton. 

- Et ?

- Et rien du tout, il est protégé, point barre. Ce gamin n'a que quinze ans mais il terrorise tout le monde ici, mais si tu t'avisais de te défendre ou ne serait-ce que d'élever la voix contre lui, tu verrais les hommes de main de son père rappliquer en un clin d’œil et... enfin, disons qu'on ne te reverrait pas de sitôt dans les parages.


Rolf observa plus attentivement l'adolescent qui éructait au milieu de la place, indifférent aux regards de la population. Il tremblait et respirait difficilement alors que les muscles de ses bras et de son dos se contractaient en spasmes violents. Sa carrure et la dureté de son visage semblaient appartenir à quelqu'un de bien plus vieux et ses yeux, surtout, étaient étonnants : d'un noir d'encre, la pupille difficilement visible, ils étaient insondables et sans âge. 


- Quinze ans tu dis ? C'est une force de la nature.

- Tu dis vrai, répondit le marchand, depuis sa petite enfance ce môme a été étonnamment costaud et brutal. Il s'en est pris à mon fils un jour, lorsqu'ils étaient à l'école, et pourtant mon Sigg a cinq ans de plus que lui. Et bien il lui a cassé le bras rien qu'en l'attrapant, le doc a dit que les os de son avant-bras avaient été pulvérisés ou écrasés, mis en miettes. On ne compte plus le nombre de gamins que cette brute a blessé, parfois gravement. Mais son père le couvre, on peut rien faire.

- Et la mère ? s'interrogea Rolf en reportant son attention sur son interlocuteur.

- Pas vue depuis quinze ans, depuis la nuit où... Enfin, je parle, je parle, mais t'as pas que ça à faire, se reprit-il soudain alarmé. Je t'en donne quinze sous et les mêmes herbes que d'habitude, ajouta-t-il en cachant la fourrure sous son étal.

- T'as raison Migg, après tout je me fiche bien de cette histoire. Quant aux trois petits, là, il faudra bien qu'ils apprennent à encaisser les coups s'ils ne savent pas se défendre, par ici tu frappes le premier ou tu te fais tabasser, c'est comme ça. Je me sauve avant que les hommes du préfet ne me repèrent, et je reviens dans un mois.

- Le prochaine fois n'hésite pas à me ramener de la viande de cerf, les temps sont durs par ici et avec l'hiver qui arrive, il faut commencer à faire des réserves... C'est au moins ça que la Compagnie ne me prendra pas.


Rolf hocha la tête d'un air entendu, serra la main du marchand et récupéra son argent et un sachet qu'il rangea immédiatement dans la besace en cuir qu'il portait au côté. Il rabattit un pan de la lourde cape doublée qu'il portait et s'éloigna de quelques pas, jetant un dernier regard sur l'adolescent qui fouillait dans les affaires éparpillées des trois petits bergers. Une chance qu'il n'ait pas amené le gamin avec lui aujourd'hui; le môme n'aurait jamais pu supporter de voir ça sans intervenir.


- Hé, gros lard, laisse ces gamins tranquilles si tu veux pas que je te défonce la tronche !


Rolf soupira et serra les poings. Cette voix légèrement haut perchée était reconnaissable entre mille. Leyf.


C'était le début des ennuis.


Il se retourna et vit, sans surprise, que quelqu'un se dressait désormais près du puits et faisait face au fils du préfet. C'était un jeune garçon blond, aux cheveux grossièrement taillés à hauteur d'épaule et rabattus en arrière, dévoilant un visage juvénile. Il n'était pas très grand, beaucoup moins que celui qu'il défiait, ni très musclé ; il faisait figure d'avorton en comparaison de l'autre jeune, alors qu'ils avaient le même âge.


- Tu as deux seconde pour dégager d'ici, minable, sinon je te tue, gronda l'autre en faisant quelques pas en avant et en gonflant ses muscles.

- Oh, regardez, je tremble dans mes bottes, je suis mort de peur. 

- Tu devrais. Je suis Aelrik, fils d'Horleig, le chef de cette ville. Je fais peur à tout le monde ici, je fais ma loi, c'est chez moi. C'est mon nom que les parents prononcent pour faire rentrer leurs enfants avant la nuit, c'est mon visage que voient les marmots qui font des cauchemars, c'est... Ne te moque pas de moi !

- Non mais vas-y, continue, le provoqua Leyf en baillant ostensiblement, c'est vrai que j'ai toujours flippé quand on me racontait des histoires.

- Mais qui es-tu, toi ? J'aime savoir qui je tabasse, ajouta Aelrik en frappant ses deux poings l'un contre l'autre.

- Je suis Leyf.

- Leyf ? C'est un nom ça ? Fils de qui ? Ou peut-être fils de quoi ? grinça l'autre avant de cracher par terre. Assez parlé, fils de rien, montre-moi ce que tu as dans le bide.


Rolf observait la scène, hésitant à intervenir. Il était en colère contre Leyf : il avait ordonné au garçon de rester dans la forêt, de ne pas le suivre en ville, de se faire discret. Et pour changer, l'autre n'avait rien écouté. Non seulement il risquait de se faire massacrer par la brute qui lui faisait face, mais en plus il attirait l'attention de toute la ville. Il ne faudrait sans doute pas longtemps aux hommes du préfet pour débarquer sur la place et les arrêter tous les deux. Décidément, le jeune Leyf avait hérité de beaucoup de dons à la naissance, dont un qui pouvait tout autant être une bénédiction qu'un grand malheur, mais les dieux du bon-sens avaient dû faire l'impasse sur son cas le jour de la distribution des qualités. 
D'un autre côté... Rolf allait enfin savoir si ses années d'entraînement avec le jeune garçon avaient porté leurs fruits. Il le fallait, sous peine de finir tous les deux au bout d'une corde.


- Leyf, murmura le vieil homme dans sa barbe, si tu survis à ce combat, je te tue.


L'intéressé faisait désormais face en silence à son adversaire. Il avait vu avec soulagement les jeunes victimes d'Aelrik réussir à se glisser hors de la zone de combat. C'était ce qu'il voulait en le défiant, détourner son attention des trois bergers. Maintenant qu'il avait atteint son but, il réalisait soudainement que non seulement l'autre était beaucoup plus fort que lui, mais qu'en plus il semblait complètement fou. Aelrik dégageait une aura de puissance et de colère comme Leyf n'en avait jamais rencontrée auparavant. Il sentait, depuis qu'il avait posé les yeux sur lui, que ce garçon n'était pas normal ; les fourmillements qu'il avait ressentis le long de sa colonne vertébrale en arrivant en ville s'étaient intensifiés au point d'envahir tout son corps. Les bouts de ses doigts, surtout, le brûlaient, et il sentait son sang battre derrière ses yeux, dans ses tympans, dans tout son être.


Il connaissait cette sensation, Rolf lui avait appris à la combattre, à ne pas se laisser envahir par elle. Mais là, face à ce type étrange, la peur et l'excitation du combat semblaient bien avoir réveillé ce qu'il avait passé tellement de temps à tenter d'occulter.


Il ne poussa pas plus loin son analyse car, sans prévenir, Aelrik venait de s'élancer sur lui avec une vitesse stupéfiante vu son gabarit. Leyf ne dû qu'à son entraînement et à ses réflexes d'esquiver ce premier assaut. Il recula en se penchant en arrière et le poing de son adversaire le frôla ; c'était suffisant pour sentir la terrible force destructrice portée avec ce coup. Il ne s'agissait pas d'une banale bagarre de jeunes, le fils du préfet voulait blesser, et même tuer.


Leyf plongea en avant pour éviter le coup de coude qui suivit. Décidément, l'autre était vif et semblait anticiper ses réactions. Il fallait attaquer. Le jeune garçon se redressa vivement en utilisant sa petite taille et sa rapidité, et porta un violent coup de poing dans le ventre de son ennemi. Le craquement qu'il ressentit dans ses phalanges lui coupa le souffle, alors qu'Aelrik souriait, apparemment insensible à la douleur. Il attrapa alors Leyf à la gorge et le projeta plusieurs mètres plus loin, contre le puits en pierre.


Rolf grimaça en voyant son protégé s'écraser lamentablement contre le puits et peiner à se relever alors que son adversaire s'avançait, ne laissant pas de temps mort dans le combat. Leyf n'avait aucune chance, mais il était fier, il ne voudrait pas abandonner et demander grâce. Le vieil homme savait ce qui allait arriver, il avait déjà vu le garçon dans cet état : la modification de son maintien, la lueur dans ses yeux et ce regard fixe, l'impression que le temps s'arrêtait pour lui. En proie à une grande douleur ou à une profonde colère, il ne parvenait plus à canaliser son don.


Leyf était un Éveillé.


Le jeune garçon cracha du sang et se releva juste à temps pour parer avec ses deux avant-bras un nouveau coup de pied d'Aelrik. Il grimaça de douleur et s'écarta vivement, trébuchant avant de réussir à se relever. La sensation s'intensifia dans ses mains et son crâne. Il n'arrivait plus à se contenir. Du coin de l’œil il aperçut Rolf et pesta : le vieux lui passerait le savon de sa vie s'il survivait. Mais c'était trop tard, il ne contrôlait plus rien.


Alors qu'Aelrik allait achever son ennemi en écrasant son crâne d'avorton sous son pied, il sentit le sol sous lui se modifier, la boue se solidifia soudainement et devint plus dure que du béton, bloquant son mouvement. Surpris, il relâcha son attention et Leyf en profita. Il saisit une pierre qui se révéla soudainement effilée comme un poignard. Mais, s'il était une brute épaisse, le fils du préfet n'en était pas moins véloce, et en se laissant tomber en arrière il évita de justesse la volée de l'avorton qui lui aurait assurément tranché la gorge.


Aelrik sentit alors la colère et la rage qui l'habitaient en permanence prendre tout le contrôle de son être. Son sang circula soudain plus vite, plus fort dans ses veines, et ses muscles semblèrent se faire durs comme l'acier. Avec un cri déchirant il s'abandonna totalement à cette sensation inédite, frappa de ses poings serrés le sol qui s'ouvrit en deux  profonds sillons, libérant ainsi ses pieds entravés. Il se releva aussitôt, le regard totalement vidé de toute expression autre que la haine et se prépara à contre-attaquer.


- Stop !


Ce cri, lancé d'une voix de stentor, sembla rompre la magie qui opérait sur la place. Les deux adolescents reprirent soudain conscience et échangèrent un regard hébété, ne sachant plus très bien ce qui se passait. Ils virent avec stupeur que le puits s'était fissuré là où Aelrik avait projeté Leyf, que deux tranchées s'étaient creusées lorsqu'il avait frappé le sol, et que la boue qui le recouvrait s'était muée en une substance dure comme la pierre. La place était désormais quasiment vide, tous les témoins du conflit ayant fui, en abandonnant animaux et étals, autant pour se mettre à l'abri des dégâts que pour ne pas se faire embarquer par les gardes, lorsqu'ils seraient là.


Celui qui avait poussé ce cri était un homme d'environ quarante ans, au visage glabre et pâle, ses cheveux impeccablement taillés maintenus en arrière par un anneau de cuivre. Il portait un costume noir visiblement luxueux sur lequel étincelait une insigne frappée d'un C. Plusieurs hommes lourdement armés l'accompagnaient, la mine patibulaire et portant la même insigne quoique plus petite.


Le préfet, car c'était lui, n'avait mis que quelques instants pour arriver sur la place et avait été le témoin de la fin du combat. Lorsque son fils avait ouvert ces sillons dans le sol à la seule force de ses poings, il avait perdu son flegme habituel et était intervenu, avant qu'il ne soit trop tard. Sa pire crainte venait de se matérialiser.


- Gardes, ordonna-t-il, arrêtez ce gamin.

- Je ne ferais pas ça si j'étais vous.


Rolf se décida à intervenir et s'approcha d'un pas tranquille, montrant un calme et une assurance qu'il était loin de ressentir. Il n'accorda pas un regard à Leyf en venant se placer devant lui.


- Tu es le vieux qui vit dans les montagnes, n'est-ce pas ? 

- Et toi, tu es Horleig, le préfet.


Les deux hommes se jaugèrent du regard alors que leurs deux adolescents reprenaient progressivement leurs esprits. 


- Monsieur, c'est un vulgaire braconnier, ça fait un moment que nous l'avons repéré, glissa l'un des hommes de main à son supérieur.

- Et pourquoi ne pas l'avoir arrêté plus tôt, alors ?

- Ce n'est pas faute d'avoir essayé, répondit Rolf avec un mauvais sourire, provoquant la colère dans les rangs des gardes. Nous ne sommes pas là pour ça, Horleig, lança-t-il finalement. Je vais quitter ces lieux maintenant, avec Leyf, et vous allez me laisser faire.

- Oh vraiment ? Je pense plutôt que je vais vous faire arrêter tous les deux et prévenir la Compagnie que nous avons découvert un nouvel Éveillé très prometteur. Je suis persuadé qu'ils seront très intéressés par cette information, ajouta-t-il avec un regard appuyé vers Leyf qui sembla se recroqueviller.

- Je vois, vous faites donc partie des délateurs de la Compagnie. C'est donc ainsi que vous maintenez votre pouvoir et votre niveau de vie alors que la population de votre ville a à peine de quoi se nourrir ? 

- Oh, il me juge, je suis mauvais, je me sens si mal, le railla Horleig en levant les yeux au ciel. Vous croyez savoir mais vous n'avez pas la moindre idée... commença-t-il avant de s'interrompre, craignant d'en dire trop.

- La moindre idée de quoi ? Tout ce que je vois c'est que vous vous êtes vendu à la Compagnie. Mais, poursuivit Rolf en baissant la voix, peut-être n'est-ce pas votre train de vie que vous avez négocié avec eux ? Peut-être protégez-vous quelque chose d'infiniment plus précieux qu'un costume et une belle insigne ?


Horleig tressaillit alors qu'Aelrik sentait peser sur lui le regard lourd de sens du vieil homme. La réaction de son père lui confirma qu'il y avait bien quelque chose qu'il ignorait dans cette affaire, et que les deux hommes parlaient de lui. Leyf aussi avait senti que l'avantage venait de changer de camp et que Rolf maîtrisait désormais la conversation.


- Je pense que nous sommes d'accord, Horleig. Donc ce jeune abruti et moi allons quitter votre ville sur le champ, dit le vieux en désignant son protégé, et personne ne nous suivra. Il sera puni comme il se doit pour les dégâts qu'il a provoqués ici et nous ne remettrons plus jamais les pieds à Hems. Vous garderez le silence sur ce qui s'est déroulé ici, et moi aussi. Si vous parlez, je parle. Si on m'enlève mon garçon, le vôtre suivra. 

- Vous ne pouvez pas le laisser s'en sortir comme ça, Monsieur... commença l'un des gardes, ulcéré, avant d'être interrompu par un regard sans appel du préfet. 

- Je vous conseille de contrôler cette brute, ajouta Rolf en commençant à s'éloigner, suivi du regard par Horleig et son escorte, sinon même vous ne pourrez plus le protéger des Pisteurs. Et vous le savez.


Le préfet ne prit pas la peine de répondre et se contenta de suivre des yeux le vieil homme et l'adolescent qui quittaient la place aussi tranquillement qu'ils le pouvaient. Rolf se força à ne pas presser le pas, cachant ses mains tremblantes sous sa grande cape et se promettant de faire payer à son crétin de protégé les ennuis qui ne manqueraient pas de leur tomber rapidement dessus. Horleig et lui savaient pertinemment qu'il ne suffirait pas de ne pas être dénoncé pour échapper à la Compagnie. Maintenant que les deux enfants avaient utilisé leur don, ils avaient certainement été détectés par les Pisteurs et surtout par la plus puissante d'entre-eux. Ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'elle se lance à leur poursuite.


Aelrik et Leyf, eux, n'avaient pas encore conscience du pétrin dans lequel ils venaient de se fourrer. Ils se lancèrent le même regard noir, plein de haine et de défi, promesse muette de se retrouver et de finir un jour ce combat. 


Un combat à mort.


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