Prologue

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Prologue


« Dans les temps anciens, alors que tout ce que nous connaissons aujourd'hui n'existait pas encore, notre pays vivait en paix et ses habitants connaissaient la prospérité et la sécurité. Ils travaillaient dur mais étaient libres et heureux, et ils étaient protégés par une caste d'êtres à part, des surhommes qu'on appelait les Éveillés. Leurs capacités semblaient sans limites et ils les mettaient au service de la communauté. Ils étaient l'égal des dieux. »


Comme chaque soir, les jumeaux s'étaient endormis dès les premiers mots de la légende, bercés par la voix douce et régulière de leur mère, et leurs rêves étaient sereins et rassurants. La femme eut un faible sourire en repoussant la mèche bouclée qui barrait le front de sa petite fille, pelotonnée contre son frère, leurs deux souffles se mêlant alors qu'ils semblaient partager les mêmes songes. Jusqu'à quel point deux jumeaux sont-ils liés ? Cette question, elle se la posait depuis leur naissance tant ils semblaient être les deux moitiés d'un même être, pleurant, criant en même temps, même lorsqu'ils n'étaient pas dans la même pièce. Pourraient-ils vivre l'un sans l'autre ? Pourraient-ils s'épanouir ? Nul ne le savait, et la décision que son époux avait prise lui paraissait encore plus insupportable au vu de cette incertitude. 


Elle entendit la porte de la chambre s'ouvrir et sentit, avant même de le voir, que son mari s'était approché et qu'il était l'heure. Elle étouffa un sanglot et cacha ses mains prises de tremblements incontrôlables. Sans un mot, et sans un regard pour sa femme, leur père prit dans ses bras la petite fille qui gigota et gémit en étant séparée de son frère. Il la couvrit d'une couverture de laine très chaude, voulut l'embrasser sur le front mais se retint au dernier moment. Il se tourna finalement vers son épouse, ne sachant si elle voulait la tenir dans ses bras une dernière fois, mais celle-ci fixait obstinément le petit garçon en ravalant ses larmes. L'homme se détourna alors et quitta la pièce avec le bébé.


Il sortit de sa grande demeure et frissonna. La lune et les étoiles étaient invisibles et un vent glacial soufflait, achevant de rendre l'atmosphère lugubre. Devant la grande demeure plongée dans l'obscurité, un groupe de personnes couvertes de grandes capes noires à capuchons attendait, sans un bruit. Alors que le vent s'engouffrait par la porte de la maison restée ouverte, faisant gonfler les nappes et les rideaux, et qu'il faisait ployer les arbres du jardin et claquer leurs feuilles de manière sinistre, les encapuchonnés ne semblaient nullement gênés et leurs capes ne se soulevaient même pas. Ils étaient plus immobiles et impassibles que des statues de marbre, semblant ne pas appartenir au monde qui les entourait. 


Ils attendaient.


Un léger frémissement, à peine perceptible, les anima lorsque le père s'approcha d'eux, sa petite fille dormant dans ses bras. Elle se tortillait et gémissait de plus en plus, à mesure qu'il se rapprochait de leur groupe, ses rêves semblant s'être transformés en cauchemars. Tout s'arrêta néanmoins lorsqu'elle passa des bras de son père à ceux du premier encapuchonné. Celui-ci approcha l'enfant de son visage dissimulé, prononça quelques mots inaudibles et elle se rendormit aussitôt sans plus émettre le moindre son. Une deuxième silhouette noire se mit en mouvement, jetant une besace aux pieds de l'homme qui venait d'abandonner son bébé. Celui-ci s'agenouilla, regarda à l'intérieur et blêmit avant de s'écrouler à genoux en vidant le contenu de son estomac sur le sol. Du sac sortait un bras d'enfant et une petite main mollement ouverte.  


- Comme prévu, vous remplacerez votre fille par cette copie. 

- Il... Cette enfant est... morte, balbutia le pauvre homme.


La petite main était celle d'un nourrisson, et en la voyant les implications de son geste submergèrent le père. Qui était cet enfant? L'avaient-ils tué pour remplacer sa propre fille? Y avait-il quelque part des parents qui hurlaient et voulaient mourir, pleurant leur enfant disparu? Et sa fille, connaîtrait-elle un sort aussi funeste?


Un instant, il pensa leur reprendre son bébé, l'arracher à leur prise, et s'enfuir avec elle pour la sauver, lui donner une chance. Mais ça ne dura qu'un instant. Il ne pouvait pas faire ça, la décision qu'il avait prise et qui le rongeait, le dévorait de l'intérieur depuis lors, était irrévocable. Il le faisait pour sauver sa famille.


- C'est votre fille qui est morte ce soir, rappelez-vous, intervint l'un des encapuchonnés. C'est l'accord que vous avez accepté. Votre fille est morte mais il vous reste le garçon. Trahissez le secret, et il ne vous restera plus aucun de vos enfants.   


La voix qui sortait de la capuche semblait sans âge, presque sépulcrale. Le père, secoué de spasmes et le visage ravagé par la douleur, ramassa le sac en tentant de ne pas regarder son contenu et rentra dans sa maison, sans se retourner vers sa fille qu'il laissait derrière lui. Au bout de quelques instants, la lumière s'alluma dans la chambre des enfants et un cri terrible, un cri de douleur immense, le cri d'une mère voyant le corps sans vie de son enfant, retentit et sembla remplir tout l'espace, faisant taire le vent. Toutes les lumières des maisons alentours s'allumèrent et alors que les encapuchonnés semblaient se fondre dans la nuit noire, les villageois sortirent de leurs maisons, terrifiés par la douleur immense qu'ils avaient entendue dans ce hurlement qui hanterait leur sommeil et leurs souvenirs pendant de longues années.

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Si j'étais un personnage historique, je serais Sigmund Freud, pour mieux vous comprendre, pour mieux me comprendre, pour mieux la surprendre.

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