Chapitre 28 : Yoyo émotionnel (2e partie)

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 Nous prîmes congé d'Elenwëe pour rentrer au chariot. J'avais du mal à appeler cet endroit "chez-nous", il faudrait l'aménager pour que je m'y sente vraiment bien, là nous étions les uns sur les autres dans une pièce unique n'offrant aucune intimité. Il faudrait que je vois avec les dryades s'il y avait possibilité de nous créer un espace de vie complémentaire avec leur magie. Je rajoutai donc mentalement cela sur ma liste des choses à faire. J'étais curieuse d'observer la magie mise en œuvre pour une telle création.


 En attendant le retour des hommes de la chasse, Mélusine m'aida à aménager notre espace. Je dénichai une grande toile enduite et entrepris d'en faire un auvent pour un espace extérieur couvert. Le temps ne pouvait pas se maintenir sec éternellement.


 De jeunes dryades virent nous observer. Elles chuchotaient entre elles sans oser s'approcher. Mélusine s'agitait près de moi en leur jetant des coup d'œil nerveux. Bien qu'ayant deviné ce qu'il se passait, je lui laissai le temps de s'exprimer :


– M'man, j'peux aller jouer avec les copines ?

– Bien sûr ma chérie.

– Youpiiiiiiiiiii


 Je pense qu'on dut entendre son cri de joie à travers toute la forêt. Elles étaient déjà parties en courant, disparaissant dans la végétation quand je lançai :


– Sois de retour pour le dîner !

– Oui, oui!


 Je savais qu'elle ne se laisserait pas mourir de faim -apparament elle s'était découvert une passion pour les termites, eurk- mais je la voulais près de moi le soir : qui savait ce qui pouvait se tapir dans ces bois enchantés ?

 Je me retrouvais donc vraiment seule pour la première fois depuis très longtemps. Cela me laissa le loisir de repenser à tout ce que j'avais vécu de doux et de difficile et sur ce qui avait grandi en moi. Assise adossée à notre chariot, je repensais également à ce que Rodric m'avait raconté le matin même, attisant bêtement mon désir à nouveau. Je soupirai. Je ne me voyais pas apaiser cette tension seule et la journée allait être longue avant d'avoir une chance de retrouver un moment d'intimité avec mon mari… C'est en imaginant quelques scènes scabreuses que je sombrai sans m'en apercevoir dans le sommeil.


 Malgré mes bonnes résolutions, le rêve que je fis concernait Rodric et Geralt simultanément, leurs mains, leurs bouches sur ma peau, leurs corps mêlés au mien… J'en tirai un si grand plaisir que cela déclencha une nouvelle projection astrale. 


 Cette fois j'étais bien consciente du phénomène. Quand la brume se dispersa et que mes sens me furent rendus un à un, j'observais la scène avec attention : Rodric, son arbalète à la main avait mis en joue un grand cerf et s'apprêtait à appuyer sur la détente. Je ne voyais pas Geralt. Le trait partit net mais le majestueux animal, qui était en train de s'abreuver, fit malheureusement un pas en avant et fut blessé au poumon. 


 Il réagit en bondissant vers l'avant, traversant le cours d'eau pour prendre la fuite, emplafonant, à ma grande horreur, violemment Rodric, le piétinant en chemin. Geralt s'élança alors, tranchant net la tête de la bête avant de se hâter vers Rodric. Je "croisai" son regard inquiet tandis qu'il prenait son pouls et l'examinait rapidement. Le désir d'agir et l'impuissance qui me prirent à bras le corps étaient insupportables. La brume revint m'arracher à la scène malgré ma lutte pour voir ce qu'il se passait. 


 Je repris conscience paniquée là où je m'étais assoupie. Je jetai un oeil au ciel pour estimer le temps écoulé depuis leur départ : environ quatre heures. Inutile d'essayer de les rejoindre à pieds. Jetant mon arc et mon carquois sur mon dos au cas où et mon sac à remèdes sur mon épaule, je fonçai vers l'enclos des chevaux, sifflant Orage. Ablette la suivit et je me surpris à lui parler une nouvelle fois comme si elle comprenait tout :


– J'ai besoin de toi, mon homme est blessé, Geralt est avec lui. Tu me laisse te harnacher?


 Elle sembla consentir en hochant vigoureusement la tête à plusieurs reprises en renâclant. Je sellai rapidement les deux juments, enfourchai la mienne tandis que Ablette suivait docilement en main. Je retournai jusqu'au chariot pour retrouver le début de leur piste. Par chance le sol était meuble et leurs empreintes se détachaient d'autant plus nettement qu'ils n'avaient pas cherché à les dissimuler.


 Je mis pas loin d'une heure à les rejoindre, remontant leur piste, le coeur battant, les entrailles nouées par l'angoisse. C'est Ablette qui m'indiqua que nous y étions en se mettant soudainement à hennir. La voix lointaine de Geralt y fit écho :


– Ablette? Je suis là ma belle !


 Je lâchai la jument qui pris le trot devant moi, me guidant jusqu'à son maître. Il était agenouillé auprès de Rodric, inconscient. Il était en train de lui recoudre une plaie à l'arcade sourcilière. J'avais sauté au bas de ma monture pour examiner mon mari. 


– Son avant-bras droit est cassé… J'ai réaligné les os mais il faut faire une attelle. Fouille dans mes sacoches, j'ai besoin de mes élixirs, me demanda-t-il tout à son ouvrage. C'est une chance que tu sois venue jusqu'à nous…

– Tiens. Une projection astrale fort à propos… Il est inconscient depuis combien de temps ?

– Trop longtemps. Il s'est fait piétiner. Je crains une hémorragie interne, son abdomen est dur. Prends le relais pour la suture. Cale-le sur tes genoux pour le surélever, je vais lui faire prendre de l'hirondelle.

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