9ème chapitre : Confidences (1ère partie)

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Les heures passent dans une routine habituelle.

Après le repas du soir, je me prépare rapidement un sac où j’entasse pêle-mêle serviette, brosse à dents, pyjama, tout mon nécessaire de toilette, ainsi qu’un roman à la couverture cornée.

Je compte me rendre au dortoir commun ; tout y est couleur kaki, des lits superposés, aux murs.

Alors que je longe les couloirs, je me heurte à Dirk ; à croire qu’il n’y a que lui dans cet Abri, nous sommes pourtant un peu plus de cent personnes à cohabiter ici.

Il regarde mon sac, étonné.

« Tu découches ?

- On peut dire ça oui. Je vais au dortoir. Vanellopé a besoin de la chambre.

J’observe mon compagnon dissimuler un sourire. Je ne dis rien et le laisse ajouter plus sérieusement.

- Pourquoi ne vas-tu pas auprès d’Ycare ?

Voilà précisément l’interrogatoire que j’espérais éviter. J’hausse les épaules, jouant à la fille indifférente. Je tente de détourner la conversation.

- Je trouve injuste que vous les garçons ayez le privilège d’une chambre particulière.

- Mouais, je ne vais pas m’en plaindre; j’aurais horreur de devoir partager cette pièce.

- Oui, ce serait ennuyeux pour recevoir tes amies, ne puis-je m’empêcher de répliquer avec une légère ironie.

- J’ai l’impression que tu me prêtes plus de conquêtes que je n’en ai en réalité, me répond-il en éclatant de rire.

- Si je t’en rajoute, je suis certaine que ce n’est pas beaucoup. Tu es tout le temps entouré d’une multitude de filles !

Dirk fronce ses sourcils.

- C’est vrai, mais ça ne veut pas dire que j’ai des relations sexuelles avec toutes, il hausse les épaules en souriant, bon avec la plupart, mais pas toutes.

Je lève les yeux au ciel.

- Au fait, tu ne m’as pas répondu, pourquoi n’es-tu pas avec Ycare ?

Génial, retour à la case départ.

- J’avais envie d’être seule.

- Dans le dortoir commun ? me dit-il avec une raillerie agaçante.

- Je n’ai pas envie de discuter d’Ycare avec toi… ni avec qui que ce soit d’ailleurs. »

Bizarrement, ma réplique n’a pas l’air de perturber Dirk, son regard s’adoucit et il me dit d’une voix où toute moquerie a disparu.

« Tu peux dormir dans ma chambre si tu veux.

Mon cœur rate un battement.

- Quoi ?

- Je te propose de partager ma chambre.

Il doit voir mon visage se contracter, car il ajoute aussitôt.

- C’est une proposition en tout bien, tout honneur. On peut simplement passer la soirée à bavarder…

Étrangement l’idée n’est pas pour me déplaire, mais il faut que je sois raisonnable.

- C’est d’accord. »

Horreur, c’est moi qui viens de dire ça, ces mots sont-ils vraiment sortis de ma bouche ? Il semblerait en tout cas ; des fossettes creusent les joues de mon compagnon et m’attrapant doucement la main, il m’invite à le suivre dans sa chambre.

Cette dernière est décorée avec goût, des couleurs gris taupe, sans fioritures, des meubles en bois de chêne avec une couchette que recouvre une couette mauve.

Je pose mon sac à dos par terre et m’assois maladroitement sur le lit.

Légèrement intimidée, je ne sais pas quoi dire, quoi faire, mais Dirk prend les choses en main et me tend une canette de Coca-Cola qu’il sort d’un mini-frigo.

« Merci. Je ne savais pas qu’il restait encore des sodas.

- Il en reste très peu… je l’ai gagné à une partie de poker.

- Quand je pense qu’avant les hommes pariaient de l’argent.

- Oui, tout ça semble surréaliste même si nous n’avons pas connu autre chose. Puis me fixant de ses yeux clairs il me dit : Les choses ne sont pas simples pour toi pas vrai ?

Je soupire, légèrement tendue.

- Ce n’est pas évident tous les jours, mais je fais avec.

- L’Abri n’est pas tendre avec les femmes ; vous avez à subir des règles que nous les hommes n’avons pas.

- Oui, confirmais-je, je regarde sa chambre avec envie, vous avez de la chance.

- Je ne le nie pas.

Mon compagnon se tait un moment, songeur, puis ajoute :

- Le pire c’est le mariage… »

Sachant où il veut en venir, je me trémousse sur le lit, mal à l’aise, bois une gorgée de soda afin de me donner une contenance, et finis par me lever.

Dirk observe chacun de mes gestes, il semble triste, mais pourquoi ? Je ne lui connais aucune raison d’être malheureux.

Je me contente de dire :

« Je n’ai pas vraiment envie d’aborder le sujet ; de toute façon, il n’y a pas grand-chose à dire. Les femmes sont contraintes d’accepter la demande des hommes, qu’elle nous convienne ou pas ! Il suffit que notre famille soit d’accord.

- Je sais ; je n’approuve pas cette loi, me dit-il.

- Oh, de toute façon, je pense que tu n’aurais à forcer personne, toutes les filles rêvent de t’épouser.

- Beaucoup d’entre elles rêvent aussi d’épouser Ycare.

J’hésite à répondre, mais finis par avouer :

- Ce n’est pas mon cas, cela ne l’a jamais été. »

J’ai envie de fondre en larmes, seul mon amour propre m’en empêche. Je pose simplement la canette vide sur sa table de nuit.

Ma main tremble et je manque de la faire tomber sur le sol stratifié.

Heureusement, Dirk veille et l’attrape prestement, la jetant dans une poubelle en plastique noire près de son bureau.

Mon compagnon reprend comme s’il n’y avait pas eu d’interruption dans la conversation.

« Et pourtant te voilà fiancée à lui. »

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