31 août 2016

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Depuis trois semaines, un homme me fait la toilette. Il s’appelle Pedro, un portugais d’après son accent. Il n’est pas là tous les jours, mais je sens bien qu’on me l’a assigné. Les aides-soignants masculins sont rares et ils sont pour ma pomme ! Ne plus subir l’air offusqué des femmes est une bénédiction. Pedro et moi avons sympathisé. On papote de tout et de rien et je sens qu’il ne me juge pas comme tous les autres, pensionnaires et personnels. Peut-être me comprend-il seulement ?

Hélas, mes toilettes avec Pedro rendent mes érections d’autant plus fréquentes avec les femmes. La rareté a créé une excitation nouvelle. En quatre mois, j’ai acquis la réputation de vieux satyre de la maison de retraite. J’attise autant la haine que les convoitises.

Discrètement, ils m’ont confisqué mes livres, comme si cela avait un rapport avec mes frasques. Lolita fut le premier à disparaître. Les imbéciles ! Comme si, à mon âge, je pouvais encore lire la prose de Nabokov ! Comme une provocation, j’ai demandé à Émilie de m’apporter Madame Bovary. J’espère qu’un esprit fin y verra un parallèle avec mon histoire récente… Avec les cruches qui s’occupaient de moi, j’en doute fort ! J’hésite à me procurer l’intégrale du Marquis de Sade histoire de mettre le feu aux poudres…

J’ai du me résoudre à des lectures moins complexes, sinon je décroche et m’endors. Mes aptitudes à la lecture déclinent et je redoute de ne plus pouvoir m’adonner à mon passe-temps favori. Le seul qu’il me reste ici.

Chaque soir, à la distribution de médicaments, j’ai peur qu’il ne m’augmente ma dose d’anti-dépresseurs. L’hospice ne pousse pas à l’euphorie, certes, mais ma dépression façon crise de la quarantaine m’avait appris combien ces saloperies chimiques ne résolvaient rien. Elles apaisaient les proches plus que les malades. Une psychothérapie et un divorce avaient étés des remèdes bien plus efficaces ! Si on me laissait sortir de cet asile de fous pour acheter le journal tous les matins, je me sentirais tellement mieux ! Mais on nous enferme, c’est trop dangereux parait-il. Une rue à traverser, un pâté de maisons… Un vrai champ de bataille !

J’ai remarqué que Hubert, le moustachu qui m’avait mis en garde contre Suzanne, recherche ma compagnie. C’est un ancien réceptionniste d’hôtel. Autant dire qu’il a un sens de l’observation très développé. Il me parle peu, me sourit beaucoup. Je vois bien qu’il ne me trouve pas particulièrement sympathique. De but en blanc, je lui ai demandé pourquoi il me suivait ainsi. Il m’a dit vouloir découvrir le secret de ma longévité. Comme il est de trois ans mon aîné, je n’ai pas compris tout de suite de quelle longévité il parlait. Il m’apprit qu’il était impuissant depuis quinze ans et qu’il était en quête d’un moyen de retrouver sa vigueur d’antan. Son cœur interdit toute prise de viagra. Seul l’aspect psychologique peut être traité chez lui. Désarçonné devant son honnêteté (après coup, j’y ai vu plutôt un sacré manque de pudeur !), je lui ai conseillé de ne pas y penser. Plus on veut bander, moins on y arrive. C’est bien connu. Il m’a semblé déçu. Peut-être pense-t-il que je me suis moqué de lui avec cette réponse ? Quoiqu’il en soit, il continue de me suivre, espérant qu’à mon contact il puisse toucher à ma libido désormais légendaire.

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