18 juillet 2016

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L’ambiance se dégrade à la maison de retraite... Bien malgré moi, j’en suis la cause. Les vieilles dames ne se contentent plus d’essayer de me séduire, voilà qu’elles s’invectivent entre elles ! Personne ne comprend mon indifférence – voire ma fuite – face à cette déferlante. Même les hommes me font la gueule, jaloux de mon succès ! Si au moins j’en choisissais une, la faisant ma favorite, alors je laisserais les autres pour eux. Mais ces femmes n’éveillaient rien en moi. Leur date de consommation est, à mon sens, dépassée. La mienne aussi sans doute. Mon désir s’était étiolé au fil des ans. J’aurais bien aimé qu’il me laisse en paix, mais je n’aurais pas droit à cette sérénité. Parfois, pendant la toilette, j’ai une érection. Les aides-soignantes crient au loup et je m’excuse platement, confus et honteux. C’est assez étrange pour moi. Il me semble qu’un homme doit s’excuser lorsqu’il n’arrive pas à bander et non l’inverse. Toujours, dans les situations les plus extrêmes, mon désir avait su rester vif et alerte. C’était ma fierté. Mon étendard. Et aujourd’hui mon humiliation ! Comme un adolescent surpris par sa mère en train de reluquer un magazine coquin ! Pire qu’un retour à l’enfance, la vieillesse m’imposait un retour à l’âge ingrat ! Quelle tristesse !

Je commence à me demander si ces « incidents » ne sont pas la cause de toute cette agitation autour de moi. Ces salopes d’aides-soignantes avaient du vendre la mèche, violant mon intimité, voire le secret médical si mes érections peuvent être considérées comme une maladie ! Mais c’est plutôt un signe de bonne santé, non ?

Mes pairs sont-ils donc si différents ? Ainsi, ils ne banderaient pas ? Je vois leurs mains baladeuses, leurs yeux lubriques, leurs sourires libidineux… Suis-je seul à ne pas pouvoir retenir les élans de mon corps, trahi par une décharge de testostérone ? Quel mal y’a-t-il, lorsqu’une femme nous touche le corps, à réagir ? Est-ce ma faute si le résultat est visible ?

J’ai noté des changements dans les affectations des aides-soignantes à ma toilette… Dès que je bande avec l’une d’elles, je ne la revois plus ! Quelle bande d’imbéciles ! Mes réactions sont indépendantes de la personne ! Mon désir se manifeste au grès de mon humeur et des capacités physiques, certes amoindries. Je me sens aussi démuni lorsqu’à douze ans, j’avais des érections intempestives. Je ne comprenais même pas pourquoi ! Ça arrivait, comme ça, parfois sans rien faire. Un jour, en classe, le professeur m’avait fait passer au tableau. J’avais rougi comme un coq, car mon sexe se dressait dans mon pantalon. À l’époque on ne portait pas de jean et la toile de mon vêtement était tendue, laissant apparaître mon membre excité par je ne sais quoi. Tout le monde s’était moqué de moi, le professeur m’avait envoyé chez le directeur et mes parents m’avaient passé un savon. Heureusement, nous n’étions alors qu’entre hommes. L’école de garçons avait ses avantages. Je compris plus tard que la masturbation, au lieu de me rendre sourd, pouvait m’éviter ce genre de désagrément…

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