Day in , day out ...suite

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C’était l’autre jour, j’étais allé faire mes courses dans un vaste supermarché, dans un ces temples où des centaines, des milliers de convaincus viennent adorer le dieu Consommation, c’est encore plus vrai en période de fêtes. J’aime flâner, me pavaner aux milieu de ce toute cette merde consumériste, ce tas d’immondices humains qui n’ont qu’une croyance, qu'une obsession ,celle de bouffer du foie gras. Ils vous bousculent avec leur caddy sans même se rendre compte qu’ils vous bousculent. Il n’en fallut pas plus pour que j’entrevoie le pendant de cette société de nantis, cette société qui croule sous l’abondance de tout et de ce qui est inutile:

Une vieille dame petite et frêle qui faisait les cent pas.

La vieille dame à la retraite vouait son temps aux autres. Fragile, elle répétait souvent qu’elle était fatiguée, que ses jambes frêles n’en pouvaient plus, qu’elles lui faisaient mal à force de rester debout toute la journée, toute la semaine à guetter le généreux donateur, toujours à l’affut d’un geste, d’un petit geste humain et désintéressé. Elle allait à la rencontre des clients, à l’entrée du supermarché. Elle tendait alors sa boite cylindrique ou tintaient quelques pièces. En voyant cette main s’allonger dans ma direction, je me sentis piégé. Je n’ai pu faire marche arrière, par pudeur peut-être. Je n’osai lui avouer que j’étais chômeur, que mes moyens étaient limités. Malgré tout je glissai une pièce dans la fente en regrettant de ne pouvoir donner davantage. Quand elle est venue à moi en sollicitant ma générosité, je savais que c’était une dame bien. Une dame parmi tant d’autres pour qui la chose humaine passe avant toute autre.Ces hommes et femmes font partie de ces gens à l’âme particulière. Pas une âme morte mais une âme forte. Une âme forte et bien vivante, une âme indignée mais silencieuse qui la souci de l’autre, le souci des autres.Fantassins discrets, pudiques et infatigables passant derrière le rouleau compresseur de l’exclusion, leur “mission”: glaner quelques parcelles de générosité, replâtrer des blessures, recoudre, vaille que vaille, les déchirures d’un tissu social mis à mal par le”système”dont la folie aveugle n’a que faire des hommes et des bons sentiments.

Alors que je déambulais seul dans le vaste supermarché. Je m'étais arrêté au rayon fruits et légumes, cherchant quelques oignons frais pour accompagner mon fromage arrosé d'un petit côte du rhône. Repas simple et frugal pour un chômeur en fin de droits. Il y a des gens qui sont écrivain , entrepreneur, acteur, sculpteur...préférant le caviar ou les sushis.Moi, je suis chômeur en fin de droits mais je ne résiste pas à mon petit calendos avec quelques oignons et ma bouteille de pinard.
Mon dîner presque parfait en somme.

Le sociologue du regard que je suis aime regarder autour de lui. J'aime ausculter l'âme humaine où qu'elle soit. La rue ou les grands magasins, sont pour moi des lieux privilégiés pour épier l'hominidé dans toutes ses dimensions. Le matériau humain est un excellent indicateur de l'impact des décisions scélérates notamment sur la santé des petites gens. J'aime les petites gens. Celles qui se contentent de peu et parfois de rien. Ce sont les plus fragiles. Ce sont les premiers à encaisser. Les premiers que l'on envoie au front, au sacrifice et à la boue. Ils servent de barbaque aux nantis et aux profiteurs.

Le passant estropié par la maladie cramponné à sa béquille, la vieille femme à la jambe boursouflée et à la bouche édentée me font dire que j'ai encore mal voté. Oui, je me prends à imaginer ce qui se cache derrière une personnalité en proie aux aléas que la vie inflige à ceux dont les "valeurs de la République" n'ont que faire,orphelins apatride universels, abandonnés comme des chiens à leur sort que l'on peut aisément deviner être triste.


J'aime percer un regard triste ou une voix qui va bientôt s'éteindre .


Loin des chiffres et des statistiques muettes faites par des types payés par des gens qui veulent entendre ce qu'ils veulent leur faire dire. Ces monstres froids d'un libéralisme triomphant. Il me suffit d'ouvrir les yeux et de regarder la condition humaine comme dans un livre ouvert. La misère est là qui, comme moi, déambule dans les rayons agrippée à des humains résignés. Bien souvent derrière un visage, il se cache une souffrance, un handicap, une angoisse à peine dissimulée. Bien souvent des gens de peu, des "sans dents" qui viennent se faire plumer par les escrocs de la grande distribution; ces chiens affamés de miséreux et qui s'engraissent de leur petit pécule ou de leur petite retraite et, comme le cynisme est leur crédo, finissent le plus souvent dans les médias en se faisant passer pour des Robins des bois des pauvres.
Parmi les fruits et légumes pourris et invendables, je vis les deux béquilles qui avançaient doucement, lourdement, l'une après l'autre. On sentait l'effort quasi surhumain que ce déplacement exigeait. Je voyais l'une s'arracher péniblement au sol pour retomber plus loin, puis c'était au tour de l'autre béquille de faire le même mouvement terrible et gigantesque dans l'effort . Seuls, un courage déterminé, une conviction incommensurable pouvaient déplacer ces deux béquilles avec une telle énergie. Ce n'était pas des bottes de quatre lieux mais deux montagnes gigantesques qui se déplaçaient mues par une belle et noble volonté. Une volonté farouche qui renoncerait pour rien au monde. Pour rien au monde ces deux béquilles n'auraient déclaré forfait.
Je m'en approchai, ridicule et valide , intimidé mais aussi fasciné par une telle présence:


-Madame, vous avez beaucoup de courage!


La dame qui avait perdu au trois-quart l'usage de ses jambes me répondit simplement:


-Merci Monsieur


Adrien de saint-Alban, chômeur SDF

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