Partie de Rêve

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Préfères-tu servir sur ce monde ou régner dans l’outre-réalité ? Préfères-tu échouer encore et encore à toutes tes tentatives ou réussir à profiter du bien-être du spectacle de tes visions ? Même celles du suicide me réjouissent et me revigorent. Ce monde est le mien, j’y suis seigneur, absent certes mais seigneur quand même.
Ma réalité m’a alité.
Tout échappatoire est une extraction de cerveau pour découvrir un rêve différent.
Sois trop léger tu t’envoles, sois trop lourd tu t’enfonces.
Enivré, je réalises les premières folies qui me passent par la tête. Théâtral !
Ce qui m’émoustille les pupilles ce sont les structures complexes, baroques, fantaisistes. Mentalisme.
Jung en projetant l’homme dans l’instant mythique de la Création du Monde permet la renaissance, la régénération totale de la vie psychique par l’accès à l’inconscient collectif (atemporel), abolition du Temps et de l’Espace, dès qu’on la touche elle devient sur nous l’expérience de l’éternité. L’Absence, — omniscience — magnifique dans la dissolution.
Peut-être avons-nous rejeté le Ciel hors du Sol. Mais l’air y est encore, diffus et enivrant, source de Volonté de Vie, tandis que l’eau est la source de la Vie, tandis que le sang en est l’essence ; le Ciel est parmi nous. Plus la Science envahit, plus notre besoin d’imagination (des profondeurs mythologiques) construit et reconstruit.
J’abuse tant la trouvaille que je m’en débecte seul.
L’impression de n’avoir pas dormi. On se hâte de se démener, et dans quelle intention ?
La mode est au mépris de l’individu — désagrégé d’une personnalité stéréotypée — et à déplorer l’idéal-héros fictif — prototype (préjugé) de personnalité —. Larmoyante époque où les cyniques chassent en meute et hurlent au meurtre.
L’insomnie est la maladie du taedium vitae ; on ne peut plus s’activer à rien qu’à se coucher et rêver de s’endormir longtemps, très longtemps. Ne pouvoir faire qu’attendre. Se fatiguer de l’attente. Rester dans l’attente exténuante. Paralysé dans l’attente attendante. Sphère de l’immobilisme.
Je pleure, ça pique la cornée, ça brûle et ça gratte les bras et les jambes, comme si j’étais allergique à la veille, à l‘éveil.
Faut-il aussi se suicider pour se réveiller dans le rêve ?
Nous préférons laisser n’importe quelle trace — qu’elle soit corrosive ou bénigne — que rien du tout. Nous sommes sales et vaniteux.
Une intuition semi-conscience m’avertit par l’intermède de mes rêves qu’une persécution sommeille en moi, ancestral esprit de terreur et rigidifié de paranoïa sismique. L’épuisement de mes nuits affaiblie mes journées, avortées, putréfiées par les parasites accusateurs et divinateurs de mes profondeurs inavouables. L’on m’accuse de schizophrénie comme si j’en étais coupable. L’on m’accuse de ramolli (à la place de l’insomnie) comme si j’en étais coupable de simulation. L’on m’accuse comme si je dissimulais un état au ras du plancher (un monsieur tout le monde). Si l’on m’accuse au-delà de la veille, c’est qu’un instinct demeure : l’instinct de la proie. J’ai peur d’être moi-même une illusion. C’est pourquoi le triomphe de l’orgueil a toujours dominé le prédateur.
Au réveil ce sont les larmes qui m’accueillent dans ce supplice journalier. Le visage ravagé par la douloureuse et lourde extinction de vigueur. Fardeau de la nuit boursoufflée par les rêves agités torsadant autant l’esprit que la chair. Le sommeil ne m’emporte pas dans le linceul de la vie, il me précipite dans la tourmente de la survie. Le corps astral, son odeur s’évapore (sa transpiration de la veille) mais pas son empreinte au réveil.
Les apparitions de mes sensations sont fragmentaires et morcelées par l’angoisse inhérente à ma constitution nerveuse.
Soyez de l’enthousiasme vibrant ou ne souriez pas, ne soyez pas, ne dites mot ! !!! INTENSITÉ !!!
Muselière et camisole de force, je n’ai jamais pu parler tout à fait — gorge ceinturée et cloutée telle une ceinture de chasteté. La douleur de la strangulation étouffant les mots véritables, noyés dans l’amertume. Encagé, en pâturage aux corbeaux, supplicié aux épreuves des temps venteux et glaciaux, roué par les lapidations haineuses du commun. Condamné à la potence ; peine sans cesse retardée par les intempéries, par l’oubli, par les guerres et les têtes couronnées — empalées.
« L’abstraction demande une force qui est contraire à notre état d’hommes dégénérés. » Artaud.
Enivrée, la majorité se rend docile et prompt à exercer sa soumission à toutes les folies du tyran. « Tout tyran n’est au fond qu’un anarchiste qui a pris la couronne et qui met le monde à son pas », Artaud. J’adore cet état de fait !
Nuit blanche : là au moins je n’aurais pas maints déboires et crevantes survies à rêver. Trépidantes aventures oniriques ! Perturbantes, avant tout.
Baste de ces examens de conscience ! Pas besoin de psy et toute la clique ; le rite du flagellant et du martyr je le fais assez bien tout seul !
Mon âme craindrait-elle de rejoindre la surréaliste dimension onirique ?
L’attrait de ce qui est de nouveaux horizons, de pays étranges, de terres inconnues. L’innommable et l’indicible nous fascinent des tréfonds de l’âme. Notre cœur se soulève pour ce qui est surprenant ; l’étonnement est la pierre angulaire du merveilleux, monde duquel nous ne devrions jamais sortir — qu’en état de transe euphorisante !!!
Je carbure à plein régime jusqu’à l’épuisement de mes batteries de l’imaginaire. Mais je suis à bout de course, le chemin est tortueux, le réservoir à sec... et au prix de l’essence... nos existences ne valent plus un cens. La loco-motion, elle, vaut un peu de masturbation énergique. Reste qu’à marcher, tant pis pour la course, pour la nuit, pour la grande ville, pour la fête et la beuverie. De toute manière je vois bien que tout cela ne vaut rien. Ai-je vécu mille vies pour m’ennuyer de la vie ? Ai-je bien trop présent à l’esprit la nécessité de vivre à vive allure ! Pas à vitesse grand V ! Non plus jamais de hâte à en perdre haleine sans quelque respiration au grand air, au grand jour, au grand midi ! Contemple et divague !
La Perte de son Enfance est un choc irrémédiable. Un traumatisme persistant. Une brisure, une faille, une déchirure, de chaque après, de chaque avant, parfois pire : de chaque instant. Ai-je été maudit pour recevoir l’auréole de Saint-Innocent, du Consolateur suprême, pour des larmes que j’ignorais jusqu’à même leur douleur dans leur souffrance ? Le deuil d’un être aimé ; Moi contre une agonisante déplorant sa Perte. Que pouvais-je si tôt, si jeune ? D’à peine six ans l’on me confrontait aux appâts du Néant — Ô Grand Appel ! Je ne peux aimer que dans la haine, la rancoeur et l’amertume — voici de quels lauriers me couronna le Suicide. Comment retrouva la gemme de l’Enfance ? En caracolant aux sottises, en se carapatant en pied-de-nez aux Horreurs du Néant, en se déguisant, forniquant, avec les attributs du Chaos. On se joint, on se jouit, au tumulte en étant à cran, en étant à fond au fond de Folie !
— Pourquoi les gens ne parlent pas ? Ce que j’aurais dû lui répondre : — Parce qu’ils n’existent pas. Seulement toi et moi existons, aie foi en ça !
J’attends que que les questions me viennent naturellement à l’esprit pour les poser, cela voudra dire que j’ai conscience de la nécessité d’une réponse après avoir fait consciemment un dépôt de bilan ou inconsciemment le point avec moi-même. Ces recherches effectuées précisent la pensée et confirment la détermination campée sur ses positions et parée à recevoir de plein fouet la vérité.
Les mots tuent à petit feu ; comment voulez-vous que je m’embrase avec ces maigrelettes flammèches ? Brasier funèbre ou feu de joie ! — pas de juste mesure.
Les réducteurs de tête doivent avoir aussi pour n’y rien comprendre la tête bel et bien réduite (probant exemple de leur qualité irréductible d’obstructeur de conscience) ; la vue très étroite et les sens fort bien attelés.
Survivre dans un labyrinthe de miroirs poursuivi nuit et jour par le Minotaure, ou une multitude de mi-taureaux ?
« Cette nuit-là, le Pistolero dormit d’un sommeil sans rêves pour la première fois depuis des mois, et il dormit en serrant dans sa main la clé inachevée. »
Ça a un sens. Cependant un sens très lointain. Si lointain que quand on parvient à lui il n’existe déjà plus ici : ayant laissé ses traces et s’en allant encore plus loin. Comme lors du réveil où l’on peut saisir un sens au rêve, mais il est déjà trop tard.
Épitaphe sur ma stèle : Au Pays des Rêves
Ma Volonté est de changer l’impossible en possible, le rêve en réalité, la souffrance et la douleur en joie et en rires. La Folie ne connaît nulle limite et la Liberté est son caniveau et la Démence sa feuille d’herbe.
Je rendis les armes tandis que tu me rendis tant malade, qu’aucune lame ne pu porter à nulle âme.
Le diable se cache dans les détails, mais que serions-nous sans eux ? Des bêtes de raison ?
Il y avait ce train, encore cet arrêt, cette incertitude de trajectoire, car les deux côtés vont dans la même direction mais bifurquent à angle droit vers un arrêt au même nom et il n’est jamais précisé lequel mène à l’ouest et lequel mène à l’est, et l’on me dit à chaque fois que c’est évident, et à chaque fois je me trompe de côté. Et j’attends le train qui ne passe pas, qui a du retard, il n’arrive jamais avant que je ne me réveille ou passe à un autre rêve promptement et celui-ci disparaît jusqu’à la prochaine nuit et puis jusqu’à cette réminiscence stimulée par le percutant Chronotics Express.
De jour, nous le passons à mutiler notre vie. De nuit, nous cherchons à tomber dans la mort de l’oubli. Nous mourrons, nous vivons en violentant notre esprit ; tandis que l’absolu nargue, pourfend, notre âme, et, en lambeaux, l’éparpille...
Mettre le monde en pause.
La veille est une longue succession, souvent amnésique, de tout une kyrielle de visions d’étranges péripéties de dimensions multiples et chaotiques, très souvent sans issue.
Viens au Royaume des Rêves, viens au royaume des rêves ! Viens en ce Pays des Songes où le Roi n’est qu’un mauvais rêve. Viens, sur le bord de la fenêtre, une étoile, plein de rêveries d’outremer. Rejoins le Pays des Morts ou le Pays des Fous, nulle frontière sur cette terre dévastée où ton regard s’est échoué.

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