Passion ou Ennui

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Combien de pages ai-je lu en les voyant, en pensant la tête ailleurs à autre chose passée, contemplant des pages et les oubliant instantanément, un murmure bourdonnant de vocable indistinct ; même pas de syllabes mais d’une succession discontinue de consonnes et voyelles.

Tu peux bien parler dans cette maison, cette demeure de demeurés, mais n’ai pas espoir que quelqu’un t’écoute. Personne n’entend rien qu’en soi. Indisposés à perpétuité, engouffrés dans leurs dépressions, névrotiques, atmosphériques. Morne ambiance.

Pudiques dans leur jeunesse, selon mon grand-père, déjà distants les parents, frigides depuis les premières années jusqu’à aujourd’hui ne plus s’aimer, s’ignorer. Le sceau du secret. Pas question d’une thérapie, c’est l’autre qui va pas bien. Matérialistes comme pas deux. Individualiste, égoïste, dépensier et hypocrite, il faut bosser pour grailler mais à côté des centaines d’euros dans des appareils photos et babioles à revendre. Mentalité immature d’adolescente qui s’affirme par la contradiction, contradiction sur contradiction, au vice, paradoxe de se contredire soi-même, en revenant continuellement sur un détail à changer pour continuer, pour attiser le feu de l’exaspération, pour que ça saigne !

À l’intérieur satisfait de penser au passé au final pas si mal, à l’extérieur l’autre se ronge déjà du lendemain.
J’ai pensé que jamais ma vie ne changerai. Toujours la même histoire, la boucle est bouclée. La vie part aussi vite qu’elle est venue. Elle n’attend pas. Jamais de pourquoi entendu. Jamais de journée où absent je ne fus. Jamais fus-je de ce jour ? de cette nuit ? où suis-je en ce monde ? Où est-elle la vraie vie ? Dans la haine ? Dans l’amour ? Ou dans la folie ?
La monotonie de ma mélancolie m’enterre peu à peu... j’y crois de moins en moins, même si seul je serais prêt à tout abandonner. Anémie de la vie, la mélancolie.
Moi, je ne me le cache plus, je lisais pour oublier avant tout la misère de ma morte vie. Pour emplir le tonneau des Danaïdes d’histoires ficelées, torsadées, imbriquées, racolées. Puis j’ai compris qu’il me fallait lire pour m’enivrer et enfin un jour superposer au tonneau mon propre ouvrage ; mon propre tonneau pour m’enivrer de mes mots.

Absent de soi, légèrement prochain de moi, en soi de toi.
Douloureuse faiblesse et engourdissement intenses.

Pourquoi faire comme si tout n’avait jamais existé ? c’est terrifiant. Mon esprit était déterminé à venir te parler, pourtant mon corps a refusé, a lâchement fait marche arrière. Parce que ce phénomène me dépassait, j’ignorai d’où sortait cette puissance de force contraire, menant à la contradiction désespérante, à l’extinction morale, à l’épreuve ordalique de la volonté et du subconscient. Je sous-estimai sa contrainte exercée sur moi — sur ça. La peur me tenaillait. La peur d’être rejeté. La peur d’être un jouet. La peur de ne pas être. La terreur primordiale. La peur violente de n’exister que selon des projections individuelles relatives à mon inconscient, autrement dit être seul pour tout et en tout. Être un personnage tragique de sa propre tragédie et ne plus s’en souvenir, ne plus pouvoir remonter aux origines à cause d’une damnation infligée à soi-même pour oublier l’horreur de sa condition. Condition d’être au monde dans l’optique d’être conscient de ne pouvoir en être. Sans cesse tourmenté par son affliction première de n’être que le seul élément constitutif d’un univers, sans cesse tourmenté par la conscience aiguë d’une impuissance fondamentale à vibrer des passions désirantes vouées aux gémonies à l’instant même où le subconscient fantasme la plénitude d’une possible destination parvenue.
Rêve de la masser. Ses muscles sont trop rigides, cela l’inflige de désagréables et inefficaces compressions-décompressions.
Il y a deux ans je faisais sans m’en lasser deux fois plus que je ne fais maintenant en deux fois plus de temps, également épuisé en deux fois moins de temps, démoralisé, migraineux à la moitié du chemin parcouru, même quand c’est pour naviguer sur internet des heures juste à cliquer quelques fois pour enregistrer, pour télécharger, pour sauvegarder.
Ayant tant et tant de fois fait le tour de moi-même en tournant sur moi-même, je cherche à sortir de moi en tournant autour et roulant avec.
Rêve de tendres réconforts après l’avoir fait pleurer pour avoir révélé toute ma pensée. D’abord rejeté puis attiré...

Subconscient désastreux. M’endors en soirée : réveil en sursaut persuadé d’être le lendemain soir et d’avoir loupé deux partiels difficiles. Gros coup d’angoisse. Fatigué d’anxiété. Fatigue morale et physique s’accumulent de mes déboires amoureux et estudiantins.
Le seul pleureur, c’est moi. Je vais fondre, m’effondrer. Les nerfs vont lâcher, déjà tendus à leur maximum ils vont se déchirer d’un coup sec.
« Je préférerais ne pas... » appartient à l’infini de la patience : nous sommes tombés hors de l’être, dans le champ du dehors où, immobiles, marchant d’un pas égal et lent, vont et viennent les hommes détruits. L’écriture du désastre

Si tu ne fais pas confiance, tu te méfies, et si tu te méfies c’est que tu imagines autrui malintentionné.
« La patience, persévérance retardée. »
La vie est d’une extrême tristesse, sauf quand on est ensemble à se marrer, qu’on est euphoriques !
Rêve qu’elle m’aurait envoyé un message positif, accédant à ma requête de se revoir dans un parc et remette le pendule à zéro.
Il y a pire que la négligence, il y a le silence.
On se complaît dans notre solitude, dans notre tristesse.
Au jour le jour, sans espoir de lendemain.

Rêve que je la revois au parc, je la serre dans mes bras, je me montre plus qu’attentionné et délicat à son égard. Dans ce rêve prémonitoire idyllique, elle répond positivement à ma proposition de se revoir pour qu’elle me rende mon livre auquel je tiens beaucoup (comme à elle), dans l’espoir de déclarer ce qu’y s’agrippe à mon cœur. Depuis quelques jours je tergiverse pour mon message en appréhendant grandement une absence de réponse ou une réponse peu loquace et propice à maintes interprétations aux notes anxieuses.

Tant pis, c’est comme ça, j’arrive très bien à me rendre désagréable et détestable ! Que veux-tu ? (À la fin de ce message, certes tu le méditeras). Ce n’est pas ma préoccupation première, c’est comme ça... les jeunes peuvent se bouger si ça les amuse, personnellement je n’y vois qu’une perte de temps et tout file déjà assez vite ! J’ai dépassé vingt-deux ans et je n’ai rien fait de ma vie, tout ce qui arrive ou n’arrive pas me dépasse et j’en ai assez de m’en vouloir et d’être culpabilisé sans cesse pour des choses qui nous dépassent, me semblent tout à fait abstraites. En plus de ça je ne crois pas qu’une voix va changer quelque chose à quoi que ce soit. Je n’ai pas besoin de me déculpabiliser puisque je ne me sens pas concerné. Ma génération — je m’en fous — peut-être comme tu dis, est pourrie. Quel avenir ? Souviens-toi tout est déjà condamné ! C’est ce que — continuellement — vous répétez à longueur de journée, je me trompe ? De toute façon envoyer un mail est également un moyen polluant d’informer. À ma place si je n’étais pas agacé par cette réaction en chaîne je n’enverrai aucune réponse, mais parfois il vaut mieux exprimer sa pensée même si elle est blessante plutôt que de laisser dans le doute du silence ou de l’indifférence. Donc j’en ai plus qu’assez qu’on me dicte ce que je dois faire sans penser. Je préfère le dire comme ça c’est fait ! (Envoyé à ma grand-mère).

Diagnostic du Borderline : Ils peuvent alors être très sarcastiques et acerbes et avoir des paroles très virulentes. La colère du sujet est souvent provoquée par l’impression que son partenaire ou la personne qui s’occupe de lui le néglige, ne donne pas assez, n’est pas assez attentionné ou risque de le quitter.
Ces accès de colère sont souvent suivis par de la honte et de la culpabilité et contribuent à l’impression qu’a le sujet d’être mauvais.
Critères diagnostiques de la personnalité borderline
Mode général d’instabilité des relations interpersonnelles, de l’image de
soi et des affects avec une impulsivité marquée, qui apparaît au début
de l’âge adulte et est présent dans des contextes divers, comme en
témoignent au moins cinq des manifestations suivantes :
(1) efforts effrénés pour éviter les abandons réels ou imaginés
(2) mode de relations interpersonnelles instables et intenses caractérisées
par l’alternance entre des positions extrêmes
d’idéalisation excessive et de dévalorisation
(3) perturbation de l’identité : instabilité marquée et persistante de
l’i mage ou de la notion de soi
(4) impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement
dommageables pour le sujet (p. ex., dépenses, sexualité, toxicomanie,
conduite automobile dangereuse, crises de boulimie).
(5) répétition de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires,
ou d’automutilations
(6) instabilité affective due à une réactivité marquée de l’humeur
(p. ex., dysphorie épisodique intense, irritabilité ou anxiété
durant habituellement quelques heures et rarement plus de quelques
jours)
(7) sentiments chroniques de vide
(8) colères intenses et inappropriées ou difficulté à contrôler sa
colère (p. ex., fréquentes manifestations de mauvaise humeur,
colère constante ou bagarres répétées)
(9) survenue transitoire dans des situations de stress d’une idéation persécutoire ou de symptômes dissociatifs sévères

Imaginer rêveusement de petites tueries et de grands meurtres, en concevant lucidement qu’il n’y aura rien de mieux ni de meilleur qu’un bain de sang pour cette pitoyable existence qui n’appelle à rien de prestigieux.


On s’inquiète, on s’inquiète, en revanche, moi, je peux toujours crever tout le monde s’en fout.
C’est une fille surréaliste, comme l’a remarqué un ami. Oui, ce pote de circonstance au fil des ans s’est changé en ami quasi-providentiel, un presque alter-égo, un complice de friponneries, un amuseur ayant toujours le mot pour rire, pour même délirer ! Cette fille en question, je l’affectionne particulièrement, entre autres, pour ses défauts qui ressemblent au moi d’il y a deux ans, une jolie fille, complètement perdue au milieu d’un océan de vide, qui dérive, qui peu à peu s’échoue sur les rives de la vie.


Je serais prêt à tous les pardonner, leur disant que si un jour je me suicide ce ne serait absolument pas de leur faute. Non rien de rien, je ne regrette rien.


Tout ce que je fais est fait avec Passion ou avec Ennui.

Les bêtes de l’esprit sautent et bondissent folles contre les parois pour les déchirer de leurs crocs et de leurs tridents. S’entre-tuer et pendre leurs carcasses dans cette infâme boucherie.


Psychiatre. Pharmacie. Sertraline.


Ce n’est pas du repos qu’il me faut, mais une éternité de néant.

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