En rond

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C'est fou le sang sent si bon. Il m'enivre.
Eh oui, c'est ça la vie...
Dormir et ne plus jamais se réveiller.

J'ai encore fait un cauchemar où cette fois je fuyais une énième diatribe jetée à qui l'entendra dans ma famille et tous me jugeaient de leurs regards culpabilisants. J'ai craqué et je me suis barré en claquant la porte et en sautant depuis le balcon de l'entrée, je n'ai rien eu, alors j'ai continué à sauter d'autres escaliers jusqu'à ce que je sois au sol à ne plus pouvoir marcher.

Je ne suis pas digne d'exister.


Un exploit est toujours suivi d'une exploitation.

Les guerroyeurs sont des dépressifs en puissance, s'ils ne pouvaient assouvir leurs pulsions de haine et de violence gratuites.

Rien n'est réjouissant. Tout naît laid.
Se confronter au problème, c'est s'enfoncer dedans.
Dans tous les cas un sentiment de vide et d'inaccompli, d'insatisfaction mélancolique, oublieuse, nauséeuse. Entre tentation et dégoût, peut-on tenir sur le fil du rasoir sans se couper ?
En être dépendant, ne pas pouvoir s'en détacher, la souffrir.
On en reparlera si un jour tu es mature.
Pourquoi ont-ils tous la tête dans les étoiles ? Pour vivre sereinement ? Ça ne semble pas vraiment fonctionner.

On n'en finit pas avec les réflexions métaphysiques, tout ça nous dépasse et pourtant s'acharner à comprendre l'incompréhensible. Non, le pire c'est accepter l'inacceptable. C'est incompréhensible, il faudrait arrêter avec ces questionnements à l'infini, qui tournent en rond, se ressemblent, s'assemblent. Ouroboros... Pourquoi ?

Rien ne dure éternellement. Et pourtant perdu dans l'illusion l'humain tend à perfectionner sa mortalité et la rendre encore plus sénile qu'elle ne l'est déjà. Les morts le seront en décrépissant. Bientôt pour ne pas que la population se suicide ou se meurt en masse, que les institutions ne puissent plus tenir leur rôle et que la décadence étendue à tous les recoins de la Terre rendent la liberté aux gens et tombent leurs fardeaux pour l'oisiveté et leurs drogues douces ou amères, les laboratoires devront créer des hallucinatoires puissants qui auraient l'effet des très recherchées transcendances. Les nouveaux dieux seraient issus de la chimie et non la physique ou les mathématiques, les paradis artificiels sont l'avenir de la postérité. La post-modernité ne peut survivre qu'en s'inventant une existence par delà le réel.

Cauchemar, mal dormi, difficile de se lever.

Quand j'étais tout petit, j'ai dû consoler ma mère parce qu'une amie à elle s'était suicidée par défenestration du haut de son immeuble. Elle pleurait. J'étais très gêné, je suis revenu vers mon père et il a dit quelque chose, j'y suis retourné, je suis resté assis à côté d'elle et j'ai fini par dire quelque chose que j'ai beaucoup regretté : c'est pas grave... Le pire c'est que j'avais terriblement raison.

Silence qui consume à l'amertume.

Grosse migraine et au lit pour un rien. Ne plus rien pouvoir faire que de céder au sommeil... Il suffit d'un rien. Voilà le problème, un rien peut entraîner une profonde et longue déprime. Une dépression qui prend l'avantage sur les sursauts d'envies...

L'envie ne court pas les rues, l'envie est souvent brève. Une instantanée qu'il suffit de saisir sur le coup, sur le tas, une demi-heure ou journée au mieux. Quelques jours par brefs instants ou quelques semaines de temps en temps.


Fragile espoir. Illusions fêlées. Tricheries impuissantes.

On peut être libre à condition d'être conscient de toutes les choses qui nous déterminent, pour reprendre Spinoza. La liberté est une promesse...

Je suis complètement fou.

Mais si tout le monde faisait les folies dont il pense...

Si tout le monde agissait dans ce sens...

C'est fortement conseillé de souffrir. La vie n'est pas une obligation mais c'est un devoir. C'est tout ce qu'on nous apprend. Pire, on nous apprend à être une fonction contingente et sans résistance.

Le bug est un insecte qu'il faut réduire au néant.

Quand je dis que ça m'a tué, c'est que j'essuie une résurrection, je sais fatalement que ça ne va pas durer. Quand le ça nous rappelle à nos tourments et appel au désespoir, incite à la chute infernale, éternelle, incroyable. Trop de réalité tue la réalité. Le surréalisme comme je l'appelle : c'est l'incroyable surprise, le phénoménal ou le nouveau inattendu qui ne blase jamais. L'absence de cette dose conduit l'égaré à l'irréalité, à la superficialité de la virtualité...
Bientôt le peuple, tout le monde, devra se droguer pour survivre, se droguer de pilules hallucinatoires, des cachets pour rêver et continuellement vivre toujours du bon côté, ne jamais voir, entendre, toucher, comprendre le mauvais, le nuisible, le nocif, vivre dans une hallucination, ne pas vivre pour ne pas souffrir. Être spectateur de sa réalité. Sans quoi le suicide explosera. La mortalité viendra principalement du suicide, quand il ne restera rien de l'humanité, quand l'humanité ne pourra être nommé humanité, quand l'individu n'existera plus, quand l'héritage et tous ces grands paradigmes qui octroient du sens à la vie n'existeront plus, alors les élites, pour ne pas sombrer dans la folie, la lucidité criminelle, la passion suicidaire, instaureront des centres de loisirs, une médicalisation qui ne suffira plus pour tenir entre la lame du rasoir le peuple étourdi, le rêve permanent sera la seule solution pour faire prospérer cette vaine illusion qu'est la civilisation.

Passer plusieurs fois de l'extase au raptus suicidaire dans une seule journée. Crevant. Joie intense couplée à une tristesse accablante, un fou rire libérateur à des douleurs dorsales ou crâniennes.
Symptômes qui s'invitent au cours d'une morne journée, heureusement entrecoupée de moments pour souffler en riant et en discutant sans jamais être trop sérieux. Mais tout cela à force est épuisant. Enfin cela se renouvelle, alors je nage la brasse coulée ou le papillon. Voilà ce que je devrais faire : rire puis me coucher. Oublier, rire, dormir. Ne pas penser, rire, dormir. Dormir, rire, dormir. Se laisser rouler et réagir seulement à ce que l'on ne peut résister en inertie. C'est à dire : le rire. Bien sûr il faut revenir à la réalité. La vie, ce n'est pas que rire. Et... qui rira bien le dernier... Rattrapé par le temps qui file, le rire ne guérie rien, le rire n'est pas un baume, le rire est une diversion. Le rire n'améliore pas grand chose. Pratiquement le rire ne fait rien sinon passer un bon moment. Le rire n'a aucune utilité. Alors rire et seulement rire ne fait qu'empirer une situation. Si tout dépendait du rire, ce serait trop facile. Pour les pleurs, c'est la même chose, sauf que c'est un mauvais moment à passer. Pas forcément négatif, pas forcément positif. Neutre. Beaucoup trop de choses par essence sont neutres et indifférentes, si éloignés de soi, si inqualifiables. Le monde muet est notre seul terreau. Infertile. Les choses et objets, tous étrangers à notre parler, cohabitent par la loi du silence. Quelle solitude de vivre parmi les siens. Avoir à supporter seulement les siens. Les locuteurs sont en dehors du monde. Ce sont des colonisateurs impérialistes, des ingrats, des violeurs de sépultures, des profanateurs de la nature, des esclavagistes, des schizophrènes qui croient obéir à des dieux bons et justes. Bons à rien.

Si je tombe, tu me rattrapes ?

Bien sûr que non.

Soit tu es trop faible, soit tes bras sont trop faibles.

Quand je ne parviens pas à faire marcher une connerie qui normalement devrait fonctionner facilement, je suis frustré disproportionnellement. Le lendemain j'ai envie de tout abandonner, de ne plus rien faire, m'enfermer dans ma solitude, ne pas sortir. Comme si ne rien faire allait résoudre quelque chose ! Ou plutôt comme si forcément le jour suivant se gâche, comme si un lien de causalité existait entre un truc débilement frustrant et une tout autre chose qui n'a rien à voir.


Quelques semaines que je me dis qu'il faut que j'écrive à propos de mon passé en relation avec ce journal, une sorte de genèse, d'où me vient cette fascination... Allez ! Demain !


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