Chapitre 4 : Combat féroce.

10 minutes de lecture

Sur la pointe des pieds, Laure traversait tant bien que mal le couloir qui menait à l'entrée du musée. Il fallait qu'elle se dépêche de rejoindre Loyd avant que la vente ne commence. Zieutant les gardes à l'entrée, elle se redressa sur ses talons, s'obligeant à oublier la douleur qu'ils lui procurait et défila tel un mannequin. Elle leur annonça d'une voix mielleuse qu’elle sortait "prendre l’air".

Une fois dans le parking, elle serpenta entre les voitures de luxe. Peu vêtue, elle frisonnait tandis que la nuit tombait. Elle ne trouva pas la limousine de Loyd, car ils étaient venus avec la Maserati. Ce dernier avait demandé à son chauffeur d’aller se prendre un café à l’intérieur, car : “il souhaitait se retrouver seul quelques instants”. En aperçevant la Richess, il ouvrit la porte arrière de la voiture et la referma pour attirer son attention.

Morte de froid, elle fonça le rejoindre sur la banquette arrière :


  • Je suis gelée ! Tu aurais pu être plus clair dans tes indications !
  • Et tu n’aurais pas dû insister pour qu’on se rejoigne ! s’exclama-t-il en s’empressant de l'attraper pour la réchauffer.
  • Tu plaisantes, j’espère ? Je veux tout savoir.

Il lui fit son compte rendu en continuant de frotter ses avants-bras. Laure se sentit agacée que son père connaisse aussi facilement la vraie identité de Kyle. C'est vrai qu'elle avait déjà pensé à lui demander, mais sa fierté l‘en avait empêché.

  • Pourquoi tu ne l'as pas fait ? Tu aurais dû...

Fâchée, elle mit une petite claque sur le dos de sa main.

  • Je n’ai aucune envie de dépendre de mon père, lui avoua-t-elle entre quatre yeux.
  • En attendant, c’est quand même grâce à lui qu'on sait que Kyle fait partie d’une famille de mafieux !

À nouveau, elle s’outra et le regarda bouche bée. Plissant les yeux de suite, elle parcourut doucement ses vêtements, ne songeant au fait qu’il y avait une forte proximité entre eux.

  • J’aime beaucoup ton costume.
  • N’essaye pas de te défiler, la reprit-il.
  • Mais ! Qu’est-ce que tu as mangé ce soir…
  • On a enfin quelque chose contre Kyle ! s’exclama-t-il en attrapant sa main.
  • Tu en es sûr ? Mon père a juste dit qu’il ne travaillait pas avec la mafia et…
  • J’ai eu le temps de chercher quelques infos sur mon téléphone et figure-toi que les “Kuraga” sont à la tête d’une des plus grandes mafias du Japon…
  • Kyle n’a rien de Japonais…
  • D'accord, un mystère de plus à résoudre, mais franchement, roula-t-il des yeux, vu la tête qu’il tirait devant ton père, je peux t’assurer qu’on va pouvoir en jouer.
  • Tu… Mais c’est que tu peux être vicieux ! s’exclama-t-elle en reprenant l’usage de sa main pour lui taper le torse.

La sombre facette de son ami ne la gênait aucunement. Au contraire, Laure frétillait sur place, applaudissait frénétiquement. Sans s’en rendre compte, Loyd s’était laissé envahir par un profond sentiment de vengeance. Il se délecta soudainement de ses yeux brillants. Laure jubilait tout autant que lui.


  • Mon Dieu, je suis toute excitée ! fit-elle en s’accrochant à son cou pour le serrer fort contre lui. Toi et moi, on va former une équipe du tonnerre ! ajouta-t-elle en attrapant sa tête pour l'ébouriffer.

Le compliment lui alla droit au cœur et ses mains se déposèrent inconsciemment sur sa taille, tandis qu’elle s’étalait à moitié sur lui. Ils arrêtèrent de parler et l'excitation redescendu en comprenant dans quelle position ils se retrouvaient. Tous les deux, seuls, sur la banquette arrière d’une voiture de luxe. Loyd n’en revenait pas d’avoir des pensées aussi peu catholiques. Mais après tout, il l’aimait. Et principalement pour ses côtés coquin et espiègle. Il adorait l'idée d'être un des seuls à en avoir connaissance. Il ne détourna pas le regard. Laure baissa les yeux pour le contempler une deuxième fois et les remonta jusque dans les siens. Il la regardait avec tant de conviction qu’elle se sentit presque rougir.

  • Waw…
  • Quoi ? s'étonna-t-il, mais plus par sa manière de répondre qu'autre chose.

Il sentit alors un doigt se déposer sous son menton.

  • Je crois que j’ai trop bu de champagne, ou alors c’est que tu es vraiment pas mal sans tes lunettes…
  • Comment suis-je censé le prendre ?

Il riait jaune. Ca n'avait rien d'un compliment, mais elle louchait sur ses lèvres. Il déglutit quand il remarqua qu'elle les humidifiait. Le loyd qu'elle avait sous les yeux lui sembla tout à coup fort appétissant. Laure se garda de le complimenter et se pencha simplement pour lui donner un baiser. Mais avant même que leurs bouches ne se rencontrent, il la repoussa. Un petit recul la gagna alors. Elle écarquilla les yeux devant son air troublé. La gêne grimpa à ses joues de suite, ou alors était-elle vexée ? Lui se maudissait de ne pas l’avoir laissé faire. Mais il avait agi sans réfléchir :

  • Tu n’as pas vraiment envie de m’embrasser… je me trompe ?
  • C’est… vrai… Oui, acquiesça-t-elle, plus sérieuse. Je crois que je me suis laissée emporté sur les coupes, ajouta-t-elle en prenant de la distance. Est-ce que tu m’excuses ? Ce n’est pas un comportement adéquat…
  • Je ne t’en veux pas, répondit-il d’un ton assez ferme pour la convaincre.
  • Ahah, tu dois avoir une drôle d’image de moi…
  • Laure, fit-il en attrapant son bras, tu restes la même à mes yeux.

Mais de quelle manière la voyait-il ? Elle ne put s’empêcher de penser qu’elle venait de briser quelque chose. Le temps courrait trop pour y penser.

  • Nous devrions y retourner, je pars en première ? Je vais envoyer les infos à Sky aussi.
  • Ah oui, c’est une bonne idée, lui sourit-il en retour. Vas-y, je te rejoins. Enfin, tu m’as compris.

Une fois partie, il attendit quelques minutes pour rejoindre la vente. Il ressentit réellement le besoin de se retrouver seul un instant. En déposant ses doigts sur sa bouche, il lança un regard sévère au plafond du bolide. Quel idiot !

***

Dans une salle arrière qui servait à la projection de documentaires, les participants à la vente étaient installés confortablement dans des sièges de velours. À l’avant de l’écran sur lequel s’affichait à tour de rôle les peintures mises aux enchères, le collègue d’Eglantine s’occupait de faire grimper les prix. Cette dernière observait les petits cartons numérotés s'élever. Assis au premier rang, Loyd n'aurait cru qu'ils s'arracheraient autant les toiles, mais le simple fait qu’elles aient appartenu à sa famille suffisait à les rendre exceptionnelles.

Quand apparut l’image de la peinture convoité par Chuck, celui-ci se tourna vers sa fille :

  • C’est celle-ci dont je te parlais, est-ce qu’elle te plaît ?
  • Beaucoup ! s’exclama-t-elle en resserrant son bras autour du sien.

Elle le pensait. Les couleurs lui donnait la sensation de rêver les yeux ouverts et de goûter à l’amour pour la première fois. Les petits numéros s’agitaient dans tous les sens.

  • Est-ce que cet achat est bien utile ? s’agaça Pris.

Face à la moue de sa fille, dont les yeux pétillaients, il n'eut qu'une réponse :


  • Onze mille, éleva-t-il la voix tandis que sa femme croisait les bras.

Laure se sentit combler que son père se batte pour lui faire un cadeau. Il y eut une hésitation dans la salle, passer la barre des dix mille euros pour une peinture était quelque chose d’énorme en soi. Les passionnés ne se laissèrent pas faire, tentant de prendre le pas sur l’homme le plus riche du pays. Ils avaient bien tort de le concurrencer. Si ce dernier pouvait à la fois faire don à la cause, pour une vieille amie, et en même temps faire plaisir à sa fille, Chuck n’hésiterait pas à augmenter le prix. Plus la somme s'enflammait, plus Loyd frissonnait. Décidément, rien ne pouvait arrêter cet homme. Eglantine, elle, gardait un œil sur la seule femme qui n’avait pas encore parlé.

À vingt-cinq mille euros, plus aucun carton ne se leva. Il y avait quelque chose de grisant pour les invités de se frotter au businessman, mais ils s'avouèrent vaincu.


  • Vingt-six mille ? Personne ? Si aucune proposition n’est faite, alors le tableau revient…
  • Trente, résonna clairement dans la salle.
  • Madame Stein si c’est votre prix, veuillez l’indiquer en levant votre carton.

Elle l’agita gentiment et fit un clin d’œil au commissaire. Chuck gardait la tête haute à l’autre bout de la salle. Très fière de sa performance, Marry avait attendu qu'il soit seul dans la course pour lui mettre des bâtons dans les roues. Croisant ses jambes à son tour, il ne lui accorda même pas un regard quand il enchérit à nouveau. Le vrai combat commençait.

“Trente mille”

Comme s'ils assistaient à un match de ping-pong, les yeux des invités passaient d'un Richess à l'autre.

“ Quarante-cinq mille”


La somme ne faisait qu'augmentait. Loyd suffoquait de cet affrontement. Comment pouvaient-ils restés aussi relâchés ? La vérité est qu'ils brûlaient littéralement de l'intérieur.

“Soixante mille”


Le visage de la mère de Laure devenait grimace, ravagée par la jalousie. Son comportement n'empêchait pas Chuk d'enchérir à nouveau. Il voulait gagner ce match. Et la magnifique blonde voulait lui rendre la monnaie de sa pièce. Laure commençait à se sentir mal à l’aise.

  • Papa, tu sais... Je veux ce tableau, se ravisa-t-elle en voyant l'amusement sur le visage de Marry.

Quel caprice... Mais la mère d'Alex la mettait complétement hors d'elle. Pensait-elle vraiment obtenir le tableau ? Ils continuaient de faire grimper le prix.

"Quatre-vingt mille”

Marry se ventila avec sa pancarte et leva les yeux au ciel. Elle riait et riposta. Le malaise de Laure s’intensifia quand celle-ci se leva et marqua le coup en annonçant qu’elle le prenait pour deux-cent cinquante mille. Ça en devenait dérisoire. Et pourtant Eglantine ne fut pas étonné de le voir lui lancer un regard provocateur. Les participants commencèrent à croire que cette vente n’en finirait jamais. L’affrontement les tenaient pourtant en haleine, tellement qu’aucun ne fit attention au fauteuil roulant qui s’invitait dans la salle.

Ce fut presque un choc pour le grand roux. Elliot guida sa femme avec soin et gara la chaise derrière la dernière rangée de sièges.

  • À combien sont-ils ? demanda ce dernier à une connaissance.
  • Ils vont atteindre les trois-cent mille… Que vous est-il donc arriver ? fit l'homme en dévisageant Alice.

Mécontent, Elliot la recula. C’était de la folie. Ce qui l’amusa pendant cinq minutes le rendit amer par la suite. Il s’accroupit à hauteur d’Alice pour lui faire un sourire et attrapa sa main. Malgré son visage pâlot, elle lui rendit. Cela faisait des mois qu’elle n’était plus sortie. L’idée d’agir contre sa propre maladie la réconfortait. Elle avait aussi parfaitement conscience de ce qu’Elliot pouvait ressentir en revoyant ses deux amis. Au loin, Eglantine les avait repérés. Son cœur se réchauffa en les voyant.

L’espèce d’admiration des autres participants et la tension qui régnait les gagnèrent rapidement. Et ce qui sembla fort agréable à Alice devint très vite détestable à ses yeux. Elle fronça les sourcils en entendant le commissaire :

“Quatre-cent vingt mille”


Ce fut autour d’Elliot de faire une grimace. Les connaissant, ils pourraient encore dépenser des milliers pour prendre le dessus sur l’autre.

  • Je crois que nous sommes arrivés au pire moment, plaisanta-t-il pour détendre l’atmosphère. Au moins, on peut dire que les dons auront été fructueux…
  • Ce n’est pas de la générosité, dit-elle durement.
  • Laissons-les donc…
  • Non, fit-elle en enfonçant ses doigts dans les accoudoirs de son fauteuil. Je refuse de voir ça plus longtemps.

Elle était sensible et à fleur de peau. Fatiguée et désemparée par la maladie. Elle eut l’impression que tous les efforts qu’elle fournissait pour rester positive se voyaient bafoués par une paire d’idiots, entêtés et plein aux as. Pour la première fois de sa vie, après toutes ces années de cohabitation, Elliot découvrit de la haine sur le visage si doux de sa femme.

"Quatre-cent septante-mille”

Alice poussa sur ses avants-bras pour se relever, y puisant toute la force nécessaire pour se mettre sur ses deux jambes. Alors qu’il s’apprêtait à lui proposer de partir, Elliot tenta de l’arrêter le temps d’un instant. Mais en la voyant poigner dans sa perruque pour la brandir au-dessus de sa tête, il n’eut le cœur de le faire :


  • Un million ! cria-t-elle du peu de voix qui lui restait. Nous mettons un million, ajouta-t-elle en chancelant.

En un rien de temps, Elliot l’aidait à regagner son équilibre. Il l’entoura de ses deux bras pour plonger sa tête vide de cheveux contre son torse. Elle pleurait et serrait férocement sa fausse chevelure dans son poing. Eglantine déposa une main sur sa poitrine et retint ses larmes par un battement de cil. Laure se crispa pour s’obliger à ne pas regarder Loyd. Il était également sous le choc. Il s’agissait de la mère de Faye. Pourquoi n’avait-elle rien dit ? Tout devenait clair sur ses faux sourires. Ils avaient tant de peine, ça relevait de l’injustice de ne pas pouvoir l’exprimer. Les journalistes s’agitèrent comme des petites mouches autour d’un morceau de fromage abandonné. Elliot était tellement en colère qu’il assassina son éternel adversaire d’un regard noir. Mais dans celui de Chuck, qui cachait sa peine avec une grande efficacité, le roux sut y déceler de la désolation. Sa concurrente avait perdu son air triomphant et baissa la tête avec honte, serrant son petit carton à bout de bras. La nouvelle apparaissait au grand jour : Alice Fast avait un cancer.

Dans l’absolu, personne ne put se réjouir de l'énormissime don :

  • Devrions-nous… hésita le commissaire ? Je pense que les enchères concernant ce tableau sont closes…

Le bruit de talons claquant contre le sol attira l’attention de toute la salle. Ils ne venaient pas, mais rebroussaient chemin. Face au silence, la femme à qui appartenait la paire de chaussure Italienne accorda un œil aux voyeurs, repoussant son crin noir d’un mouvement de tête. Comme deux aimants se chercheraient, ses prunelles noires tombèrent de celles d’Elliot, sa femme toujours dans ses bras. Ce dernier plissa douloureusement le front. Ne pouvant plus regarder plus longtemps, la femme attrapa la main de son accompagnateur et quitta les lieux.

Dans le couloir, tiré par sa mère, Selim ne comprenait rien. Il venait à peine d’arriver qu’ils repartaient dans la seconde. Qu'est-ce qui l'avait autant mis en colère ?


  • Maman pourquoi on s’en va déjà ? Maman, attends… Eh…

Il se tut en découvrant ses larmes. Depuis le temps que Katerina n'avait plus assisté à un événement public, elle regretta d'être venue.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Redlyone ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0