Prologue : Combo de génies.

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D’un pas hésitant, un jeune homme arpentait les couloirs de l’internat de Saint-Clair, regardant à tour de rôle les portes des chambres et le numéro indiqué sur le papier entre ses longs fins doigts. C’est d’un regard sévère et d’une paire de prunelles bridées qu’il observa longuement la chambre “303”. Ce qu’il y avait derrière ne lui inspirait absolument pas confiance, mais aucune crainte ne traversait ce visage trop sérieux. Il y frappa d’un poing ferme.

En apparaissant, Kyle dut alors lever la tête pour établir le contact. Bien que le crâne de son invité atteignit presque le haut du cadre de la porte, il ne se laissa pas impressionner par la taille de son invité. D’un petit rire, il le laissa entrer dans ce qui était censé ressembler à une chambre. Un grand rideau noir traversait la pièce afin de séparer son intimité du bureau qui trônait à l’entrée.

En cette soirée, il n’y avait qu’une petite lampe de chevet pour éclairer la montagne de feuilles et de dossiers sur sa table. Des classeurs archivés par année résidaient dans une armoire toute serrée entre l’épaisse tenture et le bureau. Il s’y installa, déposant ses pieds sur le petit tabouret à côté pour étendre ses jambes et l’invita à s’asseoir. Le fauteuil dans lequel le garçon déposa ses fesses était encore chaud et au désordre présent, il en conclut que Kyle n’en était pas à son premier visiteur. C’était donc bien ici que les étudiants de Saint-Clair venaient signer des pactes avec le diable.

  • Rappelle-moi ton prénom ? lui demanda-t-il, parfaitement conscient des regards discrets qu’il accordait à son “bordel”.
  • Tu ne le connais pas déjà ?

Sa voix grave n’allait pas de paire avec ses traits fins, presque efféminés, de son visage triangulaire.

Kyle sembla ravi :

  • C’est la meilleure réponse qu’on m’ait donné jusqu’ici, Steve Matveïev, lui sourit-il. Ton parcours est intéressant, je ne pensais pas que tu viendrais à moi, ajouta-t-il en sortant une fiche d’un de ses nombreux dossiers. Tu as vécu jusqu'à tes six ans en Sibérie, avec ton père, Russe. C’est de ta mère que tu tiens tes origines chinoises, pouffa-t-il. Vous avez déménagé chez l’ennemi, aux U.S, avant de venir par chez nous. Je sais qu’il traficotait dans les armes…
  • Comment peux-tu le savoir ? le coupa le bridé. À moins que tu parles Russe ou Chinois, je ne vois pas comment tu aurais pu avoir ces informations.

Le blondinet gloussa. Son petit rire nerveux s'étala en longueur. Kyle tortilla une mèche autour de son doigt en gardant les yeux rivés sur sa fiche.

  • J’ai quelques langues dans ma poche... dont le Japonais. Ne sois pas surpris. Je te le dis en gage de confiance, car nous allons travailler ensemble, n’est-ce pas ? Je sais également que tu n’as pas été très bien accueilli à Saint-Clair par tes camarades. Victime de harcèlement, mon pauvre. Que tu t’es réfugié dans les cours à distance et tout ce qui à touche à l’informatique. Et vu que j'ai envie de créer un site pour mon journal en ligne, tes compétences en web m'intéresse.
  • Ok, mais pourquoi ne pas engager un professionnel ? lui demanda-t-il d’un ton suspicieux.
  • Hum, se gratta-t-il la tête, parce que ce n’est pas aussi marrant et que tu ne me coûteras pas aussi cher. Sans compter que tous les pros ne sont pas des génies de ta trempe. Tu as doublé une année simplement pour faire chier tes parents, non ?
  • Peut-être, dit-il en s’enfonçant gravement dans son siège.
  • Je m’en fiche de la relation que tu as avec eux, mais nous sommes assez similaires, alors pourquoi ne pas faire équipe ?
  • Parce que ta réputation te précède… et je veux savoir exactement dans quel but tu m’engages ? Je ne vais pas revenir à l’école pour tes beaux yeux, mais simplement pour l’argent que tu récupères des “Richess” et de tous ces blaireaux de Saint-Clair. La thune, c’est la seule chose qui m’intéresse, précisa-t-il d’un regard perçant, mais je veux savoir la vraie raison qui se cache derrière cette annonce, fit-il en déposant sur le haut de la pile de documents , une annonce pour "recherche d’un élève doué en informatique et dans la création de blogs”.

Kyle garda pour lui le fait qu’il le trouvait perspicace. Il ne le complimenterait que s’il effectuait correctement son travail. Il sortit doucement alors un journal papier d’une autre pile et lui lança. L’article parlait des méfaits d’une bande de jeunes délinquants qui avait commis un paquet d’infractions mineures en un court laps de temps. Le dernier fait en date : “explosion de boîtes aux lettres de tout le voisinage”. Les victimes assuraient ressentir un sentiment d’injustice quant à leurs plaintes, non prises en compte, à défaut de n’avoir aucun visage à accuser. En effet, tous encapuchonnés de noir, des bandanas de la même couleur cachaient l’identité des malfaiteurs. Quelques témoins assuraient pourtant avoir vu l’un d’entre eux : “porter un masque blanc, avec des traits rouges en dessous des trous pour les yeux, comme des larmes de sang”. Cette même personne portait un long pull noir, bien trop grand pour sa personne, et sur lesquels deux cornes en tissus s’incorporaient à la capuche.

Une vieille dame du quartier confia ses craintes. Elle ne se sentait plus en sécurité dans sa propre maison : “Les jeunes d’aujourd’hui sont fous à lier, et ce démon… quand je l’ai vu s’attaquer à ma boite aux lettres… Qui sait ce qu’il m’aurait fait si j’avais été en face de lui ou si j’avais essayé de l’en empêcher. Il avait une batte de baseball ! Je n’ai pas osé sortir pour l’arrêter, pensez-vous !” Nombreux sont ceux qui avaient appelé la police, mais les jeunes leur avaient filé entre les doigts.

Steve releva ses yeux vers le blondinet qui attendait patiemment de poursuivre :

  • Lis ceci maintenant, l’obligea-t-il en lui donnant un autre journal.

Cette fois, il découvrit une histoire à propos d’un père qui séquestrait sa fille de onze ans dans un sous-sol caché sous le tapis du salon. Ils vivaient seuls. L’homme alcoolique avait été pris sur le fait et fut arrêté… Steve poursuivit sa lecture rapidement, ayant du mal à comprendre.

  • Quel est lien ?
  • Ne vois-tu pas ? Cet article a été publié la semaine d’après, dans le même journal que le premier. Il manque des informations dans cette histoire… Comment ont-ils su que cet homme la battait ? Comment ont-ils trouvé la cave ? C’est un quotidien, mais habituellement les journalistes se plaisent à ce genre de détails. Ici, rien. Juste après cette attaque groupée, et réfléchie, appuya-t-il, les policiers découvrent ceci ?
  • L’attaque a été préparée ? demanda-t-il simplement.
  • Tout à fait ! J’ai recensé toutes les fois où ils ont commis des infractions, et à chaque fois ils l’ont fait en groupe, presque stratégiquement, et toujours avec quelque chose de plus gros… Comme pour attirer l’attention.
  • Tu penses que le but de cette bande était qu’ils découvrent la jeune fille ?
  • Toi aussi c'est ce que tu penses ? Ça me turlupine, fit-il en appuyant son doigt plusieurs fois sur sa tempe en plantant ses yeux pétillants dans ceux de Steve. Mais je pense qu’il y a un lien. Il est possible que la police ait décidé de se mobiliser auprès des parents des jeunes du quartier et... Je t’en expliquerais davantage si tu acceptes mon marché, se reprit-il en voyant l’intérêt du Sibérien. Dans le premier article, il parle de cette personne à la batte de base-ball. Il s’avère que c’est le chef du gang, on l’appelle : “le diable blanc”...
  • Ce nom me dit quelque chose, l’interrompt-il en attrapant son propre menton pour réfléchir.
  • Ça ne m’étonne pas ! Il y a plusieurs gangs dans ce quartier. Des grandes bagarres ont eu lieu entre le clan du Diable blanc et ceux qu’on appelle les “Wolf”. Qu’est-ce qui les opposent ? Qu’est-ce qui les poussent à se conduire de cette manière ? Dans un quartier aussi malfamé, dans lequel la drogue circule et dans lequel il existe des faits tels que celui-ci ? s'interrogea-t-il en attrapant le deuxième journal. Je veux découvrir qui est ce Diable Blanc et qu’elles étaient ses intentions, je veux ce scoop et le mettre en lumière !
  • Et comment tu vas t’y prendre ? Je sais que tu as le bras long, mais…
  • Ne pose pas trop de questions, le coupa-t-il. Dans un premier temps, je veux que tu me prouves tes talents de hackeur et ensuite, nous verrons. Alors, pendant que j'irais me pavaner à cette fameuse vente aux enchères, je vais te donner un peu de boulot, ça marche ?

Steve ne s’étonna même pas du fait qu’il était au courant de ses activités illégales. C'est même pour cette raison précise qu'il pensa qu'il l'avait choisi. Il ne fut pas surpris, et comme tout bon journaliste en herbe, Kyle affichait maintenant un sourire malicieux. Il ne se laisserait pas faire pour autant :

  • Puisque je suis déjà dans la confidence, je veux être payé pour ce premier job, exigea-t-il alors.
  • La première moitié maintenant, et la deuxième lorsque tu m’auras prouvé ton efficacité ? Marché conclu ? répondit l'autre, très sûr de lui.

La poignée de main qui suivit s’avéra féroce et annonçait la naissance d’un duo tout droit sortit de l’enfer.

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