L'amphithéâtre des passions.

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- La criminalité est un phénomène humain, social et culturel. Humain, car dans le règne animal, nous sommes les seuls à reconnaître la notion de bien et de mal. Social car la délinquance s’observe dans toutes les sociétés, étant induite par le groupe. Il n’y a qu’à observer le comportement du loup dans la meute. L’expression qui en découle, ne fut pas choisie au hasard. Et pour finir, culturel car chaque culture à son « modèle criminel ». Un culte de la frustration, par exemple, produira automatiquement une réaction diamétralement opposée à l’interdit.

- Excusez-moi monsieur Carter, mais la génétique a aussi un rôle primordial, dans le comportement de l'individu ? interroge une élève.

- On ne va pas lancer de débat sur l'eugénisme, aujourd'hui. L'être humain ne peut être réduit à une simple combinaison de gènes, mademoiselle Sullivan.

- Mais si nous pouvions éviter aux criminels de se reproduire, nous vivrions dans un monde meilleur ! insiste la jeune femme.

- Regardez le film "Bienvenue à Gattaca". Arrêtez de vous gaver de stupidités produites par Disney et réfléchissez un peu, avant de vous lancer sur un terrain glissant. Nous ne sommes pas en cours de philosophie. Voudriez-vous prendre ma place ? assène Vaughn en croisant les bras.

Ne sachant que répondre, elle se tait. Quelques élèves pouffent de rire. Carter est agacé par l'étudiante de première année, qui le contredit depuis le début.

- Si quelqu'un a encore une théorie "novatrice" à partager, surtout qu'il ou elle n'hésite pas. Et tant qu'on y est, si quelqu'un veut du thé et des petits gâteaux, ma collègue se fera un plaisir de vous servir, ajoute-t-il en présentant Daniella à son auditoire.

Le professeur de criminologie branche le projecteur à son ordinateur et lance un documentaire sur les sciences comportementales. À la fin du reportage il procède à l'analyse du sujet, avec l'appui de sa consœur, qui témoigne des différents cas observés lors des enquêtes de la section spéciale. Carter impose une dissertation à rendre dans un délai de sept jours, au moment où retentit la sonnerie annonçant la fin du cours. L'amphithéâtre se vide progressivement.

- C'est toujours comme ça avec Sullivan ? demande Daniella.

- Oui. C'est fatigant, soupire Vaughn en rangeant le matériel. Je te paie un restau ? J'ai deux heures à tuer et il faut que je sorte.

- Avec plaisir.

À l'Olive Garden, un restaurant italien sur North Avenue, tous deux s'installent à une table à côté de la baie vitrée. La jeune femme commande une minestrone et une escalope milanaise, tandis que son collaborateur se contente d'une salade roquette-mozzarella et quelques crostini tomate-basilic.

- Tu ne manges pas ? demande-t-elle, quelque peu inquiète.

- Je n'ai pas faim.

- "La Sullivan" te perturbe à ce point ?

- Non. J'ai repoussé ses avances en début d'année, c'est pour ça qu'elle s'acharne. Mais je m'en amuse. La pauvre se ridiculise "consciencieusement" devant ses camarades, elle finira par se lasser, répond le collègue, en souriant.

- Des soucis personnels ?

Il acquiesce. Dorian est devenu plus sombre depuis le nouvel an. Irene sape méthodiquement le moral de sa fille. Megan n'arrive plus à sourire, malgré ses efforts pour cacher son désarroi, soucieuse de protéger Cameron. Parish assiste, impuissant, à la déchéance émotionnelle de sa sœur. Elle aura beau changer de numéro de téléphone, Jordan continuera de communiquer le nouveau à sa belle-mère. Condamnée à garder contact avec le père de sa fille, Megan n'a pas d'autre choix que de subir les insultes incessantes de sa génitrice.

Luttant de toutes ses forces afin de garder sa combativité, la coach fait le ménage, musique à plein volume. Torture, des Jackson Five, résonne dans tout l'appartement. Une fois l'ouvrage terminé, elle s'affale dans le canapé. Le vinyle s'arrête. La jeune femme ferme les yeux et profite du silence. Soudain, son cellulaire vibre sur la table basse. Elle se relève et consulte le message.

C'est Casey, tu as changé de numéro ?

Megan lui répond aussitôt. L'agent sent que sa bien-aimée a sombré dans une mélancolie malsaine. Il ne souhaite cependant pas la faire fuir. S'il tente de savoir ce qui la perturbe à ce point, il sait qu'elle finira en proie à un profond mutisme dont il ne pourra l'extraire.

- Dorian, tu peux me dire ce qui ne va pas avec ta sœur ou c'est un secret d'état ? chuchote Ice Man à son collègue.

- Après la simulation, je te paie un verre, lance Parish, déterminé à venir en aide à sa seule famille.

Les stagiaires analysent une scène de crime, reconstituée par l'équipe à partir des archives du FBI. Aaron observe les élèves et prend des notes, tandis que Karen les guide dans leur démarche, orientant ses questions afin qu'ils assimilent la méthodologie d'un enquêteur. Après avoir examiné les déductions de chaque étudiant, Levar les corrige. Pour conclure le cours, il expose son approche de la profession et ses subtilités.

- C'est fini pour aujourd'hui, la jeunesse. On se revoit demain, lance le capitaine de la section spéciale.

Casey se lève.

- Pas mécontent que ça se termine.

- Tu préfères une mise en pratique plus musclée ? s'esclaffe Karen en simulant un coup de point dans l'estomac.

L'ancien marine enroule son bras autour des épaules de sa collègue.

- Avoue que mon idée d'organiser un paint ball dans le parc de l'université, c'était du pur génie !

- Les jardiniers vont te détester. S'entraîner à appréhender un suspect en s'inspirant de la guerre du Vietnam, je dirais plutôt, pure folie. Mais comme la marge entre les deux est faible... ajoute Berenton, se retenant de rire franchement.

En sortant de l'université, l'équipe se disperse. Dorian reste avec Casey.

- Tu veux venir manger à la maison ? On commande une pizza et quelques bières ?

- Tu me flatte, Ice Man, mais je suis maqué ! lance Parish, amusé.

- Oh, t'es dur en affaires. Ouais, dix-huit heures, c'est un peu tôt pour la boustifaille. Je peux pas t'attirer dans mon lit avec une petite mousse bien fraîche ?

Le jeune homme éclate de rire.

- Va pour la mousse. Tu m'as convaincu.

Sur la route, les deux collègues se remémorent leur journée au campus. Hartman s'est trouvé une vocation insoupçonnée. Se découvrant un talent de pédagogue, l'ex-marine enseigne avec efficacité et humour.

- Fais attention, les filles te dévorent du regard !

- Je vais leur distribuer des cadenas, qu'elles gardent leur culotte verrouillée ! s'offusque l'homme de glace.

Les deux amis cèdent à l'hilarité, plus détendus que jamais. Ce soir, Casey va enfin savoir ce qui ronge sa bien-aimée. Ce soir, Dorian va enfin mettre son potentiel allié dans la confidence.

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