Happy New Year.

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Cameron et Dorian regardent Harry Potter dans le salon. Je peux déprimer tranquillement sans craindre d'inquiéter qui que ce soit. Les pensées se bousculent dans ma tête. Je m'isole un moment dans la cuisine. Écoutant Kate Bush à plein volume dans mon casque, je fixe la baie vitrée, vin chaud à la main. Je me souviens. Après le divorce j'ai eu la bêtise de croire qu'Irene voulait changer. Qu'elle cherchait à se racheter, en jouant la grand-mère idéale pour ma fille. "En jouant", c'est le terme approprié. Et Jordan qui me tannait sans arrêt avec son expression favorite : "on n'a qu'une mère". Mes pensées se bousculent dans ma tête. Ma poitrine me fait horriblement mal, j'ai l'impression qu'on m'écrase la cage thoracique à coup de massue.

Les souvenirs se bousculent dans ma tête. Je n'arrive même pas à pleurer.

Nous avons vécu à peine deux mois, chez Irene. Je ne reconnaissais plus Cameron. Son regard s'était éteint. Ma fille m'a avoué plus tard que ma génitrice ne cessait de vomir des insanités à mon égard. Déjà que mon ex-mari prétendait que je me prostituais, n'hésitant pas à faire scandale devant notre enfant, mais là c'était plus que je ne pouvais supporter. On ne touche pas à Cameron. Je pourrais tuer pour elle. Je suis tombée par hasard sur cette annonce qui offrait dix mille dollars pour la capture d'un fugitif. Le soir même nos valises étaient prêtes et je prenais le bus avec ma puce pour le Montana. Mon frère me demande toujours pourquoi je n'ai pas bloqué cette folle sur mon téléphone, ma boîte mail ? Mais sans ça je n'aurais pas de preuves contre elle. Et je savais qu'un jour on se retrouverait devant un juge. Ce qui ne saurait tarder, hélas.

Irene avait appelé la police pour signaler notre "disparition". C'est en ramenant mon "gibier" à son adresse finale, qu'un agent de police m'agressa en me hurlant que je les dérangeais avec de fausses déclarations, les obligeant à détacher des effectifs pour rien. C'est Irene qui fait n'importe quoi et c'est à moi de faire le ménage derrière elle. Le cœur embrasé d'une rage difficile à contenir, je l'avais appelée pour lui intimer l'ordre de nous "foutre la paix" à moi et à ma fille. Je regrette amèrement d'avoir eu pitié de cette femme. Me disant qu'on ne peut abandonner une personne à une telle solitude, j'ai eu tort. J'ai mis mon enfant en danger et je m'en veux avec violence pour ce moment de faiblesse. Chasseur de primes était la seule option envisageable à ce moment là : voyager, avoir de l'argent rapidement et surtout, sans adresse nous n'étions pas repérables par Irene.

J'ai enregistré chacune de ses insultes, chaque tentative de chantage, tout ce qui prouve le harcèlement et la toxicité de cette mégère. Pour moi-même je n'aurais jamais eu telle patience, mais pour Cameron, la question ne s'est jamais posée.

Comprenant qu'elle ne pouvait m'atteindre matériellement Irene avait commencé à montrer son vrai visage. C'était en décembre 2017, je me souviens. Le dix je lui ordonnais de me laisser tranquille, le vingt-sept je recevais un texto : "je suis tombé sur du porno dans mon ordi, tu ne mange pas de viende, tu ne conduit pas car sa polue, mais tu soutien l'industrie pornographique en regardant cette merde!!!"

J'ai eu envie de vomir en lisant cette... chose innommable. Avec une gosse de cinq ans ! J'utilisais cet ordinateur pour chercher du travail. Les spams et les publicités intrusives n'existent pas ? C'était la machine de Carver. Puis elle voulait sans arrêt que je lui télécharge des films et des séries, qu'elle puisse s'avachir devant, comme une grosse vache. Quand elle cassait quelque chose ou que le repas était raté, c'était de ma faute. Je ne vous l'ai pas dit ? C'est moi qui suis responsable de la météo, donc si les légumes ne sont pas bons, ne cherchez pas, c'est Megan. Même quand c'est Irene qui fait les courses.

Les souvenirs se bousculent dans ma tête. Je sens qu'elle va exploser. J'ai perdu mon premier job, parce que cette maniaque appelait tout le temps mon patron. Elle ne voulait pas comprendre que je m'étais émancipée pour qu'elle m'oublie. Les collègues me regardaient de travers à la fin. Je passais pour une folle. J'ai quitté New York pour Chicago. Avec Dorian nous nous étions jurés de nous y installer, pendant notre correspondance. J'ai trouvé un job de barmaid dans un restaurant italien, Jordan y faisait la plonge pour dépanner son frère. Il était bon avec moi et ça ne m'était jamais arrivé. Cameron a été le plus bel accident de ma vie. Son père me passait la bague au doigt aussitôt. Mais au bout d'un an, le rêve se transformait en cauchemar. Désespérée, j'ai laissé Irene s'en mêler. Comme c'est étrange qu'elle se retrouve à vivre à Chicago juste après mon départ de New York. Parfois je me dis que ça ne s'arrêtera jamais. Que je passerai ma vie à me colleter avec cette femme odieuse. Parfois j'ai besoin de déprimer dans mon coin. Mais parfois je n'ai plus la force de lutter seule.

Megan saisit son cellulaire et appelle son avocat.

- Je suis navrée de vous déranger. Bonne année, au fait. Je...

- Bonne année. Vous ne me semblez pas dans votre assiette Megan. Que se passe-t-il ?

- Si vous êtes disponible, j'aimerais parler... vous parler. Je vous paie un verre, un restau... Comme vous voulez.

- Un Starbucks. Ça me va. J'ai bien aimé votre "Pumpkin de plage", la dernière fois.

En raccrochant, la jeune femme reste un instant à fixer le panorama qui s'offre à elle. Finissant son vin chaud, elle lave rapidement son mug et accourt vers le salon.

- Dorian, tu peux garder Cameron ce soir ? J'ai une petite urgence.

Il met le film sur pause.

- Bien sûr. Vaughn passe dîner tout à l'heure, on te mettra le repas de côté si tu rentres tard.

La sœur s'approche du canapé et embrasse les deux amours de sa vie.

- Essaie de rentrer tôt. Tonton "V" fait un Bo Bun au tofu ! annonce la petite, les yeux pétillants de gourmandise.

Megan sourit. Dorian l'accompagne jusqu'à l'entrée.

- Rien de grave, j'espère ?

- Non, ne t'inquiète pas surtout. Je ne serai pas longue, je prends le taxi. Si je change mes plans, je t'appelle.

Elle embrasse son frère sur la joue, enfile sa doudoune et disparaît.

Assis au chaud, dans les fauteuils du Starbucks de Chicago Avenue, près du lac, maître O'Mara écoute attentivement sa cliente. Il s'est attaché à elle et aimerait sincèrement la sortir de cette terrible situation.

- Pardon de vous déballer toute ma vie comme ça, vous êtes mon avocat et non mon psy. Mais je ne veux pas que toute cette merde atteigne mes proches. Surtout pas ma fille.

- Je comprends. On va dire que nous sommes amis et les amis sont là pour ça. Il n'y a pas de conflit d'intérêt, je ne suis pas membre de votre famille.

- Merci. Vous êtes le seul. Je ne suis pas sociable.

- Et vous avez été barmaid, s'esclaffe Evan.

- Vous m'auriez vue avec les clients, lance-t-elle en souriant.

- Un sourire ! Voilà une bonne chose. Tu m'as bien aidé au procès Brubaker. Tu as fait bien plus qu'un boulot de stagiaire. Je t'en dois une. Il boit une gorgée de son breuvage. Pas d'amis et donc personne en ce moment ?

- Si. Enfin, je crois. Je... Je n'ai pas envie de l'impliquer, non plus.

- Et bien, vous devriez. Tu devrais. Nous, les hommes, aimons... qu'est-ce ce que je dis ? On adore jouer les protecteurs ! Change toi les idées, arrête de te mettre la pression.

- Je ne peux pas laisser Cameron.

- Tu es venue avec Cameron ? Non. Alors, a qui l'as tu confiée.

- À mon frère.

- Voilà. Cameron est en sécurité, avec son oncle. Qu'elle adore, j'en suis sûr.

Le regard de Megan s'assombrit. C'est pour ça qu'elle voulait voir O'Mara, à tout prix. Le dernier message d'Irene. Elle cherche son cellulaire dans la poche intérieur de sa veste, trouve le texto et glisse l'appareil sous les yeux de son avocat.

"Tu vie avec un pervers, car l'homosexualité est une perversion et tu prétant etre une bonne mère. Je ferai tout pour sauver Cameron, car tu es malade, Jordan avait raison de vouloir t'envoyé a l'asile, car c'est la bat ta place, il faux te soigné."

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