Summertime.

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Chicago, au mois d'août, est baignée de soleil. Parfois, une averse vient rafraîchir la fournaise estivale. Pour Casey, c'est la meilleur période de l'année car, même les criminels prennent des vacances. L'ex-marine a réservé un jour de congé pour profiter de la ville. C'est surtout pour acheter une des premières éditions de Fondation d'Asimov à la jolie coach, qu'il rejoint à seize heures au club de boxe. Il flâne dans la librairie remplie de vieux livres jusqu'au plafond. Oliver Rogers, un ancien directeur de théâtre à la retraite, l'accueille avec une citation de Shakespeare.

- C'est un malheur du temps que les fous guident les aveugles. Alors, mon grand, quel trésor es-tu venu exhumer aujourd'hui ?

- Je ne suis pas légiste, monsieur. Je n'exhume pas, je chine. Le fou, l'amoureux et le poète sont farcis d'imagination, répond Ice Man, énigmatique.

- Difficile à voir, toujours en mouvement est l'avenir.

L'ancien marine éclate de rire.

- Sérieusement, Rogers ? Yoda?

- Je me mets à la page mon garçon. Le théâtre n'est plus à la mode, tu le savais ? chuchote le libraire, tel un agent secret de film noir.

- Tu aurais Fondation ? De vieilles éditions illustrées ? demande Hartman amusé par l'attitude du vieillard.

- Monseigneur, je puis accéder à votre requête, sur le champ !

L'ancien directeur de théâtre monte sur la mezzanine entourant la boutique, Casey le suit.

- Je suis un fossile, peux-tu ouvrir le tiroir du bas, s'il te plaît mon garçon ?

Ice Man s'exécute.

- Regarde dans le fond, mon petit.

L'ex-marine en ressort une édition de 1951. Rogers lui ébouriffe les cheveux.

- Ça donne le frison ! N'est-ce pas ?

- C'est comme dans Histoire sans fin, répond Hartman, subjugué par l'objet qu'il tient entre ses mains.

- Ça fait deux cents dollars, gamin. Raboule l'oseille !

- Rho, bon sang, tu casses toute la magie, Oliver ! Je tenais une pépite, maintenant j'ai l'impression d'être recouvert de bave de troll !

- Ta pépite c'est l'heureuse élue à qui tu présenteras cette superbe offrande, lance le libraire prenant des airs de maitre Jedi.

- Vieux fou. J'espère qu'à ce prix, tu as du papier cadeau !

- Une tasse de thé ?

Casey consulte son cellulaire.

- OK. Je te paie, tu me l'emballes dans un joli papier et je veux bien m'empoisonner avec ton infâme breuvage.

- Sauvage !

Dans l'arrière boutique se trouve une petite pièce ensevelie sous des montagnes de paperasses diverses. Les factures se chevauchent avec des esquisses à l'encre de Chine. Au font du petit cabinet gît une méridienne jaune moutarde. Le vieillard pousse les quelques feuilles qui tapissent l'objet de valeur et propose à son invité de s'installer. Malgré sa taille étriquée, le cagibi est noyé dans la lumière. Les deux hommes conversent avec enthousiasme. Rogers conte ses aventures théâtrales à un homme, qui retrouve son âme d'enfant.

Face au club de sport de combat du quartier chinois de Chicago, Casey attend, nerveux. Il entre. L'agent scrute l'immense salle recouverte de tatamis où les élèves s'affrontent, mettant en pratique les diverses diciplines enseignées par leur entraîneur. Megan sort du vestiaire. Ice Man lui fait signe. La jeune femme le rejoint.

- Bonjour, Casey, s'exclame-t-elle avec le sourire.

- Bonjour, Megan.

À ce moment il brûle d'envie de la prendre dans ses bras.

- Aujourd'hui, on va faire du Tai Chi sur la plage. Tu n'as rien contre le Tai Chi ?

L'ancien marine secoue la tête, surpris par sa proposition.

- J'avais peur que ce soit un peu trop mou pour toi.

Il admire le calme olympien de la jeune coach. Certes, la connaît-il depuis peu, mais il ne l'a jamais vue s'énerver, ni même entendue lever le ton.

- Tu es véhiculé ?

- Oui, j'ai pris ma voiture. Je pensais venir en métro, pour une fois, mais je voulais te proposer d'aller manger au bord du lac, après le sport... Les grands esprits se rencontrent, ajoute-t-il, pensif.

- Exactement.

En sortant, la jeune femme s'arrête, ferme les yeux et lève la tête vers le soleil. Les rayons lui chauffent le visage. Elle aime la chaleur de l'été. Soudain elle prend son élève par le bras et le tire vers une ruelle, sur la droite du centre sportif.

- Tu vois la grosse lanterne rouge, là-bas ? demande-t-elle en indiquant du doigt une boule chatoyante, dans le fond, plantée au-dessus d'un stand de fruits et légumes exotiques.

- Oui.

- Ça a l'air d'une épicerie, alors que c'est le meilleur restaurant du quartier. À l'étage on se croirait en Chine.

- Comme dans Ghost in the shell ?

- Tout à fait. Tu aimes ?

- J'adore ! lance Casey.

Leurs regards se croisent. À cet instant il veut l'embrasser. Elle tourne la tête vers la rue principale.

- On y va. T'as payé un cours.

Résigné, il l'accompagne jusqu'à sa voiture.

L'agent spécial Hartman, reproduit les gestes que lui montre son entraîneur, suivant attentivement les consignes et la philosophie qu'elle lui enseigne. L'ancien soldat se surprend à apprécier la lenteur du rituel. Megan a raison : plus les gestes sont lents, plus ils sont précis et plus on gagne du temps. Le ciel se couvre progressivement. Hypnotisés par l'exercice Casey ne se rend compte de la pluie que lorsque celle-ci se transforme en averse. Megan continue ses mouvements.

- Profite ! La pluie est un bienfait.

Casey obéit. Les vêtements s'alourdissent progressivement et finissent par empêcher senpai et kohai d'effectuer leur chorégraphie. Ice Man propose à la jeune femme de s'abriter sous une taqueria, à quelques mètres. Accourant sous la bicoque mexicaine, tous deux éclatent de rire. Il commande deux burritos épicés et un assortiment d'antojitos. L'ex-marine retire son T-shirt et l'essore.

- Pardon, ma belle. Je veux pas faire mon indécent, mais ça colle trop, j'ai l'impression d'avoir trempé dans de la bave de troll.

Son amie se retient de rire tout en le dévorant des yeux. Il n'escomptait pas produire cet effet sur la demoiselle, cependant, une lueur de satisfaction éclaire son iris argenté. La pluie cesse très vite et le soleil pointe à nouveau quelques timides rayons sur la ville. La surface du lac se pare de petits halos dorés lui donnant un aspect surnaturel.

Casey raccompagne Megan. Tous deux font le trajet dans le silence, incapables de prononcer un mot. L'homme se gare en bas de l'immeuble de la jeune femme et coupe le contact. Il tend son bras vers le siège arrière et en sort un sac en papier alourdi par l'œuvre achetée plus tôt dans la journée.

- Tiens, lance-t-il, gêné.

Il appréhende de la quitter. Elle ouvre le paquet et découvre l'ouvrage.

- Mais il ne fallait pas !

- Je me sens idiot. J'ai quarante-deux ans, bordel ! À quoi je pense ?

Megan range délicatement son cadeau dans son sac, puis l'enjambe afin de s'assoir sur ses genoux. Lui caressant les cheveux, sa main glisse doucement sur son visage viril au regard tendre. Elle l'embrasse. Il passe son bras autour de sa fine taille de nymphe. Les deux tourtereaux sont brusquement interrompus par un agent de police cognant à la vitre. Hartman déclenche l'ouverture.

- Vous savez que c'est interdit ce que vous faites, m'sieur-dame !

- Bonsoir, monsieur l'agent. Pardon monsieur l'agent. C'est l'anniversaire de ma femme vous comprenez, on s'est un peu enflammé.

- Oui bah, allez faire vos cochonneries ailleurs ! Y'a des hôtels pour ça !

- Pardon monsieur.

- Bon. Passe pour cette fois. Allez tirez-vous !

Les deux amoureux s'exécutent et sortent de la voiture. L'agent les surveille. Megan prend Casey par la main et l'entraîne dans son immeuble.

- Viens à la maison, chuchote-t-elle.

- Mais je ne veux pas m'imposer.

- Trop tard tu m'as épousée.

En entrant Ice Man est aussitôt accueilli par Cameron.

- Tonton Casey !

Elle se jette sur lui, il la prend dans ses bras.

- Qu'est-ce que tu fais encore debout à cette heure ?

- Tonton Vaughn et moi on n'a pas fini la partie d'échec !

- Tu joues au échec ? Normal. Bon va la finir.

Il repose l'enfant qui s'élance vers le salon.

- Alors sœurette, cette journée de boulot, s'écrie son frère, sortant sa tête de la cuisine. Oui, c'est moi qui suis aux fourneaux ce soir, je fais un tiramisu. Bonsoir Casey, entre !

Megan l'entraîne vers l'antre aux délices culinaires, au passage l'homme salue Carter qui lui répond par un geste de la main. L'ancien marine n'est pas surpris, ses pensées sont habitées par l'élue de son cœur.

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